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HISTOIRE

                  ET

                  ACTUALITÉ!

*

En relisant

*

Lénine…

*

… qui parlait

*

déjà de Chine !

*

Suite à un débat récent

avec l’écrivain

marxiste-léniniste

Vincent Gouysse,

nous avons été à nouveau amenés à suspendre nos recherches sur le thème « Mao déclassifié… ».

Ce débat a porté sur d’autres questions importantes pour l’unification des marxistes-léninistes. il s’est développé par échange de courriers, dans un bon esprit de recherches et d’analyses, en évitant les polémiques, ce qui est à souligner.

Dans une première phase, les débats se sont concentrés sur l’histoire de l’URSS et le processus de restauration du capitalisme.

Comme la notion de social-impérialisme est inévitablement venue se greffer sur le débat, celui-ci a finalement dérivé sur une question encore plus fondamentale :

La nature même du processus de développement de l’impérialisme.

Dans Histoire et Actualité, à propos du dernier texte d’Harry Haywood, nous avions déjà abordé cette question en lien avec le rôle de l’URSS. Bien que nous ayons eu la possibilité de la développer encore bien davantage avec le camarade Vincent Gouysse, sous la forme d’une série de textes intitulée « Socialisme et capitalisme d’état en URSS », le résultat de ce débat sera publié ultérieurement, en raison de la difficulté d’accéder à des sources fiables et de les recouper.

En dernier lieu le débat s’est donc recentré sur l’émergence du néo-impérialisme chinois, sujet de prédilection du camarade Vincent Gouysse, auquel il a consacré l’essentiel de plusieurs ouvrages, et notamment :

Le réveil du dragon
(2010)

2010-2011 : Le réveil du dragon s’accélère ! (2011)

Mais il avait déjà largement abordé le sujet dans son premier ouvrage :

Impérialisme et anti-impérialisme
(2007)

Et retraité à nouveau dans :

Crise du système impérialiste mondial (2009)

2011-2012 : REPRISE… DE LA CRISE ! (2012)

Une œuvre considérable, donc, dont l’un des traits essentiel est de considérer, dès 2007, le néo-impérialisme chinois, non seulement comme une puissance montante, mais comme susceptible de supplanter très prochainement l’impérialisme US. Que la Chine soit devenue la deuxième puissance économique mondiale semble un fait établi… Mais dans quelle mesure cela renverse les rapports de forces entre les différents pôles impérialistes, c’est évidemment une question de première importance en vue de comprendre la situation mondiale et d’établir une stratégie de lutte sociale et politique.

Loin de nous l’idée de résumer l’œuvre de ce camarade en quelques lignes. Toutefois il nous a semblé qu’un passage de sa correspondance reflétait assez bien une certaine confusion que nous avions ressentie en parcourant ses livres.

Faisant fi de tous préjugés, nous avons tenté une nouvelle approche du problème, en reprenant, à la base, le raisonnement développé par Lénine dans son célèbre ouvrage, « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. »

Extrait de la correspondance de Vincent Gouysse :

« Tu dis qu’au sens léniniste « l’impérialisme, se caractérise  par l’exportation massive de capitaux spéculatifs ». D’abord, je n’aime pas trop l’adjectif « spéculatif » qui n’est pas de Lénine. Dans toute entreprise capitaliste (même industrielle), il y a toujours une part de spéculation, due à l’anarchie de la production. Produire est donc toujours un « pari » sur un profit futur… Et la banque qui place son argent prend une partie plus ou moins directe du pari dans la production du secteur industriel ou agricole.

Pour moi, l’impérialisme, c’est avant-tout l’existence d’une bourgeoisie détenant la propriété sur des entreprises géantes jouant un rôle clef dans l’économie d’un pays, influençant directement la scène politique intérieure comme internationale. (et sous cet angle, la nouvelle classe exploiteuse qui s’est constituée en URSS n’est pas antagoniste avec cette définition…) En dépit d’une base industrielle et technique beaucoup plus élevée et diversifiée, il  existe aussi beaucoup de similitudes avec la RP de Chine au cours de ses trois premières décennies d’existence : il y existait une petite-moyenne bourgeoisie directement intégrée au secteur d’Etat. L’accumulation était relativement lente et les relations commerciales avec l’extérieur étaient très réduites. Et pourtant, la réalité sociale chinoise était fondamentalement bourgeoise avec un renforcement de la puissance des classes exploiteuses, leur emprise croissante sur toute la vie du pays.

Quand un impérialisme est dominant, sur le plan technologique, industriel, etc., il se livre alors à l’exportation de capitaux dans sa sphère d’influence (plus ou moins exclusive par rapport à des concurrents en fonction du rapport de forces inter-impérialiste, des méthodes de domination coloniales ou semi-coloniales, etc). Prends l’impérialisme chinois, et même dans une certaine mesure l’impérialisme allemand, les revenus qu’ils retirent aujourd’hui de l’exportation des capitaux sont très inférieurs à ceux qu’ils retirent de  l’exportation de marchandises, et pourtant ce sont des pays impérialistes avec de puissants monopoles… Parler de la Chine comme un pays impérialiste est aussi vrai de l’impérialisme chinois naissant (fin des années 1970,), même s’il n’existait alors pas de milliardaires en Chine… La capacité d’accumulation était alors limitée et il fallait également à la bourgeoisie monopoliste d’Etat chinoise ne pas trop afficher ostensiblement sa richesse… »

Et voici notre lecture de l’émergence du néo-impérialisme chinois, à la lumière du texte de Lénine :

« Bonjour, camarade

J’ai donc pris le temps de relire « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », avec en tête le souci d’éclaircir les notions que nous venons d’aborder, et surtout celui d’aller plus loin, en essayant de comprendre ton approche du néo-impérialisme chinois.

Ce fut l’occasion d’en avoir également une approche personnelle assez documentée, ce qui n’était pas trop difficile, compte tenu de la surabondance d’infos sur le sujet. La difficulté est d’en avoir une vue aussi analytique et dialectique que possible. En se référant aux études les plus sérieuses, de grandes tendances se dégagent néanmoins assez vite…

Mais nous repartirons d’abord de notre base léniniste, qui s’avère bien être toujours la clef du problème…

Plutôt que de truffer mon exposé de citations, je les ai toutes regroupées dans un seul document, en pièce jointe, dans l’ordre où elles apparaissent dans le texte de Lénine.

Je m’y réfère en utilisant la classification établie par l’Institut d’Etudes Marxistes, à l’adresse suivante :

http://www.marx.be/fr/content/limp%C3%A9rialisme-stade-supr%C3%AAme-du-capitalisme-i-l%C3%A9nine

Il n’est pas douteux que si le phénomène impérialiste, en tant que domination d’un pays sur un autre, ou en tant que colonisation, est aussi ancien que l’histoire des civilisations (Lénine, Ch6-§14 ), l’impérialisme moderne est par contre un phénomène lié à l’apparition et au développement du capitalisme monopoliste, et avec lui, à la domination du capital financier sur le capital industriel.


(Lénine, Ch2-§32, 47 | Ch3-§32)

Cette domination s’entend de manière dialectique, et non univoque : Lénine parle à plusieurs reprises de « fusion ou interpénétration », et notamment celle-ci :

(Lénine, Ch3-§3)

Aujourd’hui, il me semble que le terme d’intrication serait particulièrement adapté, avec ses connotations d’enchevêtrement et d’interaction.

Donc, même s’ils forment un tout, ils conservent chacun un mode et un champ d’action, des fonctions particulières qui les différencient.

Dans un de ses aspects impérialistes les plus affirmés, le capitalisme financier développe une tendance profondément parasitaire qui semble le déconnecter de la sphère économique active sur le terrain de la production. C’est ce que Lénine appelait son aspect « rentier » ou encore la « tonte des coupons ».

(Lénine, Ch8-§4)

Naturellement, ce surprofit réellement parasitaire découle néanmoins également d’une marchandisation du travail, accomplie à l’échelle internationale par la circulation mondialisée des capitaux, qui ne date pas d’hier, mais déjà du tournant 19ème/20ème siècle, avec des variations cycliques et des phases violentes, soit deux guerres mondiales, et d’autres, non moins terribles, si plus locales. Cette circulation mondialisée est ce qui caractérise l’impérialisme par rapport au capitalisme sous sa forme primitive. C’est ce que Lénine appelle la primauté de l’exportation des capitaux sur celle des marchandises.

(Lénine, idem |Ch1§29-30 | Ch4-§1, §3, | Ch7-§3)

A partir de là il ne convient pas de sous-estimer le rôle essentiel que continue de jouer la circulation des marchandises, au contraire. Il convient par contre de la considérer, d’un point de vue dialectique, différemment selon qu’elle se fait à partir des métropoles impérialistes où des pays dépendants.

A partir des premiers, elle continue de venir en renfort de leur puissance, même si elle a tendance à passer au second plan par rapport aux revenus financiers.

A partir des second, et dans la mesure où elle s’effectue sur la base des investissements financiers étrangers, elle vient encore en renfort de l’impérialisme, en terme de puissance, en accroissant la dépendance de ces pays.

Seule une activité économique indépendante, essentiellement autofinancée et éventuellement exportatrice peut leur permettre un développement durable.

La tendance de l’impérialisme est, au contraire, de faire circuler capitaux et marchandises en sens inverses, dans la mesure où les bénéfices, comme les marchandises, reviennent essentiellement du côté des investisseurs, dans les métropoles impérialistes…

(Lénine, Ch8-§12)

On ne peut manquer, à cet égard, d’être frappés par l’étonnante clairvoyance de la vision prospective de Hobson, telle que reprise et considérée par Lénine. Elle doit nous amener, de manière dialectique, à considérer la mutation actuelle de la Chine en néo-impérialisme sous ses deux aspects fondamentaux en interaction et intrication :

1_l’évolution de son capitalisme monopoliste d’état en capitalisme financier.

2_l’expansion rapide et quasi-exponentielle de son activité économique en tant que capitalisme industriel.

Et pour conclure, nous tenterons de cerner l’état actuel de cette intrication, ainsi que son impact sur les rapports de forces à l’échelle mondiale.

Pour évaluer le rôle du capital financier chinois, il nous faut donc d’abord évaluer l’importance, la place et l’impact du marché financier chinois.

Les premiers marchés financiers chinois officiels remontent à 1990, Shanghai, et 1991, Shenzhen. Précédemment il existait, de fait, et depuis une dizaine d’années, un marché tout à fait inorganisé, sauf pour quelques obligations d’état.

Ce qui le caractérisait, paradoxalement, alors que l’économie chinoise s’ouvrait au monde sous la houlette des émules de Deng Xiaoping, était son caractère pratiquement strictement interne à la Chine, et n’obéissant qu’à ses propres règles, s’il en fut, et parfois, mais difficilement, à celles édictées, à son gré, par la bourgeoisie monopoliste d’état chinoise.

Une première tentative d’ouverture au marché financier mondial s’effectue en 1992, avec le système des « actions A » et des « actions B » obéissant respectivement aux règles des marchés nationaux et internationaux, les « A » étant réservées aux chinois et les « B » aux investisseurs étrangers. Il en est résulté, inévitablement et de manière chronique, une dichotomie permanente dans le fonctionnement de ce marché, peu propice à inspirer la confiance.

(En relisant… doc jointe n°1, une brève histoire des premiers marchés financiers chinois.)


Malgré diverses tentatives d’élargissement, d’ouverture et de restructuration, le principe de base est resté le même, avec de nouvelles catégories, qui atténuent à peine ce problème, et ne contribuant pas fondamentalement à éclaircir la situation. Une nouvelle répartition, édictée en 2005, est, semble-t-il, toujours à la base du fonctionnement actuel, à quelques ajustements quantitatifs près.

(En relisant… doc jointe n°2, à partir de 2005, les filières possibles d’investissement financier en Chine.)

Concernant l’évolution et la progression de ce marché, on a peu de chiffres fiables, y compris en ce qui concerne la participation des fonds étrangers, autoritairement très limitée par l’Etat chinois.

(En relisant… doc jointe n°3, une étude de 2005, par Me. Wei Li, avocat, « L’accès aux marchés financiers chinois ».)

(En relisant… doc jointe n°4, la situation du même problème, au tournant 2012-2013.)

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas un signe de santé ni de réelle indépendance, car cela masque en réalité les graves dysfonctionnements et abus, « délits » d’initiés et autres pratiques qui bénéficient essentiellement à la bourgeoisie monopoliste chinoise.

(En relisant… doc jointe n°5, une étude de Zhaomin ZOU, pour la Journée Doctorale d’Economie, 2013, où il se penche notamment sur les créances douteuses.)

En marge, de nombreuses moyennes et petites entreprises chinoises, privées de crédit par ce système, se tournent vers des prêts à taux usuraires, organisés semi-officieusement par d’autres pratiques douteuses, maintenant plus connues sous le nom de « Shadow Banking », depuis qu’elles se développent de plus en plus à grande échelle, faisant planer, et d’où leur nom sans aucun doute, l’ombre d’une crise sévère.

(En relisant… docs jointes n°6, 7 et 8, différentes approches du phénomène « shadow banking » en Chine.)

Ce phénomène reste la tare fondamentale du système financier chinois, absorbant sporadiquement, pour éviter l’éclatement de cette bulle pourrie, une partie de ses réserves autrement impressionnantes.

(En relisant… docs jointes n°9 et 10, exemple, en deux « épisodes », d’une « grosse affaire », où le trou est finalement très officiellement rebouché pour éviter un scandale aux conséquences imprévisibles.)

C’est également l’une des causes de l’incapacité du système chinois à arrimer vraiment sa monnaie aux flux internationaux, de façon normalement convertible, à l’instar du dollar.

(En relisant… doc jointe n°11, une étude de Natixis, en Novembre 2013, sur l’improbable évolution internationale de la monnaie chinoise.)

Elle a semblé longtemps sous-évaluée, en fonction de la balance commerciale largement excédentaire. Mais au regard de la situation douteuse de son marché financier, une réévaluation démultiplierait l’effet d’un éclatement de la bulle, et on comprend que le pouvoir chinois traine les pieds, en dépit de sa bonne volonté maintes fois réaffirmée. On conçoit également que cette situation puisse engendrer quelques contradictions au sein de l’administration chinoise, entre ceux qui auraient éventuellement de réelles ambitions impérialistes pour leur pays, et ceux qui n’ont que l’ambition de continuer à se remplir les poches…

Il est remarquable, néanmoins, que toutes les tares du capitalisme chinois étaient parfaitement connues des experts internationaux, dès l’époque de son rapprochement avec l’OMC, et que celui-ci s’est effectué en toute connaissance de cause.

(En relisant… docs jointes n°12 et 13, deux études effectuées à l’accession de la Chine à l’OMC, au tournant 2001-2002.( 12_rapport de synthèse OCDE, 13_Un article de Rose Zhang Ruosi, in « Perspectives chinoises », n°70.)

Il n’est donc pas douteux que ce rapprochement correspondait à une nécessité de l’évolution du système impérialiste dans son ensemble, et qu’il n’a pu s’effectuer sans l’approbation de l’impérialisme US. Il s’agissait donc bien, en dépit de ces tares, d’un accord « mutuellement avantageux », qui ne présumait pourtant en rien de la rapacité des deux partenaires, dans ce jeu de poker menteur. Mais le risque de voir apparaitre le néo-impérialisme chinois en rival de premier plan était réellement minime pour l’impérialisme US, en dépit des apparences.

Néanmoins, les apparences sont moins trompeuses en termes de développement économique et industriel, même s’il montre des signes d’essoufflement, et semble désormais plutôt fort de la faiblesse de ses concurrents que de son dynamisme intrinsèque.

Le capitalisme industriel chinois continue donc d’être porté par une dynamique plutôt favorable, y compris et surtout à l’international, même s’il est très mal soutenu et mal appuyé sur ses arrières financiers, fortement dégradés.

C’est ce que révèlent les études les plus sérieuses couramment faites sur ce sujet, même s’il y a précisément lieu de relativiser, en fonction du contexte financier, notamment. Pour comprendre cette relative dichotomie qui existe également entre la dynamique économico-industrielle de la Chine et les aléas de son essor financier laborieux, il faut bien savoir de quoi on parle. La base de mesure de l’investissement industriel n’est pas la même que celle de l’investissement financier.

« Un investissement direct d’un pays à l’étranger (IDE) est l’exportation de capitaux dans un autre pays afin d’y acquérir ou créer une entreprise ou encore d’y prendre une participation (le seuil est de 10% des votes). Le but est d’acquérir un pouvoir de décision effectif dans la gestion de l’entreprise. C’est d’ailleurs la différence majeure avec l’investissement de portefeuille qui vise uniquement le rendement sur l’investissement financier sans égard au pouvoir décisionnel. » (Ecole de politique appliquée, Université de Sherbrooke.)

(En relisant… doc jointe n°14, quelques définitions usuelles, distinguant le capital financier du capital industriel.)

C’est dans ce domaine, celui dit des IDE, directement lié à l’activité des entreprises, que la Chine a connu un décollage spectaculaire, notamment depuis le début des années 90. Mais pour l’essentiel, il s’agissait d’importation de capitaux, et non d’exportation.

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Suite années récentes :

(En mds USD, chiffres du MOFCOM)

                              2011              2012              2013

IDE sortants       60                 77,22             90,17

IDE entrants      116,011         111,716           117,59

En réalité, comme on le voit sur les graphiques, les exportations d’IDE chinoises n’ont démarré, et très timidement, qu’au début des années 2000, le solde penchant toujours dans le sens des importations, avec un fort différentiel, jusqu’à ces dernières années.

Si l’écart entre les deux courbes tend à se resserrer, on le doit en grande partie aux effets de la crise, qui ont tendance à tasser les mouvements de capitaux, et parfois brutalement, comme les graphiques le montrent également.

De plus il faut également tenir compte du fait que, dans ce contexte, les IDE ont tendance à devenir à leur tour un objet indirect de spéculation : une bonne partie des IDE chinoises se promènent entre le continent, les Iles Vierges Britanniques, les Iles Caïman, et surtout Hongkong, avant de revenir à leur base sous forme d’IDE « entrants », bénéficiant ainsi du traitement favorable aux investisseurs étrangers dans ce domaine.

Pour les entrepreneurs chinois qui réussissent à décoller un tant soit peu, c’est le moyen d’échapper à l’étreinte du « Shadow Banking ». Une bonne partie des investissements « stables » à l’étranger, dans l’immobilier notamment, le sont également souvent davantage pour des raisons de sécurité patrimoniale que par un réel souci d’expansion « impérialiste ».

Pour autant, il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que la grande bourgeoisie monopoliste chinoise, au moins dans sa fraction la plus avisée des nécessités de son développement économique, cherche à désenclaver sa propre industrie lourde, notamment en termes d’approvisionnement en matières premières. C’est dans ce domaine qu’il y a l’ébauche d’une stratégie impérialiste, essentiellement à l’égard du continent africain, où elle a l’occasion de rentrer en concurrence avec les autres rapaces, d’implantation plus anciennes, et notamment l’impérialisme français.

Dans l’ensemble, si l’écart Chine-USA se resserre, il reste un différentiel énorme et significatif en termes d’exportation d’IDE, soit 84 mds USD sortants de Chine(*), contre 329 mds USD sortant des USA. (Stats. CNUCED 2012 ) ( *77, selon le MOFCOM).

En réalité, la seule vraie force vitale du capitalisme chinois réside dans le dynamisme de son commerce extérieur, et cela depuis le début de son décollage économique.

Néanmoins, et surtout dans ce domaine, l’économie chinoise reste encore davantage dépendante des capitaux étrangers. C’est une tendance qui s’est affirmée dès le début du décollage économique, pour finalement se stabiliser, jusqu’à aujourd’hui, et depuis le milieu des années 2000, autour de 60%, ce qui reste très significatif en termes de dépendance.

(En relisant… doc jointe n°15, différents extraits de docs qui attestent de ce seuil élevé au fil des années.)


*

Cette statistique confirme largement, si besoin en était, la vision prospective d’Hobson, reprise par Lénine dans son analyse de l’évolution des forces impérialistes.


(Lénine, Ch8-§12-13 )

Naturellement, d’un point de vue dialectique, il ne s’agit pas de considérer identiques, à un siècle d’écart, les deux situations. Mais force est de constater que les ressorts profonds de l’impérialisme, si d’aucuns les appellent désormais « mondialisation », avec une arrière-pensée opportuniste et néo-kautskyste avérée, sont toujours biens ceux décrits et analysés par Lénine.

« …les influences qui régissent à l’heure actuelle l’impérialisme (de l’Europe occidentale) s’orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de résistance (…) c’est dans ce sens qu’elles joueront. » écrivait Hobson, au début du 20ème siècle.

Et Lénine de préciser dans sa propre conclusion, en 1916 : « Mais ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier, forces que le social-libéral Hobson n’est évidemment pas en mesure de discerner. »

Aujourd’hui, ce qui nous sépare précisément du scénario vu par Hobson, ce sont trois quart de siècles de luttes anti-impérialistes intenses, jusqu’à la chute de l’Union Soviétique, et de résistances locales encore très fortes depuis. Un siècle, au total, au cours duquel, après la Révolution Bolchévique, jusqu’à un tiers de l’humanité lui a emboité le pas et s’est trouvé concerné ensemble par cette lutte.

Une différence importante, entre les deux époques, à la suite de tous ces bouleversements : l’apparition de la petite bourgeoisie « nationale » maoïste, puis son évolution pour partie en bourgeoisie néo-compradore, pour partie en bourgeoisie monopoliste d’état, avec ses velléités apparentes d’indépendance, à priori soutenue par sa balance commerciale excédentaire.

Pourtant, on a déjà vu ce qu’il en est, et avec sa réserve de change elle n’a rien trouvé de mieux que de racheter des obligations d’état US… finançant ainsi la dette de ses prédateurs : certes, elle se place ainsi formellement en créancier, mais on doit se rappeler que suite à l’émission de l’emprunt russe tsariste, ce sont bien les porteurs qui se sont trouvés ruinés…

En réalité, et en dépit des apparences, il est ridicule de se payer de mots, à la façon des « camarades chinois » avec leur verbiage pseudo-marxiste sur l’ « état socialiste de marché » : là comme ailleurs, au final, c’est encore essentiellement l’Oncle Sam qui « tond les coupons » ! Au mieux faut-il parler d’ « interdépendance » : au-delà de ses rodomontades verbales, la Chine n’a pas fait grand-chose pour retenir Edward Snowden au passage…

La différence essentielle entre les deux époques est bien là : les puissances impérialistes Ouest Européennes, qui semblaient encore mondialement prépondérantes à la veille de la Révolution d’Octobre, ont été largement supplantées par l’impérialisme US, auquel elles sont devenues inféodées depuis la seconde guerre mondiale.

C’est ce changement majeur de rapport de forces, intervenu à l’issue de la 2ème guerre mondiale, qui a été magistralement analysé par Andreï Jdanov, en 1947, ainsi que l’effet de corruption dévastateur que ce changement a eu sur plusieurs Partis communistes Ouest Européens, dont le PCF en particulier.

(En relisant… doc jointe n°16, la Doctrine Jdanov du front anti-impérialiste, Rapport sur la Situation Internationale, 1947.)

Cette analyse montre donc également les ressorts profonds de l’impérialisme, dans un contexte différent, mais alors que s’amorçait une nouvelle vague de luttes anti-impérialistes, qui porta le camp socialiste et anti-impérialiste à son extension territoriale maximum, en dépit des graves influences opportunistes, révisionnistes et social-chauvines qui le minaient à nouveau.

C’est dans ce contexte que l’impérialisme US, pourtant gravement atteint par ces luttes, a réussi, au courant des années 70, en utilisant le levier du révisionnisme et du social-chauvinisme maoïste, à renverser à nouveau le rapport de force, pour aboutir à la liquidation de l’Union Soviétique et pour la plus grande part, du camp socialiste.

C’est la logique de cette évolution contre-révolutionnaire qui nous a ramené, avec un siècle de décalage, à un contexte très proche, dans le principe, de celui décrit par Hobson dans sa prospective.

Lorsqu’Andreï Jdanov organisa le Kominform, en 1947 et 1948, il avait clairement dans l’idée de lutter contre l’influence du révisionnisme et du social-chauvinisme au sein du camp socialiste et anti-impérialiste.

Sa disparition brutale, puis l’abandon progressif et la dissolution du Kominform, dans les années suivantes, ont laissé la voie libre à tous les opportunistes, notamment les thoréziens et les maoïstes, pour saboter le mouvement communiste international.

Toutefois, la force intrinsèque de ce mouvement était telle qu’il leur a fallu encore trois décennies pour en venir presque totalement à bout. Tout simplement parce que l’aspiration des peuples au socialisme était grande, et qu’il restait la seule alternative crédible à l’impérialisme.

Aujourd’hui, alors que nous sommes en plein dans le cours d’une crise profonde, et qui s’approfondit encore, il n’y a plus d’alternative politique organisée. Si nous voulons en reconstruire une, il ne s’agit pas non plus de plaquer dogmatiquement l’analyse d’Andreï Jdanov sur la situation actuelle, mais bien, là encore, de percevoir à la fois ses fondamentaux et les différences entre les époques.

La différence essentielle, c’est évidemment la chute de l’Union Soviétique. Mais la composante de solidarité internationaliste originellement développée dans l’analyse d’Andreï Jdanov n’en a pas moins son répondant à notre époque actuelle. Quelle que soit la prochaine nation qui arrivera à se libérer de l’impérialisme, elle aura besoin de la solidarité politique active des prolétaires du monde entier pour pouvoir survivre, briser la contre-offensive et l’encerclement impérialiste.

Si la théorie selon laquelle le socialisme est possible même dans un seul pays l’a emporté sur l’idéalisme trotskyste petit bourgeois, c’est d’abord parce que tous les prolétaires en lutte étaient conscients que l’édification concrète du socialisme, même dans des conditions particulièrement difficiles, était le meilleur soutien possible des luttes futures.

(En relisant… doc jointe n°17, le chapitre 6 de « Black Bolshevik », les mémoires d’Harry Haywood, étudiant en URSS durant la lutte contre l’influence du trotskysme.)

C’est ce que la suite a prouvé, en favorisant l’extension maximum du camp socialiste et anti-impérialiste jusqu’au milieu des années 70.

Si le souvenir de l’Union Soviétique a laissé une trace dans la mémoire des peuples, et notamment du tiers-monde, c’est bien pour le soutien et l’aide qu’elle avait apporté, malgré les erreurs commises et les égarements parfois induits en raison de priorités géostratégiques discutables. La chute de l’Union Soviétique a d’abord été une cause d’appauvrissement de bien des peuples, tout comme la chute de la Libye de Kadhafi a essentiellement été, en dépit de ses errements politiques et abus de pouvoir, un appauvrissement pour tout une partie de l’Afrique noire, à laquelle elle apportait une bouffée d’oxygène social et économique.

La solidarité internationaliste anti-impérialiste doit donc se comprendre, de manière dialectique, avec discernement.

Aucune nation, aussi bien pourvu soit-elle en ressources naturelles, comme l’était l’Albanie, par exemple, ne peut survivre durablement en autarcie presque totale et mettre une barrière trop rigide aux moyens de communications et aux échanges culturels internationaux. C’est le moyen sûr de susciter des vocations contre-révolutionnaires.

La solidarité des prolétaires révolutionnaires doit s’étendre aux nations qui manifestent des velléités réelles de résistance à l’impérialisme US, même si elles ne sont pas encore fermement engagées dans la voie du socialisme. Cela n’est pas contradictoire avec l’aide et la solidarité qu’il faut apporter à la constitution et à la lutte des partis prolétariens dans ces pays.

Dans la stratégie de la 3ème internationale vis-à-vis du Guomindang, ce n’est pas la politique de front anti-impérialiste qu’il faut critiquer, mais l’incapacité des dirigeants du PCC à construire l’autonomie prolétarienne par rapport à la bourgeoisie nationale, erreur fatale dont l’opportunisme maoïste s’est emparé, suite à l’écrasement du prolétariat chinois, en 1927, pour imposer sa ligne social-chauvine, avec sa fausse « dialectique de la contradiction »

(En relisant… doc jointe n°18,
voir les débuts de notre étude « Mao déclassifié… », dont les travaux étaient à nouveau suspendus en raison du présent débat.)

De même, la stratégie d’aide de l’Union Soviétique à des nations non réellement socialistes, mais à tendance anti-impérialiste progressiste, comme la Libye, se justifiait aussi par cette nécessité de rompre l’isolement et de favoriser des échanges économiques et culturels internationaux entre pays à systèmes politiques et sociaux différents, dans un cadre de coexistence pacifique et d’amitié entre les peuples qui reste progressiste et non pas contre-révolutionnaire.

La solidarité internationaliste, au-delà de son contenu de classe prolétarien, doit aussi s’étendre au droit des nations à disposer d’elles-mêmes, et par conséquent à choisir leur régime politique et social, éventuellement en opposition à l’impérialisme. C’est une des conditions de développement des luttes anti-impérialistes à travers le monde, et un des fondamentaux du léninisme, en contradiction avec l’idéalisme petit-bourgeois, trotskyste et luxemburgiste.

Pour autant, d’un point de vue marxiste-léniniste, cela doit donc nous amener à discerner de façon dialectique les cas, dans certains pays du tiers monde, où la politique de front anti-impérialiste peut encore, provisoirement, inclure quelques fractions de bourgeoisies nationales, sans aucune concession, néanmoins, sur le principe d’autonomie du prolétariat.

Il devrait par contre être désormais évident, dans les métropoles impérialistes, où de telles fractions de la bourgeoisie n’existent quasiment plus, qu’il est hors de question d’étendre le front anti-impérialiste à quelque fraction que ce soit de la bourgeoisie monopoliste, nécessairement inféodée à l’impérialisme.

Apparemment ce n’est pas encore ce que tout le monde a bien compris, certains remettant en avant la politique du CNR, sans vouloir reconnaitre qu’elle a mené à la renonciation à l’autonomie prolétarienne, à la capitulation sans conditions au Plan Marshall, à l’isolement et à l’encerclement de l’URSS et donc à la nécessité du « rideau de fer ». À terme, elle a été, avec son équivalente togliattiste en Italie, un facteur important du renversement du rapport de forces en Europe et dans le monde. Une politique de trahison et de collaboration de classe sur toute la ligne qui ne doit en aucun cas être renouvelée.

(En relisant… doc jointe n°19, « CNR Revival ? », un article de TML consacré à ce thème.)

En revenir aux fondamentaux du marxisme-léninisme et de la doctrine Jdanov du front anti-impérialiste, c’est évidemment renouveler le lien dialectique entre la lutte anticapitaliste et la lutte anti-impérialiste, et bien comprendre qu’il s’agit d’un seul et même combat.

Le point commun essentiel entre la situation de 1947 et la nôtre, on l’a donc bien compris, est la domination de l’impérialisme US, encore renforcée par la chute de l’Union Soviétique. Même s’ils ont formellement évolués, les rapports d’inféodation des autres impérialismes, dénoncés par Andreï Jdanov, non seulement sont toujours en vigueur, mais ils ont tendance à s’étendre, au gré des manipulations populistes et fascisantes que l’impérialisme US ne manque pas d’encourager à travers eux, et son cartel «européen » de Bruxelles.

À l’époque du rapport Jdanov, en 1947, le principal danger de fascisation, qu’il dénonçait également déjà, résidait dans la manipulation, par l’impérialisme US, des déchets de la bête nazie, et aujourd’hui c’est ce phénomène qui se reproduit avec les héritiers résiduels de ces déchets, qui s’en trouvent ranimés de façon particulièrement virulente et violente, comme en Ukraine.

L’actualité des fondamentaux de la doctrine Jdanov du front anti-impérialiste, comme stratégie marxiste-léniniste de l’époque de la domination impérialiste US, est donc plus que jamais une réalité brûlante et cruelle, dans l’état actuel du rapport de forces.

A nous de faire en sorte de lui donner une expression politique offensive.

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***

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« En relisant… »

Recueil des citations de Lénine, (PDF)

extraites de :

« L’impérialisme,

stade suprême du capitalisme » :

Lénine_Citations_classt. INEM_

*

 Docs jointes-liens directs :

(En relisant… doc jointe n°1, une brève histoire des premiers marchés financiers chinois.(PDF) :

E___doc 1__HISTO FINANCE EN CHINE

(En relisant… doc jointe n°2, à partir de 2005, les filières possibles d’investissement financier en Chine. (PDF) :

E___doc 2__INVEST. FINANCIER post2005

(En relisant… doc jointe n°3, une étude de 2005, par Me. Wei Li, avocat, « L’accès aux marchés financiers chinois ». (PDF) :

E___doc 3__Wei Li_2005_L’accès aux marchés financiers chinois-

Pour un aperçu rapide, trois pages remarquables (PDF) :

E___doc 3 bis__Wei Li-2005_p116-17-18_

(En relisant… doc jointe n°4, la situation du même problème, au tournant 2012-2013. (PDF) :

E___doc 4__ouverture 2012_13-marché financier chinois

(En relisant… doc jointe n°5, une étude de Zhaomin ZOU, pour la Journée Doctorale d’Economie, 2013, où il se penche notamment sur les créances douteuses. (PDF) :

E___doc 5__2013-Chine-_Créances douteuses_

(En relisant… docs jointes n°6, 7 et 8, différentes approches du phénomène « shadow banking » en Chine. (PDF) :
E___doc 6__Le shadow banking en Chine

E___doc 7__l’Economiste_shadow banking

E___doc 8__shadow-2013-14_AGEFI

(En relisant… docs jointes n°9 et 10, exemple, en deux « épisodes », d’une « grosse affaire », où le trou est finalement très officiellement rebouché pour éviter un scandale aux conséquences imprévisibles. (PDF) :

E___doc 9__affaire shadow bk_EP 1_ds Libé_

E___doc 10__Shadow Banking__EP 2

(En relisant… doc jointe n°11, une étude de Natixis, en Novembre 2013, sur l’improbable évolution internationale de la monnaie chinoise. (PDF) :

E___doc 11__étude euroRMB-natixis

(En relisant… docs jointes n°12 et 13, deux études effectuées à l’accession de la Chine à l’OMC, au tournant 2001-2002.( 12_rapport de synthèse OCDE, 13_Un article de Rose Zhang Ruosi, in « Perspectives chinoises », n°70. (PDF) :

E___doc 12__OCDE-OMC-2002- tares du capitalisme chinois

E___doc 13__2002-OMC-Rose Zhang Ruosi_

(En relisant… doc jointe n°14, quelques définitions usuelles, distinguant le capital financier du capital industriel. (PDF) :

E___doc 14__qqes. définitions usuelles-

(En relisant… doc jointe n°15, différents extraits de docs qui attestent de ce seuil élevé au fil des années. (PDF) :

E___doc 15__Extraits_docs commerce extérieur

(En relisant… doc jointe n°16, la Doctrine Jdanov du front anti-impérialiste, Rapport sur la Situation Internationale, 1947 :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/andrei-jdanov-1947-rapport-sur-la-situation-internationale-2/

(En relisant… doc jointe n°17, le chapitre 6 de « Black Bolshevik », les mémoires d’Harry Haywood, étudiant en URSS durant la lutte contre l’influence du trotskysme. (PDF) :

Harry Haywood_Lutte de classe en URSS_contre le trotskysme-

(En relisant… doc jointe n°18,
voir les débuts de notre étude « Mao déclassifié… », dont les travaux étaient à nouveau suspendus en raison du présent débat :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/12/08/mao_declassifie_1/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/12/22/mao_declassifie_2_suite_critique_de_la_contradiction_1/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/01/25/mao_declassifie_3_1954_les_premiers_ravages_du_maoisme_en_france/

(En relisant… doc jointe n°19, « CNR Revival ? », un article de TML consacré à ce thème :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/11/30/nouveau_CNR_impasse_politique/

D’autres approches du thème, également, dans :

« Snowden en sursis… »

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/10/28/snowden_en_sursis_1/

et « Vous avez dit Résistance ? »

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/11/17/vous_avez_dit_resistance/

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FM_TML_2


3 commentaires

  1. Une question sur la comparaison des IDE sortants CN/US
    Un certain niveau d’IDE suppose un certain niveau d’extraction de plus-value et de domination sur les échanges pour faire grandir ce capital financier au coeur de l’impérialisme.
    D’ou vient ce niveau d’IDE des US ? principalement de la croissance du capital à partir de l’extraction de PV dans l’économie US, ou au contraire des rentes que sa domination lui permet dans les échanges ?
    Le rapport IDE sortants/PIB d’un pays a-t-il un sens de ce point de vue ?

    1. Bonjour, camarade

      Non seulement votre question fait sens, mais il me semble qu’elle est au cœur du processus impérialiste, considéré dans son développement et son évolution, et surtout dans sa phase actuelle.

      Naturellement, il faut se garder de considérer ces phénomènes de manière linéaire, continue, et régulièrement répartis.

      Comme Lénine le souligne, c’est l’inégalité entre régions mondiales et la violence des crises qui sont à la base du phénomène, même si l’impérialisme à tendance à ralentir les phénomènes cycliques dans le temps, et à en changer partiellement la nature.

      C’est ce changement de phase qu’il décrit dans ses premiers chapitres(*), et il faut constamment garder cela à l’esprit si on ne veut pas se complaire dans une sorte d’«archéo-marxisme », assez romantique, … mais inefficace !

      Je tiens à préciser que je suis tout à fait autodidacte et sans aucune formation universitaire. Je rame donc comme un malade pour décortiquer les rapports d’experts et les thèses d’économie financières… Il faut se méfier des articles de vulgarisation, qui ne sont souvent que de la propagande, sinon directement de la publicité…

      Le premier expert auquel on puisse se fier, reste, à mon avis, encore et toujours, Lénine ! Pourquoi ? Lorsque j’ai cherché à comprendre sérieusement ces problèmes, je n’avais plus que quelques vagues souvenirs de mes lectures marxistes-léninistes de jeunesse… Néanmoins, il m’a vite semblé que les « thèses m-l» des uns et des autres tenaient plus de divagations subjectives destinées à « prouver » tel ou tel point de vue préconçu que d’une volonté réelle de chercher à comprendre…

      Alors qu’en suivant simplement le fil de sa démarche, on voit que les phénomènes fondamentaux de l’impérialisme n’ont fait que s’amplifier, mondialement et globalement, même si c’est par nature de manière erratique et plutôt « en dents de scie »…, ce qui n’en simplifie pas la lecture.

      Le lien entre capital industriel et capital financier est évidemment au cœur de sa démarche, mais elle n’efface pas pour autant la dissociation de leurs rôles respectifs. Elle souligne la nature nouvelle de leur intrication. C’est ce que font encore les experts actuellement au service du système…

      Lorsque vous parlez d’IDE sortants, et à la suite, de capital financier, prenez garde de ne pas tomber dans la confusion qui est à la base des ouvrages du camarade Vincent Gouysse… !

      Les IDE, pour volumineux et essentiels qu’ils soient, sont d’abord les flux financiers structurant la répartition des forces de production sur la planète, et ils sont fondamentalement apparentés au capital industriel.

      Ils échappent donc, relativement et par nature, à la volatilité extrême du capital financier proprement dit.

      D’une certaine manière, ils sont le reflet, provisoirement structuré, de ses grands courants. Un peu comme les galets roulés au fond d’une rivière… Une rivière qui ne serait pas linéaire, toutefois… Une sorte de maelstrom de courants variés…

      Ce qui fait donc des IDE sortants des USA un reflet significatif de la puissance financière de cet impérialisme dominant.

      Pour répondre plus précisément à votre question, il est clair que la domination US sur les flux financiers mondiaux est maintenant telle que cette « sortie » d’IDE correspond à un passage provisoire « at home » des capitaux contrôlés, et qu’elle n’a pas nécessairement de rapport avec la productivité industrielle ou commerciale « locale ».

      Bien évidemment, il n’en a pas toujours été ainsi… Au lendemain de la seconde guerre mondiale, exportation de capitaux et de marchandises allaient encore de pair.

      Arrivé à un certain stade, le développement financier cesse d’être lié au développement économique local, voire le ralentit, notamment en drainant dans sa sphère d’influence des compétences autrement potentiellement utiles …

      Ce qui n’est qu’un inconvénient relatif pour les puissances dominantes, qui profitent du système financier, mais un fardeau pour les pays dépendants qui voient à la fois leur économie dépérir et leurs « élites » s’envoler vers d’autres cieux, sans en avoir sérieusement les retombées financières.

      Mais dans tous les cas, notez bien, il y a toujours une classe qui en subit les conséquences à coup sûr : le prolétariat !

      En PS, je vous joint un florilège de liens qui aboutissent à des études intéressantes sur ce sujet, parfois en termes proches de l’analyse léniniste, mais sans les options politiques, évidemment …!

      Enfin, en ce qui concerne donc votre dernière question, la réponse semble donc s’imposer d’elle-même :
      Le rapport IDE sortants/PIB d’un pays a bien un sens, mais qui est différent selon son statut ou sa position hiérarchique dans le système. Jusqu’à un certain point il peut être un indicateur du degré de développement du capitalisme local, mais certainement pas le seul.

      Il n’est pas non plus suffisant pour caractériser l’indépendance relative d’un état, notamment dans le cas de la Chine.

      En creusant la question pour vous répondre je me rends compte que l’on est toujours enclin à sous-estimer l’état de la dette chinoise, surtout en se fiant aux chiffres officiels, qui ont nécessairement tendance à masquer ce phénomène de « shadow banking », par définition impossible à évaluer…

      Il est maintenant reconnu que tout en étant supposée « raisonnable », cette dette croit désormais à une vitesse considérable…

      Pour conclure, je vous parlais d’ « archéo-marxisme », précédemment, mais il y a aussi une mode « néo-marxiste » qui prétend combattre la « financiarisation » du capitalisme par quelques « régulations »… Ce n’est pas vraiment une utopie, mais plutôt franchement une chimère assez surréaliste… C’est un peu comme si l’on voulait arrêter les tsunamis en régulant la circulation des plaques tectoniques !

      Du reste, comme Lénine a déjà démontré cette supercherie dans son bouquin(*), on devrait plutôt parler d’ « archéo-opportunisme », dans ce cas !

      En espérant avoir contribué à éclairer quelque peu ces questions,

      Bien à vous,

      Luniterre

      (*L’IMPÉRIALISME, STADE SUPRÊME DU CAPITALISME )

      Liens vers études utiles :

      http://poldev.revues.org/966

      http://criseusa.blog.lemonde.fr/2012/04/29/1257/

      http://regulation.revues.org/4103

      http://www.slateafrique.com/53377/capital-investissement-outil-developpement-afrique

      http://www.blog-illusio.com/article-quelles-relations-entre-structure-financiere-et-croissance-economique-122929329.html

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