EN GUISE DE VŒUX, 4 THÈMES DE RÉFLEXION POUR 2018…

 

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EN GUISE DE VŒUX,

 

4 THÈMES DE RÉFLEXION POUR 2018…:

 

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   «  La Société de l’Arnaque,

ou « fake-capitalism », c’est le stade suprême

de la Société spectaculaire marchande,

celui où le Spectacle de la monnaie de singe

(QE, DTS, Revenu Universel, etc…),

a totalement fini de remplacer

la marchandise, dont la valeur tend vers zéro

(production robotisée)… »

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Avec la robotisation et l’automatisation de la production, et même, de plus en plus, des services, les possibilités d’élargissement du capital s’en trouvent-elles augmentées ou au contraire, réduites ?

La baisse tendancielle du taux de profit, dans le processus d’élargissement « productif », amène inexorablement à la deuxième réponse, la réduction… La domination de classe des capitalistes prendra-t-elle fin « naturellement », par un simple tarissement des sources de profits du secteur « productif », cédant « généreusement » la place aux rêveurs gauchistes et autres pseudo-  « communistes prolétariens » ou bien la classe dominante a-t-elle déjà une stratégie en œuvre pour « ne rien lâcher » de ses privilèges exorbitants et de son pouvoir… ?

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/03/la-societe-de-larnaque-un-theme-de-reflexion-pour-2018/

 

 

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/26/les-aleas-de-lia-de-marx-a-terminator-en-passant-par-benoit-hamon/

 

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Le marxisme était-il à la base

du socialisme en URSS,

et quelles leçons peut-on en tirer ?

Une étude en réponse

aux allégations mensongères du type

« capitalisme=socialisme »

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Comme on l’a rappelé à l’occasion du centenaire d’Octobre, le capitalisme provisoirement vaincu, pendant quelques décennies, par cette Révolution en Russie puis dans l’ensemble des pays qui ont formé l’URSS et quelques autres, à la suite, est un type de relation économique lié à l’histoire de la bourgeoisie, une classe sociale qui a déjà 1000 ans d’existence et dont l’expérience économique et politique est à la fois multiséculaire et multiforme, avec une grande faculté d’adaptation et une grande capacité de se « conserver » et de « réagir », au sens précisément « réactionnaire » contre tout ce qui la menace, avec à la fois une férocité implacable dans la répression et une grande rouerie pour renverser les rôles et se poser dans le rôle de la « victime » des révolutionnaires qui veulent se libérer de sa domination.

Ceci dit, mille ans d’histoire, ce n’est pas mille ans au pouvoir et il lui a fallu près des trois-quarts de ce temps, soit plus de 7 siècles pour devenir tout à fait la classe dominante, après de nombreuses tentatives insuffisantes et rechutes sous la coupe de l’aristocratie. (…)

L’idée même de socialisme n’a quant à elle guère plus d’un siècle et demi, et ses premières concrétisations sur le terrain, encore moins.

Si Marx a eu mille ans d’histoire de la bourgeoisie à étudier pour en déduire les lois fondamentales du capitalisme, il n’avait pas même un siècle de développement du prolétariat industriel à étudier pour comprendre ses possibilités de réorganisation de l’économie et les fondamentaux d’un nouveau développement économique qui pourrait s’en dégager. Il n’a pu progresser, dans ce domaine, que par approches successives et par déductions prospectives, au fur et à mesure des questions qui se posaient aux partis prolétariens…

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

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Le marxisme était-il à la base

du socialisme en URSS,

et quelles leçons peut-on en tirer ?

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

 

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Démocratie prolétarienne

et planification socialiste :

 

le rôle de l’informatique

et de l’interactivité

Équilibrer une économie socialiste, cela signifie faire correspondre l’organisation et le développement des forces productives aux besoins sociaux réels de la population, en commençant par ceux qui sont absolument vitaux, et cela inclut aussi la détermination et le choix des besoins collectifs, dans tous les domaines.

Évidemment, c’est l’ensemble qui doit tenir compte des ressources disponibles, qui ne sont pas illimitées. Il y a donc des choix à faire, des choix collectifs, bien évidemment, mais qui doivent aussi tenir compte des besoins pour la consommation individuelle.

(…)

Ce qui tenait de la gageure, mais n’a pas empêché l’URSS de se développer, tant qu’elle a tenté de s’en tenir aux fondamentaux du socialisme, tout cela peut être désormais grandement facilité par les nouvelles technologies et le développement de l’interactivité qui fait de la démocratie directe une application pratique…

La cohérence des principes fondamentaux du marxisme pour la phase de transition avec ces développements technologiques, c’est le thème principal de nos études, sur TML, depuis l’échec des luttes contre la Loi El Khomri, et les leçons que nous avons tenté d’en tirer… Un message difficilement reçu par la plupart des pseudos- »marxistes », plutôt désireux de protéger leur petit cocon gaucho-utopiste et idéaliste bourgeois, en réalité.

Pourtant, une telle réflexion avait déjà été tentée, dès les années 90, et assez paradoxalement, en Grande Bretagne, par un économiste (Cockshott) et un informaticien (Cottrell), restés associés depuis, pour ce combat !

 

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De l’époque du Manifeste communiste

à nos jours…

Trois époques,

Trois évolutions de la stratégie

révolutionnaire

 Par notre camarade WH, du site « Les prolétaires de fer »

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/12/trois-epoques-trois-evolutions-de-la-strategie-revolutionnaire/

 

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La Société de l’Arnaque, un thème de réflexion pour 2018…!!

 

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UN THÈME DE RÉFLEXION POUR 2018…:

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   «  La Société de l’Arnaque,

ou « fake-capitalism », c’est le stade suprême

de la Société spectaculaire marchande,

celui où le Spectacle de la monnaie de singe

(QE, DTS, Revenu Universel, etc…),

a totalement fini de remplacer

la marchandise, dont la valeur tend vers zéro

(production robotisée)… »

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Pour nourrir une réflexion sur ce thème…

 

« Robotisation » et « fake-capitalism »,

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Les aléas de l’IA,

de Marx à « Terminator »,

en passant par Benoît Hamon…

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/26/les-aleas-de-lia-de-marx-a-terminator-en-passant-par-benoit-hamon/

 

 

Avec la robotisation et l’automatisation de la production, et même, de plus en plus, des services, les possibilités d’élargissement du capital s’en trouvent-elles augmentées ou au contraire, réduites ?

La baisse tendancielle du taux de profit, dans le processus d’élargissement « productif », amène inexorablement à la deuxième réponse, la réduction… La domination de classe des capitalistes prendra-t-elle fin « naturellement », par un simple tarissement des sources de profits du secteur « productif », cédant « généreusement » la place aux rêveurs gauchistes et autres pseudo- « communistes prolétariens » ou bien la classe dominante a-t-elle déjà une stratégie en œuvre pour « ne rien lâcher » de ses privilèges exorbitants et de son pouvoir… ?

Un débat s’est engagé sur le sujet à partir de l’article :

« Les robots et la révolution »

http://www.proletaire.altervista.org/marxisme/textes/robots-revolution.php

étude écrite sur le sujet par notre camarade WH du site « Les prolétaires de fer »,

Ce débat, constitué d’un échange de mails sur le fond du sujet à permis de dégager les contours essentiels de cette problématique et de voir que l’évolution de la crise ne mène évidemment pas à un surgissement « spontané » du communisme comme solution à la crise…

La bourgeoisie, qui possède le contrôle de tous les leviers du système, a déjà réfléchi à la question, et cela n’a pas échappé non plus au camarade Do, du site VLR, qui nous apporte également cette réflexion, dans un autre échange de mails sur le sujet :

« Peut-être doit-on préciser que c’est parce que l’exploitation de l’homme par l’homme, et donc le capitalisme, n’ayant plus d’objet quand les machines font tout le boulot, que le pouvoir, pour se conserver au moins en tant que tel, doit nécessairement transformer SA société capitaliste en société de l’arnaque. En effet, à ce stade, le pouvoir n’étant plus nécessaire, sa conservation ne peut qu’être une arnaque totale. C’est là, pour parler comme les anciens, que le pouvoir devient visiblement ce qu’il était déjà essentiellement : une maladie mentale. »

Avec encore cette précision supplémentaire que la « maladie de la domination » est pratiquement inséparable de la « maladie de l’accumulation », le capitalisme étant, à travers le processus d’élargissement productif, la « synthèse idéale » de ces deux maladies, assez indissolubles de toutes façons.

Face à l’échéance du « taux zéro » le fake-capitalism tente donc de reconstituer cette « synthèse » via un système d’arnaque institutionnalisé, tant sur le plan monétaire que commercial.

C’est là qu’il est important de comprendre, également, que les « systèmes » type « revenu universel », actuellement basés sur le principe de la « monnaie hélicoptère » de Milton Friedman, ne sont qu’un jalon nécessaire à l’établissement d’un tel système global, reposant entièrement sur une monnaie de singe imposée à grande échelle, c’est à dire quasiment une « fausse monnaie institutionnalisée », à cours forcé par le pouvoir, et telle que déjà largement ébauchée par les « Quantitative Easings » et autres « Droits de Tirage Spéciaux »…

Conserver le contrôle de tous les circuits, production, même « automatisée », distribution, communication, pseudo-« info », « planche à billets », fut-elle totalement « électronique », etc… telle est la seule obsession de la classe dominante actuelle, du moins pour sa partie la plus « consciente », son « avant-garde », en quelque sorte (Attali et autres consorts de « think tanks »…), face à l’échéance du « taux zéro » et de la robotisation totale.

Le surgissement de l’IA, et surtout de l’IA en tant qu’entité autonome, c’est un paramètre supplémentaire que par définition personne ne maîtrise réellement, in fine, mais cela n’empêche donc pas certains de jouer avec le feu (Google), dans le but d’être les mieux placé dans cette course à l’échalote, d’ici la disparition totale de la « productivité » humaine…

La constitution d’une organisation de résistance prolétarienne capable de passer à la contre-offensive et d’arrêter ces manipulateurs mortifères avant l’échéance robotique/IA autonome reste une urgence absolue.

Avoir une vue claire et lucide de ces choses est notre premier atout, même s’il n’est pas suffisant. Encore faut-il le faire comprendre à un plus grand nombre de camarades, ce qui n’est manifestement pas une chose simple, malgré l’évidence… !

Quelques éléments de réflexion, donc, à la suite, republiés simultanément sur TML et sur le blog du camarade WH :

Sur TML, sous le titre :

Les aléas de l’IA, de Marx à « Terminator », en passant par Benoît Hamon…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/26/les-aleas-de-lia-de-marx-a-terminator-en-passant-par-benoit-hamon/

 

Sur « Les prolétaires de fer » :

Robots, IA, Taux de profit zéro : vers une singularité économique ?

http://www.proletaire.altervista.org/marxisme/textes/robots-IA.php

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« La Société de l’Arnaque, ou « fake-capitalism », c’est le stade suprême de la Société spectaculaire marchande, celui où le Spectacle de la monnaie de singe (QE, DTS, Revenu Universel, etc…), a totalement fini de remplacer la marchandise, dont la valeur tend vers zéro (production robotisée)… »

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Encore plus récent sur TML…:

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   NOUVEAU :

Une étude en réponse

aux allégations mensongères du type

« capitalisme=socialisme » 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

  

Le marxisme était-il à la base

du socialisme en URSS,

et quelles leçons peut-on en tirer ?

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

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Solidarité avec la résistance anti-impérialiste en Iran !!

Solidarité avec la résistance

anti-impérialiste en Iran !!

https://avantgarde2009.files.wordpress.com/2018/01/92224261ab2c6fcc937305f3c075da94_xl.jpg?w=919&h=613

 

Le « printemps perse » est terminé (au moins sa première étape)

 

 

https://avantgarde2009.files.wordpress.com/2018/01/000_vm9pf-640x400.jpg?w=484&h=302

 

 

 

Le « printemps perse » est terminé (au moins sa première étape)…

Au moment où ces lignes sont écrites,[This article was originally published in Greek on January 7, 2018. By P. Pap for avantgarde. Translated by PK] des dizaines de milliers de personnes sont dans les rues d’Iran – exprimant leur détermination à défendre leur pays contre les plans des États-Unis et de leurs États clients. Le commandant en chef des Gardiens de la révolution a annoncé que le récent complot contre l’Iran avait été vaincu. (Par le mot « complot », il ne se référait pas aux manifestations, il se référait à ceux qui se cachent derrière les manifestants pour faire avancer leur agenda réactionnaire.)

Avant cela, l’Iran a vu quelque chose qui a été décrit par de nombreux médias occidentaux comme « une vague de manifestations anti-gouvernementales massives » ou même « une insurrection contre le régime ». Un examen plus attentif révèle une réalité quelque peu différente. Anthony Cordesman, analyste stratégique de haut niveau de l’important groupe de réflexion américain du CSIS, note avec justesse que « beaucoup voient ce qu’ils veulent voir dans les derniers troubles, en particulier ceux qui veulent que le régime tombe ». Le New York Times rapporte avec une grande tristesse que Téhéran est « particulièrement calme » et décrit la déception de (quelques douzaines) d’étudiants universitaires dont la manifestation n’a pas attiré grand monde. Ils décrivent les rassemblements comme « relativement peu nombreux … n’entraînant que quelques centaines à la fois ». Le Centre Wilson admet avec regret que « malgré les protestations, peu de choses vont changer en Iran ». Geopolitical Futures écrit que « à ce stade, compte tenu de leur format réduit et que l’économie iranienne a été bien pire que cela ces dernières années, nous ne pensons pas encore que la République islamique soit en danger de chuter ».

Bien sûr, un certain nombre de photos censées représenter des manifestations anti-gouvernementales massives ont circulé – des photos de différents endroits et à différentes époques. Les photos d’une manifestation pro-gouvernementale, le soulèvement à Bahreïn, même des scènes d’un film ont été abusivement présentées comme des photographies de manifestations anti-gouvernementales en Iran. Eh bien, au moins, ils n’utilisaient plus les photos de la place Tahrir …

Conclusion 1 : aucune manifestation anti-gouvernementale ou anti-régime massive n’a eu lieu en Iran. Les seuls qui ont « vu » de telles manifestations étaient le MEK, une organisation anti-régime de la diaspora iranienne et un animal de compagnie des services secrets de l’Empire, profondément ancré dans leurs plans ; le fils du Shah ; et une partie de la gauche trop excitée et rêveuse qui a célébré un « triomphe » après l’autre depuis les années 90.

Conclusion 2 : Aucune personne sérieuse ne s’attendait à ce que ce mouvement renverse un quelconque régime. En dehors de la « gauche » susmentionnée.

Conclusion 3 : Cette sorte de « gauche » semble vouloir prouver qu’elle est plus papiste que le pape. Nous nous demandons le pourquoi de cela.

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 Du déjà-vu…

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Mais si l’on prenait le sentiment général ici en Occident, il faudrait arriver à une conclusion qui ressemble à ceci :

Le peuple se lève et organise des rassemblements pacifiques massifs contre le régime. (Les rassemblements, de loin plus massifs qui ne sont pas contre le gouvernement, sont « oubliés ».)

Des préoccupations humanitaires surgissent tout autour du monde civilisé occidental, car les dictateurs n’ont pas été influencés par les Lumières et, par conséquent, sont enclins à commencer à massacrer leur propre peuple.

La violence éclate, des coups de feu sont tirés, des policiers et des civils tombent morts.

Avec des jeu de mots, les victimes sont toutes portées contre le régime.

Une opinion publique occidentale – qui pourrait être incapable de trouver le pays sur une carte du monde – s’arme de sa supériorité morale et se lance dans une autre mission civilisatrice afin de lui apporter la démocratie et les droits de l’homme.

Et que penser si les dernières élections ont eu un taux de participation de 70% (beaucoup plus élevé que la plupart des pays occidentaux), avec 41 millions de personnes qui ont voté ? Ces gens, cela, ne veut rien dire ? Ils ne représentent pas Le Peuple ? Ceux qui vraiment disent quelque chose seraient donc les quelques dizaines qui ont déchiré l’affiche du « dictateur ». Ce sont ces gens qui exigent « la liberté, la démocratie » et d’autres mots gentils…

L’accompagnement habituel des gauchistes occidentaux – avec à leur actif combien de succès contre leur propre classe bourgeoise, en réalité ? – découvre l’internationalisme et prend la tâche de renverser la classe bourgeoise d’un autre pays, qui se trouve être un ennemi de son propre pays. (Peu de gens s’inquiètent que leur « internationalisme » soit aligné sur l’ « internationalisme » de Trump, Haley et Netanyahu – encore une fois.)

Ce jeu a été répété d’innombrables fois et le modèle est malheureusement prévisible. Une autre révolution de couleur a commencé, annonçant une nouvelle intervention impérialiste.

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 Un peu de sociologie (ce que les Marxistes de terrain appellent « Marxisme »)

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Étant donné l’agression occidentale contre l’Iran et les récentes campagnes de propagande honteuses et manifestement fausses contre la Syrie, il faut être très prudent quant à la validité des rapports des médias occidentaux. Cette fois, ils parlent de problèmes économiques qui ont amené les gens à sortir dans les rues. Inflation, chômage, inégalité, corruption.

Laissez-nous examiner ces revendications…

Source : FMI

La ligne bleue représente l’inflation, qui était proche de 50% en 1995 et de près de 35% en 2014. L’idée que l’inflation actuelle de 10,1% pourrait déclencher une sorte de rébellion est donc ridicule.

Voyons maintenant le chômage en Iran. C’est 11,4%. Seulement, ces taux n’ont rien d’inhabituel dans le pays : en 2010, le taux de chômage était de 13,5% et en 2015 de 11,1%. Donc, l’idée que le chômage actuel de 11,4% pourrait déclencher une sorte d’insurrection est également ridicule.

Source : Banque mondiale

Laissez-nous examiner l’inégalité. Il est mesuré avec l’indice de Gini (0 égalité absolue, 100 inégalité absolue). La République islamique d’Iran a un indice de Gini d’environ 37. La Grèce a un score similaire, tandis que les États-Unis ont un score de 41, l’État sioniste environ 43 et le Royaume-Uni 32,5. Les indices les plus élevés se trouvent en Afrique et en Amérique latine, avec des scores compris entre 50 et 60, tandis que les plus faibles sont autour de 25. Le niveau d’inégalité en République islamique n’est pas très élevé. (Source : Banque mondiale)

En ce qui concerne la corruption, il y a ce que l’on appelle « l’indice de perception de la corruption », sur la base duquel l’Iran occupe une place importante dans la corruption (il est le 131e moins transparent sur 176 pays). Mais cet indicateur est clairement biaisé. Afin d’obtenir une image de l’ampleur du parti pris, cette liste nomme la RPDC comme le pays le plus corrompu de la planète, alors que les 20 pays les plus corrompus comprennent le Venezuela, le Soudan, l’Irak, l’Afghanistan, la Somalie et la Libye.

Ce qui précède ne nie pas le fait que le gouvernement Ruhani est en effet un gouvernement libéral, qui a en effet pris des mesures antipopulaires. Et malgré le fait que les niveaux actuels de chômage et d’inflation ne sont pas sans précédent, les personnes qui en sont victimes ont effectivement le droit (et devraient) se battre contre cela. Les manifestations initiales ont en effet été provoquées par des griefs économiques légitimes. Il y a aussi un malaise parce que, avant les élections, Ruhani a attisé des espérances selon lesquelles l’accord nucléaire – avec l’assouplissement subséquent des sanctions – apporterait une revitalisation de l’économie et créerait plus d’emplois. Ces attentes n’ont pas été satisfaites jusqu’à présent.

Mais regardons quelques données sur l’économie et la société iraniennes qui ne sont pas susceptibles d’être mentionnées par les médias occidentaux. La chute des prix du pétrole, l’échec de la République islamique à protéger ses transactions par des produits dérivés et le coût de l’économie souterraine qui s’est développée sur la base des sanctions ont pesé sur l’économie iranienne, mais le principal problème est les sanctions. À titre indicatif, signalons que l’Iran a exporté 2,5 millions de barils de pétrole par jour en 2011 ; à la fin de 2013, ce nombre était tombé à 1,1 million.

Source : Council for Foreign Relations

En 2011, les recettes d’exportation iraniennes s’élevaient à 99 milliards de dollars. En 2012, ils sont tombés à 68,3 milliards de dollars, 48,8 milliards de dollars en 2013, 50,7 milliards de dollars en 2014, 29,4 milliards de dollars en 2015 (avec la chute des prix du pétrole) et en 2016, 36,2 milliards de dollars.

Ce qui retarde l’économie iranienne, ce sont les sanctions. Celles-ci ne sont pas causées par les dirigeants iraniens, mais par les impérialistes. Si l’on se préoccupe du niveau de vie et des griefs économiques du peuple iranien et si on veut se mobiliser pour cela, on devrait frapper à la porte de l’ambassade américaine et des bureaux de l’Union européenne – et exiger que toutes les sanctions contre l’Iran soient levées immédiatement.

Certaines autres données sociologiques que nous n’entendrons pas dans les médias occidentaux concernent les réalisations de la révolution iranienne. Un indicateur important de la qualité de vie d’une population est l’indice de développement humain (IDH), qui est fonction de l’espérance de vie, de l’alphabétisation, de l’éducation et de la qualité de vie. Or cet indice a explosé depuis la Révolution : de 0,542 en 1975, il était de 0,739 en 2012. C’est une formidable réussite pour une colonie qui n’a obtenu son indépendance que depuis 39 ans.

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Quelques notes sur l’action de l’impérialisme (que des « marxistes » de pacotille appellent «théories du complot»)

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Commençons par placer l’Iran sur la carte. L’image date de 2012, mais on peut facilement avoir une vue d’ensemble : l’Iran est un pays encerclé par des bases américaines.

 

 

Continuons avec les mémoires du général quatre étoiles Wesley Clark. Le général dit que dix jours après le 11 septembre, le Pentagone faisait déjà des plans pour l’invasion de l’Irak et invoque un document contenant le fameux plan « sept pays en cinq ans », l’Iran étant la cible finale. Il a dit plus ou moins la même chose à Democracy Now en 2007. Notons également que l’Iran a été inclus dans « l’Axe du Mal » de Bush en 2002 (avec l’Irak et la RPDC).

En 2009, le Brookings Institute a publié une brochure très intéressante et complète intitulée « Quel Chemin vers la Perse ? Options pour une nouvelle stratégie américaine vers l’Iran ». Notez que le chapitre 6 de cette étude s’intitule « La révolution de velours : soutenir un soulèvement populaire », et le chapitre 7 s’intitule « Inspirer une insurrection : soutenir les groupes minoritaires et d’opposition iraniens ».

En octobre 2017, l’Institut CATO a également publié une brochure intéressante sur le sujet, examinant des alternatives similaires.

L’administration Trump a fait tout ce qui était en son pouvoir pour forger un axe anti-iranien. En février, Trump a qualifié l’Iran de « plus grand sponsor du terrorisme dans le monde ». Puis est venu son voyage au Moyen-Orient en mai, après quoi Téhéran a été frappé par une attaque terroriste.

Le 2 juin 2017, le New York Times a écrit sur le « Prince noir » ou « L’Ayatollah Mike », les surnoms par lesquels Michael D’Andrea, le nouveau chef des opérations clandestines de la CIA contre l’Iran, est connu. Parmi ses nombreuses références figurent l’assassinat d’Imad Mughniyeh ( l’homme n ° 2 du Hezbollah ) en 2008 à Damas et des milliers d’exécutions extrajudiciaires par drones au Pakistan. Le journal a noté : « Le nouveau rôle de M. D’Andrea est celui de l’un des nombreux mouvements à l’intérieur de l’agence d’espionnage qui signalent une approche plus musclée des opérations secrètes … « Il peut mener un programme très agressif, mais très intelligemment », a déclaré Robert Eatinger, ancien avocat de la C.I.A. qui était profondément impliqué dans le programme de drones de l’agence. « 

Le même jour, le Wall Street Journal publiait un rapport sur le « nouveau centre de mission créé par la CIA pour faire monter la pression en Iran », indiquant que cette action reflétait la décision du gouvernement de faire du pays une cible prioritaire pour les espions Américains.

Mentionnons également que le chef de la CIA est Mike Pompeo, un faucon anti-iranien et l’un des adversaires les plus durs de l’approche d’Obama à ce sujet.

En outre, une réunion entre les responsables américains et israéliens a eu lieu en décembre 2017 pour discuter d’une « stratégie visant à contrer l’agression iranienne au Moyen-Orient ». Il s’est avéré que « les États-Unis et Israël sont d’accord sur les différents développements dans la région et en particulier ceux qui sont liés à l’Iran. Nous sommes parvenus à des accords sur la stratégie et la politique nécessaires pour contrer l’Iran. Notre entente porte sur la stratégie globale mais aussi sur les objectifs concrets, les moyens d’action et les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs ». Le 1er janvier 2018, nous avons appris que les États-Unis avaient donné le feu vert à l’Etat sioniste pour assassiner le chef des gardes révolutionnaires.

Ce qui précède prouve hors de tout doute que l’Iran est dans la ligne de mire de l’impérialisme, et que la politique étrangère américaine est devenue encore plus dure à son égard. Nous ne savons pas s’il y a des escrocs qui veulent remettre en question ce fait, mais il nous semble nous souvenir de certains qui ont qualifié d ‘« imaginaire » l’agression impérialiste également bien connue et documentée contre la Syrie, prétendant même que les États-Unis étaient en … une sorte d’alliance avec Assad contre la … révolution.

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 Quelques éléments de politique

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Les révolutions ne se produisent pas sans leadership politique ou sans planification. Le fait qu’une personne soit affectée par un problème ne signifie pas nécessairement que cette personne connaît également la solution du problème – un chômeur grec peut penser que ce sont les immigrés qui sont responsables de son chômage. Quand on voit des gens descendre dans la rue, il faut d’abord demander sur quel programme ils se mobilisent ; qui conduit ; qui finance ; quelle idéologie prévaut. Ce qui précède est si simple qu’il devrait aller de soi. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas.

Alors, que se passe-t-il en Iran ? Qui sont les gens qui manifestent ? Quel est ce mouvement que nous voyons dans les rues, avec lequel Trump, le MEK, les gauchistes de pacotille et divers idiots utiles se précipitent pour déclarer leur solidarité ?

En fait, il n’y a pas de mouvement unique. Il y en a au moins trois ou quatre. Le premier est constitué par les islamistes (inspirés des principes de la Révolution de 1979), des gens à principes qui se méfient des réformes libérales et de l’attitude pro-occidentale (selon les normes iraniennes) du président Hassan Ruhani. Il semble que ce sont eux qui ont dirigé le mouvement que nous avons vu dans les rues au cours des premiers jours. Ce mouvement exprimait des exigences économiques basées sur des problèmes réels et une opposition à une politique économique libérale existante du gouvernement, très probablement dans le contexte d’une lutte interne entre les deux principaux camps politiques dans le pays (une lutte qui ne se limite pas au niveau économique mais s’étend à la politique étrangère, au rôle de la religion, etc.). Le Kayhan, un journal de Principes proche du ministère du Renseignement, a reconnu que les gens ont des motifs pour leurs plaintes économiques et qu’ils ont raison d’être dans la rue. Même le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Khamenei, critiquait la politique économique du gouvernement. Un jour avant le début des manifestations, il a déclaré que le pays faisait face à des prix élevés, à de l’inflation et à la récession, et a appelé les autorités à résoudre les problèmes. Il n’a pas parlé contre les protestations tant qu’elles étaient pacifiques ; il est intervenu seulement quelques jours après le début des violences, le 2 janvier (après cinq jours de protestations), affirmant que « les ennemis ont utilisé divers moyens pour infliger des coups à la nation iranienne et aux institutions islamiques au cours des derniers développements dans le pays ».

Le deuxième mouvement, les réformistes, est l’évolution du Mouvement Vert de 2009, qui a contribué à l’ascension de Ruhani à la présidence. Le mouvement réformiste pousse à une réforme libérale et a récemment contribué à la levée de l’obligation des femmes de porter le hijab. Ce mouvement n’a pas pris les rues cette fois, se distanciant des manifestations. Ruhani lui-même, cependant, a reconnu qu’il y avait de vrais problèmes économiques et des raisons de manifester, et a décrit les manifestations initiales (avant le déclenchement de la violence) comme « une opportunité, pas une menace ».

Pour avoir une idée des différences en termes de politique économique entre les fondamentalistes et les réformistes, on peut lire le passage suivant de Cordesman : « La Banque mondiale et le FMI ont tous deux trouvé qu’Ahmadinejad a quitté son poste après avoir créé un cauchemar et mal géré le gouvernement et le développement, la dette, les subventions alimentaires et énergétiques, l’expansion du secteur public et les obstacles à l’industrie privée et à un développement effectif devenant l’un des leaders les plus incompétents de l’histoire de l’Iran. » Les réformes de Ruhani vont dans la direction opposée.

Ces deux mouvements font pression pour les politiques qu’ils jugent appropriées dans le contexte de l’État iranien, mais ils ne sont pas intéressés à renverser la République islamique. Peu importe si l’on est d’accord ou pas avec leurs politiques, les gens ont le droit de sortir dans la rue et de faire pression pour ce qu’ils pensent être mieux. Le gouvernement iranien et la Constitution iranienne reconnaissent ce droit, après tout.

Il y a aussi un troisième mouvement qui, contrairement aux deux premiers, s’intéresse à cela : renverser le régime iranien avec l’aide de l’impérialisme et au service de l’impérialisme. Les leaders de ce mouvement sont basés principalement en dehors de l’Iran, et sont devenus les animaux de compagnie des services secrets des différents pays de l’Empire, entièrement intégrés dans leurs plans. Ils maintiennent un petit réseau de partisans en Iran, mais la majeure partie est à l’étranger. L’organisation de base de ce mouvement est le MEK, les « Moudjahidin du peuple », qui se cachent derrière le « Conseil national de la Résistance iranienne », basé en France. En 2012, Haaretz a écrit que l’organisation avait assassiné des scientifiques nucléaires iraniens au nom de l’Etat sioniste, le gouvernement américain en étant conscient. Le MEK peut être trouvé dans tous les documents sérieux de l’impérialisme, ils sont décrits comme une armée par procuration potentielle sur le terrain lors d’une attaque contre l’Iran et en tant que régime Kollabo à la « Quisling » potentiel pour le lendemain de l’agression.

( Sur l’image, Maryam Radjavi,Leader du MEK, avec McCain)

Un bref défilement vers le bas sur le site web du MEK révélera un certain nombre d’articles avec des titres tels que  » les Etats-Unis avec le peuple iranien « ,  » des manifestants iraniens prêts à mourir pour un changement de régime », « merci Trump mais nous avons besoin de plus de soutien », « Trump a raison sur l’Iran » etc. Et il y a aussi le fils du Shah, une figure politique active de la diaspora (basée sur – quelle surprise ! – Washington) avec ses partisans. Nous soutenons la répression impitoyable contre ces agents de l’impérialisme et nous nous réjouissons des nouvelles sur le démantèlement de leurs cellules.

Et puis il y a les différentes minorités d’Iran. Les manifestations dans les régions kurdes de l’Iran sont un mouvement différent qui n’est pas lié à ce qui précède. Par exemple, lorsque le Parti de la liberté du Kurdistan appelle la communauté internationale ( c’est-à-dire l’OTAN ) à l’aider contre le régime, tout le monde peut comprendre qu’il ne mobilise pas les gens dans un agenda lié aux problèmes économiques.

Il y a eu plusieurs reportages sur le fait que des slogans réactionnaires ont été chantés dans les manifestations. À côté des slogans exprimant la nostalgie de la monarchie dictatoriale du Shah, appelant à « Mort au dictateur » (apparemment Khamenei) et « Mort à Ruhani », il y a des vidéos montrant de petites foules scandant « Nous sommes de la race d’Aryaee [Aryens], nous ne vénérons pas les Arabes « ,  » Mort au Hezbollah « ,  » Quittons la Syrie, pensons à nous « , » Je donne ma vie pour l’Iran, pas pour Gaza et le Liban « . Qui a scandé ces slogans ? Et qui a ouvert le feu contre la police et les manifestants ?

Il est extrêmement improbable que le premier mouvement, celui des fondamentalistes, ait soulevé de tels slogans, car il reste attaché aux principes de la révolution de 1979. Le deuxième mouvement, celui des réformistes, ne devait en aucun cas psalmodier « Mort à Ruhani » ni appeler au renversement du régime. Les personnes qui ont soulevé ces slogans viennent probablement du troisième mouvement (pro-monarchistes et MEK), qui ont trouvé l’opportunité de se cacher derrière les manifestants afin de faire avancer leur programme réactionnaire. Dans toutes les vidéos liées, les foules qui chantent ces slogans sont petites ; mais manipuler des images pour fabriquer une « réalité » à présenter au monde extérieur n’est pas une tâche difficile pour quelqu’un ayant les moyens appropriés (accès aux médias occidentaux).

Il est révélateur que, lorsque les autorités ont demandé aux manifestants de quitter la rue après le déclenchement de la violence, les manifestants l’ont fait. Le peuple iranien a tiré des leçons de ce qui se passe dans la région. Ils ont vu ce qui s’est passé en Syrie, où l’insurrection islamiste s’est cachée sous un véritable mouvement de réforme politique qui se déroulait dans les rues à ce moment-là. Oui, un certain nombre de personnes sont mécontentes et ont des griefs économiques légitimes, mais elles n’ont pas pris la rue pour renverser leur gouvernement ou le régime iranien et ne sont pas devenues des idiots utiles du MEK, de l’Etat sioniste et des Etats-Unis. Ce sont probablement les mêmes personnes qui ont participé aux manifestations massives qui ont suivi, condamnant l’intervention des États-Unis et de l’État sioniste dans leur pays.

Si quelqu’un de la « Gauche trop excitée » veut préciser lequel de ces mouvements ils soutiennent, nous attendons avec intérêt d’en entendre parler. Mais gardons à l’esprit que la consigne « je soutiens le peuple iranien qui se lève pour renverser le régime » a déjà été prise par le MEK.

 

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Réactionnaires vs progressistes, ou comment les mots peuvent perdre tout leur sens

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Plusieurs « marxistes » occidentaux ont été en compétition les uns avec les autres en peignant le régime iranien avec des couleurs « réactionnaires ». Ils pensent probablement que l’insulte aux régimes des pays qui se trouvent être la cible de « leur » classe bourgeoise leur vaudra une médaille d’indépendance de classe. Ce qu’ils réussissent vraiment à faire, c’est soutenir leur propre bourgeoisie, en s’alignant sur elle au niveau de la propagande. Le mot « dictatorial » (qui vient de l’académie violemment anti-communiste de la guerre froide, qui a divisé la planète en démocraties libérales et en dictatures) est aussi largement utilisé.

Avec quoi exactement comparent-ils le régime politique iranien ? Le comparent-ils avec les régimes des pays voisins ? Essaient-ils de dire, par exemple, que l’Iran est réactionnaire par rapport à l’Arabie saoudite ? En comparaison avec l’état sioniste, peut-être ? Le comparent-ils avec les régimes de leurs propres pays, pour lesquels ils n’ont jamais utilisé de telles caractérisations ?

Nous demandons :

__Est-ce réactionnaire qu’une nation de 80 millions de personnes puisse ne plus vivre sous le joug impérialiste ?

__Est-ce réactionnaire que le surplus produit par la classe ouvrière iranienne ne soit pas volé par les impérialistes étrangers ?

__Est-ce réactionnaire que l’Iran n’ait pas de bases militaires américaines ? (C’est le seul pays de la région dans ce cas.)

Si l’on se penche sur les courants de l’Islam au Moyen-Orient, on verra essentiellement trois d’entre eux. Le wahhabisme d’Arabie saoudite, les Frères musulmans et l’islam chiite avec l’Iran comme centre politique et religieux. Les deux premiers courants utilisent le sectarisme et essaient de fomenter des divisions et des dissensions religieuses, et c’est précisément la raison pour laquelle ils ont une longue histoire de collaboration avec les impérialistes contre les nationalistes arabes laïques et le panarabisme. Le troisième courant prend fermement position contre le sectarisme et l’intolérance religieuse et appelle à l’unité des musulmans indépendamment de la doctrine contre l’Etat sioniste et l’Amérique.

Est-ce réactionnaire ?

__Est-ce réactionnaire que les arbres de Noël soient décorés à Bagdad et que les dirigeants de l’Axe de la Résistance félicitent les chrétiens à Noël ?

__Est-ce réactionnaire que l’Iran envoie des armes et de l’aide à la Palestine (sunnite) ?

__Est-ce réactionnaire que l’Iran ait contribué – pas seulement en paroles, mais en actes, et en actes qui ont coûté du sang – à l’écrasement de l’Etat Islamique et des autres « rebelles » djihadistes impériaux en Syrie ?

__Est-ce réactionnaire que l’Iran soutienne le Hezbollah, sans lequel le Liban serait désormais une province de l’Etat sioniste ?

__Est-ce réactionnaire que l’Iran soutienne les Ansarullah (Houthis) au Yémen ?

__Est-ce réactionnaire que l’Axe de la Résistance n’ait pas permis à l’impérialisme de faire du Moyen-Orient son terrain de jeu ?

OK, mais les femmes sont obligées de porter le hijab, et c’est réactionnaire, dirait un libéral. Hélas (pour les « libéraux » et les gauchistes de service…), ce n’est plus le cas, les femmes sont libres de ne pas porter de hijab si elles le souhaitent.

Le régime politique de l’Iran est bien sûr un régime bourgeois autoritaire, et si nous étions en Iran, nous serions dans l’opposition. Le programme communiste ne peut que se battre pour un Moyen-Orient socialiste sur les ruines de tous les régimes bourgeois. Mais la question au Moyen-Orient à ce stade n’est pas le socialisme ou le capitalisme (si quelqu’un pense que c’est la question, nous l’exhortons à nous montrer les forces politiques qui s’intéressent au socialisme, afin que nous puissions les soutenir aussi). La question est de savoir si le Moyen-Orient sera sous le talon de l’Empire ou non. Le dilemme est soit la résistance anti-impérialiste, soit la recolonisation.

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Réactionnaire vs progressiste

– restituer le sens des mots

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Voici une liste de choses qui sont vraiment réactionnaires :

__Les travailleurs des pays du Sud travaillant comme des esclaves et les surplus qu’ils produisent sont volés non seulement par leur propre bourgeoisie, mais aussi par Wall Street et la City.

__Plus d’un quart de siècle de croisade de l’Empire pour réaffirmer son hégémonie au Moyen-Orient et sur la planète, qui a fait des millions de morts, des destructions incalculables et menace désormais de mettre la planète en feu (nucléaire).

__Les États-Unis ont plus de 800 bases autour du globe, d’où les opérations de répression de tout mouvement progressiste – plus encore des mouvements révolutionnaires – vont commencer. (Soit dit en passant, que les camarades trop excités nous disent, est-ce que les Etats-Unis ont déjà soutenu un mouvement progressiste ?) Ils ne l’ont pas fait, n’est-ce pas ?

 __La doctrine diviser pour régner de l’Empire.

__Les forces que l’Empire utilise comme auxiliaires dans le contexte de sa doctrine de diviser pour régner : les factions les plus obscurantistes de l’islam politique qui utilisent le sectarisme et fomentent la division selon des principes religieux.

__L’Etat sioniste et la tactique de l’apartheid et du nettoyage ethnique qu’il emploie contre les Palestiniens.

__La monarchie la plus obscurantiste de la planète est un allié du monde occidental libre, l’Arabie Saoudite, qui mène depuis près de trois ans une guerre quasi-génocidaire contre le Yémen avec le soutien de l’Empire.

Un autre mot que nous entendons souvent est le mot « antidémocratique », utilisé en Occident pour décrire les « États voyous » (Iran, RPDC, Syrie, Cuba, Venezuela, etc.), comme si des pays se trouvant être la cible de l’impérialisme et sous un siège constant pouvaient survivre sans maintenir un état d’urgence.

Ce qui est vraiment antidémocratique, ce sont les fonctionnaires du Département d’Etat qui déclarent qu’ils ne respectent pas la souveraineté nationale d’un pays et qu’ils se réservent le droit d’intervenir où et quand ils le veulent – et de le faire effectivement.

C’est la grande image. C’est cela le vrai tableau, les États qui résistent sont en fait les vrais défenseurs de la démocratie contre le despotisme mondial de Wall Street, note le blogueur Gowans (*).

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Les tâches des communistes

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Les communistes en Iran ont un travail très difficile. D’une part, ils doivent maintenir leur indépendance politique et leur programme et ne pas capituler devant le clergé ou n’importe quelle partie de la bourgeoisie iranienne. En même temps, ils doivent reconnaître que leur ennemi numéro un est l’impérialisme qui menace à la fois le pays et les forces de résistance dans tout le Moyen-Orient. Nous sommes très réservés lorsque nous critiquons la gauche dans les pays qui se trouvent en ligne de mire de l’impérialisme – dans la mesure où elle ne s’est pas transformée en porte-parole de l’OTAN et n’a pas été formée pendant les troubles (comme cela a été le cas une soi-disant « gauche » syrienne que divers escrocs ont promu). Nous comprenons combien il est difficile de prendre la bonne position – internationaliste, c’est-à-dire correspondant aux intérêts de la révolution mondiale – face aux diverses pressions nationales.

Les communistes en Occident ont des tâches beaucoup plus simples. Nous avons la chance d’être confrontés à un seul ennemi, et celui qui se trouve à proximité : « la nôtre », la classe bourgeoise domestique. Nous devons défendre le droit de l’Iran à l’autodétermination contre l’agression impérialiste, à laquelle « notre » pays participe. Mais une intervention impérialiste ne commence pas de manière militaire directe. L’Empire a grandement amélioré ses méthodes. Avant les bombes vient une révolution colorée (généralement enracinée dans les problèmes réels de la population), suivie par les campagnes de diabolisation bien connues contre la direction et le peuple de « l’ennemi ». En Occident, cela a été historiquement lié aux missions et au devoir de « civiliser les barbares ». Le droit international a été façonné en conséquence, y compris des concepts tels que la « responsabilité de protéger » (R2P) et « l’intervention humanitaire ». Ce sont des idéologies profondément racistes qui empoisonnent l’esprit du prolétariat domestique, et nous devons nous y opposer totalement et activement. Nous devons également contrer les campagnes de propagande « humanitaire » qui suivront sans aucun doute. Nous devons saper le niveau de confiance que le prolétariat domestique éprouve à l’égard de sa bourgeoisie en exposant ses mensonges humanitaires tels qu’ils sont réellement : des prétextes pour le vol impérialiste et la soumission des autres peuples sous son joug. Nous devons exiger la levée immédiate des sanctions qui portent préjudice à nos frères et sœurs de classe en Iran, et sont responsables de leurs problèmes économiques et de leurs griefs.

En Grèce, [pays de l’auteur de l’article original**] nous devons lutter contre la politique étrangère du gouvernement, qui tente de moderniser stratégiquement le pays au détriment des peuples de la région, s’alliant à l’État sioniste, vendant des armes à l’Arabie Saoudite et intensifiant ses provocations contre la Turquie. Mentionnons ici que les navires qui ont bombardé la Syrie en avril dernier ont quitté un port grec. Mentionnons également que ce crime n’a pas suscité d’opposition ou de protestation significative. Bien sûr ! Avec une grande partie de la gauche qui paraphrase la propagande ennemie sur le « dictateur qui assassine son propre peuple », qui était là pour se mobiliser ?

Les divers communistes en Grèce et en Occident feraient bien de cesser de se cacher derrière les déclarations du Tudeh. Ils ont des tâches différentes de ce parti. Et s’ils ont, comme ils le prétendent, de bonnes suggestions sur ce que le prolétariat iranien doit faire, ils devraient les traduire en farsi et les y envoyer. Le prolétariat iranien ne peut pas les lire en grec, et c’est une honte terrible de manquer d’une telle sagesse …

Tout développement progressiste au Moyen-Orient et sur la planète exige la défaite et la dissolution de la Sainte-Alliance de nos jours, qui a son siège à Washington depuis 1945. Il y a des forces au Moyen-Orient qui font plus qu’assez à cette fin. L’Axe de Résistance (Muqawama), la principale force qui lutte pour libérer la Palestine et empêcher le Moyen-Orient de devenir une zone dominée par l’OTAN, se renforce après une dure bataille contre les forces de l’Empire. Les « rebelles » impérialistes « djihadistes » ont été écrasés en Syrie. L’EI a été anéanti en Syrie et en Irak ( au moins jusqu’à ce que l’Empire ait engendré la version 2 de l’EI). L’impérialisme est entravé par la discorde et la confusion et ses contradictions internes qui se creusent.

Il est temps que le prolétariat conscient de l’Occident soit enfin à la hauteur de ses tâches. Le premier pas dans cette direction consiste à tirer des conclusions du flot sanglant des opérations de changement de régime dont nous avons été témoins au cours des sept dernières années. Malheureusement, les articles écrits par la « gauche » sur l’Iran montrent que nous avons probablement encore un long chemin à parcourir ; néanmoins, nous sommes optimistes.

[Note des traducteurs français : on voudrait bien pouvoir l’être aussi… !]

[Viriato/Luniterre]

** Source grecque de la traduction anglaise :

https://avantgarde2009.wordpress.com/2018/01/11/iran-groundhog-day/

(* https://gowans.wordpress.com/ )

Source de la traduction française, sur TML :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/15/solidarite-avec-la-resistance-anti-imperialiste-en-iran/

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Une « Évangile » de l’Intelligence Artificielle sauvera-t-elle le capitalisme…?

 

 

 

Une « Évangile »

de l’Intelligence Artificielle

sauvera-t-elle

le capitalisme…?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le camarade Jimmy Dalleedoo, qui nous avait déjà fourni l’occasion d’un débat fort intéressant et utile à l’occasion de la sortie de son livre :

« L’Évangile de la philosophie et de la Révolution »

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/22/sur-la-nature-ontologique-ou-epistemologique-du-materialisme-dialectique/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/31/syndicalisme-etou-politique-une-seconde-critique-du-livre-levangile-de-la-philosophie-et-de-la-revolution/

 

vient de retenter l’aventure de nous éclairer sur un autre sujet :

« La prochaine révolution de la production sociale passera par l’intelligence artificielle : sommes-nous prêts ? »  

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-prochaine-revolution-de-la-200490

 

https://www.legrandsoir.info/la-prochaine-revolution-de-la-production-sociale-passera-par-l-intelligence-artificielle-sommes-nous-prets.html

 

Éclaircissement ou confusion totale ?

L’auteur tente de nous résumer le concept marxiste de baisse tendancielle du taux de profit…

Il y serait presque arrivé, même si de façon assez sommaire :

 

« En effet, la force de travail humaine exploitée dans les procès de production réalise le profit à elle seule. Il en résulte une question : si cette force de travail humaine était remplacée par les machines, qui réaliserait alors le profit ? »

Même si de manière plus qu’approximative, la question est posée, et on attend logiquement une réponse dans la suite de l’article…

Or le seul embryon de piste que l’on y trouve semble être ceci :

 

« C) L’oligarchie au pouvoir va chercher à augmenter son taux de profit et dans cette logique, elle va réduire les coûts de production. Elle poussera alors à la réduction des salaires et au remplacement des hommes par les machines. »

Malheureusement, c’est un peu l’histoire du serpent qui se mord la queue pour assouvir sa faim…

Si l’oligarchie réduit les salaires sur un temps de travail constant, elle sauve effectivement en partie son taux de profit…

Mais en remplaçant les hommes par des machines elle se remet aussitôt dans le cycle réducteur grossièrement schématisé dans la question quelques lignes auparavant…

Question qui reste donc sans réponse…

Ce qui montre que l’auteur n’a pas réellement compris ce qu’il tente de nous expliquer…

Si l’oligarchie financière est obligée de « moderniser » et d’accroître la « productivité » pour une quantité de main-d’œuvre de plus en plus réduite, ce n’est pas d’abord pour augmenter son profit, qui, effectivement, tend à se réduire en termes de marges sur les produits finis, mais pour faire face à la concurrence, qui joue inexorablement à la baisse, en fait, pour conquérir le marché.

A terme, si la production est entièrement automatisée, il n’y a plus que le capital fixe à amortir.

Si tous les concurrents d’un secteur d’activité en arrivent à ce stade avec des techniques de productions similaires, il sont amenés à vendre pratiquement à prix coûtant pour être simplement présents sur le marché et la plus-value liée au travail salarié ayant disparu, leur marge tend effectivement vers 0% et leur taux de profit aussi.

Le seul moyen de contourner ce problème est donc d’avoir le monopole absolu de tout un secteur d’activité, de façon à ne pas être contraint à réduire les prix face à la concurrence.

Encore faut-il qu’il reste des acheteurs solvables…

D’où les projets de « revenus universel » pour ne pas assécher complètement le « marché », qui devient tout à fait artificiel, dans ce cas…

Un « revenu universel » payé en monnaie de singe, vu qu’il n’y a plus réellement d’élargissement du capital à travers le processus productif…

Effectivement, c’est là une évolution du capitalisme qui n’était pas prévue par Marx, qui pensait que la Révolution socialiste arriverait bien avant ce stade de dégénérescence du capitalisme !

Néanmoins il avait, quant à lui, répondu clairement à la problématique posée par la perspective de l’automatisation totale de la production. Cela se trouve dans son ouvrage « Grundrisse » dont aucune traduction française ne figure sur le net…

 

« To the degree that labour time – the mere quantity of labour – is posited by capital as the sole determinant element, to that degree does direct labour and its quantity disappear as the determinant principle of production – of the creation of use values – and is reduced both quantitatively, to a smaller proportion, and qualitatively, as an, of course, indispensable but subordinate moment, compared to general scientific labour, technological application of natural sciences, on one side, and to the general productive force arising from social combination [Gliederung] in total production on the other side – a combination which appears as a natural fruit of social labour (although it is a historic product). Capital thus works towards its own dissolution as the form dominating production. »

https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/grundrisse/ch13.htm

 

« As soon as labour in the direct form has ceased to be the great well-spring of wealth, labour time ceases and must cease to be its measure, and hence exchange value [must cease to be the measure] of use value. »

https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/grundrisse/ch14.htm

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DE PLUS, IL Y A DONC 170 ANS, MARX AVAIT QUASIMENT ANTICIPÉ L’IA… :

«  As long as the means of labour remains a means of labour in the proper sense of the term, such as it is directly, historically, adopted by capital and included in its realization process, it undergoes a merely formal modification, by appearing now as a means of labour not only in regard to its material side, but also at the same time as a particular mode of the presence of capital, determined by its total process – as fixed capital. But, once adopted into the production process of capital, the means of labour passes through different metamorphoses, whose culmination is the machine, or rather, an automatic system of machinery (system of machinery : the automatic one is merely its most complete, most adequate form, and alone transforms machinery into a system), set in motion by an automaton, a moving power that moves itself ; this automaton consisting of numerous mechanical and intellectual organs, so that the workers themselves are cast merely as its conscious linkages.

..

Its distinguishing characteristic is not in the least, as with the means of labour, to transmit the worker’s activity to the object ; this activity, rather, is posited in such a way that it merely transmits the machine’s work, the machine’s action, on to the raw material – supervises it and guards against interruptions. Not as with the instrument, which the worker animates and makes into his organ with his skill and strength, and whose handling therefore depends on his virtuosity. Rather, it is the machine which possesses skill and strength in place of the worker, is itself the virtuoso, with a soul of its own in the mechanical laws acting through it ; and it consumes coal, oil etc. (matières instrumentales), just as the worker consumes food, to keep up its perpetual motion. The worker’s activity, reduced to a mere abstraction of activity, is determined and regulated on all sides by the movement of the machinery, and not the opposite. The science which compels the inanimate limbs of the machinery, by their construction, to act purposefully, as an automaton, does not exist in the worker’s consciousness, but rather acts upon him through the machine as an alien power, as the power of the machine itself. »

https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/grundrisse/ch13.htm

 

Texte également extrait de « Grundrisse », donc…

 

Un débat sur cette question et sur ses conséquences sur la situation actuelle se trouve ici, sur TML :

Les aléas de l’IA, de Marx à « Terminator », en passant par Benoît Hamon…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/26/les-aleas-de-lia-de-marx-a-terminator-en-passant-par-benoit-hamon/

En très résumé, ici :

La Société de l’Arnaque, un thème de réflexion pour 2018… !!

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/03/la-societe-de-larnaque-un-theme-de-reflexion-pour-2018/

 

Enfin, on se demande où l’auteur a bien pu trouver sa citation de Marx en début d’article…

En effet elle est référencée en gras :

K. Marx, Le Capital, T. VI, P61

Or, si l’auteur avait une réelle connaissance de Marx il aurait du savoir qu’il n’existe pas de Tome VI du Capital !!!

Ce qui prouve qu’il n’a pas pris la peine de vérifier ses sources…

Une citation vraisemblablement repiquée dans un autre article, avec une coquille « éneaurme » dans la référence, et qui aurait du lui sauter aux yeux, surtout s’il veut donner des leçons de marxisme…

On ne saurait trop lui conseiller de se mettre sérieusement à l’étude…

 

Luniterre

 

PS : citation repiquée ici, peut-être :

https://www.monde-diplomatique.fr/1974/11/A/32722

LE MONDE DIPLOMATIQUE…

Un journal réputé sérieux… !!

A toute fin utile, l’originale se trouve ici :

http://inventin.lautre.net/livres/MARX-Le-Capital-Livre-2.pdf

Livre II, Chapitre IX, page 162

(page 81 du doc PDF)

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Démocratie prolétarienne et planification socialiste : le rôle de l’informatique et de l’interactivité.

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Démocratie prolétarienne

et planification socialiste :

le rôle de l’informatique

et de l’interactivité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Équilibrer une économie socialiste, cela signifie faire correspondre l’organisation et le développement des forces productives aux besoins sociaux réels de la population, en commençant par ceux qui sont absolument vitaux, et cela inclut aussi la détermination et le choix des besoins collectifs, dans tous les domaines.

Évidemment, c’est l’ensemble qui doit tenir compte des ressources disponibles, qui ne sont pas illimitées. Il y a donc des choix à faire, des choix collectifs, bien évidemment, mais qui doivent aussi tenir compte des besoins pour la consommation individuelle.

En ce qui concerne les besoins collectifs, le recensement paraît plus évident à faire. Avec les moyens modernes de l’informatique et de l’interactivité, ils peuvent clairement être déterminé de manière directe et démocratique, ce que le capitalisme ne saurait évidemment faire, borné qu’il est par ses critères de « rentabilité », y compris, désormais, dans le service public, soumis à la concurrence du « privé ».

On voit bien, par exemple, la dégradation qui s’opère dans les services de santé, le système restant également incapable de mettre un frein aux abus et escroqueries opérées parfois à grande échelle…

En ce qui concerne l’évaluation des besoins de la consommation individuelle, le problème paraît à priori plus compliqué… En réalité, il ne l’est pas forcément. Tout est une question d’organisation et de circulation de l’information.

Ce qui tenait de la gageure, mais n’a pas empêché l’URSS de se développer, tant qu’elle a tenté de s’en tenir aux fondamentaux du socialisme,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

tout cela peut être désormais grandement facilité par les nouvelles technologies et le développement de l’interactivité qui fait de la démocratie directe une application pratique…

La cohérence des principes fondamentaux du marxisme pour la phase de transition avec ces développements technologiques, c’est le thème principal de nos études, ici, sur TML, depuis l’échec des luttes contre la Loi El Khomri, et les leçons que nous avons tenté d’en tirer… Un message difficilement reçu par la plupart des pseudos- »marxistes », plutôt désireux de protéger leur petit cocon gaucho-utopiste et idéaliste bourgeois, en réalité.

Pourtant, une telle réflexion avait déjà été tentée, dès les années 90, et assez paradoxalement, en Grande Bretagne, par un économiste (Cockshott) et un informaticien (Cottrell), restés associés depuis, pour ce combat !

C’est ce que notre camarade WH nous avait signalé, dans une correspondance récente, à propos d’un article datant de 2015 et évoquant ce sujet.

Le défaut de l’article en question est de centrer essentiellement la question sur son aspect technologique et de ne pas faire apparaitr suffisament la différence entre planification réellement socialiste et planification conçue comme élément possible d’un capitalisme national-bureaucratique, tel qu’il avait précisément survécu jusqu’au tournant de années 90 en URSS.

Or récemment, au hasard de nos recherches sur le thème général de la planification, nous avons pu enregistrer un document émanant directement de ces chercheurs britanniques eux-mêmes, et l’on peut voir qu’ils étaient, en réalité, très proches des conceptions que nous avons développé ici, sur TML.

Bien évidemment, cependant, et pour lever toute ambiguïté sur l’interprétation que l’on peut en faire, le débat qui peut en découler doit porter sur le développement de la démocratie directe, par l’interactivité, pour un fonctionnement optimum de ce processus. Afin de nourrir la réflexion et le débat sur ce sujet, nous republions donc l’intégralité de l’article de 2015, en soulignant la présentation des éléments économiques essentiels, et à la suite, la présentation et l’introduction que Cockshott et Cottrell font eux-même de leur travail, avec un lien vers l’intégralité, en doc PDF, de leur excellent  article de 1998…!!

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L’économie planifiée et l’informatique

Publié le janvier 2, 2015 par Progrès Humain

Certes, la maîtrise de l’économie pour un planificateur, comme la maîtrise de n’importe quelle technique pour un ingénieur, n’est pas une tâche simpliste, mais ceux qui osent se réclamer du socialisme et qui rejettent la planification centralisée ne sont que des défaitistes qui baissent les bras au moindre effort et qui par là sont prêts à accepter n’importe quel compromis avec la bourgeoisie et son idéologie.

L’informatique est devenu un élément central et naturel dans la planification. Elle contribue à montrer toute l’actualité de l’économie planifiée, l’information circulerait de manière instantanée, fluide et symétrique entre les différentes unités de production et l’organe de planification, avec la possibilité de connaître au jour le jour le bon déroulement du plan… sans parler des simulations informatiques et des divers procédures mathématiques nécessaires réalisées à une vitesse inimaginable quelques décennies auparavant.

Dans les années 1990 deux universitaires britanniques, Paul Cockshott et Allin Cottrell, un économiste et un spécialiste en informatique, ont montré mathématiquement la viabilité et la supériorité d’une économie centralisée, notamment dans leur ouvrage commun Towards a new socialism (Nottingham, 1993).

On disait autrefois que le calcul central des valeur-travail de toute une économie serait possible que pour le monde de Robinson Crusoé… Aujourd’hui, nous disent les deux auteurs cités, cela serait tout-à-fait faisable grâce à l’informatique moderne. Dans leur livre cité ils ont calculé que la recherche d’une solution en valeur-travail pour 10 millions de produits avec la solution gaussienne, la méthode classique pour résoudre des équations qui calcule la solution exacte, serait beaucoup trop longue. Mais si on prend compte de l’ « éparpillement » de la matrice (compte tenu de la proportion élevée d’entrées zéro) le problème devient plus maniable, l’on peut simplifier davantage en utilisant les techniques itératives et des approximations successives, la répétition du processus rendra les solutions de plus en plus précises jusqu’à obtenir une précision souhaitée. Avec celle-ci le temps de calcul serait réduite à à peine quelques minutes (avec des super-ordinateurs des années 1990) [1]. Ainsi, « avec les ordinateurs modernes, on peut envisager de calculer une liste de valeurs-travail quotidiennement et de préparer un plan de perspective chaque semaine. C’est en quelque sorte plus rapide que ce qu’une économie de marché peut réaliser » [2].

 

On utilise la même méthode pour résoudre les équations simultanées que nécessite la coordination de l’ensemble des inputs et des outputs de l’économie selon les objectifs de production et l’écoulement des divers produits. Selon les calculs des deux auteurs en 1993, sur 10 millions de produits, les calculs nécessaires peuvent être faits en un quart d’heure avec un superordinateur ayant une vitesse de 10 milliards d’opérations par seconde [3].

Aujourd’hui les superordinateurs sont encore plus puissants : « Nous nous rapprochons de la simulation du monde réel… La latence des calculs est si faible que, à toutes fins pratiques, il est en temps réel » disait Bijan Davari, vice-président d’IBM pour les systèmes informatiques de la prochaine génération, en 2008 après la mise sur pied d’un nouveau superordinateur capable de procéder à un million de milliards (un billion) de calculs par seconde [4] ! De nos jours la capacité de traitement des ordinateurs double tous les 18 mois. Cela surpasse de manière extrêmement large les capacités techniques de l’époque soviétique. Grâce au système informatique moderne un plan optimal, ou du moins un plan correct et détaillé, peut désormais être réalisé en un rien de temps.

 

Les auteurs de Classical econophysics, parmi lesquels Cockshott et Cottrell, ont montré que le coût de communications, la fluidité et la rapidité d’une économie centralisée sont supérieurs à l’économie de marché : « Ici la question de savoir s’il faut centraliser l’information est très pertinente. Il est une propriété fondamentale de l’univers qu’aucune partie de celui-ci ne peut affecter une autre en moins de temps qu’il n’en faut à la lumière pour se propager entre elles. Supposons que l’on avait toutes les informations nécessaires réparties autour d’un réseau d’ordinateurs à travers le pays. Assumons que n’importe lequel pourrait envoyer un message à n’importe quel autre. Supposons que ce réseau soit désormais chargé de simuler les états possibles de l’économie afin de rechercher des optimums. L’évolution d’un état simulé à un autre pourrait procéder aussi rapidement que les ordinateurs pourraient échanger des informations concernant leur propre état actuel. Étant donné que les signaux électroniques entre eux se déplacent à la vitesse de la lumière cela serait beaucoup plus rapide que ce que peut réaliser l’économie réelle. Mais la vitesse de l’évolution sera beaucoup plus rapide si nous mettons tous les ordinateurs en étroite proximité les uns des autres [5] ».

La grande vitesse de conceptualisation d’un plan correct et détaillé fournit une justification supplémentaire à ce que les planificateurs fasse plusieurs plans et qu’ils les soumettent au vote de la population par référendum pour que celle-ci garde un contrôle sur son destin.

Il est vrai que les soviétiques avaient tenté de créer une économie planifiée par ordinateurs à partir du début des années 1960 et qu’ils ont échoué, mais il est facile de l’expliquer ; le manque de moyens techniques consacrés (ils ont reçu leur premier ordinateur en 1967) et ce n’est que vers le milieu des années 1980 que les ordinateurs ne devenaient vraiment aptes à servir la planification.

Le soviétologue Alec Nove pensait qu’une économie planifiée serait impossible du fait d’un trop grand nombre de produits alors que le planificateur ne pourrait pas tous les contrôler précisément, « dans un modèle fondamentalement sans marché le centre doit savoir ce qu’il faut faire » alors qu’il « ne peut pas le faire dans le détail micro ». [6] Alec Nove a raison sur un point ; il y a évidemment beaucoup de produits dans l’économie, dans l’URSS des années 1980 il y en avait une douzaine de millions, mais il faudrait déjà prendre en compte le grand nombre de matières premières et de consommations productives et les différents types de biens d’un seul produit pour arriver à une estimation raisonnable de la question, en réalité un être humain n’achètera sans doute pas plus de quelques milliers de produits différents dans toute sa vie. En bref, cette critique qui date de plusieurs décennies n’a plus cours aujourd’hui ; le centre a effectivement désormais la capacité de disposer, en temps réel, de toutes les informations nécessaires et de coordonner tous les inputs et outputs de l’économie. Pour employer une métaphore, la planification informatique centrale est comme avoir toujours son téléphone décroché pour vérifier si quelqu’un appelle, c’est la scrutation, au lieu d’attendre que le téléphone sonne. Plus les compétences de planification sont centralisées, plus la planification est efficace.

Ceux qui prétendent que la planification centralisée devient impossible lorsqu’une société se développe de plus en plus ne se rendent pas compte que les moyens de planification se développent en parallèle de manière infiniment plus rapide !

Notes :

[1] : Cottrell et Cockshott, Towards a new socialism, 1993, éd. numérique, p. 50
[2] : 
Economic planning, computers and labor values, 1999, p. 7, disponible ici
[3] : 
Towards a new socialism, op. cit, p. 78)
[4] : BBC News, Supercomputer sets petaflop pace, 9 juin 2008
[5] : 
Classical econophysics, 2009, édition Routledge, p. 229-230
[6] : Alec Nove,
The soviet economic system, Londres, 1977, p. 86

SOURCE: https://progreshumain.wordpress.com/2015/01/02/economie-planifiee-et-informatique/

 

 

 

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De la Critique du Programme de Gotha

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à la gestion moderne de la planification socialiste,

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un exposé proposé par Cockshott et Cottrell,

en 1998…!

 

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  » Résumé :

L’échec des pays de l’Est ne signale pas l’impossibilité de planification socialiste efficace — c’était une forme particulière de planification qui s’écroula en URSS. Nous présentons un modèle de planification qui s’appuie sur deux bases : la théorie de la valeur travail et l’informatique moderne. Selon ce modèle les travailleurs seront payés en «certificat de travail»(comme chez Marx: Critique du programme de Gotha),et les biens de consommation seront identifiés par leurs contenus de travail (valeurs). Nous établissons qu’on peut calculer ces valeurs au moyen des ordinateurs modernes. Si l’offre planifié et la demande populaire ne s’équilibrent pas en prix qui correspondent aux valeurs, cela signifie qu’il faut modifier les objectifs précis du plan pour la période suivante. En même temps, il faut choisir les méthodes de production par rapport au minimum de travail nécessaire. D’autre part,le plan doit être équilibré. Contre les critiques de la planification (comme A. Nove et les économistes autrichiens) nous démontrons que c’est bien possible, équilibrer un plan national au niveau de plusieurs millions de produits.

 

1. – Introduction

La plupart des ateliers à ce Congrès sont consacrées aux analyses marxistes du capitalisme. Nous avons, certes, besoin de telles analyses, mais le projet marxiste exige de plus une autre sorte de travail théorique: l’élaboration du concept du mode de production socialiste, en particulier le concept de planification socialiste. Pourquoi critiquer le capitalisme? Afin de l’améliorer, comme simple « prise de position » idéologique, ou afin de le remplacer avec un autre mode de production? Seule la dernière de ces raisons est en conformité avec le projet marxiste. Mais l’échec des pays de l’Est et les arguments des économistes autrichiens (Hayek, Mises) ont établi une forte présomption qu’il n’y a aucun alternatif au capitalisme, que la planification socialiste n’est qu’un rêve utopique. D’où la nécessité de préciser de nouveau le concept de planification: sans ceci, la critique marxiste du capitalisme restera au niveau d’histoire morale. Bien sûr, il y a des marxistes qui ont rejeté l’idée de planification, en favorisant le « socialisme du marché ». Dans ce contexte-ci, nous ne pouvons que déclarer notre opposition à cette tendance. Les mécanismes du marché—même s’ils sont « dirigés » par un gouvernement dit socialiste — ne peuvent fournir ni l’égalité, ni la direction consciente de l’ensemble de production sociale, telles que le marxisme classique les a envisagé. D’ailleurs, l’abandon de l’idée de planification de la part des socialistes, semble-t-il, découle du fait qu’ils la croient impraticable. Nous espérons démontrer que cela n’est pas vrai, que l’échec du système soviétique ne signale pas l’impossibilité de planification efficace et démocratique.(…)

 

Le texte complet en doc PDF:

 

Un modèle de planification efficace COCKSHOTT ET COTTRELL

 

SOURCE:

http://ricardo.ecn.wfu.edu/~cottrell/socialism_book/paris_paper.pdf

 

 

 

 

 

Trois époques, Trois évolutions de la stratégie révolutionnaire

Trois époques,

 

Trois évolutions

de la stratégie

révolutionnaire

Par notre camarade WH, du site « Les prolétaires de fer »

 

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 « Il y a environ un an, j’écrivais l’article Révolution de type 1 et 2. Un an plus tard, je suis obligé de mettre à jour l’analyse des révolutions passées et de la stratégie révolutionnaire présente. Je vais en partie reprendre l’analyse que j’y avais faite, mais la préciser sur de nombreux points, et surtout, parler plus de la stratégie révolutionnaire à l’époque moderne. »

WH

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I- Trois types de stratégies

Contrairement au maoïsme, à l’anarchisme ou au trotskysme, le marxisme considère qu’il n’y pas de stratégie universelle. A chaque époque et dans chaque pays, les forces en jeu sont différentes, il faut donc pour chaque époque et selon le développement du pays, un type de stratégie révolutionnaire différente.

La stratégie de type 1

La première stratégie élaborée et pensée de façon sérieuse et scientifique a été celle de Marx et Engels. Leur vie de révolutionnaire n’est pas un ligne droite, mais une succession de chapitres, et le premier chapitre est celui de 1840 à 1848. Durant cette période, ils ont un long parcours intellectuel qui les amène à élaborer la doctrine du socialisme scientifique. La synthèse de tout leur travail se retrouve dans Le manifeste du parti communiste écrit en 1847 et qui décrit les principaux traits de la stratégie de type 1, celle de Marx et Engels pour le mouvement ouvrier.

Une stratégie élaborée scientifiquement part du mouvement historique des forces réelles, sociales, examinées d’un point de vue dynamique (classe montante, classe déclinante), d’après les lois économiques qui sous-tendent l’évolution des classes sociales. C’est donc sur un travail historique et économique que repose la stratégie révolutionnaire.

Résumons en quelques phrases la stratégie de type 1.

Contexte économique : arrivée à maturité du capitalisme en Europe, premières crises industrielles. Le reste du monde est encore arriéré économiquement.

Situation politique : la bourgeoisie est en lutte avec l’aristocratie pour le pouvoir politique, le capitalisme développe le prolétariat industriel. La paysannerie et la petite bourgeoisie déclinent et se transforment en prolétariat.

Force principale : le prolétariat.

1- évolution : classe montante, développée par le capitalisme, et qui recrute dans toutes les autres classes sociales (paysannerie, petite bourgeoisie, et même la bourgeoisie),

2- motif d’action : situation misérable liée au capitalisme et rien à perdre, aspiration au socialisme,

3- organisation : concentration croissante dans les usines qui fait naître des syndicats pour la lutte économique (grèves, manifestations),

4- but : passage de la lutte de l’ouvrier isolé contre le capitaliste, à la lutte économique organisée. Passage de la lutte économique à la lutte politique, au parti révolutionnaire et à la révolution.

Forces de réserve : objectif, obtenir la neutralité ou le soutien des réserves,

1- des intellectuels de la bourgeoisie conscients du mouvement historique ou tombés dans le prolétariat qui deviennent les penseurs du mouvement ouvrier,

2- une partie de la petite bourgeoisie consciente de son déclassement imminent,

3- le prolétariat des autres pays.

Classes ennemies :

1- adversaire principal : la bourgeoisie,

2- adversaire secondaire : l’aristocratie.

3- adversaires potentiels : petite bourgeoisie, paysannerie riche (en France).

Obstacles :

1- préjugés religieux,

2- chauvinisme national.

Étapes historiques :

1- révolution bourgeoise : soutenir la bourgeoisie contre l’aristocratie afin de réduire la lutte à deux camps opposés (bourgeoisie et prolétariat). Prélude immédiat à la révolution prolétarienne.

2- révolution prolétarienne : l’Angleterre, la France et l’Allemagne sont à peu près au même stade de développement historique et peuvent voir la révolution prolétarienne vaincre presque au même moment,

3- les crises industrielles, qui reviennent inévitablement et de façon toujours plus importante, créent des fenêtres de tir pour la révolution. La révolution ne peut pas avoir lieu pendant une période de prospérité mais uniquement pendant une période de crise.

Voilà quels sont les principaux traits de la stratégie développée par Marx et Engels au tournant des années 1840. Et ils tentèrent d’appliquer cette stratégie. Conformément à leur plan, ils participèrent à la révolution bourgeoise en Allemagne entre 1847 et 1848. Mais la bourgeoisie a été lâche face à l’aristocratie, et la révolution bourgeoise a échoué. De plus, la doctrine de Marx était alors presque inconnue à cette époque. Ce qui dominait était alors était toutes les formes de socialisme critiquées par Marx dans le chapitre III de son manifeste (socialisme petit bourgeois, socialisme bourgeois, socialisme utopique).

Il y eut donc un nouveau chapitre dans la vie de Marx et Engels, qui correspond à nouveau chapitre dans l’histoire du mouvement ouvrier. De 1848 à 1871, Marx et Engels, qui ont fui la répression qui avait lieu en Allemagne, ont approfondi leur théorie. Marx, qui s’était jusque là beaucoup occupé de philosophie, s’est concentré ensuite sur l’économie et l’analyse du mode de production capitaliste. En même temps, la doctrine de Marx est devenue peu à peu dominante en Allemagne, mais elle était presque inconnue en France quand a éclaté en 1871 la Commune de Paris.

Les conditions objectives du mouvement ouvrier se sont considérablement améliorées, la classe ouvrière a vu son nombre augmenter, et les crises du capitalisme se sont aggravées. Mais les conditions subjectives n’étaient pas présentes. En France, l’idéologie petite bourgeoise de Proudhon dominait encore. Son influence sur les communards ? Absence de résolution politique, pas de direction du mouvement politique, une dictature du prolétariat trop timide. Ajouté à cela que la paysannerie française était devenue propriétaire de la terre en 1792, et donc devenue conservatrice, et voilà le prolétariat privé de soutien de la paysannerie, encore majoritaire en France en 1871.

L’ère impérialiste

Ce dernier chapitre révolutionnaire ferme définitivement en Europe occidentale le champ d’application de la stratégie de type 1. En effet, l’apparition de l’impérialisme change complètement les conditions objectives. A partir des années 1880, l’Angleterre, la France et l’Allemagne (ainsi que peu de temps après, les États-Unis), entrent de plein pied dans le stade suprême du capitalisme, l’impérialisme. La domination coloniale du monde par l’Europe se transforme en domination financière, les monopoles français, anglais et allemands investissent leurs capitaux sur toute la planète.

Objectif ? Délocaliser les principales branches de production industrielle dans des pays où le taux de profit est plus élevé (pays pas encore développés). Faire revenir un sur-profit de cette exploitation des semi-colonies.

Conséquence ? Disparition progressive des principales industries en Europe, qui vivait désormais de plus en plus sur une rente financière. Tendance à la polarisation du monde entre pays producteurs (semi-colonies) et pays consommateurs (pays impérialistes)

où :

– le prolétariat industriel diminue en nombre mais voit son niveau de vie augmenter (aristocratie ouvrière, prolétariat bourgeois),

– le prolétariat des services augmente en nombre mais voit également son niveau de vie augmenter,

– de manière générale le prolétariat s’embourgeoise et se crée temporairement une classe moyenne,

– seuls les pays impérialistes les plus puissants peuvent acheter leur prolétariat et l’embourgeoiser.

Cela ne s’est pas produit pas à partir des années 1970 mais dès les années 1900.

Conséquences sur la lutte économique :

– les syndicats deviennent des relais de la domination bourgeoise (corruption des dirigeants syndicaux),

– la lutte économique n’est plus incompatible avec le capitalisme, les capitalistes accordent eux-mêmes à leurs esclaves des « acquis sociaux » car ils en ont les moyens et cela achète la paix sociale.

Conséquences sur la lutte politique :

– une partie importante du prolétariat s’embourgeoise et ses aspirations passent du socialisme au réformisme,

– victoire du social-chauvinisme, la couche du prolétariat privilégiée par l’impérialisme de son propre pays se range du côté de la bourgeoisie contre le prolétariat des autres pays (première guerre mondiale),

– l’opportunisme et le réformisme (idéologies jusque là petites bourgeoises ou bourgeoises) fusionnent avec le mouvement ouvrier embourgeoisé et l’impérialisme de leur pays (social-impérialisme, IIème internationale) et l’emportent sur le marxisme.

Dans les pays impérialistes, les conditions objectives pour la révolution prolétarienne disparaissent peu à peu. Cette situation est temporaire, mais Marx, Engels et Lénine l’avaient déjà parfaitement analysée. Voir leurs citations sur ce sujet, que je ne cite pas directement ici afin d’éviter d’alourdir le texte.

Par conséquent, dans tous les pays d’Europe occidentale et aux États-Unis, la stratégie de type 1 est périmée.

La Russie en revanche était un pays retardataire sur l’Europe. Dans ce pays, la stratégie de type 1 n’était pas périmée mais nécessitait jusque quelques ajustements. La Russie, à partir de 1860, a en effet parcouru le même chemin que l’Europe, avec quelques décennies de retard.

Par conséquent toute la stratégie de Marx et Engels, qui avait échoué en 1848 et en 1870 n’était plus valable pour l’Europe impérialiste, mais pouvait encore être adaptée pour les pays retardataires. La Russie de 1880 apparaissait donc comme une nouvelle Allemagne de 1840, un nouveau terrain pour essayer ce qui n’avait pas marché en Europe. A une différence près, c’est que quand le marxisme arrive en Russie, il est déjà une idéologie très développée et l’idéologie dominante au sein du socialisme. C’est la raison pour laquelle les communistes russes ont réussi là où Marx et Engels avaient échoué. En 1848 en Allemagne, le marxisme est faible. En 1917 en Russie, le marxisme est fort. Les conditions objectives (économiques, sociales) de l’Europe de 1840 et de la Russie de 1900 étaient à peu près les mêmes. C’est dans les conditions subjectives, que se trouvait la différence.

La stratégie de type 1 et demi

La stratégie de type 1, c’est à dire celle développée par Marx et Engels pour le mouvement ouvrier européen des années 1840, et valable jusque dans les années 1870, est devenue périmée pour l’Europe à partir des années 1880, quand l’impérialisme est apparu.

En revanche, en Russie, cette stratégie pouvait encore servir, car la Russie, pays retardataire, parcourait avec plusieurs décennies de retard le même parcours que l’Europe occidentale des années 1840. La stratégie des communistes d’Europe occidentale des années 1840 pouvait donc être utilisée aussi en Russie à partir des années 1880.

Mais cette stratégie devait être adaptée au nouveau contexte mondial. Voici donc la nouvelle stratégie, j’ai mis en évidence les changements par rapport à la stratégie de Marx et Engels.

Résumons en quelques phrases la stratégie de type 1 et demi, valable pour la Russie à partir des années 1880, ou tout pays retardataire à la situation similaire.

Contexte économique : entrée de l’Europe occidentale et des États-Unis dans le stade impérialiste. Les investissements des pays impérialistes vers l’extérieur développent le capitalisme dans le monde entier, et notamment en Russie.

Situation politique : la bourgeoisie est en lutte avec l’aristocratie pour le pouvoir politique, le capitalisme développe le prolétariat industriel. La paysannerie et la petite bourgeoisie déclinent et se transforment en prolétariat.

Force principale : le prolétariat.

1- évolution : classe montante, développée par le capitalisme, et qui recrute dans toutes les autres classes sociales (paysannerie, petite bourgeoisie, et même la bourgeoisie),

2- motif d’action : situation misérable liée au capitalisme et rien à perdre, aspiration au socialisme,

3- organisation : concentration croissante dans les usines qui fait naître des syndicats pour la lutte économique (grèves, manifestations),

4- but : passage de la lutte de l’ouvrier isolé contre le capitaliste, à la lutte économique organisée. Passage de la lutte économique à la lutte politique, au parti révolutionnaire et à la révolution.

5- l’expérience politique des masses (passage au pouvoir des réformistes), comme condition nécessaire à la victoire des communistes. (Lire, La maladie infantile du communisme, le « gauchisme », chapitre 9 et Lettre de Engels à Bebel du 6 juin 1884).

Forces de réserve : objectif, obtenir la neutralité ou le soutien des réserves,

1- la paysannerie pauvre (semi-prolétariat) qui est exploitée par les koulaks,

2- une partie de la petite bourgeoisie consciente de son déclassement imminent,

3- le prolétariat des autres pays,

Classes ennemies :

1- adversaire principal : la bourgeoisie,

2- adversaire secondaire : l’aristocratie.

3- adversaires potentiels : petite bourgeoisie, paysannerie riche (koulaks).

Obstacles :

1-préjugés religieux,

2- chauvinisme national,

3- situation nationale complexe dans l’empire russe.

Étapes historiques :

1- révolution bourgeoise : soutenir la bourgeoisie contre l’aristocratie afin de réduire la lutte à deux camps opposés (bourgeoisie et prolétariat). Prélude immédiat à la révolution prolétarienne. Une guerre peut-être le déclencheur de la révolution.

2- révolution prolétarienne : le développement inégal du capitalisme rend peu probable la victoire simultanée de la révolution dans tous les pays. Révolution mondiale souhaitable, mais stratégie de repli temporaire nécessaire : le socialisme dans un seul pays.

3- si la victoire du socialisme ne se fait que dans un seul pays, les nouvelles forces de réserve doivent permettre de résister à l’encerclement capitaliste. Ces forces de réserve sont les révolutions démocratiques bourgeoises dans les semi-colonies (Chine, Turquie, etc.), et le prolétariat des pays impérialistes dont il faut obtenir le soutien. Pour pouvoir mobiliser ces réserves et combattre la IIème internationale corrompue par l’impérialisme : création de la IIIème internationale.

Comme on le voit, la stratégie de type 1 et demi des communistes russes conserve l’essentiel de la stratégie de type 1 développée par Marx et Engels. Les modifications tiennent compte des particularités dans le développement du capitalisme en Russie (notamment dans l’agriculture) ainsi que le nouveau contexte mondial, qui rendait probable la victoire du socialisme dans un seul pays. Si vous doutez du fait que c’est bien Lénine qui a inventé la théorie du socialisme dans un seul pays, lisez donc les pages 40 à 44 du dossier que j’ai écrit sur L’histoire du socialisme en Russie. Vous y verrez que ce n’est pas à Staline qu’on doit la théorie du socialisme dans un seul pays, mais à Lénine, dès 1915.

Le problème est que la plupart des gens ne lisent pas Lénine, or Lénine n’a pas écrit que pour éclairer le mouvement révolutionnaire en Russie. Il a aussi brillamment analysé la situation des pays impérialistes. Par exemple sur la situation de la France, aujourd’hui de nombreux communistes n’ont pas compris le dixième de ce qu’avait déjà compris Lénine il y a plus de 100 ans. Quiconque veut comprendre doit lire. Et qui n’a pas lu L’impérialisme et la scission du socialisme ne peut pas comprendre la stratégie de type 2, adaptée aux pays impérialistes comme la France aujourd’hui.

La stratégie de type 2

Dans L’impérialisme et la scission du socialisme, Lénine ne donne pas toutes les réponses, mais il fait déjà une analyse de la situation, et propose quelques solutions. Or il faut bien réfléchir à ces propositions, car elles entrent en contradiction avec certaines idées que nous avons en général sur la stratégie à suivre, en plus d’aller évidemment à l’encontre de tous les préjugés réformistes et opportunistes qui sont encore très forts parmi certaines personnes qui se réclament du communisme aujourd’hui (heureusement nous avons progressé).

Contexte économique : les pays impérialistes déclinants (France, Angleterre, Allemagne, États-Unis), par leurs investissements, ont développé des pays comme la Chine et l’Inde qui sont devenus des pays impérialistes et qui sont en train de renverser le rapport de force en leur faveur.

Robotisation et destruction d’emplois dans tous les secteurs. Crises financières provoquées par les crises industrielles.

Situation politique : la bourgeoisie des pays impérialistes montants (aujourd’hui la Chine) se crée une classe moyenne et achète la paix sociale à l’aide de la rente financière mondiale (sur le dos d’autres peuples), comme l’occident le faisait jusque là.

La bourgeoisie des pays impérialistes déclinants, au contraire, voit sa rente financière diminuer, et n’a plus les moyens d’entretenir une classe moyenne (destruction des « acquis sociaux », jusque là accordés généreusement, baisse du niveau de vie, etc.). Plus rien ne compense la loi du capitalisme qui fait que le salaire du travailleur est le minimum nécessaire à sa survie. Retour en apparence aux premières heures du capitalisme (misère, pauvreté de masse, etc.).

Force principale : le prolétariat (pas nécessairement le prolétariat industriel). Prolétariat au sens romain du terme (citoyen pauvre).

1- évolution : classe montante, qui recrute principalement dans la petite bourgeoisie, la classe moyenne, le prolétariat bourgeois (issu de l’impérialisme) en déclin,

2- motif d’action : situation misérable liée au capitalisme et rien à perdre, aspiration au socialisme,

3- organisation : ?????

4- but : les communistes doivent répandre leur influence au sein des organisations du prolétariat pour passer à la lutte politique et à la révolution. Mais ces organisations n’existent pas encore. Peut-être faudra-t-il les créer.

5- l’expérience politique des masses (passage au pouvoir des réformistes), comme condition nécessaire à l’existence-même d’un mouvement communiste.

Forces de réserve : objectif, obtenir la neutralité ou le soutien des réserves,

1- une partie de la petite bourgeoisie consciente de son déclassement imminent,

2- le prolétariat des autres pays.

Classes ennemies :

1- adversaire principal : la bourgeoisie,

2- adversaires potentiels : la classe moyenne.

Obstacles :

– dispersion géographique du prolétariat,

– la seule forme d’organisation de masse connue (les syndicats) est corrompue,

– embourgeoisement du prolétariat (qui recule mais est encore présent),

– paix sociale achetée (allocations pour les pauvres), argent facile (trafic de drogue),

– affaiblissement moral et intellectuel (drogue, propagande),

– division ethnique et religieuse (prolétariat blanc et prolétariat issu de l’immigration),

– effondrement de l’URSS, la propagande sur l’histoire de l’URSS (« millions de morts »),

– domination presque sans partage du réformisme et du révisionnisme

Étapes historiques :

1- Crise économique et déclin de notre impérialisme qui font monter la pauvreté et la misère et décliner la classe moyenne : les conditions objectives peuvent à nouveau être réunies,

2- Construction d’un mouvement communiste à partir de la situation concrète en combattant tous les obstacles. Travail d’éducation, de lutte théorique, comme prélude aux victoires pratiques.

II – Nouvelles tactiques d’organisation du prolétariat

La fin des vieux syndicats

La question des organisations est vraiment importante, et Lénine a écrit sur ce sujet. Il faisait un constat simple : dans les pays impérialistes, les syndicats sont corrompus et regroupent en fait une minorité d’ouvriers qui bénéficient de privilèges et qui se battent uniquement pour préserver ces privilèges. Il en conclut donc qu’il faut aller chercher le prolétariat en dehors des syndicats.

« L’un des sophismes kautskistes les plus répandus consiste à se référer aux « masses ». Nous ne voulons pas, prétendent-ils, nous détacher des masses et des organisations de masse ! Mais réfléchissez à la façon dont Engels pose la question. Les « organisations de masse » des trade-unions anglaises étaient au XIX° siècle du côté du parti ouvrier bourgeois. Marx et Engels ne recherchaient pas pour autant une conciliation avec ce dernier, mais le dénonçaient. Ils n’oubliaient pas, premièrement, que les organisations des trade-unions englobent directement une minorité du prolétariat. Dans l’Angleterre d’alors comme dans l’Allemagne d’aujourd’hui, les organisations ne rassemblent pas plus de 1/5 du prolétariat. On ne saurait penser sérieusement qu’il soit possible, en régime capitaliste, de faire entrer dans les organisations la majorité des prolétaires. Deuxièmement, et c’est là l’essentiel, il ne s’agit pas tellement du nombre des adhérents à l’organisation que de la signification réelle, objective, de sa politique : cette politique représente-t-elle les masses, sert-elle les masses, c’est-à-dire vise-t-elle à les affranchir du capitalisme, ou bien représente-t-elle les intérêts de la minorité, sa conciliation avec le capitalisme ? C’est précisément cette dernière conclusion qui était vraie pour l’Angleterre du XIX° siècle, et qui est vraie maintenant pour l’Allemagne, etc.

Engels distingue entre le « parti ouvrier bourgeois » des vieilles trade-unions, la minorité privilégiée, et la « masse inférieure », la majorité véritable ; il en appelle à cette majorité qui n’est pas contaminée par la « respectabilité bourgeoise ». Là est le fond de la tactique marxiste ! »

Lénine, L’impérialisme et la scission du socialisme, 1916

Lénine souligne le mot « vieIlles » (trade-unions, c’est à dire les vieux syndicats). Donc semble-t-il il en appelle à la création de syndicats neufs ? En 1920, il dit néanmoins qu’il faut être présent dans les syndicats réactionnaires.

« Non moins enfantines et ridicules doivent nous paraître les graves dissertations tout à fait savantes et terriblement révolutionnaires des « gauches » allemands qui prétendent que les communistes ne peuvent ni ne doivent militer dans les syndicats réactionnaires, qu’il est permis de refuser ce travail, qu’il faut sortir des syndicats et organiser, sans faute, une « union ouvrière » toute neuve, toute proprette, inventée par des communistes bien gentils (et, pour la plupart, sans doute, bien jeunes), etc., etc. »

Lénine, La maladie infantile du communisme, le « gauchisme », 1920

Cela montre que la tactique recommandée par Lénine pour les pays impérialiste n’était pas encore totalement élaborée.

Par rapport à la situation dans les pays impérialistes, cela implique un positionnement nouveau : il faut être présent dans les vieux syndicats, mais la force principale ne se trouve plus dans ces syndicats. Le « fond de la tactique marxiste » dans la stratégie de type 2, c’est d’aller vers la « majorité qui n’est pas contaminée par la « respectabilité bourgeoise » », et qui se trouve en dehors des vieux syndicats.

Lénine ne dit pas ce qu’il faut faire avec cette majorité, faut-il faire avec un nouveau syndicat ? Mais en 1920, il semble exclure cette possibilité. Cela dit nous ne sommes pas en 1920, mais la question mérite sérieusement qu’on y réfléchisse. Si ce n’est pas un syndicat, alors quel type d’organisation peut permettre au prolétariat de s’organiser aujourd’hui ?

Théorie de l’organisation

Le contexte actuel nous offre une tout autre situation que celle de 1920. Aujourd’hui le prolétariat n’est plus concentré dans des usines mais dispersé géographiquement. Si on ne tient pas compte de ce fait objectif, on oublie que la situation a changé et on fait des erreurs. Les syndicats naissaient spontanément dans l’usine. Aujourd’hui rien ne naît spontanément. C’est donc ou bien que le syndicat est une forme incontournable d’organisation pour le prolétariat, ou bien qu’il faut découvrir une nouvelle forme d’organisation, qui tienne compte des obstacles que nous avons cités.

Ce qu’il manque, c’est la théorie de l’organisation. Qu’est-ce qu’un syndicat ? Qu’est-ce qui le distingue d’un parti ? Un autre genre d’association est-il possible (voir la France Insoumise de Mélenchon, dans quelle case ranger cette organisation ?).

On distingue deux types d’organisations. Les organisation de la masse et les organisation de l’avant-garde. Pour le communisme : l’organisation du prolétariat et l’organisation des révolutionnaires. Cette distinction est nécessaire, parce qu’elle correspond à une réalité évidente, celle de la différence entre la masse et l’avant-garde. Peu importe le nom qu’on donne aux organisations, cette distinction persiste.

Une organisation ne peut pas être à la fois de masse et d’avant-garde. La France Insoumise est une organisation de masse (petite bourgeoise). Car en réalité ceux qui contrôlent le mouvement ont leur propre organisation (Parti de gauche). Cet exemple montre que peu importe les efforts faits pour réduire la différence entre organisation de masse et organisation d’avant-garde, celle-ci ressurgit ou se maintient, parce que la réalité fait que dans toute organisation de masse, il y a des courants idéologiques qui luttent les uns contre les autres, et que le plus puissant est celui qui contrôle l’organisation de masse.

On distingue du coup deux rôles pour une organisation de masse, par exemple d’un syndicat.

Le rôle d’un syndicat pour les syndiqués : organiser les travailleurs pour la lutte économique. La force du nombre est la seule force du prolétariat.

Le rôle d’un syndicat pour les communistes :

– tribune pour diffuser les idées du communisme (sous forme de journal à une autre époque, mais peut-être encore aujourd’hui).

– passage de la lutte économique à la lutte politique,

– s’appuyer sur une force organisée pour prendre le pouvoir et gouverner.

Nous voyons que sans force organisée, il est possible de diffuser les idées du communisme, mais il est impossible de diriger le prolétariat. Le pouvoir du prolétariat s’appuie sur la force du nombre et la force du nombre repose sur l’organisation. Cependant cette force n’est rien si elle n’est pas guidée par la théorie, et donc l’éducation du nombre par les éléments les plus avancés.

Cependant même la bourgeoisie qui est moins nombreuse, n’a pu devenir la classe dominante et rester au pouvoir qu’en étant organisée : clubs, lobbys, franc-maçonnerie, syndicats patronaux, etc.

Les syndicats ouvriers jouent exactement le même rôle que ces organisations bourgeoises, à ceci près qu’ils doivent être ouverts aux masses, ne pas utiliser des méthodes de conspiration, etc.

Si l’on veut poursuivre la comparaison avec la bourgeoisie, on voit qu’on y retrouve la même division du travail entre organisations de masse et organisation d’avant-garde. Les syndicats patronaux, les loges, etc. sont des organisations de masse si on considère que la bourgeoisie n’est pas très nombreuse. Ceux qui prennent véritablement les décisions et qui pensent pour la classe sont des groupes plus petits (voir en France, le dîner du siècle, qui réunit la haute bourgeoisie française).

De la même manière le prolétariat doit avoir à la fois des organisations de masse et avoir une direction pensante, un parti, ou peu importe le nom qu’on donne à cette organisation qui dirige l’action des masses (et qui ne la dirige que dans la mesure où elle travaille à convaincre les masses de la justesse de sa ligne).

Le prolétariat n’ayant pas la puissance de l’argent, il n’a que la force du nombre, mais sans le savoir pour être guidé, le nombre ne pèse rien.

« La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière. (…) Il est un élément de succès que ce parti possède: il a le nombre; mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni par l’association et guidé par le savoir. »

Karl Marx, Manifeste inaugural de l’Association Internationale des Travailleurs, 1864

Analyse concrète du syndicalisme

Le principal clivage aujourd’hui dans le monde du travail est en réalité entre ceux qui sont dans le système et ceux qui en sont exclus.

Être dans le système signifie avoir un CDI ou travailler dans la fonction publique. Être en dehors du système signifie être au chômage, avoir un CDD ou être en intérim. Les apprentis et les étudiants sont entre les deux.

Un rapport récent du ministère du travail indique que les salariés sont deux fois plus syndiqués dans la fonction publique. Il faut donc se tourner vers le secteur privé.

« La syndicalisation est associée à la stabilité de l’emploi. La propension à se syndiquer est quasi nulle parmi les salariés en intérim (1 %) ou en CDD (2 %). Par ailleurs, les salariés qui travaillent à temps complet sont sensiblement plus syndiqués (12 %) que ceux qui travaillent à temps partiel (8 %). »

Il existe une corrélation entre taux de syndicalisation avec le taux de CDI et de CDD par secteurs. Là où le taux de CDI est plus élevé, la syndicalisation est plus forte, et inversement.

Les secteurs où la syndicalisation est la plus faible sont donc ceux où travaillent ceux qui sont exclus du système : hôtellerie, restaurants, construction, autres commerce, autres services. C’est donc sur ses secteurs qu’il faut mettre le paquet pour créer une nouvelle forme d’organisation.

D’après le rapport, les jeunes sont moins syndiqués que les plus âgés. Là encore, il faut une organisation qui soit plus jeune.

Le taux de syndicalisation est aussi lié à la taille des entreprises. Dans les entreprises privées de moins se 50 salariées, il n’y a que 5% de syndiqués, c’est ici qu’il va falloir travailler.

Le taux de syndicalisation est le plus faible chez les employés et les ouvriers du secteur marchand et associatif, c’est donc vers eux qu’il faut se tourner.

Si l’on suit les indications de Lénine (aller vers la masse non-privilégiée, non syndiquée), alors on doit aller vers ceux qui sont en dehors du système, qui sont en général jeunes, en CDD, travaillent dans des entreprises de moins de 50 salariés, dans les secteurs suivants : hôtellerie, restaurants, construction, autres commerce, autres services. Il faut tenir compte du fait que certains qui travaillent dans ces conditions sont des étudiants qui ont des perspectives de réussite et qui n’auront donc aucune envie de se syndiquer. Mais cela reste malgré tout le terrain autour duquel il va falloir créer des organisations de masses pour le prolétariat. Il faut aussi tenir compte du fait que ce sont les secteurs où il y a le plus de travailleurs étrangers qui sont difficiles à organiser.

Ces organisations de masse à construire ne peuvent pas être des corporations, car la mobilité des jeunes en CDD fait qu’ils se fichent d’être dans une branche de ceci ou cela, dans un mois ils ont un autre travail ou sont au chômage. Il faut donc une organisation qui ne soit pas par branche ni par secteurs et qui exclue tout corporatisme.

Sur ce point le rapport écrit :

« La stabilité de l’emploi, l’insertion dans un collectif de travail, la connaissance de son environnement professionnel sont des facteurs propices à l’adhésion syndicale. Travailler à temps partiel, être employé en contrat à durée limitée ou en intérim, constituent des freins à la syndicalisation.

(…)De même, les modalités d’emploi et, en particulier, les types de contrats de travail (à durée déterminée ou saisonniers) constituent des freins objectifs à l’adhésion syndicale. Ainsi, 10 % des salariés en CDI contre 2 % des salariés en CDD ou des travailleurs saisonniers, et 1 % des intérimaires sont syndiqués dans le secteur marchand et associatif (tableau 6). Un travailleur intérimaire a quatre fois moins de chances de se syndiquer qu’un salarié en CDD. La probabilité qu’un salarié en CDI soit syndiqué est presque deux fois et demie plus élevée que pour un salarié en CDD (tableau 3).

(…)L’ancienneté dans l’établissement joue également positivement sur la propension des salariés à se syndiquer, surtout dans le secteur marchand et associatif. Les syndiqués sont d’ailleurs un peu plus âgés que la moyenne : seuls 4 % des salariés de moins de 30 ans sont syndiqués.

Un tiers des jeunes salariés du secteur marchand et associatif travaille en intérim, en contrat d’alternance (18) ou dans d’autres types d’emplois à durée limitée (y compris emplois aidés), contre 15 % des salariés de ce secteur »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les jeunes de moins de 30 ans sont deux fois plus nombreux à faire des CDD ou à être intérimaires, ce qui explique qu’ils ne soient que 3,6% à être syndiqués, contre 16,6% par exemple pour les 50 – 59 ans.

Les syndicats actuels sont donc quoi qu’on en dise, une organisation pour les gens installés dans le système, avec un CDI, plus âgés, etc.

Les indications de Lénine sont donc encore parfaitement justes, la masse du prolétariat, et en partie la masse la moins privilégiée, ne se trouve pas dans les syndicats.

Trois tactiques d’organisation de masse

Tactique n°1 : les vieux syndicats

Il existe à l’heure actuelle une seule tactique d’organisation de masse pour le prolétariat, à savoir les syndicats. Mais nous avons démontré que ce type d’organisation travaille en fait pour les gens qui sont dans le système, et qui cherchent donc à défendre leur place.

Le profil actuel du syndiqué est une personne de 40 à 60 ans qui travaille dans la fonction publique ou est en CDI depuis longtemps dans le secteur de l’industrie ou de la finance et des assurances. Mais même dans le secteur industriel, il semble que ne soient pas les ouvriers qui soient le plus syndiqués, mais les techniciens et les cadres.

En fait, les syndicats actuels (CGT, CFDT), correspondent parfaitement au portrait que faisait Lénine des syndicats de la minorité privilégiée du prolétariat, qui englobaient à l’époque où il écrivait 1/5 du prolétariat, et aujourd’hui 1/10 seulement.

Il ne s’agit pas de dire que tous les syndiqués sont des privilégiés embourgeoisés qui ne connaissent pas la misère. Il s’agit de constater que le prolétariat, et en particulier la masse du prolétariat, celle qui est la moins privilégiée et la moins dans le système, n’est pas dans les syndicats.

Le phénomène des privilégiés est encore plus vrai dans les syndicats étudiants, d’où sont en général absent les étudiants les plus pauvres.

Nous avons déjà expliqué pourquoi : l’instabilité de l’emploi (et dans le cas des étudiants, l’instabilité des études).

La présence dans les vieux syndicats est donc nécessaire pour un parti communiste, mais ce n’est plus le terrain de travail principal.

Tactique n°2 : nouveaux syndicats

Créer de nouveaux syndicats est une nécessité absolue pour organiser le prolétariat le plus pauvre et le plus exclu du système. Le profil du prolétaire exclu est le jeune qui enchaîne les stages et les CDD dans des emplois peu qualifiés.

Il faut tenir compte du contexte. Or, quel est le contexte pour un jeune qui change souvent d’emploi ? Il ne s’attache pas à une entreprise en particulier. Il ne cherche donc pas à s’intégrer dans l’entreprise, ni dans son syndicat.

Les nouveaux syndicats doivent donc être non pas par entreprise, mais par région géographique. L’un des avantages de ce type d’organisation par district au lieu de par entreprise, c’est l’absence d’esprit corporatif. L’autre avantage, c’est qu’il est fait pour ceux qui changent souvent de travail.

Le nouveau syndicat doit donc d’abord être un lieu de réunion, un lieu qui peut avoir de l’intérêt pas seulement pour la lutte économique, mais par exemple pour aider à faire des CV, des lettres de motivation aider à trouver du travail, aider à remplir les tâches administratives, etc. On ne fait ainsi plus de distinction entre chômeurs et travailleurs (cette distinction étant pour les jeunes assez floue, puisque beaucoup sont l’un et l’autre alternativement). Le nouveau syndicat doit être un repère dans un premier temps, qui reste là peu importe les changements d’emplois ou d’entreprises. C’est seulement au fur et à mesure qu’il inclut un nombre plus importants de prolétaires et qu’il permet de mener une lutte économique plus classique.

Ce sont des choses simples, mais ceux qui gardent en tête les vielles méthodes syndicales oublient parfois les choses simples qui font qu’un jeune va ou non s’organiser dans un syndicat.

Tactique n°3 : internet

Les syndicats sont restés bloqués au siècle dernier et n’utilisent pas assez internet dans leur tactique. Or internet n’est pas en soi bon ou mauvais, il y a plusieurs façons d’utiliser internet. Il est évident qu’une organisation physique ne peut pas être remplacée par une organisation virtuelle.

Mais il faut savoir combiner toutes les tactiques possibles, les tactiques d’organisation lente sur le terrain et les tactiques plus volatiles et agressives que permettent internet. L’une de ces tactiques qui correspond aux possibilités du prolétariat jeune exclu du système, c’est la tactique du boycott.

Les vieux syndicats refusent cette tactique car elle menace les emplois de l’entreprise. Mais un jeune qui a un contrat de quelques mois dans une entreprise se fiche de savoir si l’entreprise va s’en sortir ou non.

Avec les réseaux sociaux, il est possible de donner aux prolétaires un pouvoir de dénonciation et d’organisation de boycott contre une entreprise, ce qui crée un rapport de force.

Dans une économie où les CDI n’existent plus (pour le prolétariat jeune), la grève n’est pas une tactique efficace. Les jeunes ont pourtant un autre pouvoir, celui de décider ce qu’ils vont ou non consommer, celui d’influer sur l’image d’une marque ou d’une entreprise.

Par conséquent, l’utilisation de cette tactique convient parfaitement à la situation des jeunes actuels, elle permet certes un faible degré d’organisation, mais elle crée un véritable rapport de force qui créera nécessairement une conscience de classe.

Seule l’utilisation de toutes ces tactiques, combinées de façon intelligente, peut permettre d’organiser le prolétariat exclu du système, qui est en fait la majorité mais qui n’est pas organisée. C’est à l’intérieur de ces organisations qu’il faudra ensuite mener un travail d’éducation et qu’il sera possible de trouver les éléments les plus avancés du prolétariat pour construire un véritable parti.

La création d’organisations de masses n’est peut-être pas encore à la portée des communistes actuellement. Il s’agit de proposer des solutions à partir d’une analyse concrète. Le plus important pour l’instant, c’est que les communistes s’assimilent toutes ces idées, qu’ils aient bien conscience des nécessités stratégiques et tactiques. Faut-il créer un nouveau syndicat pour le prolétariat le plus pauvre ?

WH

http://www.proletaire.altervista.org/marxisme/textes/prototypes.php

 

« Pax Americana » à Cuba… ? L’Oncle Sam « ne lâche rien » !!

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« Pax Americana » à Cuba… ?

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L’Oncle Sam « ne lâche rien » !!

Le journal El Heraldo Cubano. En Busca de la Verdad (Le héraut cubain. À la recherche de la vérité) a publié le 15 décembre dernier un article d’Arthur Gonzàlez qui décrit et commente ce que la presse de Miami rapporte des analyses faites par certaines revues et institutions étasuniennes sur l’économie cubaine ainsi que des déclarations de soi-disant « super-analystes ». . . et il pose cette question :
Que se passerait-il dans n’importe quel pays du monde si son économie se voyait soumise à une guerre économique pendant 58 ans ?

La presse de Miami s’est récemment fait l’écho de certaines analyses de la situation actuelle de l’économie cubaine élaborées par la revue spécialisée Cuba Standard*, où on affirme qu’ « il y a peu d’espoir que l’économie de l’île finisse l’année 2017 avec une croissance positive ».

L’approche colportée par la presse yankee est bien entendu la même qu’ils essayent depuis 58 ans d’inculquer à leurs lecteurs, pour accuser le système socialiste d’être incapable de satisfaire les besoins du peuple, mais ils omettent de mentionner les actions de la guerre économique qui vise à faire mourir les cubains de faim.

Aujourd’hui, ils prétendent que Raul Castro quittera le pouvoir en 2018 avec une économie en récession, mais sans exposer les véritables causes des difficultés qu’affronte le pays pour alimenter onze millions de cubains, maintenir la gratuité des coûteux services de santé et d’un système éducatif grâce auquel aucun cubain n’a à débourser un centime pour que ses enfants puissent aller à l’école et à l’université.

L’économie cubaine dépense chaque année des millions de pesos pour que ses écoles d’art ne cessent pas de fonctionner, en dépit du prix très élevé des instruments de musique, ou pour les budgets destinés aux écoles spécialisées pour les enfants souffrant de graves handicaps physiques et psychiques. Pas un mot de tout cela.

Les analyses se centrent toujours sur ce que la politique yankee veut vendre à propos de Cuba : « la résistance de la bureaucratie gouvernementale, la lenteur à autoriser les investissements étrangers et la petite échelle des mesures qui sont prises… », mais silence total sur les conséquences de la guerre économique, comme si elle n’en avait pas de très graves.

Il y a bien sûr de nombreuses erreurs dans l’économie cubaine, les expériences et les mesures qui sont appliquées ne correspondent pas dans bien des cas à la réalité, ni aux potentialités existant sur le territoire national, ou à sa force de travail d’un haut niveau professionnel et technique, capable de mener à bien bon nombre de ces propositions, mais le cœur du problème, ce ne sont pas les erreurs, mais les obstacles rencontrés chaque jour pour obtenir un financement onéreux, ou pour acquérir des matières premières, des machines et des intrants.

Ces économistes qui, depuis leur bureau, apportent des solutions idéalistes, n’ont pas besoin de jongleries pour voir que les paiements sont faits avec le peu d’argent qu’il y a en caisse, ou pour savoir comment on fait face au harcèlement bancaire exercé par les Etats-Unis à l’encontre des entités qui osent effectuer la moindre transaction financière avec Cuba socialiste.

On trouve un exemple de la façon dont est déformée la situation interne à Cuba dans les déclarations de Richard Feinberg, ex-fonctionnaire américain et chercheur associé à la Brookings Institution** quand il a dit : « Par bien des aspects, le mandat présidentiel de 10 ans de Raul Castro, qui prendra fin en février 2018, a été totalement décevant, l’économie cubaine est paralysée et la réforme économique est en stagnation. »

Que se passerait-il dans n’importe quel pays du monde si son économie se voyait soumise à une guerre économique pendant 58 ans ? Pourrait-il résister comme Cuba et préserver ces conquêtes sociales si détestées des yankees ?

Les super-analystes devraient tenir compte du fait que depuis les annonces du 17 décembre 2014***, le gouvernement des Etats-Unis a infligé des amendes à 11 entités (7 américaines et 4 étrangères).

Jusqu’au 1er janvier 2016, le gouvernement américain a infligé en tout 52 amendes pour cause de « violation des régimes de sanctions contre Cuba » et la valeur cumulée de ces sanctions s’élevait à 14 404 358 605 dollars.

Une des dernières victimes de cette politique a été la compagnie d’assurance américaine American Internacional Group (AIG), dont la sanction s’est élevée à 148 698 dollars.
D’après l’OFAC****, l’AIG est impliqué dans 29 « violations du blocus » pour avoir couvert par une assurance plusieurs envois de marchandises destinées à Cuba ou en provenance de ce pays, à travers des filiales au Canada.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump, Washington a encore infligé trois sanctions, entre autres à l’entreprise American Honda Finance Corporation, spécialisée dans le financement de véhicules automobiles pour les acheteurs, loueurs et distributeurs indépendants autorisés des produits Honda et Acura, avec une amende de 87 255 dollars.

Avec ce couteau sur la gorge, peut-il y avoir à Cuba des investissements étrangers et du développement économique ?

Après avoir constaté les progrès dans le secteur du tourisme, Trump a appliqué de nouvelles sanctions pour limiter les voyages individuels des américains à Cuba et les échanges commerciaux avec des entreprises d’Etat. Il a de plus inventé la fable des fausses atteintes « à la santé » des ses diplomates à La Havane, dans le seul but de produire un effet paralysant sur les investissements étrangers et le tourisme, ce qui influe aussi de façon négative sur le secteur des travailleurs non étatiques, dont les gîtes touristiques et les restaurants privés.

Il est très facile de critiquer et de faire des suggestions sans percevoir la rigueur d’une économie en guerre totale. Les changements réalisés passent toujours par l’affrontement avec une politique d’hostilité qui vise à détruire le système politique, ce que ne subissent pas d’autres pays du monde occidental.

Toutefois, dans la ville de Miami, sans guerre économique ni actions subversives, il paraît que les gens sont très endettés et que le coût de la vie est élevé, ce qui oblige des millions de ses résidents à faire des miracles pour survivre grâce à leur salaire.

Une étude récente du site internet de finances personnelles Wallet Hub sur les « meilleures et les pires villes des Etats-Unis pour le contrôle des dépenses en 2017 » a analysé la situation financière des résidents de Miami et la capacité dont ils disposent pour faire face à leurs dépenses mensuelles. La ville y est très mal notée : elle occupe la 176è place sur 182 villes américaines.

L’étude a analysé cinq aspects financiers des habitants de chaque ville, Miami obtenant la pire note parmi les 182 villes et ayant le plus fort endettement indépendamment des hypothèques. Miami est une des villes qui a le plus fort pourcentage de population non assurée et le pourcentage le plus faible de foyers possédant des économies destinées aux urgences.

Miami devra-t-elle procéder à des changements dans son système politique et économique ?

Cuba a besoin de moderniser son système économique et elle y travaille tranquillement, mais toute analyse sur ce thème ne peut laisser de côté les effets de la guerre économique, celle qui perdure depuis 58 ans pour éviter que se développe le système socialiste.

Ce n’est pas pour rien que des analystes du Council on Foreign Relations sont arrivés à la conclusion que :
L’opposition des Etats-Unis à la Révolution cubaine et le soutien à la démocratie et au développement dans cet hémisphère sont parvenus à contrer les ambitions de Cuba d’étendre son modèle économique et son influence politique. »

C’est pour cela que José Marti affirmait :

« En résolvant le problème social sans catastrophes ni violence, on résoudrait le problème industriel qui en est à l’origine. »

Notes du traducteur :

  • *Brookings Institution : l’un des plus anciens think tanks américains ayant son siège à Washington, qui se donne pour mission de « fournir des recommandations imaginatives et pratiques sur trois grands points : affermir la démocratie américaine ; améliorer le bien-être économique et social, la sécurité et les opportunités de tous les Américains ; et de sécuriser un système international plus ouvert, plus sûr, plus prospère et coopératif. » (NDT)
  • ** Cuba Standard : revue électronique sur l’économie cubaine et les échanges commerciaux avec l’île, propriété du groupe Cuba Media LLC, basé à Miami, qui publie aussi CubaNews.(NDT)
  • ***17 décembre 2014  : date de l’annonce par Raul Castro et Barack Obama du rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis, laissant entrevoir la possibilité d’une fin de l’embargo américain.(NDT)
  • **** OFAC  : Office of Foreign Assets Control, organisme américain de contrôle financier.(NDT)

SOURCE:

http://cubacoop.org/spip.php?page=article&id_article=3574

Vieillir en France : …Sur le Radeau de la Méduse !

 

 

 

 

Vieillir en France :

Sur le Radeau de la Méduse !

 

 

Je travaille depuis trois mois au Centre Hospitalier du Cheylard en Ardèche. Enfin, je travaillais, car mon dernier contrat de 3 semaines se termine le 4 Janvier prochain et c’est avec dégout et la boule au ventre que je quitte ce radeau de la méduse.

Par Mathilde Basset, Infirmière

 

 

 

 

 

Madame la Ministre,

Je suis infirmière depuis un an et demi. Je travaille depuis trois mois au Centre Hospitalier du Cheylard en Ardèche. Enfin, je travaillais, car mon dernier contrat de 3 semaines se termine le 4 Janvier prochain et c’est avec dégout et la boule au ventre que je quitte ce radeau de la méduse. J’y ai travaillé 2 mois en médecine / SSR / Urgences. Dans ce service, une infirmière peut se retrouver à gérer seule 35 patients relevant d’une surveillance clinique accrue, accueillir un ou plusieurs usager(s) qui entre de manière « programmée » et prendre en charge une ou deux urgence(s) vitale(s), le tout simultanément. C’est ce qui m’est arrivé. Pour m’aider ? la bienveillance d’une infirmière coordinatrice du service qui devait étre partie depuis plus de deux heures, des aide-soignantes à raison de une pour un couloir de 15 à 20 patients. J’ai tenu deux mois – octobre et novembre – puis j’ai arrété. On continue ?

En Décembre, je suis descendue d’un étage direction l’EHPAD de l’Hopital. ( des couloirs hospitaliers, des chambres doubles sans vide ni oxygène mural, des chariots lourds, seulement 2 ascenseurs pour les visites et les soins). Ce que j’ai omis de vous dire, c’est que l’EHPAD comprend 99 résidents sur trois niveaux. Nous tournons à 3 infirmières ( matin, journée et soir), à deux (matin, soir) les week ends, les fériés, les vacances et en cas d’arrêt. Bien que situé dans un hôpital, l’EHPAD n’embauche pas d’infirmière de nuit faute de budget pathos. Et on continue à faire croire au usagers et à leur famille qu’ils seront soignés quoi qu’il arrive. Ce matin, j’étais donc seule pour 99 résidents, 30 pansements, un oedeme aigü du poumon, plusieurs surveillances de chutes récentes et j’en passe. Mes collègues aide-soignants étaient eux aussi en effectif réduit ce qui ne leur permettaient pas de distribuer les médicaments comme généralement pratiqué après vérification des 99 piluliers complétés par la pharmacie interne. (Et ce, dans le cas où il s’agit bien d’aide-soignants et non d’agents de service hospitaliers faisant fonction d’AS, pas formés ou formés sur le tas avec toutes les lacunes que cela engendre)

Ce matin, j’ai craqué. Comme les 20 jours précédents. Je m’arrache les cheveux, au propre comme au figuré. Je presse les résidents pour finir péniblement ma distribution de médicaments à 10h15 ( débutée à 7h15), je suis stressée donc stressante et à mon sens, maltraitante. Je ne souhaite à personne d’étre brusqué comme on brusque les résidents. Disponible pour personne, dans l’incapacité de créer le moindre relationnel avec les familles et les usagers, ce qui, vous en conviendrez, est assez paradoxal pour un soi-disant lieu de vie.
Je bacle. Je bacle et agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collégues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l’essentiel auprès des 99 vies dont j’ai la responsabilité.

J’adore le soin, le care, la relation de confiance avec mes patients, mais je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche.
Arrivez-vous à dormir ? Moi non. Et si c’était vous? Vos parents? Vos proches ? Que voulons-nous faire pour nos personnes agées ? Pour les suivants ?

J’ai peur Mme la Ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante. Ce fossé que vous avez créé, que vous continuez de creuser promet des heures bien sombres au « système de Santé ». Venez voir, rien qu’une fois. Moi je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée.

 

http://www.ledauphine.com/ardeche/2018/01/06/epuisee-l-infirmiere-rend-sa-blouse-blanche

 

 

 

Mort de Rémi Fraisse : L’État Français s’auto-amnistie. . . !

 

Rémi Fraisse assassiné :

 

 

L’État Français

 

S’auto-amnistie. . . !

 

 

 

 

Mort de Rémi Fraisse: non-lieu en faveur du gendarme

 

 

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AFP, publié le mardi 09 janvier 2018 à 19h03

 

Plus de trois ans après la mort de Rémi Fraisse à Sivens (Tarn), la justice a délivré mardi un non-lieu en faveur du gendarme ayant tiré la grenade qui a tué le militant écologiste. 

Une décision vivement critiquée par le père de la victime qui dénonce une « justice aux ordres » et va faire appel.

« L’ordonnance de non-lieu était inévitable car personne n’avait été mis en examen (dans cette affaire), donc ce n’est pas réellement une surprise », a indiqué l’avocat du gendarme, Me Jean Tamalet.

« Par ailleurs, le réquisitoire définitif (du parquet de Toulouse) réclamait un non-lieu en insistant sur les fruits de l’instruction qui concluaient à un épouvantable accident », a-t-il ajouté à l’AFP.

« Le procureur rappelait qu’il y avait eu une instruction fouillée, de nombreuses expertises, et que l’emploi de la force avait été proportionné à la situation », et que celui de « la grenade correspondait à l’application des textes » alors en vigueur, a poursuivi Me Tamalet.

Rémi Fraisse, âgé de 21 ans, avait succombé à l’explosion d’une grenade tirée par un gendarme lors de violents affrontements sur le chantier de la retenue d’eau controversée de Sivens, le 26 octobre 2014.

Trois semaines après la mort du militant écologiste, le gouvernement avait annoncé l’interdiction des grenades offensives à l’origine de ce décès, après avoir suspendu leur utilisation.

« Mon client est soulagé, même s’il continue à vivre avec ce drame », a souligné Me Tamalet. Avec cette décision « il va pouvoir continuer à se reconstruire ».

« On s’y attendait. Tout a été fait par les juges et le parquet pour une instruction à décharge des gendarmes », a de son côté lancé le père de la victime, Jean-Pierre Fraisse. Selon lui, « de toutes les façons, la décision a été prise à un haut niveau. La justice est aux ordres, point barre ».

– « La raison d’Etat a prévalu » –

« La raison d’État de deux gouvernements successifs a prévalu alors qu’il n’y avait aucune raison puisqu’il y a mort d’homme. Si la France n’est pas capable de faire toute la vérité alors qu’il y a mort d’homme dans quel pays vivons nous? », s’est-il insurgé.

« Nous allons faire appel! », a affirmé Me Claire Dujardin, qui défend la famille Fraisse, soulignant qu’elle était décidée à aller « au bout » de la procédure en France même si elle ne se « fait pas d’illusion ». 

« On sait déjà comment ça va se passer », a-t-elle ajouté, rappelant que ses « demandes d’acte ont toutes été refusées: absence de reconstitution, d’appel à témoins, d’auditions du préfet du Tarn »… L’avocate s’est dite prête à porter « les faits devant la Cour européenne des Droits de l’Homme » et à demander « à ce que la responsabilité de l’État soit engagée ».

« Nous regrettons ce non-lieu », a réagi Europe Écologie – Les Verts (EELV). « Qu’on puisse mourir tué par une grenade militaire en occupant pacifiquement un bois à protéger n’est ni normal ni accidentel. Il faut un procès pour éclaircir les responsabilités », a estimé le mouvement.

« Je pense à ceux qui savent pourquoi cela est arrivé (…). J’imagine qu’ils sont face à leur conscience parfois dans le silence de la nuit. Et qu’elle est taraudante. Comme les renoncules ont refleuri à Sivens, la vérité adviendra un jour », a tweeté l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot.

« L’affaire Rémi Fraisse est enterrée….. Sans justice, vous n’aurez jamais la paix! », a pour sa part assuré Olivier Besançenot (NPA).

Dans ses réquisitions de non-lieu, le parquet de Toulouse était revenu sur la personnalité de Rémi Fraisse: « Un jeune homme totalement intégré, calme, pondéré et pacifique ». 

« Rien dans son parcours, bien au contraire, ne met en exergue une quelconque agressivité ou acte de violence à l’encontre des institutions ou représentants des forces de l’ordre », avait-il souligné.

Le projet de barrage a depuis été abandonné, mais un autre, réduit de moitié, est à l’étude. Les zadistes qui occupaient le site en ont été délogés le 6 mars 2015.

https://actu.orange.fr/france/mort-de-remi-fraisse-non-lieu-en-faveur-du-gendarme-CNT000000VbPHX/photos/manifestation-en-hommage-a-remi-fraisse-a-paris-le-8-novembre-2014-84b0ff327ae289976e165cf80cbf2f5f.html

 

 

 

 

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En Corée, la RPDC aux JO d’Hiver: Un petit pas vers la Paix?

 

En Corée, la RPDC aux JO d’Hiver:

Un petit pas vers la Paix?

La Corée du Nord aux JO-2018 : « Un grand pas en avant dans l’esprit olympique » Thomas Bach, président du CIO

17h26, le 09 janvier 2018, modifié à 18h17, le 09 janvier 2018

À l’issue de discussions exceptionnelles qui se sont tenues mardi, les deux pays ont convenu que la Corée du Nord allait envoyer une délégation aux JO d’hiver de Pyeongchang, en février prochain.

La décision d’envoyer une délégation de Corée du Nord aux jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud constitue « un grand pas en avant dans l’esprit olympique », a réagi mardi le président du Comité international olympique, Thomas Bach.

À l’issue de discussions exceptionnelles qui se sont tenues mardi entre le Nord et le Sud, les deux pays ont convenu que la Corée du Nord allait envoyer une délégation aux jeux Olympiques d’hiver qui se tiennent à Pyeongchang du 9 au 25 février, à 80 km de la frontière nord-coréenne. « Le CIO accueille avec une grande satisfaction les propositions sur lesquelles la Corée du Sud et la Corée du Nord sont tombées d’accord », a commenté le CIO dans un communiqué. « Ces propositions marquent un grand pas en avant dans l’esprit olympique », a déclaré Thomas Bach, président du CIO, cité dans le communiqué.

Le représentant nord-coréen à Lausanne. Le CIO attend maintenant « les rapports et propositions officiels » issus de la réunion de mardi et « va discuter des propositions » portant notamment sur le nombre et l’identité des sportifs retenus par le Comité national olympique nord-coréen. Il va maintenant revenir à la Commission exécutive du CIO de décider des modalités de la participation nord-coréenne (drapeau, hymne, cérémonies…), a précisé l’instance. Dans le même temps, le représentant nord-coréen au CIO, Chang Ung, se trouve à Lausanne pour « une réunion d’information déjà prévue depuis plusieurs semaines », a ajouté le CIO.

Une première rencontre entre nord-coréens et sud-coréens depuis deux ans. La Corée du Nord s’est déclarée mardi prête à envoyer des athlètes et une délégation de haut rang aux prochains jeux Olympiques en Corée du Sud, lors d’un exceptionnel face-à-face après les tensions provoquées par les ambitions nucléaires de Pyongyang. Séoul a profité de cette première rencontre en plus de deux ans pour demander que soit organisée parallèlement aux Jeux d’hiver une réunion des familles séparées par la guerre (1950-53), l’un des héritages les plus douloureux du conflit. Les discussions se sont tenues à Panmunjom, village frontalier où fut signé le cessez-le-feu, dans la zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule.

Le CIO s’annonce « flexible » envers les sportifs nord-coréens. Lundi, à la veille des négociations inter-coréennes, le CIO avait annoncé qu’il se montrerait « le plus flexible possible » envers les sportifs nord-coréens désireux de participer aux prochains JO d’hiver. En 1988, la Corée du Nord avait boycotté les Jeux d’été organisés à Séoul. En 2014, aucun athlète nord-coréen n’avait réalisé les minima pour les Jeux d’hiver de Sotchi, en Russie.

http://www.europe1.fr/sport/la-coree-du-nord-aux-jo-2018-un-grand-pas-en-avant-dans-lesprit-olympique-3541679

 

 

Complément d’info :

Les vœux du Nouvel An

du Président Kim Jong-un au peuple coréen :

Chers citoyens du pays entier et vaillants officiers et soldats de l’Armée populaire,

Chers compatriotes,

Nous tous, nous remémorons avec émotion débordants de joie et de dignité les exploits dignes de fierté que nous avons accomplis l’année passée par un travail assidu et exaltant, en suant loyalement, et saluons une nouvelle année 2018 avec de nouveaux espoirs et attentes.

A l’occasion du nouvel an plein d’espoirs, je souhaite santé, bonheur, réussite et prospérité à toutes les familles, et je souhaite que soient exaucés des vœux de nouvel an de nos enfants et le beau rêve de tout notre peuple.

Camarades,

En jetant un regard rétrospectif sur l’année dernière, année où j’ai suivi inlassablement la marche pour la prospérité de la patrie, en puisant grande force et sagesse dans la force de volonté et la sincérité d’un peuple constamment confiant et attaché au Parti malgré les multiples difficultés et épreuves, je suis touché à la pensée de la valeur éminente de ce peuple avec lequel je mène la révolution.

Je remercie de tout cœur, en leur adressant mes vœux de bonne année, au nom du Parti du travail de Corée et du gouvernement de notre République, le peuple entier et tous les officiers et soldats de l’Armée populaire qui, en partageant la volonté et le sentiment du Parti et en soutenant sa décision pendant des journées de lutte difficile mais glorieuse, ont remporté des victoires prodigieuses dignes d’être mentionnées dans l’histoire cinq fois millénaire de la nation.

Je tiens à adresser mes vœux de bonne année aux compatriotes du Sud et de la diaspora qui luttent pour la réunification du pays, de même qu’aux peuples progressistes et amis du monde entier qui se sont prononcés contre la guerre d’agression et ont manifesté une ferme solidarité avec notre juste cause. (…)

http://naenara.com.kp/fr/news/?22+3432

Le discours intégral en doc PDF :

MESSAGE NOUVEL AN RPDC

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Corée, RPDC

Quelques liens sur le sujet, sur TML et Solydairinfo :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/02/19/a-lassaut-du-ciel/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/02/21/a-lassaut-du-ciel-suite/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/02/27/en-reponse-a-un-ami-ecologiste-sur-le-nucleaire-militaire-coreen/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/03/01/debat-sur-le-nucleaire-coreen-suite/

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/04/18/agression-us-en-coree-le-point-de-la-situation-actuelle/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/05/de-la-station-f-a-la-station-r-reussite-de-la-resistance/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/12/coree-solidarite-avec-la-resistance-de-la-rpdc/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/07/31/communistes-ou-kollabos-de-limperialisme/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/18/bombardements-us-en-coree-le-vrai-visage-de-loncle-sam/

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Le marxisme était-il à la base du socialisme en URSS, et quelles leçons peut-on en tirer ?

 

 

Le marxisme était-il à la base

du socialisme en URSS,

et quelles leçons peut-on en tirer ?

 

Les bolchéviques ont-ils établi leur programme économique en fonction des critères et des lois économiques décrites par Marx, et s’y sont-ils tenus au cours du développement de l’URSS, et quelles leçons peut-on tirer de l’expérience ?

Il ne s’agit pas, dans cet article, d’une étude exhaustive, mais de revenir sur quelques principes de base qui ont été abordé au cours des récentes polémiques, et de répondre ainsi, une nouvelle fois, aux assimilations que tentent de faire certains prétendus « communistes prolétariens », comme M. Bibeau, par exemple, sur son site « Les 7 du Québec », pour déformer systématiquement les analyses et études présentées ici sur TML, à coup de citations tronquées, et créer une confusion entre capitalisme et socialisme, et prétendre en plus la valider sous prétexte de l’ « éclaircir  » !

 

Comme on l’a rappelé à l’occasion du centenaire d’Octobre,le capitalisme, provisoirement vaincu, pendant quelques décennies, par cette Révolution en Russie puis dans l’ensemble des pays qui ont formé l’URSS et quelques autres, à la suite, est un type de relation économique lié à l’histoire de la bourgeoisie, une classe sociale qui a déjà 1000 ans d’existence et dont l’expérience économique et politique est à la fois multiséculaire et multiforme, avec une grande faculté d’adaptation et une grande capacité de se « conserver » et de « réagir », au sens précisément « réactionnaire » contre tout ce qui la menace, avec à la fois une férocité implacable dans la répression et une grande rouerie pour renverser les rôles et se poser dans le rôle de la « victime » des révolutionnaires qui veulent se libérer de sa domination.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

Ceci dit, mille ans d’histoire, ce n’est pas mille ans au pouvoir et il lui a fallu près des trois-quarts de ce temps, soit plus de 7 siècles pour devenir tout à fait la classe dominante, après de nombreuses tentatives insuffisantes et rechutes sous la coupe de l’aristocratie.

Mais ce qui a fait la force irrésistible de son ascension, ce sont les fondamentaux de son développement économique, ceux qui lui ont permis d’élargir et d’accumuler le capital qui en a fait la classe des possédants, et d’abord et avant tout, des possédants des moyens de production.

Ce sont ces fondamentaux, les lois économiques qui sous-tendent son développement, que Marx a tout d’abord étudié, analysé et décrit dans son œuvre majeure, Le Capital.

C’est à partir de la logique interne du mode de production capitaliste que Marx a pu montrer que ce développement menait à des cycles de crises et à une limite en possibilité d’élargissement du capital, et donc aussi à une limite à la fonction dominatrice de cette classe dans l’histoire des sociétés et civilisations humaines. Néanmoins l’histoire humaine montre qu’aucune classe dominante, surtout sur un temps aussi long, ne cède cette fonction de bon gré ni par goût de favoriser le progrès humain… !

C’est ce que l’on a vu, récemment, avec la crise actuelle et le rôle grandissant de la robotique, accélérant, en fait, le processus de la crise systémique en cours.

Alors même qu’elle n’a plus d’opposition réelle, en tant que force politique organisée, la bourgeoisie s’acharne à échafauder des stratégies de plus en plus complexes, tortueuses et souvent carrément machiavéliques pour survivre à tout prix à l’impasse de sa propre crise.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/03/la-societe-de-larnaque-un-theme-de-reflexion-pour-2018/

Par simple comparaison on peut imaginer, même sans connaître l’histoire en détail, la folle énergie qu’elle a dépensé au cours de la survie de l’URSS pour en venir à bout, et par tous les moyens.

En URSS même, la bourgeoisie ne s’est pas évaporée entièrement dans l’émigration et on peut imaginer aussi toutes les stratégies d’adaptation et la duplicité qu’elle a pu déployer pour compenser sa défaite sur le terrain de la lutte sociale et militaire.

L’idée même de socialisme n’a quant à elle guère plus d’un siècle et demi, et ses premières concrétisations sur le terrain, encore moins.

Si Marx a eu mille ans d’histoire de la bourgeoisie à étudier pour en déduire les lois fondamentales du capitalisme, il n’avait pas même un siècle de développement du prolétariat industriel à étudier pour comprendre ses possibilités de réorganisation de l’économie et les fondamentaux d’un nouveau développement économique qui pourrait s’en dégager. Il n’a pu progresser, dans ce domaine, que par approches successives et par déductions prospectives, au fur et à mesure des questions qui se posaient aux partis prolétariens.

C’est en 1875, et en réponse aux propositions programmatiques d’unification du parti social-démocrate allemand, alors encore un parti prolétarien, qu’il a formulé au mieux les principes d’un programme économique de transition entre capitalisme et communisme, qu’il a lui-même désigné comme première phase du communisme, et que l’on a couramment désigné par la suite comme socialisme, pour la distinguer de la phase supérieure du communisme, dans sa forme aboutie. Forme qui n’est donc jamais apparue nulle part sur la planète, vu le rapport de forces constamment dominant en faveur du capitalisme, même à l’apogée de l’extension du socialisme.

Ce texte essentiel de Marx, c’est la célèbre Critique du Programme de Gotha, dont le passage clef reprend, comme principe de base économique de la transition la non moins célèbre Loi de la valeur, basée sur la notion de valeur-travail, telle qu’il l’a mis à la base de toute son œuvre, et d’abord de son ouvrage majeur, au chapitre 1 du Livre 1 du Capital… !

http://inventin.lautre.net/livres/MARX-Le-Capital-Livre-1.pdf

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

 

Une évidence qui est aujourd’hui ignorée ou même le plus souvent carrément reniée par la plupart des prétendus « marxistes » et autres pseudos « communistes prolétariens »…

Mais dès la rédaction du Capital il en avait posé le principe de base, celui de la planification :

« Représentons-nous enfin une réunion d’hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et dépensant, d’après un plan concerté, leurs nombreuses forces individuelles comme une seule et même force de travail social. Tout ce que nous avons dit du travail de Robinson se reproduit ici, mais socialement et non individuellement. Tous les produits de Robinson étaient son produit personnel et exclusif, et, conséquemment, objets d’utilité immédiate pour lui. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert de nouveau comme moyen de production et reste sociale ; mais l’autre partie est consommée et, par conséquent, doit se répartir entre tous. Le mode de répartition variera suivant l’organisme producteur de la société et le degré de développement historique des travailleurs. Supposons, pour mettre cet état de choses en parallèle avec la production marchande, que la part accordée à chaque travailleur soit en raison son temps de travail. Le temps de travail jouerait ainsi un double rôle. D’un côté, sa distribution dans la société règle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l’autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en même temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun réservée à la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution. »

C’est ce principe qu’il a ensuite développé dans la Critique du Programme de Gotha (Ci-après dénommée CPG) en réponse aux conditions concrètes auxquelles le parti social-démocrate allemand devait faire face, lors de la rédaction de son programme d’unification :

« Si nous prenons d’abord le mot « produit du travail » (Arbeitsertrag) dans le sens d’objet créé par le travail (Produkt der Arbeit), alors le produit du travail de la communauté, c’est « la totalité du produit social » (das gesellschaftliche Gesamtprodukt).

Là-dessus, il faut défalquer :
Premièrement : un fonds destiné au remplacement des moyens de production usagés;
Deuxièmement : une fraction supplémentaire pour accroître la production;
Troisièmement : un fond de réserve ou d’assurance contre les accidents, les perturbations dues à des phénomènes naturels, etc.

Ces défalcations sur le « produit intégral du travail » sont une nécessité économique, dont l’importance sera déterminée en partie, compte tenu de l’état des moyens et des forces en jeu, à l’aide du calcul des probabilités; en tout cas, elles ne peuvent être calculées en aucune manière sur la base de l’équité.

Reste l’autre partie du produit total, destinée à la consommation.

Mais avant de procéder à la répartition individuelle, il faut encore retrancher :

Premièrement les frais généraux d’administration qui sont indépendants de la production.
Comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, cette fraction se trouve d’emblée réduite au maximum et elle décroît à mesure que se développe la société nouvelle.

Deuxièmement : ce qui est destiné à satisfaire les besoins de la communauté : écoles, installations sanitaires, etc.
Cette fraction gagne d’emblée en importance, comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, et cette importance s’accroît à mesure que se développe la société nouvelle.

Troisièmement : le fonds nécessaire à l’entretien de ceux qui sont incapables de travailler, etc., bref ce qui relève de ce qu’ on nomme aujourd’hui l’assistance publique officielle. » (in CPG)

 

Bien évidemment, il s’agit ici des conditions de l’époque, et ce n’est pas le détail de leur liste qui importe, mais le principe même de fonds collectifs adaptés aux besoins sociaux collectifs et au développement économique de la collectivité.

C’est là, en quelque sorte, l’équivalent de ce que nous avons ébauché récemment, comme actualisation, avec les huit points proposés au débat par le Collectif Marxiste-léniniste Octobre! :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017-pour-sortir-de-limpasse-la-revolution-du-retour-au-reel/

Selon le même principe fondamental, la loi de la valeur et la notion de valeur-travail, Marx décrit ensuite le mode de répartition individuelle entre les travailleurs devenus producteurs associés collectivement, en fonction des quantums de travail socialement nécessaires :

« Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. Le producteur reçoit donc individuellement – les défalcations une fois faites – l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme.

C’est manifestement ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises pour autant qu’il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d’autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que des objets de consommation individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets entre producteurs pris individuellement, le principe directeur est le même que pour l’échange de marchandises équivalentes : une même quantité de travail sous une forme s’échange contre une même quantité de travail sous une autre forme.

Le droit égal est donc toujours ici dans son principe… le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s’y prennent plus aux cheveux, tandis qu’aujourd’hui l’échange d’équivalents n’existe pour les marchandises qu’en moyenne et non dans le cas individuel.

En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni; l’égalité consiste ici dans l’emploi DU TRAVAIL comme unité de mesure commune. » (in CPG)

 

 

En Septembre 1917, c’est à dire on ne peut guère plus « à la veille » de la Révolution d’Octobre, Lénine reprenait, dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution, les principes de base de la Critique du Programme de Gotha pour en faire ceux du développement du socialisme en Russie…

LENINE Chapitre V L’Etat et la Revolution (pdf)

Pourtant, malgré la fin des hostilités avec l’Allemagne, grâce à la paix signée à Brest-Litovsk, la mise en œuvre de cet aspect fondamental du socialisme est retardée par la nouvelle guerre enclenchée par les armées blanches, bientôt soutenues par toutes les puissances impérialistes occidentales.

Ce que l’on appellera par la suite le « communisme de guerre » est d’abord une suite de mesures empiriques pour faire face à l’urgence, notamment basées sur les réquisitions nécessaires.

C’est, en Mai 1918, dans une période d’accalmie relative, que Lénine proposera pour la première fois un plan de relance économique faisant cohabiter cinq types de relations économiques, y incluant à la fois la paysannerie individuelle et le secteur économique socialiste, basé sur la propriété collective des principaux moyens de production. C’est le premier plan réel de ce qui deviendra la NEP en 1921, à l’issue de la guerre civile. Ce n’est donc pas un plan entièrement socialiste, mais si le « marché » continue d’y jouer un rôle important, il n’en est pas non plus la force essentielle, encore moins, donc, la force dirigeante, et on ne peut pas parler, à son sujet, de « socialisme de marché », comme tentent de le faire aujourd’hui les révisionnistes, et notamment, les « prochinois »… ! On ne peut pas non plus parler, à son sujet de « capitalisme d’Etat », comme tentent également de le faire la plupart des anarchistes et des gauchistes, car s’il comporte bien un autre secteur économique défini par Lénine comme « capitalisme d’État », ce n’est pas non plus le secteur dominant, et, de plus, il se trouve donc sous la domination de l’État prolétarien.

1918_Lénine_Sur l’infantilisme ‘de gauche’_(pdf)

Une question importante qui se posait alors pour les économistes soviétiques était donc la nature de la relation entre secteur socialiste et secteur privé. En ce qui concerne le secteur privé, il ne faisait pas de doute que la loi du marché y était dominante et marquait fortement la fluctuation des prix.

C’est malgré tout l’intervention de l’État prolétarien qui a permis à plusieurs reprises de rétablir l’équilibre, et notamment l’occasion de la célèbre « crise des ciseaux » en 1923.

Pour les deux principaux économistes soviétiques de l’époque, Boukharine et Preobrajensky, bien que en désaccord sur de nombreux points et appartenant à des factions opposées, il y avait consensus sur le fait que la loi de la valeur ne devait plus s’appliquer au secteur économique socialiste, alors même qu’il était pourtant encore en interaction avec le secteur privé. Cela correspondait à ce qui est aujourd’hui la position de nos gauchistes contemporains, et en raison de cette domination idéologique « gauchiste », il était donc impossible de gérer ce secteur rationnellement, notamment à l’aide des concepts marxistes tels que ceux de la CPG.

Alors même que ces économistes se posaient pratiquement en doctrinaires du marxisme, par exemple en publiant ensemble un opuscule intitulé « L’ABC du communisme » !!

Les « interprétations » déformées de Marx faites par ces deux économistes ont déjà été abordées, sur TML, à l’occasion de cet article :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/29/e-ou-a-une-seule-lettre-peut-elle-changer-le-cours-de-lhistoire/

Trotsky, pour sa part, bien qu’officiellement allié à l’ »opposition de gauche » et le plus souvent présenté comme son « leader », préconisait d’établir le plan en tenant d’abord compte du marché, le soumettant ainsi à la loi du marché, en réalité, qui devait donc aussi réguler le secteur socialiste. Et cela même lorsqu’il s’est avéré que la NEP amenait finalement le retour des crises et du capitalisme et menaçait la survie du socialisme. Étant ainsi le précurseur du « socialisme de marché », Trotsky était surtout, en fait, le précurseur de la restauration intégrale du capitalisme !

C’est cette dérive, en réalité tout à fait droitière, que l’on a pu mettre en évidence lors des différentes phases du débat désormais regroupées sous le titre :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/04/le-bloc-et-la-faille/

Le décès de Lénine est survenu en 1924, alors que la NEP venait déjà de connaître une première crise sous l’influence encore considérable du marché, et que la polémique entre les économistes soviétiques battait son plein. Concrètement, on sait seulement qu’il avait rejeté les thèses de Preobrajensky, alors leader des économistes de l’ « opposition de gauche ».

Comme on l’a vu, l’opportunisme de Trotsky le menait à la fois à se poser en leader de cette « opposition » et à défendre des options ultra-droitières en économie, au point de préconiser le maintien et même l’extension de la NEP alors même qu’elle était entrée dans un cycle de crise irréversible.

Contrairement à une idée reçue, son exclusion, en 1927, assurera donc concrètement la domination des conceptions économiques « gauchistes » concernant la gestion du secteur économique socialiste, qui allait devenir largement dominant dès le début des années 30. Ces conceptions économiques, qui assuraient essentiellement que la loi de la valeur n’avait plus cours dans le secteur socialiste, sont devenues quasiment la doxa officielle du parti en dépit des nécessités pragmatiques de la gestion sur le terrain.

En témoigne, entre autres, ce traité d’économie politique publié en France par Louis Ségal en 1936 :

« Dans la société socialiste, le travail ne revêt pas la forme de la valeur et ne se manifeste pas comme propriété de la marchandise. Mais cela ne veut pas dire que la loi de la valeur ne disparaît que lorsque la société socialiste est déjà entièrement construite et que dans la période de transition vers le socialisme la loi de la valeur continue d’être en vigueur. La loi de la valeur, comme loi du développement social, est abolie dès le commencement de la période de transition. La dictature du prolétariat une fois instaurée, la société s’engage dans la voie de l’abolition de la production marchande et de son remplacement par la production socialiste. “

http://d-meeus.be/marxisme/Segal/paragraphes/chap02sec07.html

 

Dans ces conditions, on comprend mieux que la violence des luttes politiques à l’intérieur du parti ne traduisait pas seulement des luttes d’influence entre factions pour le contrôle du pouvoir, mais d’abord la difficulté d’imposer à l’ensemble une politique cohérente de gestion économique de développement du socialisme.

Malgré le handicap causé par ces luttes, malgré la difficulté, à cause des conceptions « gauchistes » erronées dominantes chez les économistes soviétiques de l’époque, de mener une politique de planification cohérente, le développement économique global de l’URSS, tant industriel qu’agricole, au cours des seules onze années qui ont suivi la fin de la NEP, et donc basé essentiellement sur le secteur socialiste, a permis de hisser l’URSS au niveau des plus grandes puissances économiques « occidentales », et notamment de l’Allemagne, qui se posait en menace directe contre l’URSS et en « rempart » des valeurs de l’Occident.

Il est clair que malgré les contradictions interne de l’Occident, notamment entre le nazisme et l’impérialisme US, le monde capitaliste n’avait pas renoncé à écraser l’URSS et laissait volontiers, même si hypocritement, cette mission au nazisme !

Il est tout aussi évident que cette menace contraignait le développement économique de l’URSS à se concentrer sur des objectifs de défense militaire et de survie qui étaient un frein à celui des objectifs sociaux, malgré tout atteints, pour l’essentiel, si l’on compare l’URSS de 1941 à la Russie de 1917. Rien d’autre ne peut expliquer, à l’évidence, la volonté farouche avec laquelle les citoyens soviétiques ont défendu leur nouvelle patrie et finalement écrasé l’envahisseur nazi.

Dans ces conditions, les plus difficiles et les plus dramatiques, des toutes premières décennies du socialisme en URSS, il est en réalité tout à fait impossible de parler d’ »échec du socialisme », contrairement à ce que nous assène la propagande médiatique encore actuelle au service du système.

Ne pouvant pas totalement dénigrer la réalité incontournable de la victoire de l’URSS sur le nazisme, cette propagande a donc le besoin d’assimiler l’une à l’autre puissance pour pouvoir nier, en fin de compte, la victoire du socialisme, et pour cela, elle a fondamentalement besoin de l’appui des groupes politiques prétendument d’ « exrême-gauche » dont le crédo idéologique repose sur la négation du caractère socialiste de l’URSS, tout comme de certains soi-disant « communistes prolétariens » qui tentent d’assimiler capitalisme et socialisme, et même, assez logiquement dans cet esprit néo-Kollabo, socialisme et fascisme… C’est le cas typique des récentes diatribes de M. Bibeau, par exemple…

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/capitalisme-et-socialisme-sont-ils-identiques/#comment-203379

Il ne s’agit pas, ici, de points de doctrine ou de polémique, mais bien de réalité économique objective. On a vu que la planification socialiste supposait l’établissement de fonds pour les besoins sociaux collectifs. Or quel besoin social plus urgent sinon celui de la survie de la collectivité elle-même face à la menace nazie ?

Il est donc évident que le processus d’accumulation nécessaire pour l’organisation de la défense et ensuite le passage à la contre-offensive n’est pas un processus d' »accumulation » au sens capitaliste du terme, ni « primitive » ni autrement, mais bien le résultat d’une nécessité collective de l’économie socialiste naissante.

Il est également clair qu’à l’issue de la 2ème guerre mondiale l’Occident capitaliste, et notamment l’impérialisme US, n’entendaient toujours « rien lâcher » face au développement économique de l’URSS en voie de reconstruction et de son influence grandissante sur le reste du monde.

De sorte que la nécessité collective d’organiser la défense ne pouvait toujours pas être mise de côté et continuait de peser sur le développement des autres objectifs sociaux.

Incontestablement, cette pression était l’un des objectifs fondamentaux de la « guerre froide » entretenue par l’Occident capitaliste, en combinaison avec le « Plan Marshall » pour secourir les économies défaillantes de l’Europe de l’Ouest, alors que la machine industrielle US avait pu tourner à plein régime sans subir le moindre dommage sur son propre sol.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/la-doctrine-jdanov-du-front-anti-imperialiste/

De son côté, l’URSS devait à la fois relever ses propres ruines et contribuer à relever celles de l’Europe de l’Est, soit sur l’ensemble des régions les plus ravagées par la guerre, tant du fait des nazis que des bombardements US.

Malgré tout, elle y est parvenue, pour l’essentiel, en quelques années, et il est donc tout à fait impossible, là encore, de parler d’ « échec du socialisme » !!

Dans la mesure où il a répondu à l’essentiel des exigences sociales collectives et des urgences de l’époque en matière de défense de la collectivité, malgré les errements politiques diverses des factions en luttes d’influence, et notamment des tentatives trotskystes et révisionnistes pour sauvegarder et rétablir l’économie de marché, on peut donc affirmer que le développement économique de l’URSS était encore, dans la première décennie d’après guerre, de nature socialiste, et non de nature capitaliste, et que s’il y a lieu de critiquer les errements politiques qui ont amené un retournement de situation décisif à partir du XXème Congrès, il n’y a pas lieu d’établir une confusion entre la construction du socialisme en URSS jusqu’à cette époque avec le développement du capitalisme, sous quelque forme que ce soit.

Ceux qui pratiquent cet amalgame se font délibérément les agents auxiliaires, mais effectivement indispensables au système, comme on l’a vu, de la bourgeoisie et du capitalisme.

Par contre, il y a nettement lieu de distinguer deux grandes périodes dans l’histoire de l’URSS, même si chacune d’entre elles comprend encore plusieurs phases très distinctes.

Cette séparation principale en deux phases autour de ce point de basculement que représente le XXème Congrès du PCUS est essentielle parce qu’elle distingue nettement, quant au fond, deux grandes périodes de nature sociales et économiques différentes.

Mais le risque de confusion est ici bien réel et les confusionnistes ne se privent pas d’en jouer pour embrouiller les pistes de réflexion d’un public peu averti de l’histoire réelle de l’URSS et surtout, conditionné par les versions quasi similaires que se plaisent à en donner et la bourgeoisie, et les trotskystes, et les gauchistes, ainsi que la plupart des anarchistes…

Cette question a déjà été abordée en détail dans de nombreux articles sur TML (*) et on y reviendra ici que sur quelques points qui permettent de comprendre le bilan de l’influence des fondamentaux du marxisme sur cette première période, celle de l’édification et de la défense du socialisme.

En effet, avant que cette période ne s’achève, et malheureusement, par la contre-révolution khrouchtchevienne, un premier bilan de fond avait été tenté par les bolcheviques autour de la préparation du XIXème Congrès du parti, qui allait donc devenir, de par le fait, le dernier congrès bolchevique en URSS.

De plus, il s’agissait précisément de trancher enfin la question des lois économiques du développement du socialisme, en vue d’établir un manuel économique édité par l’académie des sciences de l’URSS, et qui devait en quelque sorte être la synthèse de l’expérience du socialisme en URSS.

Une première tentative en vue de remettre les économistes soviétiques au travail sur cette question avait précédemment été faite, juste avant la guerre, et cette question de fond débattue pour la première fois avec l’idée que la loi de la valeur pouvait être utilisée dans le travail de planification de l’économie socialiste.

Toutefois, en raison des circonstances faisant évidemment passer au premier plan d’autres urgences, on comprend qu’elle n’ait pu être tranché, et le débat en était donc resté là, pour l’essentiel, jusqu’à la préparation du XIXème Congrès, en 1952. L’idée devenue classique de sa non-utilisation continuait donc de dominer, tandis que l’influence de la loi du marché était préconisée par les nouveaux révisionnistes et les résidus du trotskysme, qui étaient souvent les mêmes…

Ici il est important de comprendre que s’il existe bien des lois économiques propres au développement du socialisme, le fait de les étudier et de les comprendre est évidemment un atout considérable pour la gestion de la planification, mais cela reste quand même distinct de leur réalité propre. De même que le fait de connaître ou non les lois de la physique ne les empêche pas de s’exercer dans notre environnement, bien que, à l’évidence, leur connaissance permette d’améliorer la technologie mise en œuvre par la civilisation humaine…

La difficulté vient donc de la manière de comprendre et de distinguer ce qui, dans l’histoire encore naissante du socialisme, est de l’ordre des fondamentaux trans-historiques, c’est à dire de ses lois naturelles, en quelque sorte, d’avec les formes qu’ils ont pris selon les circonstances concrètes de leur application, depuis l’époque de Marx.

Dans l’exposé même de la CPG, du reste, il faut encore distinguer ce qui est de la forme et de l’ordre du fondamental, à savoir, la règle de l’échange en valeur-travail, pour la période de transition, assortie d’une part importante de « défalcation », pour les besoins sociaux collectifs, mais qui non seulement n’en altère pas le principe, mais lui donne, au contraire, tout son sens, spécifiquement socialiste.

La forme « bon de travail », en tant que simple forme, ne doit pas retenir notre attention outre mesure, c’est à dire autrement que comme référence à l’esprit de l’époque et moyen commode, dans cet esprit, d’expliquer le principe de l’échange en valeur-travail. Ce principe, à travers la notion de quantums de travail socialement nécessaire, n’est ni plus ni moins qu’une application conséquente, au problème de la transition, de la loi de la valeur, telle que développée à la base de l’œuvre de Marx, Capital, L I,ch 1.

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

La première difficulté vient donc de ce que cette idée, reprise par Lénine, comme nous l’avons vu au départ, n’a malgré tout pas été mise en œuvre consciemment dans les premières décennies de l’URSS et finalement complètement abandonnée presque aussitôt que promulguée, après le XIXéme Congrès, qui a précédé de peu la victoire des révisionnistes, puis ouvertement rejetée par ceux-ci.

C’est là que l’on comprend bien que leur volonté de remettre au premier plan des stratégies de marché dans la gestion de l’URSS est aux antipodes d’une conception socialiste et constitue bel et bien une contre-révolution, même si déguisée sous un langage de « socialisme réformé ».

Jusque là, à cette non-mise en œuvre consciente des principes de la CPG, deux raisons historiques, dont l’une était effectivement incontournable : la nécessité d’en passer par la NEP.

Toutefois cela n’eut altéré que faiblement les chances de les mettre en œuvre dans le secteur socialiste de l’économie soviétique, n’eût été l’influence prépondérante des économistes « de gauche », dont Preobrajensky et même Boukharine, généralement plutôt considéré « droitier », et qui avaient donc la même vue sur ce point essentiel .

Contrairement à une opinion largement répandue, il semble donc que Staline avait jusque là nettement « ménagé » les restes de la « gauche » pour endiguer la poussée de la droite, et qu’il n’ait pas voulu imposer cette idée de manière « autoritaire », en dépit de la légende actuelle à son sujet.

Il entendait donc faire de l’établissement du Manuel le lieu de l’éclaircissement nécessaire à ce sujet, et cela devait venir, logiquement, à la suite du XIXème Congrès. C’est pourquoi on retrouve trace de ces idées nouvelles dans les premières éditions du Manuel, 1954 et 55, en raison de l’influence de ces débats, et en dépit de la mort précoce de Staline, presque certainement une conséquence de ces luttes internes au parti, selon la plupart des historiens russes, tout comme celle d’Andreï Jdanov, précédemment, du reste.

Mais la trace la plus révélatrice et la plus intéressante de cette époque reste donc le livre que Staline avait écrit sur ces questions en vue de la préparation du XIXème Congrès. Tout à fait à l’opposé d’un exposé synthétique de la globalité du problème, et du reste, tel qu’il le présente lui-même, il s’agit essentiellement d’une suite de réponses aux différentes propositions, qu’il avait lui-même sollicitées, pour l’établissement du Manuel et pour les débats en vue du XIXème Congrès.

Il est clair que la synthèse finale, pour l’époque, devait être faite, par les économistes soviétiques, à l’occasion des travaux de rédaction du Manuel, à la suite du Congrès.

Compte tenu des nouvelles circonstances crées par sa mort et la prise du pouvoir par les révisionnistes, nous n’en avons donc plus que des bribes, mais qui ne manquent pas d’intérêt, si on sait les réinterpréter par rapport au contexte.

Quoi qu’il en soit, la synthèse reste à faire, et avec le recul du temps, elle doit évidemment tenir compte de toute l’évolution politique et économique, depuis.

En ce qui concerne l’ouvrage de Staline lui-même, et même si ce n’est pas formulé de manière aussi synthétique, il y est clairement fait mention de trois types de relations économiques dans le socialisme en URSS.

Si l’on veut bien admettre que la loi du développement harmonieux, telle que présentée dans cet ouvrage, est la loi en quelque sorte « naturelle » de l’économie politique socialiste, il s’agit donc clairement d’une loi qui repose sur l’échange en valeur-travail, tel que décrit par Marx dans la CPG, et les allusions que Staline fait à ce texte ne sont pas là par hasard… C’est aussi clairement ce qu’il nous explique concrètement avec cette histoire célèbre et parfaitement significative d’échanges pain-céréales-coton. Ici, c’est l’expression monétaire, le prix, qui reste la mesure relative des choses, mais manifestement, cela ne change rien au principe, qui est celui exprimé dans la CPG, et cela introduit, au contraire, l’idée d’une monnaie socialiste qui traduit la nature de ce type d’échange, à l’instar des bons de travail de la CPG, en valeur-travail.Dans un précédent article abordant le sujet, nous avions déjà cité ce passage, avec une explication de cette problématique:

 

« C’est donc en partie par la correspondance proportionnelle, pour l’évaluation, entre termes monétaires et quantums de travail, que se détermine l’équilibre du plan, et selon sa réalisation, le développement ou non du socialisme. Discutons en un exemple concret, dans l’URSS de ce temps, que nous transposerons dans le nôtre, ensuite:

 » Il y a quelque temps on avait décidé de régler, dans l’intérêt de la culture cotonnière, le rapport des prix du coton et des céréales, de préciser le prix des céréales vendues aux cultivateurs de coton et de relever les prix du coton livré à l’État. Dès lors, nos dirigeants de l’industrie et nos spécialistes de la planification apportèrent une proposition qui ne pouvait que surprendre les membres du Comité central, puisque cette proposition fixait le prix d’une tonne de céréales à peu près au même niveau que celui d’une tonne de coton ; au surplus, le prix d’une tonne de céréales était le même que celui d’une tonne de pain cuit. Les membres du Comité central ayant fait remarquer que le prix d’une tonne de pain cuit devait être supérieur à celui d’une tonne de céréales, en raison des frais supplémentaires nécessités par la mouture et la cuisson ; que le coton en général coûtait bien plus cher que les céréales, témoin les prix mondiaux du coton et des céréales, les auteurs de la proposition ne purent rien dire d’explicite. Force fut au Comité central de prendre la chose en mains propres, de diminuer les prix des céréales et de relever ceux du coton. Que serait-il advenu si la proposition de ces camarades avait reçu force légale ? Nous aurions ruiné les cultivateurs et serions restés sans coton  »

(Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

Les problemes economiques du socialisme en URSS (pdf)

Dans cet exemple, bien qu’il n’y soit question que de prix, on voit bien en quoi l’échelle des valeurs y parait décalée. La différence entre une tonne de blé et une tonne de pain réside évidemment dans le travail supplémentaire qui y est incorporé, sous diverses formes, directes, par le travail des meuniers, des boulangers, et indirectes, par une part du travail de ceux qui ont fabriqué le moulin et le matériel de boulangerie.

Et cela n’a évidemment pas changé depuis, ni ne peut changer.

Pareillement, l’écart entre une tonne de coton et une tonne de blé réside essentiellement dans la différence des quantums de travail nécessaires pour les obtenir, en fonction des moyens de production engagés.

Aujourd’hui comme hier, même si les techniques ont considérablement évolué, obtenir une tonne de coton livrable à la filature est différent d’obtenir une tonne de blé livrable au moulin.

Au jour de la rédaction de cet article, la différence sur le cours mondial s’établissait ainsi:

COTON : 1344 EUROS/TONNE (0.68 DOLL/POUND )

BLÉ : 155 EUROS/TONNE

Bien évidemment, cela tient en partie à la conjoncture des marchés, à des tendances particulièrement contraires, ce jour là, mais même en supposant une tendance plutôt haussière sur le blé et baissière sur le coton, il reste impossible que ces valeurs viennent à s’égaliser.

Un rapide aperçu du travail nécessaire à l’obtention d’une balle de coton nous en fournit tout de suite la raison.

(Voir les illustrations de cet article)

https://tribunemlreypa.wordpress.com/economie-politique-du-socialisme/

En régime socialiste, l’établissement des prix ne se fait pas en tenant compte des fluctuations anarchiques du marché mondial, mais en tenant le compte le plus exact possible du travail socialement nécessaire.

Cette application utile de la loi de la valeur permet d’équilibrer le plan et de rendre possibles les échanges entre tous les secteurs de la vie économique sur une base équitable. »

C’est cette même idée que l’on retrouve encore, même si quelque peu édulcorée, dans les premières éditions du Manuel.

Ce que Staline signifie par cet exemple est que ce principe devrait être à la base de la gestion de l’économie soviétique, ce qui n’était malheureusement pas encore le cas:

«  La loi du développement harmonieux de l’économie nationale a surgi en contrepoids à la loi de concurrence et d’anarchie de la production sous le capitalisme. Elle a surgi sur la base de la socialisation des moyens de production, après que la loi de concurrence et d’anarchie de la production a perdu sa force. Elle est entrée en vigueur parce que l’économie socialiste d’un pays ne peut être réalisée que sur la base de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est dire que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale offre à nos organismes de planification la possibilité de planifier correctement la production sociale. Mais on ne doit pas confondre la possibilité avec la réalité. Ce sont deux choses différentes. Pour transformer cette possibilité en réalité, il faut étudier cette loi économique, s’en rendre maître, il faut apprendre à l’appliquer en pleine connaissance de cause ; il faut dresser des plans qui reflètent pleinement les dispositions de cette loi. On ne saurait dire que nos plans annuels et nos plans quinquennaux reflètent pleinement les dispositions de cette loi économique. »

(Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

Il n’est donc pas douteux que c’est là le principe fondamental et central de l’économie socialiste soviétique, même s’il n’a pu être formulé correctement et encore moins, mis en œuvre correctement, du fait des influences idéologiques contradictoires et non encore éclaircies.

Le fait qu’il implique, dans ce contexte concret, une politique monétaire socialiste, est aussi flagrant, mais comme on vient de le voir, cela ne l’altère donc en rien, quant au fond.

Le type de relation économique induit par le système kolkhozien est à la fois autre et partie prenante de l’ensemble. Ici, le caractère « marchand » de l’échange ressort davantage, car il ne peut se plier totalement à un schéma centralisé et doit faire l’objet, dans ce cadre, d’accords particuliers dont le schéma d’ensemble doit tenir compte. Les limites du caractère « marchand » de ce type d’échange sont néanmoins parfaitement définies par Staline, et parfaitement en accord avec les principes concrets de la CPG, et même presque formellement et littéralement, du reste. Il n’y a donc là aucune réelle contradiction, mais au contraire, complémentarité, dans les conditions concrètes de l’URSS de ce temps:

« Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (Etat, kolkhozes, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste et doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste.

Aussi ont-ils absolument tort, ceux qui déclarent que, du moment que la société socialiste maintient les formes marchandes de la production, il y a lieu, soi-disant, de rétablir chez nous toutes les catégories économiques propres au capitalisme : la force de travail comme marchandise, la plus-value, le capital, le profit du capital, le taux moyen du profit, etc. Ces camarades confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande sous le capitalisme. »

(Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

De plus, les kolkhozes, à travers le système des SMT (Stations de Machines et Tracteurs), sont un moyen d’avancer, encore davantage, vers l’étape suivante, celle des échanges en nature, sans traduction monétaire nécessaire, et ils sont donc aussi le moyen d’avancer vers le communisme, et donc porteurs, concrètement, de la troisième forme d’échanges socialistes de cette époque, et la plus avancée, en réalité.

C’est toute la signification de la réponse de Staline à Sanina et Venger, et ce pourquoi elle a été violemment rejetée par Mao Zedong, soutien inconditionnel de Khrouchtchev sur ce point fondamental.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/02/maoisme-etou-marxisme-leninisme/

C’est la première forme de relation économique socialiste, aussi, assez logiquement, à pâtir de la victoire des révisionnistes, car il n’en est plus fait mention, dès les premières éditions du Manuel.

Quoi qu’il en soit, encore une fois et quant au fond, les trois formes, les trois types d’échanges de cette époque du socialisme, s’articulent autour du principe fondamental de l’échange en valeur-travail qui prévaut pour la période de transition.

C’est donc ce principe qui prévaudra, dans les formes concrètes adaptées à notre époque, et en fonction des nouveaux moyens technologiques et de communication, pour une phase de transition nécessaire, et pratiquement jusqu’à l’horizon de l’automatisation totale, en tenant compte, évidemment, de la limite des ressources naturelles disponibles et de leur renouvellement.

La synthèse la plus simple et la plus résumée que l’on puisse faire de tout cela, c’est qu’avec le socialisme la loi de la valeur cesse d’être la force régulatrice « spontanée » du marché, qui a, pour l’essentiel, disparu, mais que l’on doit l’utiliser, au sens de la CPG (quantums de travail socialement nécessaires), c’est à dire au sens de la mesure de la valeur-travail, pour régler les échanges selon l’équilibre du plan, prédéterminé non par le marché, mais par le recensement des besoins sociaux, la définition démocratique des besoins sociaux collectifs (« défalcation », au sens de la CPG), et le recensement correspondant des ressources et des forces productives existantes et nécessaire à développer pour l’aboutissement du plan/programme.

Luniterre

 

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(* Quelques articles de fond sur l’histoire de l’URSS :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/18/doctobre-a-la-chute-de-lurss-problematique-du-rapport-de-force-et-de-la-superstructure/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/14/un-siecle-apres-la-revolution-doctobre-1917-comprendre-lhistoire-de-lurss/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/06/de-la-nature-de-classe-de-la-contre-revolution-khrouchtchevienne-nouveau-debat-avec-locf/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/15/de-juillet-a-octobre-ou-comment-la-petite-bourgeoisie-voit-les-revolutions/   )