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Vous avez dit Résistance ?

           On a beau se souvenir de Mai 68, surtout lorsqu’on avait à peine dix-huit ans à l’époque, et des cris de « Vive la Révolution ! » auxquels nous adhérions, et de l’organisation du même nom qui fut éventuellement la nôtre, peu après :

Elle ne fit qu’un petit feu de paille, liquidé aussitôt par ses propres fondateurs, et bien avant de pouvoir se communiquer à toute la plaine, tout comme les flammèches de la Nouvelle Résistance Populaire, qui commencèrent pourtant à roussir le képi de l’autorité patronale dans les usines…

              Force est de le constater, vivant en pleine crise chronique, aujourd’hui, on a simplement du mal à résister… Résister à qui, à quoi… ? Au nom de qui, au nom de quoi… ?

           Déclenchant un autre feu de paille mouillée, il y a peu, « Indignez-vous ! », le texte de feu Stéphane Hessel, tentait de ranimer la flamme au nom du CNR et de son programme, qui ressurgit encore comme le mythe inaltérable d’une promesse d’avenir radieux, dans nombre de projets politiques actuels…

Résister à qui, à quoi… ?

« …l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. » Telle est l’identité de l’ennemi, selon Stéphane Hessel.

             En réalité, chacun  expérimente tous les jours que cet ennemi à d’autres noms, tel l’Innommable, qui justement en avait plusieurs selon ses manifestations, et doit plutôt être nommé :

Capitalisme et Impérialisme.

Résister au nom de qui, au nom de quoi… ?

Du programme du CNR, de ses réformes sociales et de ses valeurs, selon Stéphane Hessel…  En train de foutre le camp avec notre époque mondialisée…

           Mais ces valeurs se sont-elles jamais réellement opposées au capitalisme et à l’impérialisme ?
Ont-elles réellement constitué une alternative à cette hydre à deux têtes?

             A la même époque un autre mythe, devenu réalité, celui-là, se concrétisait pour bientôt un tiers de l’humanité, et constituait une alternative crédible pour une bonne part du reste :

Le Socialisme.

            Dans  son texte, Stéphane Hessel ne mentionne jamais cette alternative, alors qu’il revendique son adhésion au parti socialiste. En cela, paradoxalement, il est cohérent :

Le programme du CNR ne parle pas non plus de socialisme, alors qu’il a été essentiellement négocié entre les dirigeants des partis « socialistes » et « communistes » !

            Ce programme reflète-t-il  vraiment l’essence de la résistance, ou bien ne vaut-il pas mieux la chercher ailleurs ?

Vous avez-dit Résistance ?

              Le mythe du CNR continue de planer, comme un îlot d’indépendance et de liberté flottant dans l’air embrumé des illusions politiques de tous les partis un tant soit peu progressistes. Et pourtant, sous nos yeux embués par cette légende persistante, l’évidence historique reste là:

Sous l’égide éphémère du général de Gaulle, et en dépit de ses velléités d’indépendance, le gouvernement de la libération reconstitue très rapidement, en quelques mois, la 4ème république comme un copié-collé de la troisième, avec cette seule nuance que la 4ème transformera rapidement la France en base arrière de l’OTAN contre l’Union Soviétique.

          Plus tard, avec la fondation de la 5ème, le retour triomphant du gaullisme ne ralentira que provisoirement et de manière très relative, souvent plus symbolique que réelle, la vassalisation de la France et de l’Europe de l’ouest à l’impérialisme US.

          L’intégration européenne a essentiellement été, dès l’origine, le champ obligatoire d’expansion économique et financière américaine, et la plus grande partie de la bourgeoisie monopoliste française y ayant déjà ses intérêts, il ne lui a pas été difficile de se séparer, une seconde fois, au bout d’une décennie, du personnage « historique », qu’elle avait précédemment contribué à façonner.

           L’histoire du CNR, vue de nos jours, c’est d’abord l’histoire d’une « vérité officielle », qui s’est imposée au détriment de la vérité historique. C’est l’histoire de la « victoire » politique d’une faction de la bourgeoisie monopoliste, la gaulliste, qui a su s’imposer au détriment des autres, dans les fourgons de l’impérialisme anglo-US. C’est-à-dire, au final, dans la dépendance principale de l’impérialisme US, tant celui-ci s’est imposé à tous ses concurrents, y compris britannique, à partir de cette époque.

           Cette première « victoire » du gaullisme, éphémère politiquement, mais symboliquement durable dans les consciences, reposait sur le consensus qu’il avait réussi à imposer aux partis politiques, y compris et surtout à ceux qui étaient supposés représenter la résistance prolétarienne.

          Le prix de ce consensus, outre quelques sinécures dans le nouvel état, était un ensemble de concessions sociales rendues possibles par la perspective d’une relance économique de « reconstruction » du capitalisme, appuyée par ces nouveaux collaborateurs du système, et soutenue financièrement par les dollars US du Plan Marshall. L’éviction sans résistance réelle, pour le coup, des ministres communistes, faisait le prolongement naturel de ce consensus réformiste.

          La stratégie d’un parti révolutionnaire marxiste-léniniste ne peut être basée sur un tel catalogue global de revendications économistes et réformistes, même « relookées », supposées à la fois accentuer les contradictions du système capitaliste, par ceux qui prétendent encore vaguement à une révolution, et en même temps relancer sa machine économique pour avoir une chance d’aboutir, d’après les plus réformistes…

            De grands combats sociaux se mènent en France, depuis des décennies, sur les thèmes évidemment récurrents du chômage, des retraites, de l’éducation, de la sécurité sociale, etc…

Si ces combats sont eux même récurrents, c’est bien que la bourgeoisie ne lâche rien, quant au fond. Si elle lâche parfois sous la pression d’un rapport de force momentané, elle revient sans cesse à la charge par une nouvelle réforme, encore plus réactionnaire, sur le point qu’elle avait cédé la veille…

             Ces combats, point par point, pied à pied, restent l’âme vivante de la lutte de classe. Ils sont devenus « réformistes » uniquement par la capitulation politique et idéologique des états-majors politiques et syndicaux eux-mêmes réformistes et révisionnistes, incrustés dans les sinécures du système qu’ils prétendent encore parfois combattre.

             Si à chaque point de ce combat les marxistes-léninistes montrent comment la perspective du socialisme peut résoudre le problème, et en discutent avec les travailleurs en lutte, alors seulement ils seront dans leur rôle.

               Faire la promotion de tel ou tel « programme » de revendications, même en mettant l’accent sur telle ou telle « mesure phare », comme les nationalisations, ne fait qu’entretenir quelques illusions réformistes, et finalement, et surtout, contribue, à l’unisson de l’idéologie bourgeoise, à décrédibiliser toute perspective d’alternative au système capitaliste.

           Ce n’est que par la fusion militante de l’idéologie marxiste-léniniste, exprimée de manière concrète et analytique avec chaque problème des luttes sociales, que les prolétaires élaboreront eux-mêmes leur programme politique révolutionnaire, pour la construction du socialisme.

           Il est important de rappeler que la perspective du socialisme ne figurait nullement dans le programme du CNR, entièrement tourné vers la réalisation de ce fameux consensus, dont se sont réclamé ses plus honnêtes thuriféraires, et notamment Stéphane Hessel.

          Parfaitement adapté à ce dessein politique purement réformiste, il ne saurait constituer une base adaptée à la situation actuelle, à moins, précisément, de vouloir entretenir, à peu de frais pour quelques opportunistes, mais avec conséquences délétères pour le prolétariat, des illusions, d’autant plus chimériques qu’elles sont une lecture à postériori de l’histoire, parmi d’autres possibles.

            Cette issue politique de la résistance, imposée par De Gaulle à travers le CNR, n’était pas unanimement, et loin s’en faut, celle voulue par les combattants de la résistance prolétarienne, fer de lance de la résistance intérieure française.

            Si le débarquement américain imposait un rapport de force militaire provisoirement défavorable à une transformation sociale réelle, il n’en allait pas de même du rapport de force politique, et la situation, à la libération, ne justifiait nullement une liquidation des forces de résistance prolétariennes, qui avaient gagné leur légitimité sur le terrain du combat intérieur, par leur capacité d’initiative autonome.

         Cette liquidation résulte d’un choix politique délibéré, de la part des dirigeants du PCF, négocié dès l’élaboration du programme du CNR, dans la mesure où il ne prévoyait pas une fonction pérenne aux forces intérieures organisées, ni même aux comités de libération, dont la fonction n’était que de transition vers la reconstitution du système.

             Il est clair qu’un statut permanent pour les forces de la résistance intérieure, même négocié dans le cadre de ce compromis unitaire, aurait permis leur maintien en toute légalité à l’issue de la libération. L’« amalgame » avec les forces extérieures, même dans le cadre d’un compromis tactique, était une concession excessive à l’impérialisme.

         La suite de l’histoire, tant celle des Milices Patriotiques que celle des Gardes Civiques Républicaines, montre qu’il existait une volonté réelle de la base pour prolonger l’autorité de la résistance prolétarienne indépendamment de la reconstitution du système, effectuée sous l’égide de l’impérialisme US, via le pouvoir gaulliste comme substitut de l’AMGOT, administration directe, précisément irréalisable à cause du rapport de force politique.

            Au contraire des dirigeants du PCF, De Gaulle sut en jouer en manière de chantage, pour s’imposer aux américains. (« …il y a nous, ou bien le chaos. ») Par contrecoup, cela redorait aussi son blason d’indépendance, et contribuait à le placer au centre du compromis politique voulu, tant par la bourgeoisie que par les dirigeants du PCF, en vue de s’assurer quelques maroquins ministériels…

              Malgré la stratégie de liquidation négociée par les dirigeants du PCF avec le programme du CNR, la résistance de la base à rentrer dans le rang du système reconstitué était encore assez forte fin 1944, pour que Duclos et Thorez soient obligés de jouer d’un double langage afin de faire accepter leur politique.

              Les résistants prolétariens de ce temps n’étaient nullement des inconscients désireux d’en découdre dans un rapport de forces militaire rendu difficile par l’occupation US, mais des militants conscient de devoir préserver au mieux leur structure organisationnelle de classe dans la légalité républicaine française, en attendant de pouvoir remplacer la structure de cet état français reconstitué par un autre projet de société, le socialisme.

              Usant habilement du double jeu, dont ils étaient des professionnels aguerris depuis longtemps déjà, Thorez et Duclos parviendront à désamorcer cette dernière bombe à retardement et à enterrer pour longtemps tout espoir de transformation socialiste de la France.

           A tel point que bientôt soixante dix ans plus tard, alors que nous vivons sous un gouvernement émanant du parti « socialiste », le mot socialisme est carrément banni de son langage…! Il ne figurait pas non plus, pas une seule fois, ni dans le programme du PS, ni dans celui du candidat François Hollande.

                        Résister aujourd’hui, ce n’est pas cultiver la nostalgie de cette impasse politique que fut le CNR, mais précisément redonner son sens au mot socialisme, qui tend à disparaitre totalement du vocabulaire politique, prononcé désormais très rarement, même à l’«extrême-gauche », et uniquement avec des circonlocutions ultra précautionneuses, et autrement, et plus souvent, recraché avec mépris par ses ennemis de toujours…

                     Résister aujourd’hui, c’est affirmer la capacité du prolétariat à se réorganiser sur une base idéologique autonome, qui s’appuie sur la réalité de son histoire politique, et qui en tire les leçons.

                  Résister aujourd’hui, c’est créer une perspective réellement nouvelle pour le socialisme, comme seule alternative indépendante de l’impérialisme US et de ses laquais locaux.

                       Résister, aujourd’hui, exige de regarder la réalité en face, sans surestimer ni sous-estimer le rapport de forces, mais pour l’analyser et avancer lucidement, tant dans la durée que dans l’instant urgent.

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