LARRONS

Comme larrons

en foire,

les présidents « socialiste » français et « communiste » chinois ont célébrés un demi-siècle de collaboration entre impérialisme vieillissant et néo-impérialisme… Une grande messe de la « mondialisation » comme panacée aux maux de la crise chronique qui ravage l’Europe et le reste du monde…

Une moisson de contrats « juteux », parait-il…

Mais « juteux » pour qui ?

Des milliers d’emplois à la clef, nous promet-on…

Mais de qui se moque-t-on ?

Cela fait déjà plus de trente ans que l’ouverture du marché chinois a inauguré une nouvelle phase de « mondialisation », qui devait être la solution aux premiers soubresauts de la crise « pétrolière » des années 70…

Cela fait plus de trente ans que l’invasion du « Made in China » n’a cessé de détruire les forces productives en Europe, et même aux USA, sans pour autant transformer véritablement la condition humaine en Chine, sauf pour les profiteurs à la tête du parti « communiste » et la petite bourgeoisie compradore qui gravite autour.

A présent le « miracle » chinois, outre gonflée par le vent de la spéculation internationale, et y compris par l’appui intéressé de la finance US, menace d’éclater comme la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf…

Et on voudrait nous faire croire que la crise est derrière nous…

Pour les spéculateurs du Cac 40, déjà depuis longtemps remonté en flèche au-dessus des 4000 points, tout ne va pas si mal…

Pour les millions de chômeurs, qui peuvent, le jour même de cette « grande amitié », se compter en un triste « nouveau record », ce n’est pas vraiment la même chanson…

Quelle alternative ?

Avec le parti « communiste » français et son « front de gauche », on a les collabos les plus dévoués du néo-impérialisme chinois… entre autres !

Résultat immanquable : le prolétariat français, dégouté, ne se pointe plus aux urnes…

Et quand il le fait, c’est pour se laisser tenter par les sirènes de la petite bourgeoisie nationale-populiste qui rêve de plus d’«indépendance » face aux autres rapaces…

Une petite bourgeoisie réactionnaire qui «rêve d’un retour en arrière, vers la concurrence « libre », « pacifique », « honnête.« 

Etrange… C’est exactement le piège contre lequel Lénine nous mettait en garde, dès 1916, en nous expliquant le processus de la spéculation impérialiste !

Etrange… Notre récente étude, à Tribune Marxiste-Léniniste, montre à quel point le rôle actuel de la Chine se conforme à cette prospective du processus impérialiste :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/

Désireux de chercher à comprendre, nous avons tenté de poursuivre notre débat avec l’écrivain Vincent Gouysse, spécialiste de ces questions, et qui nous reprochait d’aborder le processus impérialiste ainsi :

« Tu dis qu’au sens léniniste « l’impérialisme, se caractérise  par l’exportation massive de capitaux spéculatifs ». D’abord, je n’aime pas trop l’adjectif « spéculatif » qui n’est pas de Lénine… »

 

Pas de Lénine ?

La spéculation financière internationale, qui jette chaque jour, en France et dans le monde, des milliers de prolétaires à la rue et dans la misère, serait donc un concept étranger au marxisme-léninisme ?

Nous avons donc cru bon de tenter à nouveau de remettre le « mythe » chinois à sa juste place dans le processus impérialiste, et, dans la foulée, d’aller voir le texte original de Lénine, en Russe, pour voir si nous avions bien compris ou non… pour être sûrs de ne pas lui faire dire et lui prêter des idées qui ne seraient que les nôtres… !

En effet, à quoi bon reconstruire un parti marxiste-léniniste, si nous ne comprenons pas vraiment le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ?

A quoi bon reconstruire un parti marxiste-léniniste, si ce n’est pas pour en faire

L’avant-garde d’un front anti-impérialiste et anticapitaliste !

 

Dans un récent courrier au camarade Vincent Gouysse, nous avons donc à nouveau tenté de chercher à comprendre,

tant ce qui est ou n’est pas dans le monde de notre temps,

que ce qui est ou n’est :

 

Pas

 

de

 

Lénine ?

 

 

Bonjour, camarade

Suite à tes observations du 12/03, je t’ai aussitôt reprécisé ma position concernant le processus d’édification d’un nouveau parti en France, à partir d’un éventuel noyau communiste, bien que cela ne fût évidemment aucunement le sujet de fond de ma courte étude personnelle sur le néo-impérialisme chinois…

Toutefois, compte tenu qu’il s’agit tout de même potentiellement de la deuxième puissance économique mondiale, il me paraissait évident d’en tirer les conclusions qui s’imposaient en terme d’équilibres et de contradictions entre les principaux pôles impérialistes.

Par voie de conséquence, il semblerait effectivement que cela puisse également aboutir à une divergence sérieuse entre nous sur le processus d’édification d’un nouveau parti. C’est pourquoi j’ai tenté, dans les précisions apportées, de résumer le lien que je faisais entre ces deux questions.

Pour autant, tu ne semblais pas voir ce lien dans ton appréciation de mon approche de la question « chinoise »… :

« Camarade, nous avons bien reçu tes documents sur l’impérialisme chinois et ils ne nous posent aucun problème (cela fait plusieurs années que nous étudions concrètement son ascension et ses conséquences concrètes) »

Naturellement, comme pour beaucoup de gens, ton œuvre considérable sur le sujet a été pour moi une source d’information précieuse concernant le développement économique de la Chine ces dernières années. Toutefois, c’est en me trouvant un peu perdu dans ce foisonnement que j’ai éprouvé, comme je te l’ais dit, le besoin de mettre de l’ordre dans mes idées, et de relire le fameux livre de Lénine, et, tout en suivant le fil de son raisonnement, voir plus clair dans les éléments essentiels correspondant au processus impérialiste en cours actuellement.

Il en ressort donc bien un décalage énorme entre le développement spectaculaire de l’activité économique et la réalité de la puissance financière chinoise, qui devrait pourtant nécessairement en découler pour caractériser un impérialisme en passe de devenir dominant, ce qui n’est finalement pas réellement le cas. Au contraire, l’étude révèle le caractère étrangement archaïque, semi-maffieux, notamment avec le « shadow banking », quoi que sous la coupe de la bourgeoisie monopoliste d’état, et inadapté aux flux financiers internationaux, du marché financier chinois. D’où son incapacité à valoriser sa monnaie comme devise de réserve internationale, même à l’échelon régional, sauf à l’état expérimental.

En résumé, le flou que je perçois dans ton approche tient au fait manifeste que tu te concentre sur le développement économique induit essentiellement par les IDE entrants, qui sont par définition des importations de capitaux, et non des exportations…

De plus il s’avère bien que ce sont essentiellement ces capitaux étrangers qui génèrent la majorité des exportations des marchandises « made in China » (60% !), qui vont ensuite liquider les forces productives des nations plus anciennement industrialisées, dans un processus de crise sans fin, vu que ces capitaux migrent déjà en partie vers d’autres pays plus cléments pour eux, c’est-à-dire encore pire pour les prolétaires…

Pour l’essentiel, c’est déjà là exactement le processus décrit par Lénine en 1916 dans son paragraphe si remarquable sur la Chine… (Ch8-§12-13)

Dans le petit complément d’étude (*) que je t’ai envoyé ensuite, j’ai tenté de comprendre encore un peu mieux ce phénomène paradoxal de blocage de l’intégration du capital financier chinois aux flux internationaux. Il est notamment flagrant dans le fait que même ces IDE entrants, qui sont des investissements de type industriel et commercial, avec un statut particulier en Chine, ne peuvent être complétés financièrement par des fonds levés sur place… La raison en est assez simplement que leur attractivité serait tellement supérieure aux placements locaux possibles pour les épargnants chinois que la bourgeoisie monopoliste d’état locale s’en trouverait privée d’autant…

Comme d’autre part l’accès aux marchés financiers chinois, proprement dits, c’est-à-dire essentiellement les bourses chinoises de valeurs mobilières (Shanghai, Shenzhen), est des plus limités pour les capitaux étrangers, indépendamment de leurs attractivités et de leurs fiabilités douteuses, la césure entre le capital financier chinois et le flux mondial est presque totale !

Mais il faut bien comprendre que ce n’est pas là essentiellement le résultat d’une politique protectionniste réelle, mais simplement la conséquence du fait que la bourgeoisie monopoliste chinoise ne peut assumer à l’échelle internationale le poids de sa corruption interne.

Cette apparence de protectionnisme est en réalité un double frein au développement économique de la Chine, d’abord en termes de développement capitaliste industriel autochtone, obligé de s’alimenter à la source frelatée du « shadow banking », et aussi en termes d’IDE entrants, presque totalement coupés du financement local.

Le résultat final paradoxal est que le potentiel financier chinois reste largement inféodé, bien que ce soit par des biais différents de ses homologues européens, et notamment par interdépendance de sa monnaie avec la dette US, à la puissance de l’impérialisme US, même si officiellement le gouvernement chinois ne rate pas une occasion de regimber, non sans quelques rodomontades « marxisantes », pour la forme…

Le flou de la littérature courante sur la Chine, qui aboutit à une surévaluation de son pouvoir de domination, provient généralement du confusionnisme, assez répandu, qui consiste à confondre systématiquement le développement de l’activité économique d’un pays et sa puissance financière.

Mais je n’ai pas non plus trouvé, dans tes œuvres, un seul chapitre réellement consacré à l’étude des marchés financiers chinois, ce qui est difficilement compréhensible, si l’on veut, précisément, cerner l’évolution du capitalisme monopoliste d’état en Chine et sa mutation en néo-impérialisme… !

D’où ma perplexité concernant la validité, sur quelques points essentiels, de tes analyses…

Ce type d’erreur confusionniste, qui se limite, dans certains domaines, pourtant sensibles, à l’apparence des choses, c’est évidemment ce que ne fait pas Lénine en expliquant précisément l’évolution du capitalisme monopoliste sous l’influence du capital financier, caractérisée par la domination de celui-ci sur le capital industriel.

C’est la nature de cette domination, ainsi que la complexité de l’intrication entre ces deux aspects du capital qui obscurcissent beaucoup d’analyses sur ce sujet et sur la situation de l’impérialisme dans son ensemble.

Pour parler de façon imagée, il reste bien évident que le billet de un dollar conserve toujours la même couleur, qu’il circule comme élément du capital industriel ou du capital financier. Sa nature tient à sa fonction, au moment où il circule, et à la destination du mouvement de capitaux auquel il participe.

Une meilleure description concrète de cette évolution de l’un à l’autre est celle que Lénine emprunte à Kestner, économiste bourgeois de son temps, et que j’avais déjà utilisée dans ma réponse à ta critique sur l’utilisation du terme « spéculatif », et nous allons précisément revoir pourquoi…

A ce moment je t’écrivais :

« Quant à la fonction « spéculative » de l’impérialisme, le terme est utilisé, dans mon mail, de façon à résumer le concept, que l’on trouve nécessairement mieux développé par Lénine, à plusieurs reprises, dont celle-ci :

« Ce n’est plus la lutte concurrentielle entre les petites et les grandes usines, les entreprises techniquement arriérées et les entreprises techniquement avancées. C’est l’étouffement par les monopoles de ceux qui ne se soumettent pas à leur joug, à leur arbitraire. Voici comment ce processus se reflète dans l’esprit d’un économiste bourgeois :

« Même dans l’activité purement économique, écrit Kestner, un certain déplacement se produit de l’activité commerciale, au sens ancien du mot, vers la spéculation organisée. Le plus grand succès ne va pas au négociant que son expérience technique et commerciale met à même d’apprécier au mieux les besoins des clients et, pour ainsi dire, de « découvrir » la demande latente, mais au génie (?!) de la spéculation, qui sait calculer à l’avance ou du moins pressentir le développement organique et les possibilités de certaines liaisons entre les différentes entreprises et les banques… »

Traduit en clair, cela veut dire que le développement du capitalisme en est arrivé à un point où la production marchande, bien que continuant de « régner » et d’être considérée comme la base de toute l’économie, se trouve en fait ébranlée, et où le gros des bénéfices va aux « génies » des machinations financières. A la base de ces machinations et de ces tripotages, il y a la socialisation de la production; mais l’immense progrès de l’humanité, qui s’est haussée jusqu’à cette socialisation, profite… aux spéculateurs.

Nous verrons plus loin comment, « sur cette base », la critique petite-bourgeoise réactionnaire de l’impérialisme capitaliste rêve d’un retour en arrière, vers la concurrence « libre », « pacifique », « honnête ». »



(Lénine,
L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Chapitre 1_La concentration de la production et les monopoles.
-§28 à 30) »

Lénine avait cette qualité de savoir reconnaitre chez ses adversaires politiques, bourgeois réactionnaires et sociaux-libéraux réformistes, les éléments d’analyse réalistes que les bolchéviques devaient s’approprier pour comprendre le système capitaliste et pouvoir ainsi le combattre efficacement.

C’est ce que l’on voit à cette occasion, comme on l’a déjà vu à propos de la vision prospective de Hobson concernant « l’avenir » de la Chine, qui, en dépit d’une longue résistance de la part des héritiers politiques de Lénine, est hélas devenue notre présent…

A propos du passage emprunté à l’économiste allemand Kestner, qu’il utilise pour en tirer les conclusions marxistes qui s’imposent, le moins que l’on puisse dire est qu’il le choisit précisément comme définition économique de base de la fonction « spéculative » de l’impérialisme, même s’il n’utilise pas formellement, à priori, la forme adjectivale du mot « spéculation »…

On peut raisonnablement supposer que Kestner, économiste allemand, désormais immortalisé par les emprunts de Lénine, écrivait à l’origine en allemand, et que nous étudions donc une citation traduite une première fois de l’allemand au russe, puis du russe au français…

Aujourd’hui il semble très difficile d’accéder à la version originale du livre du Dr Fritz Kestner (**), mais dans la mesure où Lénine lui-même était germanophone, il est évident que la version russe de la citation est au moins fidèle à la manière dont il percevait lui-même le sens du texte. La voici… :



«Даже в области чисто хозяйственной деятельности, – пишет Кестнер, – происходит известная передвижка от торговой деятельности в прежнем смысле к организаторски-спекулятивной.
Наибольшим успехом пользуется не купец, умеющий на основании своего технического и торгового опыта всего лучше определить потребности покупателей, найти и, так сказать, « открыть » спрос, остающийся в скрытом состоянии, а спекулятивный гений (?!),
умеющий наперёд усчитать или хотя бы только почуять организационное развитие, возможность известных связей между отдельными предприятиями и банками».

Tu remarqueras comme moi que les deux expressions qui sont devenues en français « vers la spéculation organisée » et « …mais au génie (?!) de la spéculation » étaient traduites en russe par « к организаторски-спекулятивной »et « а спекулятивный гений (?!) »…, et donc qu’elles sont construites à partir de l’adjectif спекулятивный, dont le sens précis est littéralement « SPECULATIF » !

En réalité, et quant au fond, aborder l’évolution du capitalisme monopoliste vers l’impérialisme en parlant de « spéculation » ou en utilisant l’adjectif « spéculatif », cela ne fait sérieusement aucune différence, mais dans la mesure où cet adjectif semblait perturber ta conscience politique, il n’était pas inutile de tirer cette affaire au clair…

Ce qui est déterminant, en revanche, c’est précisément la signification réelle de ce passage, qui se situe précisément à un endroit clef du Premier Chapitre, où Lénine vient de décrire, avec l’achèvement de la transformation économique du capitalisme monopoliste en impérialisme, son accession à un nouveau stade de développement, où le rôle des banques et du capital financier devient déterminant, et, en grande partie, change de nature, ce qu’il étudie plus précisément, encore, au Chapitre 2.

Or, à la suite de ta remarque sur mon utilisation de l’adjectif « spéculatif », tu résumes toute l’affaire en deux phrases :

« Dans toute entreprise capitaliste (même industrielle), il y a toujours une part de spéculation, due à l’anarchie de la production. Produire est donc toujours un « pari » sur un profit futur… Et la banque qui place son argent prend une partie plus ou moins directe du pari dans la production du secteur industriel ou agricole. »

En somme, selon toi, industriels et banquiers prennent également des risques financiers dans l’espoir de faire du bénéfice… Une évidence qui a peut-être besoin d’être rappelée, mais qui est, à la base, un de ces truismes utilisés par les capitalistes pour se justifier « moralement »…

Franchement, camarade, à te relire posément, on se demande vraiment pourquoi, en 1916, au cœur de la tourmente révolutionnaire, et dans les conditions particulièrement difficiles de l’exil et de la clandestinité, Lénine aurait pris sa plus belle plume pour nous écrire un livre qui n’aurait contenu qu’un tel tissus d’évidences, et avec aussi peu d’esprit critique… !

Mais la suite de ton propos n’est pas moins déconcertante :

« Pour moi, l’impérialisme, c’est avant tout l’existence d’une bourgeoisie détenant la propriété sur des entreprises géantes jouant un rôle clef dans l’économie d’un pays, influençant directement la scène politique intérieure comme internationale. (et sous cet angle, la nouvelle classe exploiteuse qui s’est constituée en URSS n’est pas antagoniste avec cette définition…) »

Si l’on suit bien ton propos, l’essentiel du processus impérialiste est simplement achevé avec la concentration des monopoles… Exit le rôle particulier du capital financier, de l’exportation des capitaux, et pourquoi-pas, du capital tout court : en URSS la propriété des moyens de production était effectivement concentrée, pour l’essentiel, entre les mains de l’état…

Décider, dans cette définition, à quel moment l’URSS devient un pays impérialiste relève donc de l’arbitraire le plus absolu, ou de la fantaisie « idéologique » la plus totale, ce que n’ont pas manqué de faire, dès ses débuts, quantités d’idéalistes petit-bourgeois « gauchistes » de tous poils.

Pour ceux d’entre eux qui aujourd’hui se réclameraient du marxisme-léninisme, il semblerait donc que leur lecture du livre de Lénine se soit arrêtée, bien avant la fin du Chapitre 1, quelque part autour du §27…

Il reste évidemment essentiel d’avoir un regard critique sur l’histoire de l’URSS, et notamment sur les conséquences de l’arrivée au pouvoir de la tendance révisionniste Khrouchtchévienne, y compris en matière d’options géostratégiques et de relations internationales au sein du camp socialiste et anti-impérialiste. Pour autant, cette étude, encore non publiée, que nous avons tenté dans une série intitulée précisément « Socialisme et capitalisme d’état en URSS », montre que l’évolution de l’URSS ne rentre pas dans le processus impérialiste décrit par Lénine, sauf peut-être, très tardivement. En effet, on n’y trouve, semble-t-il, pas trace d’opérations précisément « spéculatives » avant les débuts de l’ère « Gorbatchévienne ». Toutefois, il n’est pas exclu que cela tienne à la difficulté d’accéder à des sources fiables, et c’est pourquoi nous avons choisi de réserver notre analyse sur ce sujet.

Mais pour ce qui te concerne, tu n’échappes pas à la tentation d’une comparaison de type analogique entre l’URSS et la Chine. Ce type de comparaison, déjà trop souvent tenté avant toi, par moult polémistes bien plus mal intentionnés, ne peut contribuer qu’à entretenir la confusion.

Généralement, il s’agit de faire une assimilation, sur le thème de la collectivisation, entre l’histoire de ces deux pays. Or le concept maoïste de « commune populaire » repose sur un système de type coopératif, et non sur une réelle collectivisation. L’« industrialisation » de ces communes populaire restait de type semi-artisanal, et se traduisit par l’échec tragique du « Grand bond en avant ».

En parallèle de ce pseudo-« socialisme » de type idéaliste et utopiste petit-bourgeois, la bourgeoisie nationale chinoise, intégrée de longue date dans la stratégie maoïste de « démocratie nouvelle », continuait son propre développement en tant que partie prenante du capitalisme monopoliste d’état, en partage avec la petite bourgeoisie bureaucratique maoïste.

Ce statut de cohabitation lui a toujours été assuré, y compris durant la période d’anarchie tragique de la pseudo-« révolution culturelle », qui s’est finalement soldée par un réajustement, très provisoire, du rapport de forces entre factions de la petite bourgeoisie maoïste.

Cette situation était déjà l’héritage fondamental des premières alliances entre le PCC et le Guomindang, où la direction du PCC, renonçant à son autonomie prolétarienne par rapport à la bourgeoisie nationale, a favorisé la domination de celle-ci, et l’émergence de l’opportunisme maoïste. De fait, en dépit des ruptures d’alliances entre le PCC et le Guomindang, une partie de la bourgeoisie nationale avait déjà largement investi le PCC. Il lui fut donc facile d’en prendre le contrôle dès que les circonstances l’ont permis. De sorte que, dès l’ouverture du marché, aux bons soins du Dr. Kissinger et de l’impérialisme US, le capitalisme monopoliste chinois a naturellement pris son essor, redevenant en partie comprador, à la botte des capitaux étrangers, tout à fait selon le principe d’inféodation décrit par Lénine.

C’est en partie, et en résumé, l’explication d’une situation où l’on a à la fois un marché financier intérieur fermé, archaïque, et inadapté aux flux financiers mondialisés, et un développement de l’activité économique boosté par les IDE et le commerce extérieur.

L’histoire économique et financière de la Russie est à peu près diamétralement opposée : le meilleur document à ce sujet, pour la période précédant la révolution bolchévique, est encore dans le livre de Lénine, au Chapitre 3, qui traite notamment du système des participations croisée, et où, à ce sujet, il prend la Russie comme exemple !

Et d’où il ressort, (Ch3-§16 à 19), que lecapitalisme russe primitif avait déjà une structure mondialisée, en 1913, à la différence du capitalisme monopoliste chinois des années 70 ! Pour autant, le développement économique de la Russie était freiné par ses structures politiques archaïques, et elle n’était pas en passe non plus de devenir un impérialisme dominant.

A ce jour, il n’y a encore que le socialisme qui ait permis le développement économique de la Russie, au point qu’elle ait pu résister victorieusement à l’impérialisme nazi.

A la fin de la période soviétique, si l’économie russe avait connu une période de stagnation, puis un début de tassement sévère avec l’ère Gorbatchev, elle ne s’est véritablement effondrée et de façon spectaculaire, qu’avec la nouvelle ouverture du marché, comme en atteste ce graphique :

PÏB RU TML

Il nous faut donc bien en conclure que, contrairement à la situation chinoise, les structures du capitalisme monopoliste d’état étaient encore inexistantes en URSS, au moment de son effondrement, ou à tout le moins, très insuffisamment développées pour supporter le choc de la mondialisation, en dépit des efforts des liquidateurs gorbatchéviens… Dans le cas contraire, l’économie russe aurait connu un essor au moins comparable à celui de la Chine, compte tenu de ses ressources naturelles supérieures !

Enfin, et pour finir, tu tentes une autre comparaison, de type tout aussi analogique, entre l’Allemagne et la Chine, à propos de leurs capacités d’exportation de marchandises plus forte que leur capacité d’exportation de capitaux…

Alors que, là encore, il s’agit de deux cas tout à fait différents !

Pour ce qui est de la Chine nous avons déjà vu ce qu’il en est, et en quoi cette situation la replace précisément dans le processus d’inféodation décrit par Lénine.

Pour ce qui est de l’Allemagne, il n’est pas question ici de traiter son cas en quelques lignes, mais seulement de rappeler quelques évidences historiques :

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, si l’impérialisme allemand s’est trouvé reconstitué, pour des raisons géostratégiques antisoviétiques, c’est entièrement aux bons soins et sous l’égide de l’impérialisme US, dont il reste le vassal obligé, même s’il est relativement devenu dominant, en Europe, en termes de développement économique. Cette relative suprématie industrielle n’est que le champ d’action qui lui a été alloué, au départ, par son suzerain US.

Le fait qu’il exporte plus de marchandises que de capitaux reflète précisément et tout simplement le fait que, fondamentalement, il n’est plus un impérialisme dominant.

 

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(* «Un curieux serpent de mer chinois… », courte étude complémentaire, à paraitre bientôt sur TML !)

 

(**les deux seuls exemplaires dont j’ai pu retrouver la trace sont l’un à l’université du Wisconsin, USA, l’autre à la bibliothèque de Strasbourg, et à priori inaccessibles pour moi en tant qu’autodidacte.)

 

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