anti-impérialisme

Du rayonnement quantique de l’œuvre de Marx!

 

 

 

Niels Bohr – 1922

 

 

A propos de nos derniers articles opposant la dialectique de Werner Heisenberg à celle d’Althusser, un lecteur nous écrit:

C’est très intéressant.

Un livre devenu introuvable sur le même sujet : les 6 articles de Niels Bohr, chez Vrin.

Il m’a semblé que le point de vue de Lénine sur la matière était celui de Bohr, qui répondait aux néopositivistes .

 

 

Ce qui nous amène à préciser encore notre point de vue >>>

 

Bonjour, camarade !

Effectivement, les réflexions de Lénine sur le matérialisme et la dialectique sont importantes pour éviter le confusionnisme qui se dégageait, déjà à cette époque, des interprétations idéalistes de l’évolution nouvelle de la physique au début du XXème siècle. Néanmoins, il faut bien constater également que par la force des choses elles ne peuvent précisément y répondre que dans les limites de la physique quantique encore dans ses balbutiements, fussent-ils géniaux, et déjà révolutionnaires, à cette époque.

La contribution fondamentale de Werner Heisenberg ne commence, pour sa part qu’en 1927, et la confirmation expérimentale de la « non-localité » est toute récente. Personnellement, le sujet a commencé à me passionner avec les expériences d’Alain Aspect, finalisées en 1982. Ma propre réflexion épistémologique d’autodidacte m’a alors amené à comprendre ces choses tout à fait à la manière du « Manuscrit de 1942 » dont à l’époque je ne soupçonnais même pas l’existence, et pour cause ! Découvert en France au tournant des années 2000, ce texte est donc évidemment resté important pour moi.

Dans la mesure où Heisenberg représente incontestablement une autorité compétente concernant les fondamentaux de la physique moderne, dont il est l’un des pères les plus éminents, ce texte continue donc effectivement d’influencer mon approche de la dialectique, et, me semble-t-il aujourd’hui, influence donc ma façon de lire Marx, et notamment, le Capital, évidemment !

C’est donc, je le suppose, ce qui crée le malentendu à la lecture de mes articles. Malentendu certainement irréductible par rapport aux développements, ou plutôt aux régressions, à mon sens, de la pensée « marxiste » actuelle en France…

Même si elle peut paraître avoir un prolongement idéaliste, dans sa conclusion de 1942, qu’il semble n’avoir pas développé par la suite, du reste, la pensée de Heisenberg constitue néanmoins une avancée considérable de la dialectique. Évidemment, Heisenberg n’était pas marxiste, bien que certains de ses biographes lui prêtent une phase « spartakiste » dans sa jeunesse. Mais Darwin ou Einstein ne l’étaient pas non plus, et pourtant, on ne saurait les exclure du champ de la dialectique, sauf à en faire un nouvel obscurantisme.

La question fondamentale reste le rapport entre la conscience humaine et la réalité objective, et même de savoir et définir ce qu’on entend par réalité objective. Évidemment cette problématique recouvre et inclut celle du rapport entre connaissance et réalité objective, au cœur même du débat « quantique » !

C’est donc bien la solution éventuelle que nous apportons à cette problématique, et même, à cette « double » problématique, qui nous permettra d’avancer dans nos analyses, et donc dans la solution des problèmes analysés, tant qu’à faire !

Évidemment, l’étude des simples contradictions, internes ou non, est d’un intérêt immédiat indispensable mais ne règle en rien la problématique la plus fondamentale de la nature intrinsèque des éléments en contradiction et de la connaissance que nous en avons.

Or aussi bien les développements de la science que l’expérience que nous avons dans notre pratique sociale quotidienne nous montrent que c’est bien là que réside la véritable difficulté, et qui, faute d’être surmontée, ne peut mener qu’à de nouveaux échecs, comme nous en avons tant connu ces dernières années, voire même, carrément accumulé, à vrai dire !

L’étude des contradictions, et même de la contradiction interne éventuelle de tel ou tel phénomène mène certes à en comprendre le mouvement immédiat et permet quelques adaptations tactiques, voire stratégiques à moyen terme, mais ne nous renseigne en rien sur la connaissance nécessaire en profondeur de l’essence des phénomènes, qu’il est particulièrement absurde de ramener à cette seule contradiction, fut-elle interne.

Même si l’essence de la dialectique peut être définie de manière simplifiée comme l’étude des contradictions, il ne s’en suit nullement pour autant que la contradiction soit par elle-même l’essence de tous les phénomènes.

Cette absurdité, qui fait de la contradiction l’essence de tous phénomènes aboutit donc soit à donner un statut ontologique à la contradiction elle-même, soit, si l’on lui refuse ce statut, à nier, par voie de conséquence incontournable, le statut ontologique de tout phénomène, et donc à retomber complètement dans l’idéalisme métaphysique le plus absolu !

En réalité il s’agit donc là d’une interprétation schématique, dogmatique, mécaniste et donc tout à fait fausse de la dialectique. Il semble évident, même chez Hegel, que la contradiction ne dépouille pas de leur essence les phénomènes en contradiction, même s’ils sont, précisément, d’essences contradictoires.

La contradiction interne elle-même procède de deux essences contradictoires au sein du même phénomène, et ne substitue nullement « l’essence de la contradiction » aux essences contradictoires en présence. Et la synthèse éventuelle produit bien une nouvelle essence du phénomène, ou un phénomène d’une nouvelle essence, et non pas, essentiellement, ni immédiatement, une nouvelle contradiction !

Le maoïsme, qui en arrive à réduire pratiquement la dialectique à la contradiction interne des phénomènes et l’essence des phénomènes à cette contradiction se situe donc d’emblée en dehors du champ du marxisme et même du matérialisme dialectique, pour rejoindre tout à fait celui de la métaphysique et de l’idéalisme. Le fait que l’on ait pu produire des milliers de pages pour accréditer une une telle idée au nom du marxisme est simplement un désastre écologique de plus pour notre époque…

Et bien évidemment, et même surtout, un désastre mental pour les « penseurs de gauche » qui s’en sont fait, et quelques uns encore aujourd’hui, les vecteurs!

Même chez Hegel l’étude des contradictions est un moyen de connaissance de l’évolution des essences en contradiction, et non une fin en soi. La connaissance ne se limite donc pas à la simple étude des contradictions, qui n’est précisément que le moyen d’étude et de connaissance des essences elles-mêmes, ainsi révélées, par le jeu des contradictions.

La science moderne, quant à elle, en nous révélant une multiplicité jusques là insoupçonnée des modes de l’être de la nature, ne nous a évidemment pas rapproché d’une conception moniste qui se dégagerait naturellement de l’ensemble comme une formulation scientifique globale de l’essence de l’Univers, une définition ontologique intégrant en un seul système de pensée l’ensemble des connaissance humaines. Non seulement il n’apparaît pas une telle conception ontologique déterministe globale de la nature, cohérente avec sa diversité nouvellement révélée, mais ces avancées de la science en repoussent même l’échéance éventuelle, voire même, en invalident la possibilité.

Pour autant, cela ne nous mène donc pas à revenir à une conception idéaliste du monde. La réalité du monde n’a pas besoin d’être entièrement déterministe pour exister en dehors de notre conscience humaine.

Ce qui s’éloigne radicalement de nous, avec l’émergence des nouvelles connaissances scientifiques, ce sont seulement les représentations entièrement déterministes du monde. Non pas parce qu’elles étaient incomplètes, mais bien parce qu’elles étaient fausses. Et si aucune n’a réellement dominé sur les autres, c’est bien parce qu’aucune d’entre elles n’était donc, par la force des choses, réellement opérationnelle.

Vouloir restaurer une conception néo-lyssenkiste de la nature, par exemple, comme certains le tentent encore au nom du « marxisme », c’est donc bien vouloir faire tourner à l’envers non seulement la roue de l’histoire sociale, mais c’est carrément revenir en arrière par rapport au développement des connaissances humaines, c’est carrément de l’obscurantisme, en fin de compte.

La conception lyssenkiste de la science soviétique est nettement l’un des facteurs essentiels du renversement du rapport de forces dans la lutte des classes en URSS, et si Staline a clairement commencé à en prendre conscience à partir de 1950, il semble que le mal était fait et que ses dernières tentatives, pour avisées qu’elles furent, et même apparemment et formellement réussies, au 19ème Congrès, n’ont donc pas permis de rétablir un rapport de force favorable au prolétariat, en profondeur.

Le lyssenkisme est resté une des bases idéologiques du khrouchtchevisme, et ce n’est donc pas un hasard !

Une représentation actuelle du monde, tel que « régionalisé », en termes d’agencement des connaissances humaines, par la dialectique de Werner Heisenberg, n’en reste pas moins une approche dialectique, et même une approche dialectique d’ensemble.

De plus, les connexions nomologiques qui relient entre elles différentes « régions » de la connaissance, comme la physique et la chimie, la chimie et la biologie, sont depuis longtemps déjà, du ressort de la science, et non pas spéculatives. Il n’y a pas de raison qu’elles excluent les nouvelles « régions » de la connaissance humaine et leur réalité intrinsèque dans la nature, comme le montre, par exemple, l’émergence d’une chimie quantique.

Une compréhension globale du monde peut donc rester opérationnelle si elle renonce à un dogmatisme absolument déterministe pour considérer d’un point de vue épistémologique les ensembles de connexions nomologiques propres à chacune des « régions » de la connaissance et les ensembles de connexions nomologiques qui les relient entre elles.

Comme le montre l’exemple de la chimie quantique, ces connexions nomologiques entre régions de la connaissance sont bien du ressort de la science et correspondent bien à une réalité objective, même si non entièrement déterministes.

Ces connexions nomologiques sont donc d’une importance particulière, du point de vue d’une épistémologie dialectique, en ce qu’elle sont le reflet historique de la structuration de la nature en strates de complexité concentriques au sens ou elles sont nécessairement incluses l’une dans l’autre par ces connexions.

Ce ne sont pas seulement des traces historiques qui restent comme vestiges purement symboliques, mais bien des connexions fonctionnelles qui marquent la persistance et la permanence de l’interaction entre strates d’évolution, au-delà et en sus de leurs connexions « régionales » spécifiques.

Néanmoins, il est clair que si une bonne compréhension dialectique de chaque « région » comprend également une approche des connexions « inter-régionales » il n’est pas pour autant indispensable à tout chimiste ou à tout biologiste de maîtriser les arcanes de la physique quantique pour être rationnellement opérationnel dans sa propre « région », même en termes de recherche, à moins, évidemment, d’avoir à travailler sur ces connexions « inter-régionales » elles-mêmes.

Si la physique des particules reste la strate de base commune à toute les autres, elle leur communique donc, dans une certaine mesure, ses propres relations d’indétermination, sans pour autant leur enlever leurs spécificités tant comme régions de réalité que comme régions de la connaissance humaine.

Du point de vue de la stratification historique de l’évolution des différentes régions de réalité de la nature, ce sont évidemment les connexions « inter-régionales » qui sont essentielles à la compréhension de l’ensemble. Ce sont elles qui sont aujourd’hui, en un sens, l’essence de la dialectique, bien plus que la simple formulation de l’évidence immédiate des diverses contradictions.

Cette approche épistémologique de la dialectique est fonctionnelle en ce qu’elle nous permet précisément, au-delà des contradictions immédiates, de saisir la permanence de l’interaction des strates d’évolution, y compris et surtout, dans le domaine social et économique.

Ce qui nous ramène donc directement au Capital de Marx, et à l’ensemble de l’œuvre de Marx, du reste, qui ne peut être lue, à cette lumière, que comme ce qu’elle est vraiment, en réalité, une étude de l’ensemble des strates d’évolution de la société, tant dans leur historicité générale que dans la permanence de leur interaction. Cet aspect essentiel de sa démarche est manifestement ce qui a amené Marx a quelques tentatives de prospection, qui, malgré l’indétermination inhérente au sujet, se sont en grande partie avérées pertinentes, et notamment, en ce qui concerne la loi de la valeur.

Pour ce qui nous concerne immédiatement, c’est bien une compréhension dialectique de cette loi, incluant donc la permanence historique plus que jamais actuelle des interactions entre strates d’évolution, qui peut nous aider à avancer à nouveau.

Non seulement la loi de la valeur continue à manifester ses effets dans le monde capitaliste actuel, mais elle s’y manifeste encore, à des degrés divers et dans des proportions variables selon les régions (géographiques, celles là!) sous toutes les formes de l’économie marchande héritées depuis l’aube des civilisations, et même depuis les premiers trocs entre tribus, dont le principe est examiné dès les premières pages du Capital.

Aujourd’hui, même la masse écrasante du capital financier n’a pas aboli les effets immédiats de cette loi, et cela même sous les espèces du capital « fictif » qui ne le sont que tant qu’elles continuent de circuler dans leur sphère « naturelle » d’évolution du capital. Un trader habile qui thésaurise néanmoins prudemment une partie de ses gains aura certainement plus vite fait, à partir de cette fraction de valeur issue du capital « fictif », d’acquérir la berline de luxe de ses rêves que le petit artisan industrieux dans le secteur productif, la sienne. En sortant de l’usine, pourtant, les deux exemplaires identiques du même modèle de berline représentent exactement la même quantité de plus-value extraite du prolétariat industriel.

Le capitalisme financier est aujourd’hui la forme essentielle de domination du capitalisme. Elle n’en contient pas moins en elle-même toutes les formes antérieures qui ont abouti à sa formation. Le même trader achète aussi bien, avec ses gains, les produits d’un petit agriculteur indépendant sur un marché villageois ou un objet artisanal décoratif, sur le même marché.

La loi de la valeur ne sera évidemment pas abolie du jour au lendemain par le premier décret du pouvoir prolétarien. Non seulement elle continuera à se manifester sous diverses formes plus ou moins spontanées, mais la forme économique de transition, en rupture avec le capitalisme, continue elle-même d’être une évolution de sa forme.

La désuétude complète de la loi de la valeur n’est absolument assurée qu’avec la disparition du travail productif humain, comme nous le rappelle Marx dès les Grundrisse, en 1857. C’est à dire avec l’automatisation et la robotisation complète de la production, et même des services, pourrait-on ajouter, aujourd’hui.

D’ici là, seul un développement suffisant des forces productives à l’échelle mondiale, c’est à dire suffisant pour couvrir l’essentiel des besoins sociaux, ce qui est loin d’être le cas, permettrait d’en reléguer les effets au plan des vestiges sans incidences sociales réelles.

Mais pour la forme économique de la phase de rupture avec le capitalisme, Marx nous en donnait déjà le principe, dans les Grundrisse, à propos du rapport entre temps libre et temps de travail :

Seine Tendenz aber immer, einerseits disposable time zu schaffen, andrerseits to convert it into surplus labour. Gelingt ihm das erstre zu gut, so leidet es an Surplusproduktion, und dann wird die notwendige Arbeit unterbrochen, weil keine surplus labour vom Kapital verwertet werden kann. Je mehr dieser Widerspruch sich entwickelt, um so mehr stellt sich heraus, daß das Wachstum der Produktivkräfte nicht mehr gebannt sein kann an die Aneignung fremder surplus labour, sondern die Arbeitermasse selbst ihre Surplusarbeit sich aneignen muß. Hat sie das getan – und hört damit die disposable time auf, gegensätzliche Existenz zu haben –, so wird einerseits die notwendige Arbeitszeit ihr Maß an den Bedürfnissen des gesellschaftlichen Individuums haben, andrerseits die Entwicklung der gesellschaftlichen Produktivkraft so rasch wachsen, daß, obgleich nun auf den Reichtum aller die Produktion berechnet ist, die disposable time aller wächst. Denn der wirkliche Reichtum ist die entwickelte Produktivkraft aller Individuen. Es ist dann keineswegs mehr die Arbeitszeit, sondern die disposable time das Maß des Reichtums.

Mais sa tendance [du capital] est toujours de créer d’un côté du temps disponible, et, d’un autre côté, de le convertir en surtravail. S’il réussit trop bien dans la première entreprise, il souffre alors de surproduction et le travail nécessaire se trouve interrompu faute de ce que du surtravail puisse être valorisé par le capital. Plus cette contradiction se développe, plus il s’avère que la croissance des forces productives ne peut plus être enchaînée à l’appropriation de surtravail d’autrui, mais qu’il faut que ce soit la masse ouvrière elle-même qui s’approprie son surtravail. Lorsqu’elle a fait cela – et que, par là, le temps disponible cesse d’avoir une existence contradictoire, alors, d’un côté, le temps de travail nécessaire aura sa mesure dans les besoins de l’individu social, d’un autre côté, le développement de la force productive sociale croîtra si rapidement que, bien que la production soit désormais calculée pour la richesse de tous, le temps disponible de tous s’accroîtra. Car la richesse réelle est la force productive développée de tous les individus. Ce n’est plus alors aucunement le temps de travail, mais le temps disponible qui est la mesure de la richesse. 

 

C’est évidemment ce principe qu’il reprendra en 1875, dans la Critique du Programme de Gotha, même si sous la formulation en quantum de travail qu’il aura très précisément déjà exposé, entre temps, dans les toutes premières pages du Capital, à propos de la loi de la valeur.

Sur la question du principe économique de transition il y a donc également une très grande cohérence et continuité dans l’œuvre de Marx, n’en déplaise aux révisionnistes de tous poils, althusseriens ou non, et autres gauchistes et adeptes de la wertkritik.

La question qui se pose, en termes de forme économique en rupture avec le capitalisme n’est donc pas la rupture avec la loi de la valeur, mais avec sa forme immédiatement oppressive et dominante, à savoir, sa forme capitaliste financière.

Dans les métropoles impérialistes, qui sont elles-mêmes des pôles oppressifs pour d’autres peuples, d’autres nations, via leurs exportations de capitaux, et dans ces nations opprimées elles-mêmes, la situation peut présenter une différence dans le cas, pour ces dernières, de survivance éventuelle d’une bourgeoisie nationale résistante face à l’impérialisme.

Mais en aucun cas le développement du capitalisme financier dans ces nations ne peut représenter une forme de rupture avec le capitalisme, en substitution du capitalisme « national » antérieur ! Cela peut paraître être une sorte de Lapalissade, de truisme, mais le redire reste malheureusement nécessaire, au moins pour la gauche française, dont une partie encore relativement importante continue de légitimer le concept de « socialisme de marché », ou « économie de marché socialiste », version chinoise et/ou vietnamienne…

Dans les métropoles impérialistes, partout où domine le capital financier, le capitalisme monopoliste d’État est un instrument entre ses mains et il n’existe plus de bourgeoisie nationale telle qu’elle puisse y jouer le moindre rôle politique.

Directement ou non, c’est l’ensemble de l’économie de marché qui est contrôlée par le capital financier. Même la petite production dépend, en fin de compte, du capital financier pour son financement.

Une forme économique de transition ne supprime pas non plus pour autant l’ensemble de la petite production du jour au lendemain, et c’est donc là une autre survivance de la loi de la valeur, sous une autre forme que celle, proprement dite, de la rupture avec le capitalisme, telle qu’esquissée par Marx dans les Grundrisse et redéfinie avec plus de précision dans la Critique du Programme de Gotha.

Pour autant, cette survivance de petite production, de petit commerce, est bien un facteur potentiel de restauration du capitalisme, dans la mesure où elle constitue précisément également une survivance, même si débarrassée du capital financier, de l’économie de marché.

Le pouvoir de classe prolétarien, dans les premières années de la transition, se trouve donc confronté non seulement à la nécessité de développer une économie socialiste proprement dite, selon le principe marxiste de rupture anticapitaliste, mais aussi confronté à la nécessité de contrôler la survivance de la part résiduelle de l’économie de marché, c’est à dire à la nécessité de la réduire, bien évidemment, et non de la développer, comme germe potentiel de restauration du capitalisme.

La seule expérience à grande échelle que nous ayons de ce processus reste, que cela plaise ou non, celle de l’URSS de l’époque socialiste proprement dite, qui a pris fin avec la contre-révolution khrouchtchevienne, au milieu des années 50. La seule tentative de bilan de cette expérience reste celle, que cela plaise ou non, que Staline lui-même a esquissé en 1952, en vue de la préparation du 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchevique.

Cela se trouve donc dans son dernier ouvrage sur ces questions :

Les problèmes économiques du socialisme en URSS

Il reste donc nécessaire de relire cet ouvrage à la lumière du matérialisme dialectique, et notamment en ce qui concerne la loi de la valeur et ses formes de survivances à l’époque du socialisme en reconstruction, dans les années immédiates d’après guerre.

Elles y sont de trois formes, essentiellement.

__La survivance de l’économie de marché proprement dite, essentiellement limitée aux marchés kolkhoziens.

__La survivance des échanges monétaires, eux mêmes sous deux formes :

_la distribution des biens de consommation.

_les échanges au sein de l’appareil productif, en vue de les rendre proportionnels en valeur-travail.

__Le développement d’échanges en nature, non-monétaires, entre kolkhozes et SMT (Stations Machines-Tracteurs), qui sont un pas en avant vers la réduction de la sphère monétaire et le recul de la prégnance de la loi de la valeur.

A cette étape la loi économique générale est celle du développement harmonieux et proportionnel entre forces productives et besoins sociaux. Elle repose donc nécessairement sur des échanges équivalents, entre producteurs, sur la base de la valeur-travail, que cela soit formalisé ou non sous forme monétaire. Le principe, l’essence de cette strate de développement économique est donc le stade correspondant d’évolution de la loi de la valeur décrit aussi bien dans les Grundrisse que dans la Critique du Programme de Gotha.

Il n’y a plus, et depuis longtemps, et même depuis Octobre 17, en réalité, plus aucune place pour le capitalisme financier dans l’économie socialiste.

Le secteur résiduel de l’économie de marché, celui des kolkhozes, ne laisse aucune place réelle à l’accumulation de capital, au-delà de l’épargne familiale et individuelle, restant en rapport des besoins sociaux.

On peut discuter à l’infini de l’efficience relative de la loi générale de l’économie socialiste, de ses divers défauts d’application, de la prégnance excessive de la bureaucratie, etc…

La victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie, après seulement dix ans de développement réellement entièrement socialiste, suite à l’échec de la NEP, est la preuve éclatante, à plus d’un titre, de son fonctionnement et de son potentiel énorme de développement, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, à l’échelle d’un pays-continent.

Pour venir complètement à bout de cet édifice économique de dix ans de développement socialiste, il a fallu plus de trois décennies aux révisionnistes khrouchtcheviens et à leur successeurs.

Ce qui n’empêche pas la mémoire populaire russe d’en avoir conservé le souvenir et de le manifester encore régulièrement à chaque occasion possible.

Chercher à comprendre les causes et les processus de la contre-révolution est donc plus que jamais une nécessité et peut donc contribuer à comprendre les nouvelles formes que peut revêtir le principe économique marxiste de transition dans le contexte actuel.

Pour autant, cela ne peut mener les marxistes-léninistes à abandonner le principe économique marxiste de transition lui-même au profit du capitalisme financier, même revêtu des habits faussement « rouges » des prétendus « socialisme de marché », « économie de marché socialiste », etc.

De plus, même les performances économiques de ce système, que l’on nous présente comme spectaculaires, mais en réalité étalées sur un demi-siècle, voir 70 ans, selon ses différents thuriféraires, n’ont donc absolument rien d’exceptionnelles, en fin de compte, mais surtout, ne représentent aucune forme d’alternative pour les autres peuples, sinon une soumission au capitalisme financier ainsi nouvellement constitué.

Et comme toute forme de capitalisme, même avec ce développement, celle ci a laissé en marge des centaines de millions de prolétaires, dans des conditions de pauvreté qui sont tout à fait équivalentes à celles des autres métropoles impérialistes, que ce capitalisme financier est en train de challenger, en tant qu’impérialisme émergeant.

Veut-on seulement contribuer au développement d’un nouveau pôle du capitalisme financier, un nouveau pôle d’exploitation du prolétariat, et en fin de compte, tôt ou tard, un nouveau facteur de guerre, ou bien veut-on enfin un développement économique qui réponde aux besoins sociaux du prolétariat, des classes populaires, et qui ouvre une perspective d’alternative à l’ensemble des peuples du monde, à leurs besoins sociaux essentiels encore loin d’être satisfaits? Telle est à nouveau la seule question qui se pose aux révolutionnaires, que ce soit en France ou ailleurs.

A ce propos, et comme illustration dialectique concrète, on peut citer cette image que fait Staline pour décrire le principe d’une utilisation contrôlée de la loi de la valeur:

« …avec le temps, avec le progrès des connaissances humaines, les hommes ayant appris à construire des barrages et des stations hydrauliques, on a trouvé moyen de détourner de la société les inondations qui paraissaient autrefois inéluctables. Bien plus : on a appris à museler les forces destructives de la nature, à les dompter pour ainsi dire, à faire servir la puissance des eaux à la société et à l’exploiter pour irriguer les champs, pour obtenir de l’énergie électrique. Est-ce à dire que l’on ait par là même aboli les lois de la nature, les lois de la science, que l’on ait créé de nouvelles lois de la nature, de nouvelles lois de la science ? Évidemment non. La vérité est que toute cette opération tendant à prévenir l’action des forces destructives de l’eau et à l’exploiter dans l’intérêt de la société, s’effectue sans que les lois de la science soient le moins du monde violées, changées ou abolies, sans que de nouvelles lois de la science soient créées. Au contraire, toute cette opération se fait sur la base exacte des lois de la nature, des lois de la science, car une violation quelconque des lois de la nature, la moindre atteinte à ces lois amènerait la désorganisation, l’échec de cette opération. »

Contribuer à la circulation des flux de capitaux financiers ou leur opposer la résistance d’un barrage révolutionnaire qui amènera un nouveau type de développement, enfin réellement au service de l’humanité, telle est l’alternative.

Mais les constructeurs de barrages ne se contentent pas non plus de connaître les lois de l’hydraulique. Ils doivent aussi tenir compte des strates géologiques sur les quelles leur ouvrage va s’appuyer et penser leur projet en fonction, tant architecturalement qu’en termes de matériaux disponibles. Leur ouvrage est en réalité à la rencontre de plusieurs « régions » de la connaissance et de l’expérience humaine. C’est en tenant compte, dans l’analyse de la situation du chantier, de l’ensemble des lois réelles de ces diverses « régions » de la science que leur projet pourra atteindre son but.

 

Luniterre

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SUR LE MÊME THÈME >>>

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La Gauche Française au stade du « Terre-platisme » ! (Synthèse du débat)

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Le matérialisme dialectique au 21ème Siècle : Lumière quantique ou crétinisme obscurantiste néo-lyssenkiste, il faut choisir!

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Marx à l’ère quantique : nécessité d’une relecture dialectique !

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AUTRES ARTICLES DU CYCLE >>>

 

Sur la démarche épistémologique d’Heisenberg

et sur Le Manuscrit de 1942 :

 

 

Heisenberg contre Althusser :

épistémologie de la physique moderne

contre pseudo-« scientisme » révisionniste !

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Werner Heisenberg, Le Manuscrit de1942 :

émergence dialectique des strates de réalité

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/26/werner-heisenberg-le-manuscrit-de1942-emergence-dialectique-des-strates-de-realite/

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Sur le contexte historique :

 

1939 – Einstein, auteur du premier chantage

à l’arme de destruction massive !

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/26/1939-einstein-auteur-du-premier-chantage-a-larme-de-destruction-massive/

 

 

« Farm Hall » déclassifié :

Hiroshima – Nagasaki,

le nucléaire US sans justification possible !

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/27/farm-hall-declassifie-hiroshima-nagasaki-le-nucleaire-us-sans-justification-possible/

 

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Красное знамя – символ нашей победы! – Le Drapeau Rouge est le symbole de notre Victoire!

 

 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/ru/f/f9/Victory_Banner.jpg

 

 

 

 

 

 

Soviet Znamya Pobedy.svg

 

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/28/красное-знамя-символ-нашей-победы-le-drapeau-rouge/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/28/%d0%ba%d1%80%d0%b0%d1%81%d0%bd%d0%be%d0%b5-%d0%b7%d0%bd%d0%b0%d0%bc%d1%8f-%d1%81%d0%b8%d0%bc%d0%b2%d0%be%d0%bb-%d0%bd%d0%b0%d1%88%d0%b5%d0%b9-%d0%bf%d0%be%d0%b1%d0%b5%d0%b4%d1%8b-le-drapeau-rouge/

 

 

« Farm Hall » déclassifié: Hiroshima – Nagasaki, le nucléaire US sans justification possible!

Finalement, après pas mal de recherches, une copie « annotée » du Bulletin 48 de Septembre 1992, mais dont le contenu original reste accessible, a pu être localisée sur le net. Ce qui a permis cette transcription de la partie essentielle, concernant les propos des physiciens, enregistrés à leur insu, et notamment au moment même de l’explosion à Hiroshima! Un document pour l’histoire et les leçons que l’on peut en tirer. L’analyse faite par le Bulletin accrédite manifestement la bonne foi de Werner Heisenberg, dans une démarche pragmatique pour mettre un frein au développement de l’arme nucléaire allemande, contrairement à l’attitude d’Albert Einstein, qui poussait à son développement aux USA, malgré ses convictions publiquement affirmées et par ailleurs bien connues. Le parallèle est d’autant plus significatif qu’Heisenberg avait été repéré et menacé pour ses positions anti-nazies et que son accès aux recherches militaires s’en trouvait donc limité, de toutes manières, tout comme ce fut le cas pour Einstein aux USA, également.

https://thebulletin.org/wp-content/uploads/2019/06/operation-epsilon-featured-image-1024x402.jpg

Operation Epsilon, a 2013 play performed at Boston’s Central Square Theater, is based on conversations among Germany’s top nuclear scientists while under surveillance by the Allies at an estate in England. __Credit: A. R. Sinclair Photography

 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c0/FarmHallLarge.jpg

 

 

About declassified « Farm Hall Transcripts » (1945),

by « The Bulletin of the Atomic Scientists »,

in Vol. 48, Sept. 1992

 

https://www.tandfonline.com/na101/home/literatum/publisher/tandf/journals/content/rbul20/1992/rbul20.v048.i07/rbul20.v048.i07/20150915-01/rbul20.v048.i07.cover.jpg

AUTHORS :

__Stanley Goldberg, a historian of science in Washington, D.C., is writing a biography of Gen. Leslie R. Groves.

__Thomas Powers is the author of Heisenberg’s War: The Secret History of the German Bomb (forthcoming).

 

In the race to build an atomic bomb, Germany had some strong advantages  -a year’s head start, some of the world’s leading scientists, and access to critical materials. But when World War II ended, the Germans had come up empty. All that remained of their efforts were a five-foot shelf of basic research materials and an empty reactor vessel. By July 1945, with the war in Europe over, ten German scientists (*see pages 36-37) had been incarcerated by the Allies in Farm Hall, a stately British home. They were captured and interned as part of « Alsos, » a special mission to uncover the state of German uranium research.

On the evening of August 6, 1945, the German scientists were astounded by a short report on the news. The United States had obliterated the Japanese city of Hiroshima with an atomic bomb. For a time that night, Werner Heisenberg, the chief theoretician of the German bomb program, believed that reports of a bomb were a hoax. But as further details convinced the imprisoned Germans that the news was true, they began to speak of how their own program had gone wrong. Even now, after nearly 50 years of acrimony and muddled debate, there is still no answer to the fundamental question: Why was there no German bomb?

The post-bomb arguments of Samuel Goudsmit and Heisenberg represent the heart of this debate. Goudsmit, a Dutch-born physicist, was scientific director of the Alsos mission that seized the German scientists and research reports near the end of the war. Allied scientists and intelligence authorities considered Heisenberg « the most dangerous possible German in the field because of his brain power. » (1)

Goudsmit had known and respected Heisenberg before the war, but later his judgment turned harsh. He said he had seen secret reports proving that Heisenberg had bungled important scientific questions and had lied about his wartime role in the project. Indeed, in books, articles, and private correspondence, Goudsmit insisted that Heisenberg had concocted phony claims of moral compunction as an explanation for the humiliating German failure to produce the bomb. (2)

The dispute centers on Heisenberg. The Germans thought of Heisenberg as first among equals, though he never commanded anything like the line authority that J. Robert Oppenheimer had at Los Alamos. Albert Speer, Germany’s economic czar, remembered Heisenberg’s technical pessimism as decisive at a June 1942 meeting in Berlin that more or less ended serious German hope of a bomb. If Heisenberg said it couldn’t be done in a war-torn economy, that was the end of it.

Historians have long sought one particular batch of classified files -the 270-odd pages of reports from Farm Hall, the British home where Heisenberg and nine other German scientists were held from July 3, 1945, through the end of the year. The weekly reports, compiled by British intelligence officers, were based on transcripts of the scientists’ secretly recorded conversations via microphones concealed in every room. Goudsmit hinted at the files’ existence in his 1947 book, Alsos, and Gen. Leslie Groves, director of the Manhattan Project, dipped into them freely for his own 1962 memoir, « Now It Can Be Told ». But British authorities sealed the files for the next 30 years. Last fall the physicist Nicholas Kurti orchestrated a noisy public campaign for their release.

Declassified in February, the Farm Hall reports -the American copy still bearing Goudsmit’s marginal notes in pencil- provide a vivid, intimate portrait of the German scientists who failed to build a bomb for Hitler. (3) Whatever triggered Goudsmit’s angry charges against Heisenberg is there on paper -in the conversations reflecting deep ambivalence by Heisenberg and three friends regarding building a bomb. The reports are not the whispers of conspirators who figuratively poured sugar into gas tanks while colleagues slept; but neither do they reflect second thoughts or special pleadings from men who tried but failed to build a bomb. The Farm Hall reports expand and illuminate the history of the German bomb program, and no future attempt to explain that history can ignore them.

The two most significant reports, numbers four and five, cover the period bracketing Hiroshima, from the first terse BBC announcement at 6 p.m. on August 6, through Heisenberg’s full-scale bomb physics lecture delivered to the assembled company on August 14.

The information from those reports illuminates what Heisenberg knew or quickly managed to deduce about bomb design. From a historical viewpoint, the information is important because it confronts Goudsmit’s charge that Heisenberg failed to build a bomb because he simply didn’t know how. But for the general reader, most striking is the attitude of the German scientists -their instinctive emotional response at hearing the news of the U.S. success. (This response helps to explain Heisenberg’s pessimistic report in 1942 to Speer and other German officials on the prospects -or lack of them- for a successful German bomb. Was Heisenberg giving his honest opinion in 1942 -or deliberately pricking the official balloon?)

There can be little question that the recorded responses are authentic. The Farm Hall « guests » believed that they were talking only to each other, not for the benefit of some un-seen eavesdropper. On July 6, hidden microphones picked up the following conversation:

__Kurt Diebner: « I wonder whether there are microphones installed here? »

__Heisenberg: « Microphones installed? (laughing) Oh no, they’re not as cute as all that. I don’t think they know the real Gestapo methods; they’re a bit old-fashioned in that respect. » On the evening of August 6, the first question in the minds of all ten scientists was, is it true? Have the Americans really built a bomb? « If the Americans have a uranium bomb then you’re all second-raters, » said Otto Hahn. « Poor old Heisenberg. »

The question of morality arose. Carl Friedrich von Weizsacker, Heisenberg’s close friend and protege, said in the first few minutes, « I think its dreadful of the Americans to have done it. I think it is madness on their part. » Heisenberg did not let the remark go unchallenged. « One can’t say that, » he responded. « One could equally well say, ‘That’s the quickest way of ending the war.’  »

« That’s what consoles me, » said Hahn. Hahn needed consoling. He had contemplated suicide in 1939 when he first realized that his December 1938 discovery of fission might lead to bombs, and he spoke of suicide again on August 6. Hahn’s friends and the British officer in charge, Maj. T. H. Rittner, kept watch over him that night until he was safely asleep.

The titular chief of the German program, Walther Gerlach, responded differently, acting (in Max von Laue’s words) « like a defeated general. »

Later that first night, Hahn visited Gerlach in his bedroom to cheer him up. « Are you upset because we did not make the uranium bomb? » Hahn asked, and added, « I thank God on my bended knees that we did not make a uranium bomb. »

Hahn had been on the periphery of the German project, busy with basic research at the Kaiser Wilhelm Gesellschaft in Berlin. His passionate disavowal of the bomb, then and later, was incidental to the German failure. Hahn’s conversation with Heisenberg later that night came closer to the heart of the matter. Here is Major Rittner’s paraphrase of that discussion:

« Hahn explained to Heisenberg that he was himself very upset about the whole thing. He said he could not really understand why Gerlach had taken it so badly. Heisenberg said he could understand it because Gerlach was the only one of them who had really wanted a German victory, because although he realized the crimes of the Nazis and disapproved of them, he could not get away from the fact that he was working for Germany. Hahn replied that he too loved his country and that, strange as it might appear, it was for this reason that he had hoped for her defeat …. They continued to discuss the same theme as before, that they had never wanted to work on a bomb and had been pleased when it was decided to concentrate everything on the engine [reactor]. Heisenberg . . . feels himself that had they been in the same moral position as the Americans and had said to themselves that nothing mattered except that Hitler should win the war, they might have succeeded, whereas in fact they did not want him to win …. They then went on to discuss the feelings of the British and American scientists who had perfected the bomb and Heisenberg said he felt it was a different matter in their case as they considered Hitler a criminal. »

In later years, sometimes in nearly identical words, Heisenberg often repeated these remarks -save one. So far as we know, he never again said, « they might have succeeded » if they had wanted Hitler to win the war. ‘

Two others discussed the moral issues as well -Weizsacker and Karl Wirtz, who had been a student of Heisenberg’s at Leipzig. Heisenberg, Weizsacker, and Wirtz, in fact, had been in charge of the principal German effort to build a working reactor. « I believe the reason we didn’t do it, » said Weizsacker the first evening, « was because all the physicists didn’t want to do it, on principle. If we had all wanted Germany to win the war we would have succeeded. » Later he and Wirtz both remarked on the irony of the situation -the Allies built the bomb with all of its terrors, while the scientists in Hitler’s Germany worked only on a reactor.

Goudsmit extracted two elements from these conversations -talk of the morality of the bomb and discussions of how it was designed and built- and concluded that the Germans didn’t know how to build a bomb and had concocted a phony story of moral reservations to explain their failure. Reconsidered 45 years later with the full reports at hand, his interpretation rests very uncomfortably with the facts. In the Farm Hall conversations, Heisenberg, Hahn, and the others were not expressing their doubts and reservations for the historical record; they were speaking with intimate friends in what they took to be privacy.

As to German incompetence, in 1946 Goudsmit was absolutely certain that the rigid imposition of dictated truth by incompetent administrators constrained and confined those German scientists working in the laboratory and prevented the free exercise of scientific inquiry.

In a March 1946 « Bulletin » article, « How the Germans Lost the Race, » Goudsmit claimed that German scientists believed that only thermal neutrons (neutrons that had been slowed down by repeated collisions with a non-absorbing moderator such as carbon or heavy water) could be used to fission uranium 235 and therefore, they never understood the concept of a bomb. They all believed, he argued, that a bomb was a reactor out of control. And furthermore, they did not even understand the possibility of using a reactor to pro-duce plutonium; their vision was confined to developing a power-producing reactor.

Goudsmit believed that because of experimental errors and stupid reasoning, German scientists had rejected the possibility of using carbon as a moderator, and he concluded that because they were forced to use scarce heavy water as a moderator, it was unlikely that German scientists would have been able to produce a self-sustaining fission reaction even if the war had lasted much longer.

Contradicting Goudsmit’s conclusions, a little over a year later in the August 16, 1947 issue of « Nature », Heisenberg pointed out that as early as 1940, Weizsacker had suggested a way to use a reactor to produce a new element which, Weizsacker suggested, should be fissionable. In the Nature article, Heisenberg rejected the suggestion that the German decision not to try to build a bomb had been the result of incompetence or ignorance. Rather it had been both a political decision and a realistic response to circumstances. « The project could not have succeeded under German war conditions, » said Heisenberg, but then he said much more:

« From the very beginning German physicists had consciously striven to keep control of the project and had used their influence as experts to direct the work into the channels which have been mapped [in this paper] …. In the upshot they were spared the decision as to whether or not they should aim at producing atomic bombs. The circumstances shaping policy in the critical year 1942 guided their work automatically towards the problem of the utilization of nuclear energy in prime movers. To a German physicist, this task seemed important enough …. We could feel satisfied … with a peace-time application which [like the discovery of fission] … would likewise find … [its] beginning in Germany, and in the course of time bear fruit. »

But even as Heisenberg wrote, Goudsmit’s book, Alsos, was in the final stages of production. Not only did Goudsmit repeat his claims that Heisenberg and his colleagues had been incompetent bunglers, he expressed deep disappointment that his old colleague would have allowed himself to be used by the Nazis, and he was made indignant by Heisenberg’s appeal to moral reticence, which he judged to be dishonest. And so the battle was joined. Philip Morrison’s remarks typify the attitudes of American scientists. In a December 1947 Bulletin review of Goudsmit’s book, Morrison wrote: « He [Heisenberg] has lately tried to claim that the motivation for the German work was a peaceful one, since they wanted not bombs but merely a pile ….  »The careful story put together by Goudsmit demonstrates this account to be … a rationalization invented while some of the participating physicists were interned in England. The documents cited in Alsos prove amply that, no different from their Allied counterparts, the German scientists worked for the military as best their circumstances allowed. But the difference, which it will never be possible to forgive, is that they worked for the cause of Himmler and Auschwitz, for the burners of books and the takers of hostages. »

Now that the summaries and partial transcripts of the Farm Hall tapes have been made public, it is difficult to understand why Goudsmit, Groves, Morrison and other Allied scientists believed Heisenberg and the others all tried or wanted to build a bomb. The Farm Hall words point to another conclusion and the complete absence of any serious German program confirms what Heisenberg and some of the others expressed.

The documentary record shows that in the autumn of 1941, the German and Allied fission programs were at essentially similar cross-roads -would pursuing fission technology development result in important weapons for this war? Among scientists on both sides, there was no consensus.

In the United States, the political decision to proceed was based, in part, on the belief that the Germans had been making progress in the development of a fission bomb. But a letter written in April 1941 (recently discovered in the National Archives) from Princeton physicist Rudolph Ladenburg, a German emigre, to Lyman Briggs, Director of the National Bureau of Standards and head of the American uranium fission program, contradicts this belief. In it, Ladenburg informs Briggs that colleagues close to Heisenberg had gotten word to Ladenburg that Heisenberg’s group was working on a uranium bomb, but that Heisenberg had delayed as much as possible, fearing the consequences of succeeding. In the end, the letter said, he would have to follow orders. If such a bomb was possible, it would be developed soon. (4 )

Eight months later, by the end of the year, the Germans had decided not to go ahead. This verdict was rendered as the tide began to turn against Germany on the Eastern Front. Among the scientists, Kurt Diebner’s group was convinced that a bomb made of uranium 235 or plutonium might be built with destructive potential a million times greater than the equivalent amount of dynamite. Diebner estimated that between 10 and 100 kilograms of fissile material would be required. Heisenberg, head adviser for the project, was much more circumspect. He waffled on just how much active material would be needed. He was vague when he noted that neutrons of any speed would fission uranium 235. And in early 1942, when asked outright by military authorities if results could be obtained within the next nine months, his answer was an unequivocal « no. »

In June 1942, Albert Speer, who had recently been appointed Minister of Armaments and Munitions and who had the power to give a bomb development program significant impetus, met with a number of military and scientific leaders, including Heisenberg, to explore the question. Speer did so at the urging of some of those who remained convinced that nuclear technologies could be exploited in the service of war. At that meeting, Heisenberg chose to focus on the development of reactors and cyclotrons and pronounced atomic bombs to be a development for the future, not for the war. (5)

What ultimately emerges from the Farm Hall transcripts is that after the August 6 atomic bomb announcement, Heisenberg seems to have had two different versions of what would be required to build a bomb. This is reflected in different portions of the Farm Hall reports. First from Gerlach, who said, « If they want to get that [sufficient quantities of plutonium] they just use a whole ton. » But later in the same conversation, the following exchange took place between Heisenberg and Hahn:

__Heisenberg: « I still don’t believe a word about the bomb but I may be wrong. I consider it perfectly possible that they have about 10 tons of enriched uranium, but not that they can have 10 tons of pure uranium 235. »

__Hahn: « I thought that one needed only very little 235. »

__Heisenberg: « If they only enrich it slightly, they can build an engine which will go but with that they can’t make an explosive which will- »

__Hahn: « But if they have, let us say 30 kilograms of pure 235, couldn’t they make a bomb with it? »

__Heisenberg: « But it still wouldn’t go off, as the mean free path is still too big. »

__Hahn: « But tell me why you used to tell me that one needed 50 kilograms of 235 in order to do anything. Now you say one needs two tons. »

At the June 1942 meeting with Albert Speer and the military experts in Berlin, Heisenberg described the amount of fissionable material required to level a city as « about the size of a pineapple. » Later on the night of August 6, when Hahn and Heisenberg were alone, Hahn again asked, « Do you think they would need as much as 30 kilograms? » Heisenberg replied, « I think so certainly, but quite honestly I have never worked it out as I never believed one could get pure 235. » He continued:

« I always knew it could be done with 235 with fast neutrons. That’s why 235 only can be used as an explosive. One can never make an explosive with slow neutrons, not even with the heavy water machine, as then the neutrons only go with thermal speed, with the result that the reaction is so slow that the thing explodes sooner before the reaction is complete. »

In response to Hahn’s next question, « How does the bomb explode? » Heisenberg, without hesitation, replied as follows:

« In the case of the bomb it can only be done with the very fast neutrons …. in order to make 1024 neutrons I need 80 reactions one after the other …. The mean free path is about six centimeters. In order to make 80 collisions, I must have a lump of a radius of about 54 centimeters and that would be about a ton …. It is conceivable they could do it with less in the following manner. They would take on a quarter of the quantity but cover it with a reflector [at Los Alamos this was referred to as a « tamper »] which would turn back the fast neutrons. »

Hahn asked, « How can they take it in an air-craft and make sure that it explodes at the right moment? » Again Heisenberg was not hesitant:

« One way would be to make the bomb in two halves, each one of which would be too small to produce the explosion because of the mean free path. The two halves would be joined together at the moment of dropping when the reaction would start. »

Heisenberg was able to reconstruct the process within a few hours after hearing that Hiroshima had been destroyed by an atomic bomb. A week later, he had honed and refined these ideas, which he presented in a formal lecture to his colleagues. The general discussion that followed the lecture makes clear that only some of the scientists really understood bomb physics. Besides Heisenberg, this group included Harteck, Weizsacker, and Wirtz. The others were evidently hearing much that was new to them.

When Hans Bethe, who was chief of the theoretical division at Los Alamos during the Manhattan Project, read the Farm Hall transcripts 47 years later, he was immediately struck by Heisenberg’s sophistication. « My first reaction, » he said, « is that Heisenberg knew a lot more than I have always thought -the fact that he reached many of these conclusions in one evening is most remarkable. In his lecture it was clear he was talking to people who were quite ignorant. Heisenberg put everything on quite a low level, even going back to fundamentals. Apparently the other people didn’t know very much about fission -even including Max von Laue, who was a great physicist. But especially Walter Gerlach [the head of the German uranium project] – he knew very, very little -everything had to be explained to him as for the first time. » (6)

The Farm Hall transcripts reveal Heisenberg’s sophisticated understanding of bomb physics and that he had kept much ofthis understanding to himself during the war. The transcripts also provide evidence that the relationships between scientists and the military in Germany was very different from those relationships in the United States or England -and contrary to Morrison’s assumptions. As Heisenberg remarked to his colleagues on the evening of August 6, 1945:

 »The point is that the whole structure of the relationship between the scientist and the state in Germany was such that although we were not 100 percent anxious to do it [produce nuclear weapons], on the other hand we were so little trusted by the state that even if we had wanted to do it, it would not have been easy to get it through. » Many of the German scientists at Farm Hall understood which World War II governments had been wearing the white hats and which had been wearing the black.

As Heisenberg noted in his 1947 Nature article, in 1942 the state of research and knowledge concerning nuclear fission in Germany and in the United States was comparable. But knowledge is not sufficient to build a bomb. A very large, expensive, and far-flung industrial complex must be mounted and managed. The United States decided to make that transition, a decision motivated in part by concern for Germany’s progress toward a bomb. Of necessity, U.S. scientists gave up control of the products of their labors and control of how such products would be employed. In Germany, the authorities decided against the huge effort that an industrial enterprise would require. First, it was inconceivable to the Germans that anyone else would contemplate developing a fission bomb. Second, there is evidence that Werner Heisenberg and possibly other scientists purposely reported bleak prospects to German leadership concerning near-term nuclear technology for war. These scientists also kept information from (and even lied to) colleagues who they knew would have been eager to cooperate with the Nazi leadership. Heisenberg’s words from the Farm Hall tapes, « From the very beginning, German physicists had consciously striven to keep control of the project, » ring true. None of this, of course, gives general absolution to Heisenberg and his colleagues nor is it a general defense of their actions or statements before, during, or after the war. The fact remains that Heisenberg and most of his colleagues at Farm Hall never claimed a superior ethical and moral stance during the war. Perhaps the specter of such claims drove Goudsmit, Morrison, and Groves to lash out with such vehemence, with such absolute moral certainty. As Heisenberg had often said, the situations in America and Germany were not comparable. Suppose, for instance, that the United States had worn the black hat. And suppose that American scientists, for one reason or another, had decided they could not emigrate from a fascist regime. We think there is little doubt that many of them would have chosen to walk the same kind of knife-edge that Heisenberg chose -and in such a way as to minimize the damage to themselves and to others.

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NOTES :

1. Robert Furman, memo to file (March 7, 1944), Record Group 77, Army Corps of Engineers, entry 21, box 171, National Archives and Records Administration, Washington, D.C.

2. Samuel Goudsmit, « How the Germans Lost the Race, » Bulletin of the Atomic Scientists (March 15, 1946), pp. 4-5; Samuel Goudsmit, Alsos (New York: Henry Schuman, 1947); cf., correspondence with Victor Weisskopf, Hans Bethe, Rudolf Peierls, et a!., Goudsmit Papers, Niels Bohr Library, American Institute of Physics, New York, N.Y.

3. Farm Hall Transcripts, National Archives, Record Group 77, entry 22, box 163. (We are indebted to Ed Reese and Will Mahoney in the Archives Military Reference division for their generous cooperation and assistance.)

4. For the effects of this letter on the American program see Stanley Goldberg, « Inventing a Climate of Opinion, » Isis (forthcoming); for the provenance of the letter, see Thomas Powers, Heisenberg’s War (New York: Alfred A. Knopf [forthcoming]), chapter 10.

5. See David Irving, Virus House (London; William Kimber, 1967); Mark Walker, German National Socialism and the Quest for Nuclear Power, 1939·1949 (Cambridge; Cambridge University Press, 1988) chapters 2-3; Powers, Heisenberg’s War, chapters 13-14.

6. Hans Bethe. Interview by Thomas Powers, March 19, 1992

On Goudsmit and Alsos:

« Tracking the German bomb »

In the spring of 1944, Dutch-born physicist Samuel A. Goudsmit was appointed to lead the scientific team of Project Alsos, the intelligence mission to discover the extent of German progress in the manufacture of an atomic bomb. The military commander of the team was Col. Boris A. Pash, formerly head of G-2, the military intelligence section for the Western Command. The name Alsos, derived from the Greek word for « grove, » was an allusion to the head of the American atom bomb program, Gen. Leslie R. Groves. Groves was irritated by the name, but hesitated to draw attention to it by demanding a change. In order to mask the true purpose of the project, the mission was expanded to include operations concerning chemical and biological warfare as well as innovations in conventional explosives. Alsos was organized to follow directly behind front-line elements of Allied forces in Europe. Between April 1944 and May 1945, the Alsos unit hop-scotched through France, Belgium, the Netherlands, and Germany, investigating significant physics laboratories, seizing and assessing documents and apparatus, and capturing and interrogating scientists -especially physicists and chemists thought likely to be working on problems of nuclear physics and nuclear engineering. When Goudsmit arrived at the University of Strasbourg in November, 1944, he found what he considered incontrovertible evidence in the files of the physicist Carl Friedrich von Weizsacker that German work on an atomic bomb was not far advanced. He also discovered that his old colleague and friend Werner Heisenberg and his laboratory had been evacuated from Berlin to the small Bavarian town of Hechingen. Goudsmit believed that Heisenberg was in overall charge of the German atomic bomb, but in fact Heisenberg directed only the project’s theoretical work. Later, in the spring of 1945, elements of the Alsos team captured the Hechingen laboratory and uncovered the German heavy water reactor, which had been under construction in a camouflaged cave in the nearby village of Haigerloch. Soon thereafter Heisenberg was seized at his family’s summer home in Urfeld. – S.G., T.P.

COPIE – Bulletin 48 -SEPT 1992 -Goldberg-Powers

__https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/11/copie-bulletin-48-sept-1992-goldberg-powers.pdf

(*  https://www.ba.infn.it/~cufaro/copenhagen/1992_BulletinAtSci_GoldbergPowers.pdf   )

 

 

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Sur la démarche épistémologique d’Heisenberg

et sur le Manuscrit de 1942 :

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Heisenberg contre Althusser :

épistémologie de la physique moderne

contre pseudo-« scientisme » révisionniste !

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/25/heisenberg-contre-althusser-epistemologie-de-la-physique-moderne-contre-pseudo-scientisme-revisionniste/

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Werner Heisenberg, Le Manuscrit de1942 :

émergence dialectique des strates de réalité

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/26/werner-heisenberg-le-manuscrit-de1942-emergence-dialectique-des-strates-de-realite/

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1939 – Einstein, auteur du premier chantage

à l’arme de destruction massive !

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/26/1939-einstein-auteur-du-premier-chantage-a-larme-de-destruction-massive/

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HAIGERLOCH IN GERMANY

https://thebulletin.org/wp-content/uploads/2019/07/German_Experimental_Pile_-_Haigerloch_-_April_1945-2.jpg

Allied soldiers in April 1945 dismantling the experimental nuclear pile at Haigerloch, where German scientists had tried to build a civil reactor. __Credit: Mickey Thurgood/US Army

 

 

HIROSHIMA

 

https://media.nouvelobs.com/ext/uri/ureferentiel.nouvelobs.com/file/5027161.jpg

 

NAGASAKI + 20 MINUTES

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Atomic_cloud_over_Nagasaki_from_Koyagi-jima.jpeg

 

Encore une fois de plus: le PCF contre l’indépendance de l’Algérie!

Manifestation en Algérie : forte mobilisation attendue pour la fête de l’indépendance

 

Concernant la situation actuelle en Algérie,

correspondance d’un de nos lecteur…

 

Bonjour,

Je te prie de jeter un œil à mon intervention demandée et (censurée) par le PCF  pour sa soirée de « solidarité » avec le peuple algérien.

Considération. 

 

Bonjour, camarade!

Sur ton blog, tu nous écris :

« Dans ma mémoire était revenue la 8ème condition d’adhésion à l’Internationale Communiste (I.C) qui faisait obligation aux communistes de lutter contre leur propre impérialisme et de porter aide aux peuples en lutte contre le colonialisme. Et l’Impérialisme concret aujourd’hui, pour nous c’est la Françafrique et sa dernière née la Françalgérie, c’est l’OTAN à nos frontières, c’est l’assassinat de nos dirigeants anti-impérialistes comme Thomas Sankara, les troupes françaises en Syrie sans base légale, c’est la vente d’armes qui bombardent marchés, écoles, infrastructures au Yémen, c’est la protection des intérêts de Total et d’Areva au sahel etc. »

Bien évidemment ton désir de profiter de l’occasion de t’exprimer en répondant à la demande du PCF est bien compréhensible. Néanmoins, dans la mesure où tu entendais développer un point de vue réellement anti-impérialiste, le coup des « raisons techniques » était évidemment pour les organisateurs le seul moyen de s’en tirer en sauvant formellement la face…

Considéré d’un point de vue Marxiste-Léniniste, il y a bien longtemps que la direction de ce parti a renoncé à l’internationalisme prolétarien, parmi d’autres du même acabit.

L’article auquel tu as joint ta réponse

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/10/24/de-brest-litovsk-a-dantzig-en-passant-par-rapallo/

évoque nettement, déjà en 1939, la difficulté, pour Dimitrov et Staline, de faire passer une ligne réellement marxiste-léniniste et internationaliste dans les partis occidentaux affiliés à l’IC, et en premier lieu, au PCF ! Rien de nouveau, donc, malheureusement, sur ce plan !

Peu après, du reste, la question de la dissolution de l’IC, devenue un foyer de révisionnisme, s’est trouvée posée, même si la décision finale n’est intervenue qu’en 1943.

Depuis, la seule tentative réelle de combattre le révisionnisme des partis occidentaux fut celle du Kominform, fondé en 1947 par Andreï Jdanov, événement qui, du reste, est la référence de base de notre blog, Tribune Marxiste-Léniniste !

Malheureusement, ce fut un échec de plus, mais la leçon en demeure, selon laquelle une autre voie, réellement marxiste-léniniste, était possible, et qu’il est toujours possible, pour ceux qui veulent en prendre conscience, de la rouvrir, en tenant compte, évidemment, de l’évolution des conditions concrètes nouvelles.

Bien à toi,

Amicalement,

Luniterre

 

PS >>> Concernant l’évolution de la situation actuelle et de la résistance anticapitaliste et anti-impérialiste en France :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/14/transition-anticapitaliste-en-revenir-a-marx-ne-passe-pas-par-trotsky/

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Mon intervention (non transmise aux présents) à la soirée solidarité du PCF avec le peuple algérien

9 Novembre 2019 ,

Rédigé par bouhamidi mohamed

Publié dans #-Algérie, #-Armée, #-Politique, #Hirak, #Vidéos

 

Vous trouverez la description en français après le texte en arabe لقد دعيت إلى تقديم تحليلي للتطورات التي طرأت على التعبئة الشعبية في بل

https://www.youtube.com/watch?v=d1YOp1eZtcE

Mon intervention (non transmise aux présents) à la soirée solidarité du PCF avec le peuple algérien

9 Novembre 2019 , Rédigé par bouhamidi mohamedPublié dans #-Algérie#-Armée#-Politique#Hirak#Vidéos

J’ai été invité à donner mon analyse des développements des mobilisations populaires dans notre pays.

J’ai accepté. Pour moi le PCF ne pouvait être dans les logiques d’ingérences « démocratiques » du journal «Le Monde » ou de Médiapart ou du Figaro et des élus de droite qui redouble d’appels  à Macron pour soutenir notre peuple contre l’ANP.

Dans ma mémoire était revenue la 8ème condition d’adhésion à l’Internationale Communiste (I.C) qui faisait obligation aux communistes de lutter contre leur propre impérialisme et de porter aide aux peuples en lutte contre le colonialisme. Et l’Impérialisme concret aujourd’hui, pour nous c’est la Françafrique et sa dernière née la Françalgérie, c’est l’OTAN à nos frontières, c’est l’assassinat de nos dirigeants anti-impérialistes comme Thomas Sankara, les troupes françaises en Syrie sans base légale, c’est la vente d’armes qui bombardent marchés, écoles, infrastructures au Yémen, c’est la protection des intérêts de Total et d’Areva au sahel etc.

 

J’ai donc envoyé, le 6  novembre la vidéo de 13 minutes. On m’en avait demandé 10.

 

Tard dans la soirée  du 6/11 je reçois le texte d’orientation de cette soirée de solidarité. 

 

En voici un extrait :

« Ces dernières semaines, le pouvoir autoritaire, représenté par le chef d’état-major de l’armée, a décidé d’imposer son agenda électoral en « ordonnant » l’organisation de l’élection présidentielle le 12 décembre prochain. Son rejet massif comme les deux tentatives précédentes (avril et juillet derniers) fait craindre au pouvoir l’échec de son scénario.

En s’entêtant dans cette voie, en systématisant la répression – kidnappings, arrestations arbitraires de militants et de manifestants, passages à tabac de manifestants, matraquages médiatiques et campagnes de haine sur les réseaux sociaux, bouclage par la gendarmerie de la capitale, présence policière massive, etc. –, le pouvoir fait courir les plus grands dangers au pays, à sa stabilité et à sa cohésion.

Face à cette répression, nous ne devons pas nous taire. Nous tenons à réitérer notre dénonciation ferme et vigoureuse des actes commis par un pouvoir autoritaire, et interpellons toutes les organisations de défense des droits de l’Homme pour que cessent la répression, les persécutions en tous genres, et que soient libérés tous les détenus d’opinion. »

Toute dialectique marxiste en a disparu. Les armées ont pu donner franco ou Pétain mais aussi de Gaulle, L’ANP a   donné Boumediene l’armée égyptienne Gamal Abdenasser, l’armée du Burkina Faso a donné Thomas Sankara, celle du Venezuela a donné Chavez. Sans Dumouriez et l’Armée de Valmy, la Convention Nationale et Danton étaient morts.

L’armée n’est pas le mal en soi. Le mal des armées est de servir des intérêts des classes exploiteuses et de réaliser les buts coloniaux. Mais une armée peut servir aussi les buts des peuples et des exploités.
La différence c’est la révolution ou la contre révolution, et la notre est encore celle de la Révolution Nationale Démocratique dont l’ennemi est justement cette démocratie formelle de tous les droits pour le Capital et rien pour les peuples(1).

Aucune différence avec les positions d’ingérences « démocratiques » du Monde, de Mediapart, du Figaro, des élus de droite.

Cette intervention reflète le point de vue du « Collectif novembre pour la souveraineté nationale, une économie autocentrée et le socialisme », un cercle de réflexion et d’études.
J’ai donc travaillé cette intervention sur les lignes sociales et politiques de clivages : lignes d’oppositions ou d’alliances de classes et la ligne de confrontation créée par la guerre que mène l’impérialisme à  tous les peuples du monde, y compris le peuple de France.

La vidéo n’a pas été projetée.

Les organisateurs de cette soirée  ont indiqué avoir reçu de moi une vidéo qu’il ne pouvait projeter pour des raisons techniques.  

Je la diffuse donc pour que parvienne ma voix aux cercles et organisations françaises qui luttent contre l’impérialisme et le néocolonialisme de leur propre Etat et leur propre capitalisme. Leur aide nous sera nécessaire quand les politiques d’ingérences deviendront plus agressives.

  1. https://www.humanite.fr/soutien-au-peuple-algerien-dans-sa-marche-pacifique-et-resolue-vers-sa-liberte-679784?fbclid=IwAR3m7ObLKg2iMv3ShjiKstZa5ytzoyKGLkTS4V63mbWuZDIjOaNtp2ez7_k

 

 

 

 

Texte de ma déclaration à la journée de solidarité du PCF avec le peuple algérien.

Chers camarades bonjour,

Le 22 février notre peuple a organisé des manifestations massives contre le 5ème mandat de Bouteflika. 

Sa lutte et sa mobilisation pour lui imposer la démission ont  progressivement élevé la critique du président à la critique de son système de gouvernance.

Notre peuple ne menait pas, cependant, sa première lutte politique postindépendance.

Au cours de ces quarante dernières années il a exprimé une multitude de mécontentements et s’est mobilisé pour des questions sociales, politiques et culturelles, pour des droits démocratiques mais aussi pour l’eau, l’électricité, la construction d’école, le goudronnage des pistes ou pour dénoncer des abus, des prédations, des atteintes aux biens de l’Etat.

Le point d’inflexion qui a contraint notre peuple à lutter pour ses droits fut l’abandon, en 1980, du choix socialiste. Cette dénomination désignait en réalité  les politiques de développement solidaire fondées sur l’industrialisation et la justice sociale.

Cet abandon traduit par le démantèlement industriel et le consumérisme effréné a produit ses premières crises vers 1984.

Le choix pour le capitalisme nous a menés à l’Infitah, dénomination indigène des réformes libérales imposées par le FMI. Nous passions d’une « autonomie de décision pour le capitalisme » à l’hétéronomie dictée par le FMI.

A la même époque l’Infitah avait déjà produit les terribles conséquences de la misère et de la faim :

70 morts en Egypte dans les émeutes de la faim de 1977.

114 morts à Casablanca en 1981, 600 morts selon d’autres sources dans les émeutes du pain.

70 morts en Tunisie entre décembre 83 et janvier 84. 143 morts selon d’autres chiffres.

 

Les premières luttes ont culminé dans les émeutes d’octobre 1988, mélange de provocations droitières et de colères populaires orphelines d’une direction politique.

Elles se poursuivront dans d’autres conditions, celles du terrorisme, qui faciliteront à des groupes constitués au sein du pouvoir la récupération à leur profit du bradage en grand de notre secteur industriel.

La gouvernance d’Eltsine serait une bonne analogie.

L’oligarchie issue de la bureaucratie qui comptait ses membres sur les doigts d’une ou deux mains va exploser avec l’arrivée de Bouteflika en une constellation de loges plus ou moins secrètes.

Cette Oligarchie tenait déjà l’essentiel de l’appareil d’Etat. Elle avait le pouvoir, elle pouvait  asservir l’Etat, le vider de ses dernières  survivances à caractère social.
A travers un labyrinthe de caisses spéciales et de fonds, soustraits à toute transparence et à tout contrôle démocratique, elle s’est octroyé des aides innombrables pour le moindre segment de  ses activités.

Ces réformes déclaraient combattre « la mentalité d’assistés » de notre peuple.

Elle venait de créer le capitalisme assisté.

Chadli avait le sens de l’honneur national né de sa vie de maquisard et de militant. Bouteflika enterrera jusqu’à l’idée de cet honneur.

Chadli s’opposait au socialisme du point de vue de la paysannerie, attachée à la propriété privée dans laquelle il a grandi.
Bouteflika s’opposait au socialisme du point de vue de la féodalité et du Makhzen et de ses formes maraboutiques.

Convaincu jusqu’au dogme des idées néolibérales, il appliquera la politique de retrait de l’Etat de la sphère économique au-delà des recommandations même du FMI et de la Banque Mondiale.

Ne comptaient pour lui que les IDE(s).

Il retirera l’Etat de la sphère de l’économie, de la culture, du sport, mais il multipliera les subventions à sa clientèle.

Il  forcera la signature avec l’Union Européenne   de l’accord d’association qui nous ligote les mains et liquide sur le fond notre souveraineté nationale.

De 1980 à aujourd’hui, cette série de réformes pour toujours plus de capitalisme a été soutenue par des campagnes multiformes pour :

  • Jeter le discrédit sur le socialisme et moquer la lutte des peuples, notamment le Chavisme.
  • Moquer le caractère ringard de la lutte anti-impérialiste.
  • Remplacer les lignes sociales de clivage par des lignes culturelles.
  • Faire du capitalisme une « option conforme à la nature de l’homme ».
  • Discréditer les traditions de solidarité avec les peuples en lutte, notamment celle des Palestiniens.

La rationalité de l’économie de marché nous est revenue dans sa réalité froide du capitalisme, celle de la prédation, du vol, de l’éloge de l’individualisme, mais surtout de la corruption.

Cette dernière sera codifiée dans les faits.

De 1999 à 2010, Bouteflika a rabaissé l’Algérie au statut de néo-colonie. Sur le modèle de la Françafrique, il avait construit avec ses compères Chirac, Sarkozy, Hollande puis Macron la Françalgérie.
C’est contre cette situation que notre peuple s’est levé.

Le  Hirak en est né.

Si on devait faire le bilan de ses victoires, les plus significatives seraient :

  • La démission de Bouteflika.
  • Le passage du refus du 5ème mandat à la critique de la politique des mandats précédents.
  • Le lien spontané de cette mobilisation avec les figures et les buts de libération nationale du 1er novembre 54.
  • La conscience que l’option pour le capitalisme et le mimétisme néolibéral a  remis en cause notre indépendance, la souveraineté de notre Etat et replacé notre pays dans une condition néocoloniale.
  • La naissance d’une alliance Peuple/ANP, après le 3ème vendredi, quand elle a définitivement compris que la mobilisation populaire dépassait largement et écrasait les espérances et les dispositifs des ONG, des militants Otpor et des affidés de l’Etat-profond qui guettaient l’explosion prévue et attisée.   
  • Le démantèlement des structures les plus apparentes de la Françalgérie à partir du 6ème  vendredi aussi bien dans ses réseaux administratifs, politiques que financiers et économiques.
  • Dans cette perspective, l’alliance avec l’ANP est cruciale pour concrétiser le recouvrement total de notre souveraineté et de notre Etat, à l’agonie depuis la venue au pouvoir de la caste maraboutique qui a poursuivi le projet de désarmement national – tant sur le plan politique qu’économique et culturel.

 

Au cours du mois de mai, les poursuites judiciaires contre les plus hauts responsables de l’Etat, les oligarques, et des officiers supérieurs, ont convaincu la grande majorité de notre peuple que les buts fondamentaux de leurs mobilisations étaient atteints.

 

Le nombre des manifestants a drastiquement baissé. Le lieu le plus emblématique en termes de masse, Bordj Bou Arreridj, ne remplit plus les espaces.

A partir de la moitié de mai la décrue a été continue sauf les jours de grands millésimes, 5 juillet, 20 août, 1er novembre.

La mobilisation populaire avait écrasé les organisations de la révolution colorée.

Avec la décrue, elles sont devenues visibles. Les mots d’ordre se sont modifiés. L’armée en est devenue la cible à travers l’image de son chef d’Etat-major.

Nous distinguons actuellement :
– Le pôle démocratique aligné sur les ONG, Otpor et sur le « printemps » arabe, formant tous ensemble un pôle de la destruction de l’Etat national.

– Une mobilisation des étudiants de moins en moins significative, brouillée de plus par la présence d’adultes, voire de retraités.

– Des carrés organisés de tendance islamiste, avec leurs mots d’ordre et toujours soucieux de relations cordiales avec les autres manifestants.

– Un carré de femmes voilées sécurisé par un cordon masculin.

– Des sit-in séparés de femmes démocrates, des familles de disparus, des familles de détenus.

– Des carrés de travailleurs affiliés ou sympathisants des groupes de gauche.  

-Des couches moyennes qui continuent à manifester mais ne s’alignent toujours pas sur les révolutionnaires colorés et printanistes. Elles poursuivent leurs propres buts de plus de démocratie pour garantir leur droit à une vie politique libre. 

La révolution colorée en Algérie a échoué. Aucun des mots d’ordre de grève générale, de désobéissance civile, de désignation d’un chef dépositaire de la légitimé « révolutionnaire » n’a été suivi par le peuple.
La « révolution démocratique » n’a pu se substituer à la révolution nationale et démocratique à laquelle aspire notre peuple.

La révolution colorée n’a pas réussi, non plus, à mobiliser des « amis du peuple algérien » sur le modèle des « amis du peuple syrien ».
Les mascarades du journal « Le Monde », de « Médiapart », les pressions sur Macron pour afficher la solidarité de la droite avec notre peuple, les « sympathies » calculées de Macron sont restées sans effets.


La cause du peuple algérien qui demande et mérite soutien est celle de se défaire de la condition néocoloniale où nous ont mis l’oligarchie et ses maîtres impérialistes.

La question révolutionnaire qui se pose à nous n’est pas celle de la démocratie formelle ou des valeurs libérales mais celle de notre libération des liens néocoloniaux.

 

Nous avons besoin de votre solidarité dans notre lutte contre  la Fançalgérie.
Africains, nous avons aussi besoin de votre soutien contre la Françafrique car notre libération réelle est tributaire de la libération de nos terres africaines du système néocolonial.

Nous avons besoin de votre solidarité pour nous aider à combattre l’implantation de l’OTAN en Afrique et sur toute la périphérie de nos frontières.

Nous avons aussi besoin de votre soutien pour rendre justice à thomas Sankara, assassiné sur ordre de la Françafrique.

Que se développent notre solidarité et notre soutien mutuel dans notre lutte contre l’Impérialisme et le néocolonialisme.

Chers camarades, je vous remercie pour votre attention.

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2019/11/mon-intervention-non-transmise-aux-presents-a-la-soiree-solidarite-du-pcf-avec-le-peuple-algerien.html

#ANP  #Algérie  #Hirak  #AhmedGaïdSalah

 

 

https://media1.ledevoir.com/images_galerie/nwd_718566_559882/image.jpg

 

 

 

 

https://img.lemde.fr/2019/06/25/161/0/4928/2461/1440/720/60/0/6f931a7_88t0yl8Eoc9ORZTv4kX6omo_.jpg

De la valeur des investissements chinois dans le mouvement ouvrier français

 

 

 

A PROPOS DE CETTE « INVITATION »… >>>

RC-30_11_2019

UN LECTEUR NOUS ÉCRIT… >>>

Bonjour camarade Luniterre,

Cela fait un moment que je te lis, avec souvent du bonheur.
Le discours Chine = NEP me paraît de moins en moins crédible. Il repose sur l’idée d’un socialisme de marché qui n’a jamais existé et qui ne peut pas exister.
L’URSS a tenu sous Staline, parce que, justement, elle a rompu avec toute influence du marché.

Bon courage et bonne continuation.

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ET NOUS LUI RÉPONDONS >>>

 

Bonjour, camarade

Effectivement votre observation met le doigt sur la problématique essentielle du rapport entre transition socialiste et économie de marché.

La comparaison entre l’URSS de l’époque de Staline et la Chine actuelle fait appel à deux bases économiques radicalement différentes.

D’un point de vue marxiste, et donc ML, le terme de transition socialiste ne se comprend que comme rupture avec le capitalisme. Autrement il n’a évidemment plus aucun sens et il ne peut s’agir que d’une forme ou l’autre de révisionnisme ou de trotskysme, voire de sociale-démocratie.

La question de savoir si transition socialiste implique une rupture avec l’économie de marché n’est pas si difficile à éclaircir, d’un point de vue marxiste (ML) !

Dans la Critique du Programme de Gotha Marx fait expressément référence à une utilisation contrôlée de la valeur-travail, et donc de la loi de la valeur, comme base économique de la transition. Son texte, par contre, ne laisse aucune place aux mécanismes libéraux de l’offre et de la demande, c’est à dire au marché, à la loi du marché.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

Dans le Livre III du Capital il nous explique parfaitement les mécanismes d’interaction loi de la valeur/loi du marché(offre et demande). Il ne nous laisse aucun doute sur le fait que la loi du marché est un puissant corrosif pour l’équilibre économique de la société et une caractéristique typique du capitalisme et de ses crises. (Voir extrait à la suite de l’article)

Si la NEP a pu évidemment être un recul provisoirement nécessaire par rapport au programme initial de la Révolution d’Octobre, et cela en raison des destructions infligées par la guerre, elle n’a jamais remplacé, même dans l’esprit de Lénine, ni l’objectif de la construction du socialisme, ni le développement prioritaire du secteur économique socialiste, qui dépendait de l’État Prolétarien, de son plan économique, et non pas du marché. Seul Trotsky voulait inféoder le secteur socialiste à la loi du marché.

Le secteur privé de l’époque, même si relativement important, n’a jamais atteint les proportions gigantesques de ce qu’il est en Chine aujourd’hui. Et surtout, il n’a jamais inclus qu’une part infinitésimale de capital étranger, et autrement, aucune part de capital financier, complètement éradiqué depuis Octobre, et jamais rétabli !

Alors que le secteur privé chinois a depuis longtemps déjà atteint le stade du capitalisme monopoliste d’État et développé un capitalisme financier puissant, le deuxième du Monde !

S’il reste encore un secteur capitaliste d’État, en Chine, il est presque entièrement un secteur « mixte » public/privé, en fait, avec de nombreux liens avec le capitalisme financier.

Parler de « socialisme » dans ces conditions est une gageure rhétorique, mais elle trouve quelques hérauts plus ou moins directement stipendiés, dont M. Herrera semble être l’archétype !

En Chine il y a encore 275 Millions de travailleurs « mingongs » qui errent à travers le pays en quête de travaux payés à des salaires ne permettant pas une vie décente dans les villes même où ils travaillent.

Il n’y a pas une once de socialisme « à la chinoise », en réalité, ce qu’illustrent tragiquement les migrations clandestines et mortelles pour certains !

Lorsque la crise a frappé l’URSS sous la NEP, Staline a choisi la direction du socialisme, de la collectivisation, et pratiquement, de l’éradication de l’économie de marché.

Lorsque Mao a repris le contrôle du pouvoir en Chine, à l’issue de la prétendue « révolution culturelle », il a engagé son pays sur la voie de la Kollaboration avec le capital financier US et donc du capitalisme comprador en Chine.

Aujourd’hui c’est néanmoins une réussite relative, dans le genre capitaliste.

L’URSS était aussi une réussite, à la mort de Staline, mais dans le genre socialiste…

Le choix essentiel s’est donc fait, pour les deux, dans une période de crise. L’échec de la NEP, pour l’URSS, la « révolution culturelle », pour la Chine.

Il s’agit donc bien d’abord d’une question de choix politique sur la voie à suivre, socialisme ou capitalisme, et la différence essentielle porte donc bien sur la question de l’économie de marché : faut-il la développer ou la réduire, voire, la supprimer ! ?

On comprendra aisément qu’il n’est pas possible, au lendemain même d’une révolution, de collectiviser jusqu’à la moindre entreprise artisanale, jusqu’au moindre petit commerce. L’intérêt pour le prolétariat de fixer une urgence dans ce domaine n’est pas, de toute évidence, clairement établi.

Il n’est donc pas possible, quoi qu’il en soit, d’éradiquer complètement et rapidement l’économie de marché. La survivance des marchés kolkhoziens en URSS est une illustration typique et instructive de cette problématique. Mais précisément, elle nous montre que le rapport de proportions était tel que l’ensemble de l’économie de marché en URSS socialiste, à l’époque stalinienne, ne représentait nullement une pression telle sur l’ensemble de la société que cela eut permis à la loi du marché de reprendre le contrôle de l’économie socialiste. La faille est venue de la bureaucratie révisionniste khrouchtchevienne, et non de l’économie kolkhozienne, bien au contraire. Elle présentait même, à cette époque, les traits d’une nouvelle avancée socialiste possible, dans sa synergie avec le système des Stations Machines Tracteurs, que Khrouchtchev s’est empressé de démanteler dès son arrivée au pouvoir !

La société stalinienne, en dépit des calomnies occidentales encore récemment renouvelées par le Parlement Européen, était bel et bien engagée sur la voie socialiste, et non sur la voie capitaliste.

La Chine, elle, n’a jamais quitté, avec la « révolution culturelle », qu’un capitalisme national bureaucratique pour passer à un capitalisme comprador, avant d’arriver, aujourd’hui, au stade financier et monopoliste d’État, c’est à dire impérialiste, sans avoir jamais connu du socialisme que le nom, encore apposé sur ses proclamations officielles et les brochures de quelques plumitifs stipendiés à l’étranger, et notamment, en France !

L’histoire nous apprend donc que la transition socialiste ne commence qu’avec le rupture avec l’économie de marché, et que même si elle ne peut être totale rapidement, elle doit se poursuivre et s’étendre avec le développement de l’économie socialiste et non pas régresser face à l’économie de marché, qui ne peut y être que résiduelle, d’une manière ou d’une autre, et disparaître, à terme.

C’est en ce sens que l’URSS de l’époque stalinienne reste une expérience essentielle et dont les ML actuels n’ont pas encore tiré toutes les leçons, en dépit du fait que Staline lui-même en avait quasiment initié un audit en vue du 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchevique, dans son texte précisément intitulé :

Les problèmes économiques du socialisme en URSS.

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/11/les-problemes-economiques-du-socialisme-en-urss.pdf

 

A la suite, un extrait de Marx (Capital, III, 10), particulièrement significatif concernant l’interaction entre loi de la valeur et loi du marché!

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/07/marx-capital-livre-iii-chapitres-9-et-10.pdf

Amicalement,

Luniterre

 

 

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Marx, Capital, Livre III

Chapitre X – ÉGALISATION DU TAUX GÉNÉRAL DU PROFIT PAR LA CONCURRENCE. PRIX DE MARCHÉ ET VALEURS DE MARCHÉ. SUR PROFIT

(Nota « benêt » >>> pour comprendre quelques rudiments du marxisme il faut quand même avoir lu (et compris!) au moins le Chapitre 1 du Capital, (sur la valeur travail et la loi de la valeur), et le chapitre 5, (sur la plus-value). Idem pour comprendre le Chapitre 1 de la Critique du Programme de Gotha, (lien dans l’article) qui pose le principe de base d’une économie de transition!

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/11/marx-capital-i-1-loi-de-la-valeur-quantum-de-travail.pdf

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/11/marx-capital-i-5-plus-value.pdf  )

 

« Les marchandises sont achetées comme moyens de production ou comme moyens de subsistance pour servir à la consommation productive ou indi­viduelle – que certaines sortes de marchandises puissent servir aux deux fins ne change rien à l’affaire. Elles sont donc demandées d’une part par les produc­teurs qui sont ici les capitalistes (puisqu’il est sous-entendu que les moyens de production sont transformés en capital) et par les consommateurs, d’autre part. Ces deux faits semblent présupposer une certaine quantité de besoins sociaux du côté de la demande correspondant, du côté de l’offre, à un certain volume de production sociale dans les diverses sphères de production. Si l’industrie cotonnière veut assurer sa reproduction annuelle à une échelle donnée, une quantité traditionnelle de coton est pour cela nécessaire; si l’on tient compte de l’élargissement annuel de la reproduction par suite de l’accumulation de capital, il faut encore une quantité supplémentaire de coton, toutes choses égales d’ailleurs. Il en va de même pour les moyens de subsistance. La classe ouvrière doit retrouver au moins une même quantité de moyens de subsistance indispen­sables (encore que leur répartition entre les diverses catégories ait pu subir plus ou moins de changements), si elle veut continuer à vivre moyennement comme par le passé. Compte tenu de l’accroissement annuel de la population, il lui faut également une quantité supplémentaire. Tout cela, à quelques nuances près, est également valable pour les autres classes.

Il semble donc que, du côté de la demande, il y ait un certain volume de besoins sociaux donnés qui, pour sa satisfaction, nécessite un article du marché en quantité déterminée. Mais la détermination quantitative de ce besoin est éminemment élastique et fluctuante. Sa fixité n’est qu’apparente. Si les moyens de subsistance étaient meilleur marché ou le salaire-argent plus élevé, les ou­vriers achèteraient davantage et le «besoin social » de telle marchandise se révélerait plus grand, sans parler, bien entendu, des miséreux, etc., dont «la demande» se trouve encore au-dessous des limites les plus basses de leur besoin physique. D’autre part, si le coton par exemple était meilleur marché, la demande de coton de la part des capitalistes croîtrait et un capital additionnel serait jeté dans l’industrie cotonnière, etc. A ce propos, il ne faut pas du tout oublier que la demande pour la consommation productive est, dans notre hypothèse, la demande du capitaliste dont le but véritable est la production de plus-value et que c’est seulement à cette fin qu’il produit une certaine catégorie de marchandi­ses. N’empêche que par ailleurs et pour autant qu’il est, par exemple, acheteur de coton sur le marché, il représente le besoin en coton. Le vendeur se moque de savoir si l’acheteur transforme le coton en chemises ou en fulmicoton ou bien s’il prétend s’en servir pour boucher des oreilles, les siennes et celles de l’univers. Néanmoins, ceci est très important du point de vue du genre de marchandises dont il est acheteur, Son besoin en coton est essentiellement modifié du fait qu’en réalité il cache seulement son besoin de faire du profit.

– Les limites entre lesquelles le besoin en marchandises représenté sur le marché, c’est-à-dire la demande, diffère quantitativement du besoin social effectif varient, bien entendu, beaucoup pour les différentes marchandises; précisons qu’il s’agit ici de la différence entre la quantité de marchandise de­mandée et celle qui le serait si les prix de la marchandise ou les conditions d’existence et de fortune des acheteurs étaient autres.

Rien n’est plus facile à comprendre que les irrégularités dans l’offre et la demande ainsi que l’écart qui en résulte entre prix de marché et valeurs de marché. La difficulté commence avec la définition de ce qu’il faut entendre par l’expression : l’offre couvre la demande. L’offre et la demande coïncident quand leur rapport est tel que la masse de marchandise d’une branche de production donnée peut être vendue à sa valeur de marché, ni au-dessus, ni au-dessous. Voilà notre première constatation. La seconde est : l’offre et la demande coïncident quand les marchandises sont vendables à leur valeur de marché.

En coïncidant, l’offre et la demande cessent leur action, et c’est précisément pour cette raison que la marchandise est vendue à sa valeur de marché. Quand deux forces égales agissent en sens opposé, elles s’annulent et ne se manifestent pas à l’extérieur. Des phénomènes se produisant dans ces conditions doivent trouver leur explication ailleurs que dans l’intervention de ces deux forces. Si l’offre et la demande s’annulent réciproquement, elles cessent d’expliquer quoi que ce soit ; elles n’agissent pas sur la valeur de marché et laissent plus que jamais ce point dans l’obscurité : pourquoi la valeur de marché se traduit-elle justement dans telle somme d’argent et pas dans telle autre? Il est évident que les lois internes effectives régissant la production capitaliste ne peuvent trouver leur explication dans l’interaction de l’offre et la demande. (Nous écartons une analyse plus approfondie de ces deux éléments moteurs de la société qui n’aurait pas sa place ici.) Car ces lois n’apparaissent comme réalisées dans toute leur pureté que lorsque l’offre et la demande cessent d’agir, à savoir quand elles coïncident. En réalité, elles ne coïncident jamais. Si cela devait arriver une fois en passant, ce serait tout à fait par hasard ; au point de vue scientifique, cette probabilité est nulle et n’a pas à être considérée.

Mais, en économie politique, il est sous-entendu qu’elles coïncident. Pourquoi? Pour étudier les phénomènes dans leur forme normale, adéquate à leur concept, c’est­-à-dire pour les considérer en dehors des apparences produites par le mouve­ment de l’offre et de la demande; en plus pour pouvoir découvrir et pour ainsi dire fixer la tendance réelle de leur mouvement. Car les inégalités sont de nature opposée; comme elles se succèdent sans cesse, elles se compensent, parce qu’elles vont en sens opposé; elles se neutralisent par leur contradiction même. Donc, si l’offre et la demande ne coïncident dans aucun cas particulier donné, leurs inégalités se succèdent de telle sorte qu’en consi­dérant l’ensemble pour une période plus ou moins longue, l’offre et la demande coïncident toujours, étant donné qu’un écart d’un certain sens en provoque un autre de sens opposé. Mais le fait qu’elles coïncident résulte seulement de la moyenne de leurs variations passées et du mouvement continuel de leur contra­diction. Considérés dans leur chiffre moyen, les prix de marché s’écartant des valeurs de marché s’équilibrent pour devenir égaux aux valeurs de marché du fait que les écarts par rapport à ces dernières s’annulent comme plus et moins. Loin d’avoir une importance seulement théorique, ce nombre moyen présente au contraire une importance pratique pour le capital dont l’investissement est calculé d’après les fluctuations et les compensations d’un laps de temps plus ou moins déterminé.

Le rapport de l’offre à la demande explique donc: d’une part, les seuls écarts des prix de marché par rapport aux valeurs de marché ; d’autre part, la tendance à réduire ces écarts, c’est-à-dire la tendance à annuler l’action du rapport entre l’offre et la demande. (Nous ne considérerons pas ici les marchandises qui, par exception, ont des prix sans toutefois avoir de valeur.) L’offre et la demande peuvent provoquer de façon très variée l’annulation de l’effet produit par leur inégalité. Si, par exemple, le prix de marché baisse par suite d’une diminution de la demande, il se peut alors que du capital soit retiré; l’offre s’en trouvera diminuée. Mais il est également possible dans ce cas que la valeur de marché elle-même subisse une baisse à la suite d’inventions diminuant le temps de travail nécessaire. Elle sera alors alignée sur le prix du marché. Si, inversement, la demande croît, entraînant un prix de marché supérieur à la valeur de marché, il est alors possible qu’une trop grande masse de capital soit dirigée sur une sphère de production, ce qui provoquerait un accroissement de la production ; dans ce cas, le prix de marché lui-même tombe au-dessous de la valeur de marché. Enfin, la possibilité existe d’une hausse des prix qui réduit la demande elle-même. Une dernière éventualité est que, dans l’une ou l’autre sphère de production, la valeur de marché elle-même monte pour un temps plus ou moins long ; cette hausse est due alors au fait qu’une partie des produits demandés au cours de cette période doit être produite dans des conditions pires. Si le prix de marché est déterminé par l’offre et la demande, ces dernières sont déterminées par le prix de marché et, en poussant plus loin l’analyse, par la valeur de marché. Ceci paraît évident pour la demande dont le mouvement se fait en sens inverse du prix ; elle augmente quand le prix baisse et inversement. Mais ce qui précède n’est pas moins valable pour l’offre ; car les prix des moyens de production qui entrent dans la marchandise offerte au marché déterminent la demande de ces moyens de production, partant l’offre des marchandises, inséparable de la demande de ces moyens de production. Les prix du coton déterminent l’offre des tissus de coton.

Détermination de prix par l’offre et la demande et aussi détermination de l’offre et de la demande par les prix : à cette confusion s’ajoute que la demande détermine à son tour l’offre et inversement l’offre la demande; la production détermine le marché et le marché la production.

Même l’économiste ordinaire se rend compte que sans le moindre changement de l’offre ou de la demande occasionné par des circonstances extérieures le rapport des deux peut changer à la suite d’un changement dans la valeur de marché des marchandises. Même lui, il doit reconnaître que l’offre et la demande doivent être égales pour obtenir la valeur de marché quelle qu’elle soit. Ceci signifie que le rapport entre l’offre et la demande n’explique pas la valeur de marché, mais au contraire que c’est elle qui explique les fluctuations de l’offre et de la demande. »

 

http://inventin.lautre.net/livres/MARX-Le-Capital-Livre-3.pdf

 

l’extrait ci-dessus en doc PDF >>>

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/11/marx-capital-iii-10-extrait-loi-du-marche.pdf

 

 

 

 

 

 

Guerre de classe : la « gauche » joue désormais perdant ! Pourquoi ? 

+ un document envoyé par une lectrice, en PJ PDF à la suite de l’article

+ en vidéo le défilé populaire du Régiment Immortel à Moscou >>> + de 5h !!!

+ VOIR AUSSI >>>

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/11/04/debats-autour-du-film-la-bataille-de-russie/

 

https://cdni.rbth.com/rbthmedia/images/2017.09/original/59b2a8f885600a236049f4d1.jpg

 

 

 

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. »

Personne n’a vraiment oublié cette assertion « choc » du milliardaire Warren Buffet. C’était sur la chaîne US CNN, en 2005.

Après la crise de 2008 et sa « solution » financière exponentielle, il affirmait même le caractère définitif de cette victoire… !

Jusqu’à tout récemment, près de 15 ans plus tard, l’histoire, malgré la violence exacerbée des divers conflits sur la planète, semblait encore lui donner raison. Ces derniers temps, néanmoins, les multiples et massives révoltes populaires à travers le monde ont en quelque sorte réintroduit un sérieux doute concernant cette affirmation. Pour autant, malgré leur aspect massif, toutes ces luttes semblent se fourvoyer systématiquement dans des impasses, faute de perspective politique réellement alternative au système en place, et qui semble donc rester inamovible. Et cela malgré l’évidence criante des inégalités gigantesques qu’il ne cesse de creuser et des aberrations économiques et écologiques que cela engendre.

Le générateur de cette catastrophe planétaire est néanmoins pourtant parfaitement identifié, et surtout précisément depuis cette crise de 2008 : c’est clairement la domination planétaire du capital financier sur pratiquement toutes les formes d’expression du pouvoir.

La « démocratie » libérale n’est plus que le champ clos où s’affrontent les différents lobbys pour le partage des influences lucratives, via leurs marionnettes politiques de plus en plus pitoyablement agitées sur la scène, et dont Trump semble être l’archétype, caricatural à l’extrême.

Et la guerre de classe, dans le domaine idéologique et culturel, elle, n’a jamais réellement cessé, bien au contraire ! La bourgeoisie n’a de cesse de traquer la moindre réminiscence de la période où une alternative au capitalisme semblait possible, et l’était encore réellement, dans une certaine mesure.

D’une part, l’absurdité du système actuel est tellement flagrante qu’une partie substantielle de l’intelligentsia et des classes moyennes à son service en arrive régulièrement à se déclarer plus ou moins « anticapitaliste », même si cela ne porte pas à d’autres conséquences que des mouvements de contestation purement formelle et vite récupérés sous les diverses formes de réformisme de sa classe politique. Mais d’autre part, la peur réelle qui semble encore tenailler la bourgeoisie est bien la résurgence éventuelle du « spectre communiste » qu’elle n’a donc de cesse de traquer partout où il pourrait reprendre forme.

Contrairement aux espoirs qu’elle fondait à la « chute du mur » et sur la période 1989-92, c’est la prétendue « fin de l’histoire » qui appartient d’ores et déjà carrément au passé, et si une « fin » semble à nouveau se rapprocher à grands pas, c’est bien la « fin » possiblement apocalyptique du système lui-même, non pas nécessairement due à on ne sait plus trop quel hypothétique « ennemi », mais bien simplement à ses propres contradictions. Dans ces conditions, le système garde constamment un œil ouvert sur toutes les traces mémorielles, quelles qu’elles soient, de la période soviétique. C’est ce qu’on a vu à l’Occasion du centenaire d’Octobre, qui a vu monter en scène toute une batterie de « spécialistes » et d’ « historiens », parfois très officiellement appointés, et sinon, indirectement, pour s’assurer d’un sommeil profond de ce terrible fantôme…

Mais le système, faute de résoudre sa propre crise, a tout intérêt à entretenir lui-même le « messianisme » millénariste d’une fin apocalyptique prochaine, qu’elle soit « écologique » ou non, et contre laquelle il peut donc se poser en « rempart de l’humanité », et ainsi tenter de se prolonger, à travers quelques formules « choc », comme seule « alternative » possible …à la catastrophe qu’il a engendré lui-même !

Pour la bourgeoisie, tout ce qui n’est pas elle-même ou directement dépendant d’elle-même est à ses yeux « apocalyptique ». Dès la naissance de l’URSS elle s’est efforcée d’en forger une vision « apocalyptique », au point de tenter d’en faire un mythe cauchemardesque fédérateur de sa propre classe, et même par dessus ses propres conflits internes d’intérêts. C’est ainsi que le véritable monstre nazi potentiellement engendré dès 1919, par le traité de Versailles a pu être couvé, comme antidote potentielle à ce cauchemar, malgré ses outrances dans la cour même du capitalisme européen et international.

Mais la bourgeoisie avait nettement sous-estimé la boulimie de ce monstre engendré en son sein, et dont la nature profonde n’était donc pas différente d’elle-même. Elle escomptait simplement que cette boulimie ne soit orientée que vers l’Est…

Cette « erreur de perspective » l’amena finalement à une inversion, même si très provisoire, dans l’attribution du rôle des monstres à exorciser…

C’est ce que nous rappelle un film remarquable récemment retrouvé par l’un de nos camarade et dont nous avons fait la présentation sur TML. Ce film réalisé pour l’essentiel en 1943, peu après la victoire soviétique de Stalingrad. Réalisé pour le compte des autorités US il a été manifestement pensé par des cinéastes qui avaient déjà une vue historique d’ensemble étonnamment pertinente de l’ensemble du « Front de l’Est », compte tenu du peu de recul par rapport à ces événements tous récents pour eux et pour le monde de ce temps !

 

 

https://my.pcloud.com/publink/show?code=XZUUn8kZMKew9HkqsdyqR7hwHoT88m6hYjek

 

Évidemment ces cinéastes avaient donc accès à des sources de première main, ce qui en fait encore aujourd’hui, du reste, un doc historique exceptionnel. Mais ce qui est le plus caractéristique, par rapport aux vues « officielles » actuelles sur cette époque, c’est l’importance qu’ils accordent à la vie sociale des infrastructures économiques soviétiques qui ont rendu précisément l’effort de guerre possible et efficace.

Il apparaît clairement dans ce film que la victoire de cet effort de guerre est bel et bien la victoire de l’ensemble de la société socialiste soviétique, et non celle d’un tyran machiavélique secondé par une poignée de généraux et de bureaucrates despotiques. C’est la victoire des soviétiques qui se sont mobilisés par millions, que ce soit sur les lignes de front ou comme partisans, en arrière des lignes ennemies, ou tout simplement, à leurs postes de travail, tous essentiels pour l’effort de guerre.

C’est un aperçu de la réalité soviétique, dans ce film US de 1943, qui est donc concrètement l’antithèse de la vision prétendument « historique » qui nous en est donnée dans les manuels scolaires actuels, dans les notices Wikipédia, les émissions de télé, etc.

Et bien évidemment, c’est aussi l’antithèse, également, de celle désormais « officiellement » votée au Parlement Européen par sa « résolution » sur la « mémoire » de la 2ème Guerre Mondiale, et qui fait carrément porter la responsabilité du déclenchement de la guerre à l’URSS ! (*)

Et c’est en ce sens que ce film est particulièrement significatif, aujourd’hui !

En effet, le Parlement Européen, en adressant directement sa « résolution » assimilant le communisme au nazisme au Parlement de la Fédération de Russie, enjoint donc expressément le gouvernement russe de cesser en pratique de commémorer cette victoire soviétique.

Et pour quelle raison réelle, sinon pour tenter à nouveau d’effacer la mémoire, non seulement de cette victoire, mais de la société socialiste soviétique qui l’a rendue possible ?

En effet, pourquoi tant d’efforts et de sacrifices, de la part des citoyens soviétique, sinon pour défendre ce pays, l’URSS, qu’ils venaient de rebâtir presque entièrement en une dizaine d’années, depuis la fin de la NEP et le début de la collectivisation ?

Pourquoi auraient-ils fait tant d’efforts et de sacrifices, si leur pays correspondait un tant soit peu à la vision cauchemardesque qu’en donnent aujourd’hui les manuels scolaires, Wikipédia et autres médias ?

Pourquoi tant d’efforts et de sacrifices pour ce pays, si la « résolution » du 19/09/2019 du Parlement Européen n’est pas simplement une manipulation mensongère de l’histoire ?

A travers la mémoire nationale russe, ce qui est encore commémoré massivement aujourd’hui, à chaque occasion possible, et avec effectivement l’appui du gouvernement de la Fédération de Russie, ce n’est pas seulement la fête de la victoire, mais c’est précisément la mémoire de cet effort collectif et de tous les sacrifices qui ont été nécessaires pour bâtir, pied à pied, cette victoire.

C’est en ce sens que ces commémorations sont devenue une communion nationale populaire qui constitue encore actuellement une part essentielle de l’âme russe.

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Et il se trouve donc que cette mémoire collective russe coïncide tout à fait avec la réalité filmée en 1943 par les cinéastes US, et non avec l’actuelle caricature occidentale cauchemardesque que le Parlement Européen vient de « légaliser » par son vote.

Ce vote est, sur le terrain « mémoriel » où il prétend se situer, une déclaration de guerre idéologique, ni plus ni moins.

Ce que vise expressément le Parlement Européen, dans les attendus de son vote, c’est bien l’ensemble de la période socialiste soviétique qui a permis la construction de cette capacité à vaincre le fascisme. C’est un moment historique particulièrement émouvant de cette période qu’il nous est donc encore donné de comprendre dans le film de 1943, et il nous montre précisément ce que socialisme réel signifiait en URSS, pour la classe ouvrière et l’ensemble des classes populaires de ce pays. Cette acte de guerre idéologique fomenté par le Parlement Européen, c’est donc aussi, et même avant tout, un acte de guerre de classe.

Or, comment la « gauche » française se situe-t-elle face à cet acte de guerre de classe ? Se situe-t-elle vraiment du côté du prolétariat et des classes populaires ? Est-elle capable de mener une contre-offensive ?

En réalité, depuis des décennies déjà, elle n’a cessé de dénigrer l’URSS, que ce soit de son vivant ou après sa chute ! Et de s’autoflageller pour la période où elle l’a soutenue…

Elle se pique d’ « antifascisme » mais se trouve incapable de relever le gant de ce défi, quand est attaquée la mémoire de l’URSS qui est réellement le pays qui a fait l’essentiel de l’effort de guerre contre le nazisme, lui a infligé sa première défaite aux portes de Moscou, dès Décembre 1941 et l’a finalement défait à Stalingrad avant de le vaincre définitivement à Berlin !

Une bonne partie de la gauche se retrouve même carrément dans les soutiens de cette « résolution », et si une autre partie esquisse des protestations c’est toujours de façon à en cautionner néanmoins l’antisoviétisme fondamental, de manière directe ou non. Aucune de ces « esquisses » rhétoriques, aussi alambiquées et sophistiquées soient-elles, n’assume l’essentiel de ce qui a précisément et réellement fait la force de l’URSS de cette époque : la construction du socialisme et le développement des forces productives qu’il a rendu possible, sur la décennie précédent la guerre.

La victoire de l’URSS sur le nazisme, ce n’est pas simplement la victoire de l’armée d’une nation sur une autre, mais c’est d’abord la victoire de la construction du socialisme, une victoire du prolétariat et des classes populaires, précisément, dans la guerre de classes !

Et certainement la plus grande victoire historique prolétarienne dans cette guerre de classe, dont aujourd’hui les financiers milliardaires, comme Warren Buffet, qui achèvent de détruire la planète, osent se proclamer vainqueurs !

Réduire la responsabilité de la victoire historique prolétarienne de l’URSS à celle d’un seul homme, son leader politique, Joseph Staline, et tenter à la fois de faire de celui-ci une sorte de démiurge concentrant en sa seule personne toute la force d’un pays de la taille d’un continent et de le présenter comme un bureaucrate despotique irresponsable et paranoïaque, une caricature de diable d’opérette, telle est la stratégie de communication menée tous azimuts par l’Occident, de droite à « gauche », depuis des décennies, comme contre-offensive dans cette guerre de classe, pour masquer la tolérance plus que coupable dont la bourgeoisie a fait preuve à l’égard de sa propre progéniture réellement monstrueuse, le nazisme !

Ne pouvant effacer historiquement le comportement criminel de cet avatar idéologique de sa propre classe, la bourgeoisie l’a très officiellement renié comme elle sait le faire de toute progéniture classée indigne, le chassant par la grande porte de ses proclamations humanistes, pour le laisser rentrer par la petite fenêtre de ses besoins urgents, comme elle continue de le faire en Ukraine, par exemple.

C’est ce qui ressort typiquement de cette résolution du 19 Septembre 2019, qui cautionne, en fait, les régimes européens légalisant et encourageant l’anticommunisme, l’antisoviétisme et la russophobie.

Tout en prétendant assimiler le communisme au nazisme, il s’agit, en fait, de tenter d’effacer la responsabilité de l’Occident « libéral » et de sa complaisance munichoise à l’égard du nazisme, c’est à dire, sa responsabilité réelle dans la genèse de la Seconde Guerre Mondiale, la plus meurtrière de toutes, et qui a assassiné plus de 25 millions de citoyens soviétiques en quatre ans !

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Comment la gauche actuelle peut-elle prétendre se qualifier d’antifasciste en cautionnant, directement ou hypocritement, ce mensonge de la bourgeoisie européenne et en s’asseyant, de fait, sur cette montagne de cadavres prolétariens ?

Comment peut-elle, une seule seconde, parler au nom des révoltes prolétariennes et populaires qui se lèvent, un peu partout, aujourd’hui, à travers le monde ?

Non seulement elle ne le peut pas, mais il est donc bien naturel qu’elle se trouve rejetée par le prolétariat pour ce qu’elle est véritablement : une émanation de la pensée « libérale » asservie au système qui détruit la planète et le condamne chaque jour à de nouveaux reculs sociaux, et dans bien des pays, à une misère de plus en plus noire.

Si quelques rares éléments sincèrement de gauche, sincèrement décidés en finir avec ce système se trouvent encore dans cette gauche, ce film peut être pour eux matière à réflexion sur la réalité historique de la guerre de classe.

Et face à l’offensive idéologique de la bourgeoisie exprimée dans cette « résolution européenne », ce doit être logiquement pour eux l’heure d’un choix politique essentiel : celui du camp dans lequel ils veulent réellement se tenir dans la guerre de classe.

Dès 1941, six mois à peine après son entrée « triomphale » en URSS l’armée nazie était arrêtée aux portes de Moscou et repoussée de 200km. Pour le nazisme, c’était le véritable début de la fin.

Dans la guerre de classe, il n’y a pas de défaite qui soit irrémédiable. Mais sans une contre-offensive appropriée, la victoire reste aux Warren Buffet et à leurs zélateurs politiques, droite et « gauche » confondues. Ils sont le camp déterminé à maintenir le système mortifère en place.

Ils sont le camp des destructeurs de la planète, le camp des financiers impérialistes pour lesquels la mémoire de l’URSS et de sa victoire antifasciste est intolérable. La résolution européenne mensongère du 19 Septembre 2019 est l’aboutissement de leur idéologie dans la guerre de classe.

La victoire antifasciste du prolétariat dans la Seconde Guerre Mondiale ne repose évidemment pas sur les épaule d’un seul homme, Joseph Staline, mais bien sur celles de tout un pays socialiste reconstruit en une dizaine d’années sur la base de son idéologie de classe, l’héritage de la Révolution d’Octobre, l’héritage de Marx et de Lénine : le Marxisme-Léninisme.

Tant que la gauche continuera de rejeter les fondamentaux qui ont permis la victoire historique du prolétariat, elle restera dans le camp des ennemis du prolétariat, dans le camp de la bourgeoisie, et, tout en se proclamant « antifasciste », dans le camp des néo-nazis, en fin de compte. Et sa défaite ne sera que la mise au rebut de l’un des multiples faire-valoir jetables du système, et non pas celle du prolétariat qui tente aujourd’hui de relever la tête par ses multiples révoltes sur la planète.

Luniterre

 

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/09/27/resolution-du-parlement-europeen-vers-une-nouvelle-guerre-de-classe-contre-la-russie/ )

 

 

 

 

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Une lectrice nous écrit >>>

 

Ce 1er novembre 2019

Bonsoir Camarade.

Votre article « GUERRE DE CLASSE : LA « GAUCHE » JOUE DÉSORMAIS PERDANT ! POURQUOI ? »

est absolument parfait. Il m’a réchauffé le cœur dans mon isolement.

Deux suggestions :

. serait-il possible que vous rappeliez, au sein de votre article, qui sont les concepteurs et réalisateurs de l’Union Européenne ? Vous trouverez, en pièce jointe un commentaire **que j’ai élaboré et qui a été publié sur le site Réseau International et – o ! surprise – sur le Grand Soir

. et serait-il possible que vous adressiez votre article audit Grand Soir afin qu’il soit publié ?

Voici donc un extrait du document proposé, et à la suite, l’intégralité, en PDF en lien >>>

Des documents d’archives publiés en 2012 confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS.

Mais avant d’aller plus loin, une mise au point sur ce qu’est vraiment l’Union européenne.

L’Union Européenne a été conçue par le fascisme nazi et « accouchée » par les impérialismes Etats Uniens, Français et Allemands »

Goebbels, chargé par Hitler de développer un programme européen écrivait « Le but de notre combat doit être toujours et encore, de créer une Europe homogène. Mais l’Union Européenne ne peut connaître une organisation claire que par les Allemands (Journal.p.157,ed Tallandier.2005) Les unités de waffen SS étaient d’ailleurs européennes ( belges, hongroises, albanaises, néerlandaises, françaises, baltes, etc.)

Pierre Laval, chef du gouvernement français, a toujours été un partisan de la Nouvelle Europe (Das Neue Europa). Le 22 juin 1942, il prononce le discours suivant : « De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. On parle souvent d’Europe, c’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices. Et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse. Pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher dans les usines et aux champs. Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. »

Le 20 avril 1943, il est reçu par Hitler, avec Ribbentrop et l’Italien Bastianini.

Sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Bastianini avait proclamé le « programme Europe » qui fut massivement diffusé en Italie. Il s’agit d’un plan de future union ou confédération européenne, repris par Ribbentrop et relancé en avril par Musolini et Laval lors de leurs entrevues avec Hitler. (Journal, Goebbels,p. 174) »

L’anticommunisme viscéral, la haine absolue de l’économie socialiste et des bolchéviques, qui étaient le trait dominant du nazisme n’ont pas été éradiqués avec l’écrasement du 3ème Reich nazi et ils sont devenus le trait dominant des pays européens, d’outre atlantique et du monde entier. En 1948 l’Allemagne fédérale a gracié et maintenu en poste tous les criminels de guerre et fonctionnaires qui avaient collaborés avec le nazisme ( certains ont fait quelques mois de prison puis sont sortis, blanchis, et ont repris, sans état d’âme une carrière fructueuse, )

Nouvelle réponse en défense du communisme PDF

 

 

Et pour ceux qui restent sceptiques, le 9 Mai, à Moscou… + de 5h de défilé!!!

 

 

De Brest-Litovsk à Dantzig, en passant par Rapallo…!

Au 27/10/2019 >>> + quelques précisions en réponses aux lecteurs!

(en fin d’article)

 

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De Brest-Litovsk à Dantzig,

en passant par Rapallo. . .!

 

 

Au lendemain du Traité de Non-agression Germano-Soviétique, Staline et Dimitrov pensaient effectivement que le front antifasciste avec la bourgeoisie « démocratique » ouest-européenne avait été rompu du fait de cette dernière et ils escomptaient que les Partis Communistes occidentaux, et en premier lieu, le PCF, seraient capables de mobiliser le prolétariat contre elle, sapant ainsi les bases de la guerre impérialiste imminente.

Une grosse pierre dans le jardin « historique » du social-chauvinisme thorezien passé (PCF) et présent (PRCF & Cie)… Mais qui ne conforte néanmoins en rien le discours gauchiste sur la « trahison soviétique », bien au contraire… D’une pierre deux coups, en quelque sorte… Ou à nouveau l’art, pour la « gauche » française de se retourner un pavé sur ses deux pieds !

 

 

« Поэтому диалектический метод считает, что ни одно явление в природе не может быть понято, если взять его в изолированном виде, вне связи с окружающими явлениями, ибо любое явление в любой области природы может быть превращено в бессмыслицу, если его рассматривать вне связи с окружающими условиями, в отрыве от них, и, наоборот, любое явление может быть понято и обосновано, если оно рассматривается в его неразрывной связи с окружающими явлениями, в его обусловленности от окружающих его явлений. »
Источник: Сталин И.В. Cочинения. – Т. 14. –


« C’est pourquoi la méthode dialectique considère qu’aucun phénomène de la nature ne peut être compris si on l’envisage isolément, en dehors des phénomènes environnants ; car n’importe quel phénomène dans n’importe quel domaine de la nature peut être converti en non-sens, si on le considère en dehors des conditions environnantes, si on le détache de ces conditions : au contraire, n’importe quel phénomène peut être compris et justifié, si on le considère sous l’angle de sa liaison indissoluble avec les phénomènes environnants, si on le considère tel qu’il est conditionné par les phénomènes qui l’environnent. »

 

 

 

Un échange à propos d’un texte de Georges Dimitrov, adressé au PCF, en Octobre 1939, peu de temps après la signature du Traité Germano-Soviétique de Non -Agression, et republié par Ligne Rouge-L’employé en lutte, au début des années 70.

 

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salut camarade

Voici un texte rare ou Georges Dimitrov se prononce en faveur[???] de la guerre impérialiste, je ne pense pas que nous le trouvions sur le net,[…]

G.B.

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Bonjour, camarade !

Encore merci pour ce texte remarquable, effectivement ! [..]

…il apparaît néanmoins que la ligne proposée était effectivement intenable pour le PCF et elle n’a officiellement tenu que de Septembre 1939 à Mai-Juin 1940, sans avoir abouti aux résultats escomptés, faute de capacité mobilisatrice du PCF, nettement surestimée dans ce texte, de par le fait… !

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49937

Il y aura donc lieu de « recontextualiser », avant republication,[…]

Et de plus, les sociaux-chauvins actuels résiduels mais malgré tout plus nombreux que les rares ML sont de toutes façons absolument indécrottables !

Bien à toi,

Amicalement,

Luniterre

 

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Salut camarade ML

Ce que je pense du texte de Dimitrov. Ce dernier était resté sur la position de Zimmerwald « guerre civile révolutionnaire contre la guerre » qui va se terminer par Brest Litovsk la paix sur les baïonnettes allemandes, l’ échec de l’ armée rouge en Pologne, et le sabotage de la révolution allemande ( traité de Rapallo)

Il met en place une collaboration militaire secrète qui durera jusqu’en 1933 avec des camps d’entraînement allemands secrets en URSS dont une école des gaz de combat à Saratov, une école d’aviation près de Lipetsk et un centre d’études et d’entrainement des chars de combat à Kazan.

Par ce traité (précisément la collaboration militaire secrète), l’Allemagne va se réarmer, cet accord constituant alors une entorse grave au traité de Versailles .

On n’ est déjà plus sur un développement de révolution mondiale passant par Berlin, mais par une déploiement qui passe par Pékin et calcutta Lénine toujours aux commandes. Le socialisme en un seul pays est formalisé par l’ enfant chéri du parti Boukarine. Puis  va arriver la montée du Nazisme qui doit s’ armer pour liquider l’ URSS.Staline tout comme Lénine est un grand stratège nationaliste et il va jouer sur les contradictions impérialistes pour gagner la guerre patriotique ou plus exactement la guerre anti- fasciste pour la démocratie. La guerre civile révolutionnaire n’ est pas à l’ordre du jour.

Le caractère de la guerre avait changé et la révolution mondiale sera pour demain…Voilà pourquoi je me suis rangé du coté des conseillistes. qui ne sont pas sans défauts.

Bien à toi

G.B.

 

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Bonjour, camarade !

La dialectique c’est à la fois l’étude des contradictions et l’étude des liens complexes entre les différents éléments en interaction.

Liens et contradictions évoluent de manière synergique, que ce soit pour le mieux ou à l’inverse, pour le pire…

En fin de compte, si les contradictions permettent de comprendre le sens immédiat du mouvement, c’est bien l’état des liens, qui, à un moment donné, détermine une situation.

Pour comprendre une situation telle que celle de 1939, il faut tenir compte d’une situation particulièrement fluctuante et en grande partie indéterminée, surtout pour les analystes de l’époque, aussi honnêtes et pleins de bonne volonté soient-ils !

Il me semble que ce caractère fluctuant ressort assez bien de la notice « Maîtron » sur G. Dimitrov, dont le lien était déjà mentionné dans mon précédent mail.

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49937

Tu me dis : « Ce que je pense du texte de Dimitrov. Ce dernier était resté sur la position de Zimmerwald « guerre civile révolutionnaire contre la guerre » »… Or il semble que l’initiative de cette position exprimée dans ce texte, en Octobre 1939, ne soit pas essentiellement à son initiative, mais bien à celle de Staline.

>>> « Jusqu’au Pacte germano-soviétique (23 août 1939), l’IC, Dimitrov à la tête, défendit la résistance au fascisme allemand. Les sections de l’IC devaient soutenir les efforts de l’URSS pour la création du front de la paix contre l’agresseur fasciste, pour défendre l’URSS du danger de l’agression militaire.

Le tournant dans la politique de l’IC eut lieu après l’entretien de Dimitrov et Staline* le 7 septembre 1939, au cours duquel Staline* déclara que la guerre actuelle était un affrontement entre deux groupes de pays capitalistes pour un nouveau partage du monde, pour une nouvelle hégémonie : « Nous ne sommes pas contre la bagarre entre eux qui les affaiblira tous. » Staline* proposa d’abandonner le slogan de Front populaire unifié. Les communistes des pays capitalistes devaient se prononcer et agir contre les gouvernements dans leurs pays, contre la guerre. Staline* chargea Dimitrov de préparer et de publier les thèses du CE du Komintern : il fallait faire savoir à la classe ouvrière que la guerre déchaînée était une guerre pour l’hégémonie dans le monde des grands patrons des pays capitalistes qui discutaient leurs intérêts impérialistes ; que cette guerre n’apportait à la classe ouvrière que des souffrances et des privations. Staline* appela à se prononcer et à agir contre cette guerre et contre ceux qui l’avaient déclenchée.

Dimitrov réalisa les indications de Staline* sous la forme de directives aux partis communistes (les 8-9 septembre). Le leader de l’IC parvint avec persévérance à opérer le tournant dans la politique des partis communistes, en soumettant à la critique et en corrigeant, en particulier, la direction des partis communistes de France et de Belgique. Pour assurer le tournant, Dimitrov écrivit l’article programmatique : « La Guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes » qu’il avait dû remanier après les critiques de Staline*. Ce texte fut enfin publié dans les n° 8-9 de la revue Internationale communiste. Il soulignait le caractère injuste de la guerre impérialiste, condamnait la grande bourgeoisie des pays capitalistes et accablait en premier lieu la bourgeoisie des pays coupables de participer à la guerre. Il affirma que les impérialistes anglais et français étaient des partisans acharnés de la continuation de la guerre. » (Extrait de la notice)

Tout en signant un traité de non-agression, Staline espérait donc en démultiplier l’effet en rendant instables les arrières du capitalisme ouest-européen qui avait refusé le front antifasciste avec l’URSS. Ce front, de fait, était devenu provisoirement caduque. Cela nous paraît étrange avec le recul du temps et le poids historique du nazisme, mais c’est bien le fait qu’il fallait comprendre à ce moment.

L’erreur « relative » mais manifeste de Staline, sur ce coup, comme celle de Dimitrov, du reste, c’est donc bien d’avoir surestimé les capacités de mobilisations révolutionnaires des PC occidentaux, et notamment, du PCF !

Erreur néanmoins assez rapidement corrigée en fonction de l’évolution de la situation, telle que nous le montre la notice !

Concernant le traité de Rapallo, il est signé en Avril 1922, soit trois ans après la fin de la Révolution Allemande ! Difficile, donc de parler de « coup de poignard dans le dos » !

Et d’autant plus qu’il n’ a en rien empêché la tentative de l’Octobre Allemand de 1923, qui n’a à nouveau été gâchée que par les sociaux-démocrates « de gauche » et l’improvisation des gauchistes au sein de la direction du KPD

>>> « Le Politburo du Parti communiste soviétique se réunit le 23 août, en compagnie de représentants du KPD et du Komintern : la discussion conclut que la révolution allemande est entrée dans sa « phase supérieure » et qu’une insurrection est possible dès l’automne. Staline est plutôt partisan d’attendre le printemps 1924, mais finit par se ranger au consensus général. Trotski, du fait de son expérience durant la révolution d’Octobre, participe activement aux préparatifs de l’insurrection1. […]L’« octobre allemand », conçu comme une réplique de la révolution d’Octobre, devra aboutir à une insurrection dans tout le pays, dont une grève générale sera le déclencheur1.[…] Die Rote Fahne, le journal du KPD, s’emploie à préparer l’opinion à l’insurrection, en appelant à se défendre contre les « fascistes bavarois », et en publiant des courriers d’encouragement envoyés aux communistes allemands par Trotski, Boukharine, Zinoviev et Staline : la lettre de ce dernier, adressée à August Thalheimer, prédit que la révolution en marche en Allemagne « déplacera sans aucun doute le centre de la révolution mondiale de Moscou à Berlin »2.[…] Le 21 octobre se tient à Chemnitz une conférence des conseils d’entreprise, censée décider du lancement de la grève générale. Mais au dernier moment, et contrairement à ce que prévoyait le KPD, les représentants des sociaux-démocrates de gauche s’opposent énergiquement aux projets d’insurrection. La conférence se sépare finalement sans avoir lancé l’appel attendu à la grève. Devant ce refus de leurs alliés, Brandler et les autres dirigeants du KPD sont apparemment décontenancés. Le soir même, la direction centrale du parti décide d’annuler l’insurrection ; la commission allemande du Komintern se range à cet avis le lendemain1,3. […]Ce n’est qu’à Hambourg que les communistes locaux, dirigés par Ernst Thälmann, passent effectivement à l’insurrection, dont la nouvelle de l’annulation ne leur est pas parvenue à temps. Isolé dans le pays, le soulèvement de Hambourg est écrasé par la troupe, au prix d’une centaine de victimes et de plusieurs centaines de blessés2,3. »[Extraits]

https://fr.wikipedia.org/wiki/Octobre_allemand

 

Même formellement, de plus, il est difficile de prétendre que Rapallo, en 1922, constitue une « entorse » au traité de Versailles, vu que l’URSS n’existait pas encore, en juin 1919, à la signature du traité, et que  la Russie elle-même, que ce soit « impériale » ou « républicaine » blanche n’en était officiellement aucunement partie prenante !

Ce traité, de l’avis gnéral aujourd’hui, particulièrement et même excessivement lourd pour l’Allemagne, ne faisait pas du tout sens du point de vue de la paix et constituait précisément l’ingrédient N°1 d’une future guerre en gestation.

Isolée sur la scène internationale suite aux agressions occidentales et polonaises durant la guerre civile, l’URSS n’avait aucune raison de ne pas entreprendre de briser cet encerclement par cet accord avec la République de Weimar. L’Octobre Allemand montre que cela n’excluait pas la continuation de la lutte de classe révolutionnaire.

 

Le traité de Brest-Litovsk, signé avec l’Allemagne impériale, quant à lui, répondait à une situation où il était nécessaire d’arrêter la guerre pour commencer à construire sérieusement la Révolution. C’était évidemment une exigence de tout le prolétariat russe, tant ouvrier que paysan !

La Révolution Allemande ne commence elle, qu’en Novembre 1918, alors que le traité de Brest-Litovsk est déjà signé depuis Mars de la même année, et aurait même été certainement moins désavantageux si Trotski n’avait pas tant fait traîner les pourparlers, alors que l’armistice datait elle-même déjà de Décembre 1917 !

Dans toute cette séquence d’événements, de 1917 à 1941, aussi bien du point de vue de la simple chronologie que de l’analyse dialectique, on ne voit pas de contradiction réelle et sérieuse entre la stratégie diplomatique qui a permis à l’URSS de naître et de grandir et la lutte de classe révolutionnaire à l’échelle mondiale.

D’un point de vue rationnel, dépouillé de tout préjugé idéologique, je n’arrive donc pas à comprendre ce qui a pu t’éloigner du ML pour passer au « Conseillisme » sur la base d’un lien inexistant entre le traité de Rapallo et l’échec de la Révolution Allemande.

Bien entendu Rapallo a renforcé la base économique de la République de Weimar, mais ce n’était donc pas encore, précisément, celle du fascisme. Rapallo a donc évidemment également renforcé la base économique de l’URSS.

Si Weimar était resté dans son état de délabrement initial, cela n’aurait fait que hâter l’arrivée du fascisme au pouvoir, qui n’aurait pas tardé à combler, et encore plus ouvertement, au mépris affiché du traité de Versailles, son retard technologique et militaire.

Alors que sans Rapallo, c’est donc surtout l’URSS qui aurait eu plus de mal à assurer son décollage économique rapide, indispensable pour résister à cet encerclement, que ce soit celui des fascistes et/ou des puissances occidentales impérialistes « libérales » !

Révolution et diplomatie ne sont donc en rien incompatibles. En fin de compte, c’est toujours la base économique qui rend les avancées sociales possibles et surtout, durables.

Amicalement,

Luniterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

G. DIMITROV – NOTICE MAITRON – PDF

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G. DIMITROV – OCTOBRE 1939 – COPIE TEXTE

G. DIMITROV – OCTOBRE 1939 pdf photos

 

…+ Quelques précisions en réponse aux questions d’un lecteur>>>

 

Bonsoir, camarade

[…]

« Conseillisme », c’est simplement une des dénominations « officielles » du courant gauchiste classique ( Pannekoek, etc…), l’autre étant « communiste de gauche »…

Fondamentalement, du point de vue de la base économique, le fascisme ne se distingue pas de l’impérialisme, dont il n’est qu’une forme particulière dans une période de crise.

L’erreur de Staline et Dimitrov, ici, n’est pas dans l’analyse fondamentale de la situation conflictuelle, qui est essentiellement juste, mais bien dans la surestimation des capacités d’intervention politique des Partis communistes occidentaux, et surtout, du PCF, qui, normalement, en tant qu’avant-garde du prolétariat français, à la suite du front populaire, aurait pu représenter un atout stratégique important.

Le constat est que l’influence révisionniste, sous la forme du thorezisme, y était déjà largement dominante. Ce qui se confirme encore davantage à la lecture de la notice « Maîtron » de Dimitrov, assez précise sur la question des « tractations » entre la direction du PCF et la Kommandantur nazie, ensuite! A ce moment, c’est Duclos qui, officiellement, porte ce lourd « chapeau »… A la fin de la guerre, ce sera Tréand, pour « protéger » Duclos, et en réalité, Thorez, en fin de compte et évidemment… Fait déjà compris par Mounette Dutilleul, dans ses mémoires, et aujourd’hui historiquement confirmé.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/11/mounette-dutilleul-ou-la-memoire-effacee-comment-appeler-les-choses-par-leur-nom/

Et ce n’est pas le seul problème avec le thorezisme…

Un héritage qui, sous diverses formes et avatars, continue de faire barrage entre le prolétariat et le ML en France!

Assez triste à l’heure actuelle, où le prolétariat, ailleurs dans le monde, est en train de ressurgir en tant que classe de lutte.

Amicalement,

Luniterre

 

 

… Moins amical, un autre lecteur ne veut plus lire notre « torchon anti prcf et Cie » …

Droit que nous lui reconnaissons bien volontiers >>>

 

« Le coup de « torchon » de la réalité historique…

C’est ce que vous ne pouvez effectivement pas accepter…!

Dont acte! »

 

Le « Pschitt » final du pseudo-« Rojava » et du révisionnisme de Bookchin-Öcalan

https://lepoing.net/wp-content/uploads/2018/06/big_1494118404_image.jpg

 

 

Le « Pschitt » final du pseudo-« Rojava »

et du révisionnisme

de Bookchin-Öcalan

 

 

La pitoyable mais indispensable volte-face du PYD/PKK concernant ses alliances en Syrie est une illustration on ne peut plus lumineuse de la cohérence des analyses développées sur TML concernant la situation actuelle de la crise du système capitaliste-impérialiste mondial et de l’évolution des rapports de forces.

 

Les forces politiques prétendant s’exprimer au nom du prolétariat ayant depuis longtemps abandonné les fondamentaux du Marxisme-Léninisme se sont trouvées réduites pratiquement à néant et les organisations groupusculaires résiduelles qui prétendaient continuer le combat en sont venues pour survivre à passer des alliances sans bases de classe réelles et surtout sans analyse ni de classe ni du stade de développement économique des forces en présences, ni de leur rôle réel dans le monde actuel.

 

La complaisance de la bourgeoisie impérialiste « libérale » à l’égard des idéologies gauchistes « libertaires » a permis à leurs tenants de se draper d’une apparence de légitimité « révolutionnaire » dont ils étaient, pour certains, les dupes « sincères » et bien involontaires, mais pour d’autres, et notamment la plupart des cadres de ces mouvements, les manipulateurs opportunistes et plus ou moins habiles, selon les cas…

 

Au moment où cette comédie déjà devenue dramatique et même sanglante depuis des années en Syrie tourne à nouveau à la tragédie, apparaît encore plus nettement ce que ces gauchistes opportunistes refusaient de voir : les seules forces anti-impérialistes encore en état de résister et même de contre-attaquer sont celles des bourgeoisies nationales que l’impérialisme US n’a pas encore réussi à réduire, et à la tête desquelles se trouve la Russie.

 

En Europe occidentale, les forces « de gauche » qui se prétendent « anti-impérialistes » mais appellent de fait soit à la Kollaboration de classe avec l’impérialisme US, soit avec le social-impérialisme chinois se trouvent maintenant potentiellement démasquées, et d’autant plus que depuis la « résolution » du Parlement Européen du 19 Septembre dernier concernant la « mémoire » de la lutte antifasciste de la 2ème GM elles se sont révélées incapables d’assumer pleinement la Victoire de l’URSS acquise grâce aux forces productives nées du développement de l’économie socialiste sous l’impulsion politique de Joseph Staline.

 

Et cela alors que la bourgeoisie nationale russe, elle, assume pleinement et revendique même hautement l’héritage de cette victoire ! Bien évidemment, elle tend à en mettre en valeur essentiellement l’aspect patriotique et nationaliste, mais cela inclus aussi, de fait, le développement des forces productives socialistes de l’époque, ce que nos opportunistes sociaux-chauvins et néo-thoreziens pseudos « marxistes-léninistes » en France sont bien dans l’incapacité de faire, et pour cause… !

 

L’opportunisme local du pseudo- « Rojava » se réclame, quant à lui, de l’idéologie de Murray Bookchin, un « théoricien » US originellement communiste, passé par à peu près toutes les phases de dégénérescence révisionniste, à commencer par le trotskysme, pour finir « communaliste » dans une lignée écolo-libérale-libertaire du plus grand confusionnisme, mais en ayant donc contribué essentiellement à la dégénérescence révisionniste d’Öcalan, leader du PKK/PYD, un mouvement déjà auparavant grandement contaminé par la dégénérescence révisionniste maoïste, qui incluait déjà une forme de « socialisme » communaliste utopique, ayant, sur le terrain, en Chine, entraîné la mort de 16,5 millions de personnes, très officiellement, et possiblement le double, selon certaines études.

 

Pour en finir avec toutes ces impasses, souvent tragiques, auxquelles mènent ces formes de révisionnisme, que ce soit le maoïsme, le trotskysme, le thorezisme ou le révisionnisme « libertaire » de Bookchin-Öcalan, il n’y a pas de chemin plus court que celui qui nous ramène à l’étude des fondamentaux du ML, en vue d’acquérir la capacité collective d’analyse des situations concrètes et d’une expression politique directement compréhensible par le prolétariat et les classes populaires, sans détour opportuniste d’aucune sorte, « frexit », « nouveau CNR », « démocratie nouvelle », ou autre.

 

La force politique du prolétariat est à reconstruire à partir de zéro, et non à partir des groupuscules résiduels actuels, qu’ils soient maoïstes, trotskystes, gauchistes ou sociaux-chauvins néo-thoreziens.

 

Une des premières bases d’unification et d’action militante devrait logiquement être le soutien aux luttes anti-impérialistes actuelles, en tenant pleinement compte du fait qu’elles sont encore principalement à l’initiative des bourgeoisies nationales survivantes, et en premier lieu, de la bourgeoisie nationale russe.

 

Luniterre

 

PS >>> en republication, à la suite, un article initialement paru sur Solydairinfo, quelques jours seulement avant l’agression turque contre la Syrie, et critiquant spécifiquement une de ces formes de révisionnisme caractéristique d’un groupuscule pseudo- « marxiste-léniniste » cherchant à justifier « théoriquement » son soutien à la manœuvre impérialiste US dite « Rojava », actuellement en déconfiture totale…

 

Et encore à la suite, un reportage sur le terrain diffusé par France-Culture et qui montre, précisément, les limites et la réalité de l’ « utopie » au pseudo- « Rojava »!

 

 

 

Le « ROCML », une nouvelle forme de révisionnisme

 

Le « Rojava » en 2019 !!!

 

 

https://solydairinfo.wordpress.com/2019/10/06/le-rocml-une-nouvelle-forme-de-revisionnisme/

EN RÉPONSE A UN ARTICLE DU SITE « ROCML » >>>

 ROCML – IMPERIALISME – Septembre 2019

Un gros travail d’approche de la question impérialiste actuelle, et fort bien documenté…

Dommage que ce soit pour en arriver à une conclusion aussi grossièrement révisionniste…

Et en apparence également grossièrement contradictoire avec votre soutien à la prétendue « cause nationale kurde » dans la zone (à l’Est de l’Euphrate) encore actuellement occupée par les forces impérialistes US et françaises en Syrie, et rebaptisée « Rojava »…(1)

Dans cette zone d’occupation sous l’autorité des armées franco-US, appliquée sur le terrain par leurs proxys se drapant abusivement du drapeau kurde, vous prétendez donc, non moins abusivement, soutenir une cause de libération nationale, alors qu’au terme de votre laborieuse « analyse » vous arrivez à en conclure sur des positions clairement gauchistes, niant ce même droit à la libération et à l’indépendance nationale, et pour cause…

Vous en arrivez à une pseudo « définition » de l’impérialisme qui s’écarte expressément de celle de Lénine et Staline, pour aboutir à celle que le gauchiste Bibeau impute à Rosa Luxemburg (*):

« Nous ne nous soucions pas de savoir qui a attaqué en premier, qui est « l’agresseur » ou les « raisons » de chaque capitale nationale impliquée. Parce que la question sous-jacente est que l’impérialisme n’est pas la politique d’un État ou d’un groupe d’États déterminés, c’est une phase du développement capitaliste mondial, un degré de développement du capitalisme dans son ensemble. Et l’ensemble détermine les partis : il n’y a pas d’État ou de bourgeoisie qui ne soit impérialiste, car aucun d’entre eux ne peut ignorer les conditions générales. Aucune capitale nationale ne peut se développer librement à l’intérieur des frontières de ses États. Elle doit « sortir » – et par conséquent jouer et entrer en collision dans le jeu impérialiste mondial – pour assurer les conditions de sa propre reproduction et de son accumulation. »

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/peut-on-planifier-le-developpement-215353

Dans cette définition particulièrement caricaturale, qui plait tant à M. Bibeau et ses semblables, il est clair que toutes les nations étant impérialistes parce qu’intégrées à l’économie mondiale, il n’y a donc plus sur Terre que des nations impérialistes et donc en réalité plus d’impérialisme du tout ! C’est une négation, en réalité, de la notion d’impérialisme elle-même.

Alors que la domination impérialiste est clairement, il faut donc le rappeler pour vous, le résultat de la domination du capital financier, et de la domination mondiale des pôles financiers les plus importants, qui dominent effectivement les autres nations par l’exportation massive de leurs capitaux.

Bien évidemment, ce sont les flux de capitaux financiers drainant la plus-value extraite du prolétariat des nations dominées vers les pôles impérialistes qui indiquent la localisation et l’identification de ces pôles.

Ranger dans le camp « impérialiste » une nation, même aussi importante que la Russie, qui, depuis 2014, n’exporte quasiment plus de capitaux, sauf évasion fiscale, et en importe encore très peu, mais toujours bien davantage qu’elle n’en exporte, et avec une balance qui est donc déficitaire de manière chronique, et non pas occasionnelle ou « volatile » selon vos termes, c’est donc aboutir également à une négation de la définition de l’impérialisme.

Les flux de plus-value extraite du prolétariat russe par le capital financier international restent donc néanmoins dérisoires, de par le fait de cette situation, suite aux « sanctions » à répétition depuis 2014, et dans ces condition il est clair que le caractère « national » de la bourgeoisie russe tend plutôt à se renforcer qu’à se réduire.

Faire cette analyse évidente n’a rien à voir avec une quelconque « nostalgie de l’URSS », car l’analyse ML de l’URSS postérieure à la contre-révolution de 1953-56 amène déjà à caractériser celle-ci comme un État de bourgeoisie nationale-bureaucratique, à l’instar de la Chine maoïste antérieure à 1972 (Accords Mao-Nixon), même si avec un parcours historique évidemment très différent ! (2 )

Pour vous en sortir avec cette pitoyable rhétorique qui est la vôtre, vous voilà donnant également une définition tout à fait caricaturale et ridicule de ce que peut être une bourgeoisie « nationale »…

« Par bourgeoisie nationale on entend ici une bourgeoisie dont les intérêts seraient en contradiction (et non en simple concurrence) avec les bourgeoisies impérialistes en général. Or cette caractérisation réduit fortement le périmètre d’une éventuelle bourgeoisie nationale, incluant tout au plus des entreprises d’envergure réduite, aux techniques de production de complexité limitée. »

Alors que Marx notait déjà, en 1847, et donc bien avant le développement du stade impérialiste, dans le Manifeste :

« Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays.

Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. »

Il n’y a donc, à l’évidence, mais qu’il est donc nécessaire de vous rappeler, jamais eu de « bourgeoisie nationale chimiquement pure » telle que vous prétendez la définir.

Pour tenter de justifier votre propos vous essayez, de manière à la fois tout à fait dogmatique et idéaliste de faire porter le débat éventuel sur la question de limite entre les différents stade du capitalisme, alors que Lénine nous explique précisément ce qu’il en est:

« Inutile de dire, évidemment, que toutes les limites sont, dans la nature et dans la société, conventionnelles et mobiles; qu’il serait absurde de discuter, par exemple, sur la question de savoir en quelle année ou en quelle décennie se situe l’instauration « définitive » de l’impérialisme. »

L imperialisme stade supreme du capitalisme – Lenine – 1916

http://marx.be/fr/content/vii-limperialisme-stade-particulier-du-capitalisme

Mais ce qui est évidemment inutile pour Lénine vous est donc absolument indispensable pour votre dérisoire « démonstration » !

Il est évident qu’il n’est pas de bourgeoisie, « nationale » ou même « comprador », comme le montre l’exemple de la Chine, qui n’aspire à devenir elle-même un pôle impérialiste, fut-il « secondaire »…

Tout est à la fois une question de type de développement, d’accumulation de capital financier, et en fin de compte, de rapport de force.

Mais ce qui caractérise non pas la prétendue « limite », mais l’évolution d’un type à l’autre, c’est donc la dialectique d’accumulation de forces, productives et financières, et les sauts « qualitatifs » auxquels elle peut mener.

Le tableau que vous citez, mis en relation avec les flux actuels et les capitalisations boursières aux principaux pôles (3), démontre précisément le contraire de votre propos !

Il y a bien une différence de stade de développement capitaliste entre la Chine et la Russie.

Bien évidemment, l’État de « bourgeoisie nationale » ne peut être que précaire et transitoire, et n’en réduit pas pour autant la contradiction entre bourgeoisie et prolétariat.

Le front uni possible est donc lui-même précaire et transitoire et ne doit en rien empiéter sur l’autonomie politique et organisationnelle du prolétariat, ce que Lénine avait déjà parfaitement défini en son temps, dans le principe, et qui n’est à réactualiser que dans les formes d’application, essentiellement.

Le front uni n’exclut donc pas, bien au contraire, l’établissement d’un rapport de force entre bourgeoisie nationale et prolétariat, ce qui fait logiquement et naturellement partie de la dialectique du front uni.

Mais quoi qu’il en soit, c’est donc selon les circonstances particulières de chaque pays opprimé concerné, et le résultat concret de la rhétorique du «  ROCML » , particulièrement confuse, par nécessité, ne semble donc viser qu’à valider « théoriquement » , au prix de nier, en pratique, la Résistance nationale syrienne appuyée par la Russie, la politique de Kollaboration de classe avec l’impérialisme, promue en Syrie sous le vocable de « Rojava- « Kurdistan de l’Ouest » »( 4 ), et tout cela prétendument au nom du «marxisme-léninisme », on ne peut plus grossièrement « révisé » pour la circonstance !

Pablo Leonidas

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(* Citation vraisemblablement entièrement apocryphe, dont M. Bibeau lui-même et incapable de nous préciser l’origine réelle, bien qu’elle résume l’essentiel de sa « pensée » politique!)

(__1  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/08/tout-ca-pour-ca-ou-les-eternels-demons-kollabos-de-la-petite-bourgeoisie-maoiste/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/23/les-lecons-dafrin-pour-en-finir-avec-le-mcdo-marxisme/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/29/syrie-liberation-de-la-ghouta-et-pschiiit-du-mythe-rojava/    )

(__2  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/03/capitalisme-et-imperialisme-sont-les-deux-faces-dune-meme-piece/      )

(__3  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/10/chine-usa-2014-2019-chronique-dune-guerre-economique-annoncee/   )

(__4  http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/charte-tev-dem.pdf     )

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/03/ba870-capture16.jpg

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/03/9776a-capture13.jpg

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/03/aa716-capture14.jpg

 

 

 

https://www.franceculture.fr/img/logo_franceculture-filet.png

Kurdes de Syrie : le crépuscule du Rojava

 

10/10/2019 (mis à jour à 16:21)

Par Eric Biegala

L’armée turque est entrée au nord-est de la Syrie, le Président Erdogan profitant du retrait américain ordonné par Donald Trump. Cette offensive devrait entraîner la disparition d’un régime politique original établi par les Kurdes, construit sur les bases d’une utopie libertaire : le communalisme.

Des femmes syriennes s'enfuient sous les bombardements turcs sur la ville de Ras al-Ain, dans le nord-est de la Syrie, dans la province de Hasakeh, le long de la frontière turque, le 9 octobre 2019.

Des femmes syriennes s’enfuient sous les bombardements turcs sur la ville de Ras al-Ain, dans le nord-est de la Syrie, dans la province de Hasakeh, le long de la frontière turque, le 9 octobre 2019.• Crédits : Delil SouleimanAFP

Trois petits jours, à peine, auront suffi au Président turc Recep Tayyip Erdoğan pour mettre ses menaces à exécution et lancer l’opération armée « Source de paix » contre les Kurdes de Syrie, dans le nord-est du pays. Trois jours après que le Président américain lui aura donné son accord formel, dimanche dernier, et quand bien même Donald Trump a pu sembler se raviser depuis, allant jusqu’à se risquer à mettre en garde son homologue turc. Un premier bilan des frappes visant les positions des YPG, les Unités de protection du peuple kurde, fait état d’une dizaine de morts, dont des civils, des blessés mais aussi des milliers de déplacés fuyant les zones bombardées. Sans parler de la résurgence possible de l’organisation Etat Islamique. Une utopie sociale mis en pratique dans la région est aussi menacée : la Fédération Démocratique de la Syrie du Nord.

Les Kurdes et le régime syrien

Lorsque, à la mi-2012, les troupes de Bachar al-Assad décident d’évacuer la quasi totalité des provinces nord et nord-est de Syrie, laissant toute la zone aux Kurdes, le régime fait le pari que ces derniers préserveront la région des avancées de la rébellion. C’est un pari risqué : si les Kurdes de Syrie ne revendiquent pas une indépendance stricto sensu, ils entendent tout de même administrer leur territoire de façon autonome et suivant les principes d’une idéologie bien précise : celle du PKK, ancien « compagnon de route » du régime syrien.

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A vrai dire, si Bachar-el-Assad et avant lui la Syrie baathiste de son père, Hafez el-Assad, n’ont jamais fait de cadeau aux 1,5 millions de Kurdes de Syrie, réprimant sans vergogne toute velléité d’autonomie voire seulement de liberté d’usage de la langue, ils ont en revanche soutenu, financé, armé et entraîné les rebelles kurdes de Turquie, ceux du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) depuis 1981 et jusqu’en 1998. C’est en effet à partir du territoire syrien que les militants armés du PKK lancent leurs premières attaques en Turquie en 1984. Jusqu’à l’automne 1998, le leader du PKK lui-même, Abdullah Öcalan, a sa résidence permanente à Damas. Quant à ses cadres, on les rencontre régulièrement dans les quelques grands hôtels de la capitale syrienne où ils ont pris pension, très vraisemblablement aux frais du régime. 

 

Or, le parti kurde le plus important dans le nord-syrien en 2012, celui à qui le régime laisse les clefs de la région, est le PYD : le Partiya Yekita Demokrat, ou Parti de l’Union Démocratique. Parti kurde syrien mais surtout « parti-frère » du PKK, construit dans le pays par des cadres du PKK sur le même modèle, avec la même idéologie. Comme le PKK, le PYD est aussi flanqué d’une branche armée, sa milice : les Unités de Protection du Peuple ou Yekîneyên Parastina Gel (YPG). Depuis les premières manifestations de défiance envers le régime syrien, vite transformées en rébellion armée, ces miliciens de l’YPG se sont davantage retrouvés du côté de la répression des manifestations que de leur organisation, n’hésitant pas à détruire complètement quelque centre communautaire, ou le QG d’une formation politique d’opposition au régime.

Quand celui-ci évacue quasi complètement le nord et le nord-est du pays, le PYD et les YPG investissent les centres du pouvoir administratif ou économique et contrôlent le terrain sur trois régions, correspondant approximativement aux zones où la population est majoritairement kurde : le gouvernorat d’Al-Hasakeh, à l’extrême nord-est, région frontalière de l’Irak et de la Turquie ; le district de Kobanî sur la frontière turque et celui d’Afrine au Nord-Ouest du pays, lui aussi frontalier de la Turquie au Nord et à l’Ouest. Ces trois « cantons » constituent la base de ce « Rojava » ou Rojavayê Kurdistanê en langue kurde, c’est-à-dire Kurdistan occidental

Le régime de Bachar al-Assad a conservé, jusqu’à aujourd’hui, une présence résiduelle dans le gouvernorat d’Al Hasakah : il y tient l’aéroport de Qamishli, où les avions de Damas atterrissent encore régulièrement ; quelques quartiers de la ville s’étageant jusqu’à la frontière turque, ainsi que la base militaire d’artillerie de Kawkab, 7 km à l’est de l’autre vraie ville du gouvernorat : Al-Hasakah. Une sorte de modus vivendi y a été trouvé avec les Kurdes qui n’ont jamais vraiment pris le parti de la rébellion et l’ont même combattue à l’occasion. C’est aussi dans ce gouvernorat d’Al-Hasakah que se trouvent une partie des ressources d’hydrocarbures du pays. Des ressources qui seront exploitées par les Kurdes, lesquels – comme d’autres acteurs du conflit syrien dès qu’ils mettront la main dessus – vendront ce pétrole et ce gaz naturel au principal acheteur possible dans la région : le régime lui-même !

Lorsque le PYD et ses YPG se retrouvent maître des trois cantons du Rojava, à l’été 2012 et surtout à partir de mars 2013, les transferts de combattants et surtout de cadres du PKK en provenance de Turquie ou du nord Irakien (où le groupe armé dispose de bases arrières) vont se poursuivre, voire se multiplier. En Turquie, en effet, l’heure est à la détente, voire à la paix. Le chef du PKK Abdullah Öcalan, embastillé dans l’île-prison d’Imrali au sud d’Istanbul depuis 1999, et le pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan ont entamé des discussions baptisées « processus de résolution ». A l’été 2013, le leader du PYD, Saleh Muslim est même officiellement invité à Istanbul par le ministre des Affaires étrangères turc pour y participer. Ces pourparlers prévoient un arrêt de la lutte armée en Turquie et un retrait des combattants du PKK hors du territoire turc. Ceux-ci se replient en effet, en nombre, sur le nord-irakien et surtout dans le Rojava syrien… Résultat de quoi, une bonne partie des combattants des YPG en Syrie, notamment ceux qui affronteront les djihadistes de l’organisation Etat Islamique à partir de l’été 2014, semblent être arrivés de Turquie. C’est en tout cas ce qu’indique la recension de leurs « morts au combat ». Les YPG en effet indiquent systématiquement le lieu de naissance de leurs combattants dans les avis de décès et selon un décompte de l’Atlantic Council, entre janvier 2013 et janvier 2016, 49 % des « morts au combat » des YPG en Syrie étaient nés en Turquie, contre 44% nés en Syrie. Autrement dit, près de la moitié des combattants YPG disparus lors d’affrontements étaient probablement des citoyens turcs.   

Le tournant de Kobanî

L’hiver 2013-2014 et le printemps 2014 voient sur le théâtre syrien la montée en puissance d’un nouvel acteur : l’organisation Etat Islamique. Les djihadistes au drapeau noir contrôlent alors, dans le nord de la Syrie, la totalité du territoire qui sépare les trois « cantons » du Rojava. En juin-juillet 2014, ils se rendent maîtres de Mossoul et de la province d’Anbar, dans l’Irak voisin. L’été finissant voit leur règne et la proclamation de leur « Califat », qui englobe un tiers de l’Irak et autant, en proportion, du territoire syrien. Potentiellement, un nouvel Etat est en train de naître, avec 8 à 10 millions de « sujets ». En septembre 2014, les troupes de cette organisation Etat Islamique en expansion lancent une offensive d’importance en Syrie : sur Kobanî, l’un des trois cantons kurdes, sur la frontière turco-syrienne.

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Bousculés pendant des semaines, les Kurdes y perdent peu à peu du terrain. Début novembre, les djihadistes contrôlent 60% de la ville, ce sera leur ultime avancée. Lentement mais régulièrement, les YPG les repoussent, renversent la vapeur et reprennent le terrain perdu, aidés par un contingent de Kurdes irakiens et de rebelles syriens arabes arrivés en renfort via la Turquie. Surtout, les YPG, qui se battront pied à pied et avec l’énergie du désespoir dans les rues de Kobanî, bénéficieront très vite du soutien occidental. La coalition internationale emmenée par les Etats-Unis qui vient juste de se constituer pour justement « réduire et éradiquer » l’organisation Etat Islamique, conduira plusieurs centaines de missions de bombardement en appui aux Kurdes. A eux seuls, les bombardiers stratégiques B1 américains tireront quelques 1700 armes de précision sur et autour de Kobanî. Des parachutages d’armes, de munitions, ou d’aides médicales seront également organisés au profit des défenseurs de l’enclave. A la fin du mois de janvier 2015, les djihadistes sont effectivement repoussés : l’organisation Etat Islamique perd la bataille de Kobanî. C’est sa première défaite.

Et la première victoire militaire Kurde, arrachée de haute lutte et sur des combattants motivés idéologiquement. Un symbole extrêmement fort pour le groupe armé kurde, qui professe des idéaux exactement contraires à ceux des djihadistes.

C’est aussi, et surtout, pour les Kurdes des YPG, la première alliance militaire tactique d’importance jamais conclue. Et pas avec n’importe qui : avec l’armée des Etats-Unis d’Amérique. Des Etats-Unis pour qui, le PKK figure pourtant au rayon des « entités terroristes ». En l’occurrence, la relation tactique a reposé sur des choses aussi précises que la désignation des positions djihadistes au plus près de la ligne de contact durant la bataille, parfois simplement à l’aide de coordonnées transmises indirectement aux bombardiers, via un téléphone portable ou une tablette ! Et ce jusqu’à 20 ou 30 fois par jour !

L’US Air Force s’en souviendra : tout comme elle peut utiliser l’armée irakienne ou les peshmergas kurdes en Irak pour l’aider à cibler les djihadistes ; en Syrie, elle peut également compter sur les Kurdes des YPG. Qui plus est, ceux-ci pourront aussi occuper le terrain à l’occasion d’une reconquête, ce qui évitera aux Occidentaux, aux Américains en particulier, d’engager leurs soldats face au « Califat ». « No boots on the ground » est en effet le slogan favori du cabinet Obama en 2014-2015.

C’est aussi avec la bataille de Kobanî que les relations des Kurdes avec la Turquie vont à nouveau se détériorer. Pendant les premières semaines de l’offensive djihadiste sur la ville, la Turquie autorise l’arrivée sur son sol  de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, mais empêche dans le même temps tout renfort de franchir la frontière dans l’autre sens, pour épauler les défenseurs de l’enclave. Même si elle finira par autoriser un contingent de Kurdes irakiens et de rebelles syriens de l’Armée Syrienne Libre à y accéder. En Turquie même, des manifestations de soutien aux défenseurs de Kobanî, organisées dans les villes kurdes, tournent à l’émeute : une trentaine de manifestants sont tués.

Durant l’année 2015 et les suivantes, sur le théâtre syrien, le partenariat militaire kurdo-américain va toutefois se poursuivre et s’accélérer. En quelques mois, les forces des YPG, appuyés par l’aviation occidentale, attaquent et réduisent les positions de l’organisation Etat Islamique qui lui sont le plus accessibles ; d’abord à Tal Abyad, entre les cantons de Kobanî et d’Al Hasakah. Avec la conquête de Tal Abyad, les YPG contrôlent dorénavant une bonne partie de la frontière turco-syrienne et poussent également vers l’Ouest, récupérant d’autres zones non majoritairement kurdes. Ankara s’en inquiète de plus en plus ouvertement. D’autant qu’au printemps 2015, cette même Turquie, pour des motifs de politique intérieure, a relancé sa guerre contre le PKK.

Pour présenter un visage moins évidemment kurde le long de cette frontière turque, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) sont officiellement fondées en octobre 2015. Elles regroupent des brigades syriennes arabes, des forces tribales et des Chrétiens autour des YPG qui en demeure pourtant le contingent le plus important et le fer de lance. En 2015-2016, ces FDS sont les seules forces qui affrontent les djihadistes de l’organisation Etat Islamique en Syrie. Elles grignotent son territoire, reprenant Aïn Issa, au sud de Kobanî, fin 2015, puis Mambij, à l’Ouest de l’Euphrate, à l’été 2016. En plus des avions de la coalition internationale qui les appuient, les combattants des FDS sont maintenant épaulés sur le terrain par un contingent de plus en plus important de soldats occidentaux des forces spéciales : jusqu’à 2 000 Américains, environ 200 Français et peut-être autant de Britanniques sont présents à leurs côtés. Raqqa, la « capitale » de l’organisation Etat Islamique en Syrie est conquise en octobre 2017. Dans la foulée, les FDS poursuivent leurs avancées dans la province sud-est de Deir Ez-Zor. Fin 2017, elles contrôlent pratiquement toute la zone à l’est de l’Euphrate ; près d’un tiers du territoire syrien est dorénavant passé sous leur coupe, dont l’essentiel des régions productrices d’hydrocarbures. Et les FDS ne se contentent pas de conquérir cet immense territoire, elles entendent aussi l’administrer et y mettre en oeuvre concrètement les principes idéologiques du « communalisme démocratique », édictés du fond de sa cellule par Abdullah Öcalan, le leader incontesté du PKK

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L’utopie sociale en pratique

Emprisonné depuis 1999 en Turquie, Abdullah Öcalan et son PKK ont professé pendant des années le marxisme-léninisme classique de ces mouvements « révolutionnaires » nés dans les années 70, autoritaire, mâtiné de considérations locales. Un premier virage idéologique est pris dans les années 90, avant qu’un second n’intervienne dans les années 2002-2004, à la lecture par Öcalan – du fond de sa prison d’Imrali – de l’œuvre de Murray Bookchin, théoricien libertaire américain auquel il emprunte bientôt ses concepts fondamentaux. Le premier d’entre eux est l’organisation sociale et sociétale en « communes », communautés réduites d’individus s’administrant eux-mêmes et promouvant « le développement de coopératives autogérées au sein des municipalités », le tout pour « mettre en place un modèle économique diamétralement opposé au productivisme et au capitalisme mondialisé », résume le politologue Olivier Grojean dans son dernier ouvrage consacré au PKK.

La dimension anticapitaliste, issue du marxisme, [NDLR >>> en réalité le « communalisme » tel que décrit complaisamment dans cet article n’a aucun rapport avec le marxisme et le socialisme, si ce n’est précisément, la critique radicale qu’Engels en a fait dans son célèbre Anti-Dühring!] demeure fondamentale mais elle est associée à un rejet des structures d’un Etat comme de celles d’une Nation. Il ne s’agit donc pas de constituer en Syrie un Kurdistan autogéré sur le modèle de l’Etat-Nation. D’ailleurs, les références ethniques kurdes disparaissent peu à peu du Rojava. Celui-ci est rebaptisé Fédération Démocratique de la Syrie du Nord, laquelle se dote d’une Constitution en décembre 2016. Fin 2017, les représentants de plus de 3 000 « communes » y sont élus.

Les deux autres principes fondamentaux de ce « communalisme démocratique » sont l’écologie et l’égalité stricte de genre. Si les témoignages d’une politique soucieuse de l’environnement dans le Rojava sont rares, l’évolution du statut de la femme y est en revanche évident. Chaque président de commune, chaque cadre administratif ou politique y est doublé d’un co-président ou d’un alter-ego du sexe opposé. A côté des YPG, un contingent de femmes combattantes (YPJ) participe à toutes les batailles contre l’organisation Etat Islamique.

Combattantes kurdes à Kobane, dans le nord de la Syrie, le 20 juin 2015Combattantes kurdes à Kobane, dans le nord de la Syrie, le 20 juin 2015• Crédits : Ahmet SikGetty

Mais cette arrivée des femmes à un niveau d’égalité avec les hommes, mesure imposée et pas forcément choisie par les premiers intéressés, ne passe pas forcément très bien dans la société syrienne, notamment dans les villages arabes de l’Est du pays, aux traditions patriarcales et conservatrices bien ancrées. Avec les nouveaux droits alloués aux femmes, les divorces se sont effectivement multipliés… De nouvelles cours de justice ont été mises en place ; « Il y a un premier niveau, qui serait celui d’une justice civile, où l’on tente de régler les différents par le consensus de la communauté : ce sont les « tribunaux du peuple » » , explique Nadim Houry, qui dirige le think tank Arab Reform Initiative et arpente le Kurdistan syrien depuis des années ; « l’autre instance judiciaire ce sont les « tribunaux pour la protection du peuple », qui eux sont censés juger les djihadistes, les membres de Daech ; mais ils ne jugent que les Syriens, pas les étrangers ; et ils ont aboli la peine de mort… Ce n’est d’ailleurs pas une justice revancharde, comme en Irak ; les peines encourues sont dans une logique  de réintégration, à terme, dans la société. »

L’expérience et le projet politique du Rojava sont aujourd’hui cités en référence par nombre de mouvements ou partis de gauche occidentaux, un peu à l’image – en son temps – de l’organisation sociales de l’armée Zapatiste de Libération Nationale du sous-commandant Marcos au Chiapas. Le 22 janvier dernier, trois élus de la France Insoumise, dont les députés Danièle Obono et Mathilde Panot se rendaient ainsi « en visite de solidarité » dans le Nord-Est syrien. Venue des Etats-Unis, Janet Biehl, la compagne de Murray Bookchin (décédé en 2006), les avait précédée dès 2014, accompagnée d’une dizaine d’universitaires. En 2015, le journaliste et éditeur américain Wes Enzinna assurera des cours pendant quelques semaines à l’Académie Mésopotamienne des Sciences Sociales de Qamishli, l’université du Rojava. Les combats contre l’organisation Etat Islamique inspireront également nombre d’Occidentaux, souvent idéologiquement proches de la gauche radicale et plus ou moins aguerris, qui viendront se battre et parfois se faire tuer dans les rangs des YPG…

L’expérience politique du « communalisme démocratique » est à vrai dire une petite révolution dans ces terres moyen-orientales où l’on compte peu de régimes ou de traditions politiques libérales… même si le libéralisme supposé du Rojava laisse parfois à désirer. « Les centaines de communes en activités depuis 2015 n’ont pas de véritable soutien populaire, note ainsi Dan Wilkofsky dans un article sur le site de l’Atlantic Council ; « et ce parce qu’elle n’ont finalement rempli qu’un rôle administratif, distribuant par exemple l’aide humanitaire et relayant les demandes de la population aux autorités supérieures. Les comités économiques ou de sécurité et autre, qui auraient pu octroyer aux communes un véritable pouvoir de décision sont en fait restés les bras croisés, pendant que le PYD exerçait son contrôle de fait sur ces communes ». Le mode de fonctionnement des communes du Rojava semble passer par une sorte de clientélisme favorisant largement le PYD et lui assurant la mainmise sur la plupart d’entre elles. 

« Ce n’est pas une démocratie parfaite, concède encore Nadim Houry ; l’opposition politique, quand elle existe, est mal tolérée ; la justice est rudimentaire… Il n’en reste pas moins que l’administration fonctionne effectivement et que le Rojava a réussi à maintenir sur son territoire une vraie forme de sécurité ; ce sont les cantons de Syrie où le taux de criminalité est le plus bas du pays. » En résumé, le niveau de liberté et de sécurité dans le Rojava est sans commune mesure avec ce que l’on peut trouver ailleurs en Syrie, qu’il s’agisse des territoires tenus par le régime ou la rébellion, sans parler bien sûr des djihadistes. Le « Communalisme » de cette Fédération Démocratique de la Syrie du Nord soutient sans doute aussi la comparaison avec le niveau de liberté garanti par quelques uns des Etats de la région : l’Iran, l’Irak et même peut-être avec une démocratie formelle comme la Turquie, surtout depuis que le régime de cette dernière dérive vers l’autoritarisme d’un seul homme. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait un hasard si cette dérive est concomitante de l’avènement du Rojava en Syrie.

Appétits turcs sur le Rojava

Ce sont les suites et la conséquence politiques de la bataille de Kobanî et de la défiance des Kurdes pour le parti et la personne du Président Recep Tayyip Erdoğan. Aux législatives de juin 2015, le petit parti pro-kurde de Turquie (légal), le HDP, passe pour la première fois dans le pays le seuil des 10%, indispensable pour siéger au Parlement. Il se retrouve avec 80 députés ! Surtout, ce résultat fait perdre sa majorité à l’AKP d’Erdogan, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2002. Pour récupérer cette majorité, ce dernier jouera à fond la carte de l’ultra nationalisme turc, en vue de rallier les voix de l’extrême droite, viscéralement opposée à toute reconnaissance des Kurdes ou à toute normalisation avec le PKK. Pour ce faire, Erdoğan relance donc la guerre contre le PKK ; c’est, pour paraphraser Clausewitz, la continuation de la politique par d’autres moyens. A l’automne, Erdoğan convoque une législative anticipée. Sa tactique a payé : il récupère une bonne partie des voix de l’extrême droite et son parti, l’AKP retrouve une majorité confortable à la Chambre : 58% des sièges. Mais la guerre avec les Kurdes, elle, se poursuit. 

Le PKK, de son côté, a décidé de répondre aux assauts de l’armée de l’air turque sur ses bases arrières dans la montagne irakienne en investissant les centres-villes des principales agglomérations Kurdes de Turquie… Il y arme des jeunes, il y transfert également quelques combattants aguerris, vétérans des affrontements contre l’organisation Etat Islamique en Syrie. A la fin de l’année, la branche Jeunes du PKK le YDG-H, omniprésent dans ces centres-villes, se rebaptise YPS et son drapeau reprend exactement le design de celui des YPG syriens, seules les couleurs sont légèrement différentes. Les centres-villes kurdes de Turquie se transforment alors en véritables camps retranchés, avec barricades, sacs de sable, défenseurs armés de Kalachnikovs et organisation sociale type : encadrement bicéphale avec égalité stricte des sexes et « communalisme démocratique », comme en Syrie.

La Turquie mettra quatre mois pour réduire militairement ces bastions du PKK au coeur des cités… le quartier de Sur à Diarbakir, la ville de Cizre, celle de Nusaybin… Les centres-villes eux-mêmes sont attaqués à l’artillerie et aux blindés. Des centaines de civils, coincés dans ces combats en seront les victimes. Au sortir de la bataille, certaines citées comme Nusaybin, sur la frontière syrienne, offrent le spectacle de véritable champs de ruines, difficiles à distinguer de ce qui se passe dans la Syrie voisine.

En août 2016, Ankara lance sa première opération militaire en Syrie même. Ostensiblement, il s’agit d’attaquer les dernières positions de l’organisation Etat Islamique sur la frontière turco-syrienne. Incidemment – et les Turcs ne s’en cachent pas – il s’agit aussi de couper toute velléité kurde de s’emparer de cette portion du territoire syrien, qui autoriserait une continuité territoriale de la totalité du Rojava, depuis le canton d’Afrine à l’ouest jusqu’à la frontière irakienne à l’est. Ankara enfonce un coin militaire entre les deux parties du Rojava. Ce nouveau front, turco-kurde en Syrie, se stabilise à la fin mars 2017.

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La Turquie d’Erdoğan attendra près d’un an, avant de relancer une autre offensive, directement conte les Kurdes des YPG, cette fois : sur le canton d’Afrine au début 2018. Les objectifs de cette opérations sont assez nébuleux ; celle-ci s’explique sans doute par une sorte d’opportunisme tactique : isolés, les YPG du canton d’Afrine ne combattent pas directement l’organisation Etat Islamique. Ils ne disposent donc pas, pour les épauler, des forces spéciales occidentales, américaines et françaises, soldats de l’OTAN auxquels la Turquie, elle-même membre de l’Alliance atlantique aurait été malvenue de s’attaquer. Seul un minuscule contingent russe basé à Afrine fait office de garde-fou contre la Turquie. Mais Erdoğan négocie directement avec Poutine le retrait de ces hommes et la non-intervention russe, notamment de ses puissantes batteries de missiles anti-aériens, avant de lancer son offensive sur Afrine.

Le canton et la ville elle-même sont complètement réduits en trois mois d’une opération militaire bizarrement intitulée « Rameau d’olivier ». En mars 2018, les YPG renoncent à défendre Afrine et l’évacuent. Cette victoire turque, relativement rapide donne des ailes à Erdoğan qui, assez vite, évoque la possibilité d’attaquer la totalité du Rojava, avec pour objectif d’établir un cordon de sécurité, une zone tampon de plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur sur le côté syrien de la frontière, d’où serait éradiqué toute présence des YPG. Ce qui mettrait un terme définitif à l’expérience de la Fédération Démocratique de la Syrie du Nord. 

Jusqu’à décembre dernier, la présence militaire occidentale semblait pouvoir empêcher toute nouvelle opération turque contre le Rojava. Mais le 14 décembre, suite à une discussion téléphonique avec Recep Tayyip Erdoğan, Donald Trump annonçait, à la surprise générale, le repli imminent du contingent américain. Une décision présidentielle américaine tellement peu concertée qu’elle était immédiatement suivie par la démission de son ministre de la Défense, l’ancien général James Mattis puis par celle du principal diplomate en charge de la coordination de la lutte contre l’organisation Etat Islamique Brett McGurk.

Depuis, Washington a quelque peu tempéré les ardeurs de son « commandant en chef ». On parle toujours d’un repli, mais « progressif ». De leur côté, les Kurdes du PYD et même les cadres du PKK multiplient les prises de contact avec les Russes, ou même avec le régime de Bachar-el-Assad. Il en est certains dans les rangs kurdes pour soutenir en effet qu’un retour des troupes du régime dans les cantons de Kobanî ou le gouvernorat d’al-Hasakah, en lieu et place des Américains, suffirait peut-être à dissuader la Turquie d’attaquer. 

Le nouveau revirement de Donald Trump dimanche dernier, même s’il a ensuite été nuancé, en aura décidé autrement.

Véhicule blindé turc sur le point de traverser la frontière syrienne le 9 octobre 2019 à Akcakale, en Turquie.

Véhicule blindé turc sur le point de traverser la frontière syrienne le 9 octobre 2019 à Akcakale, en Turquie. • Crédits : Burak KaraGetty

Avec la collaboration d’Eric Chaverou

Eric Biegala

https://www.franceculture.fr/geopolitique/kurdes-de-syrie-le-crepuscule-du-rojava

 

 

A propos de la capitulation de la « gauche » française face à l’offensive idéologique du « Parlement européen »

 

 

 

A propos de la capitulation

de la « gauche » française

face à l’offensive idéologique

du « Parlement européen »

 

[Résolution PE du 19/09/2019]

 

Cette résolution prétend lutter contre une renaissance du fascisme en condamnant ceux qui l’ont vaincu au cours de la 2ème guerre mondiale et en approuvant ceux qui interdisent déjà de défendre l’héritage de cette Résistance, dont la base était l’URSS socialiste, avec Joseph Staline à sa tête, et en se proposant d’interdire de manière générale toute évocation de cet héritage.

 

La base économique du social-fascisme dans les années 1920-30 était tout à fait différente de ce qu’elle est aujourd’hui, et le terme ne peut plus guère être employé que par analogie, pour des raisons d’agit-prop évidentes et incontournables contre les néo-fascistes, mais à distinguer carrément, du point de vue de l’analyse dialectique.

Les trois pôles essentiels du fascisme de l’époque (Italie, Japon, Allemagne) sont le produit du développement industriel intense, sur leur propre sol « national », de bourgeoisies qui n’ont pas eu accès, en proportion de leur développement, au partage impérialiste du reste du monde.

C’est un phénomène qui n’est plus guère reproductible, de nos jours, sauf peut-être de la part de la Chine, mais il se trouve qu’elle « bénéficie », c’est le cas de le dire, des leçons de l’histoire, et se borne, pour l’instant, à accumuler du capital financier et à l’utiliser pour étendre son influence, tout à fait à la manière de l’impérialisme US dans sa période d’expansion.

Cela n’exclut pas les risques de conflagration généralisée mais les limite néanmoins fortement, contrairement aux prédictions apocalyptiques (du genre de celles de Robert Bibeau).

Le social-fascisme actuel n’a pas besoin d’être au pouvoir pour jouer son rôle de roue de secours idéologique du système en crise. C’est toute l’histoire du LePenisme, précisément. Il conserve même mieux ainsi la coloration « anti-système » dont il peut recouvrir son discours raciste, et parfois avec le secours d’un langage « marxisant » directement inspiré par la « wertkritik » .

Le pouvoir « démocratique » en place n’a plus, dès lors, qu’à en récupérer les « retombées » en termes de manipulations, ce qu’il sait parfaitement faire, vu les dernières « sorties » de Macron, sur ce thème.

Pour le reste, et pour ce qui concerne les contradictions apparentes dans les très molles réactions de la « gauche » française, il ne faut pas y voir un réel effort d’analyse, et pas plus de la part du PR-C-Gruselle, que de la part du PRCF-Gastaud & consorts.

Ces gens là ne cherchent qu’à esquiver leurs responsabilités pour sauver la place de leurs micros partis dans le jeu politique bourgeois. Désormais très isolé, mais c’était depuis toujours son choix, le groupe « PR-C » tente de « doubler » le « PRCF » sur sa « gauche » en se positionnant formellement sur le terrain de la lutte des classes, alors que le « PRCF » tente d’ « élargir sa base » sur le terrain de la « démocratie » bourgeoise, prétendument « antifasciste ».

On vient de voir, et surtout avec cette « résolution » du PE, ce qu’il en est vraiment…

Le « PR-C » reste donc «entre deux chaises » car il ne veut, et même ne peut pas, abandonner complètement au « PRCF » le terrain du social-chauvinisme, qui est toute sa culture politique d’origine au sein du PCF thorezien. Il risquerait, par cet abandon, de perdre l’essentiel de sa maigre base militante.

Son plaidoyer pour la « construction du socialisme » sonne également faux, vu qu’il n’a aucun projet politique de transition réellement anticapitaliste, mais simplement, et tout comme le  « PRCF », une version plus ou moins « réchauffée » du programme révisionniste thorezien.

Il ne peut donc absolument pas entreprendre une défense radicale de la construction du socialisme en URSS sous Staline, qui reposait évidemment sur des bases pour le moins très différentes, surtout telles qu’exprimées, in fine, et pour cause, dans « Les problèmes économiques du socialisme en URSS ». Il escamote donc délibérément cet aspect de la résolution européenne, et même encore davantage que le « PRCF », si c’est possible, pour ne pas risquer de mettre en lumière cette contradiction intrinsèque de son propos opportuniste.

En réalité, avec cette « résolution », un groupe ML français réellement déterminé avait là l’occasion d’une « contre-provocation » encore plus efficace, en manifestant publiquement avec les symboles que le PE se propose d’interdire, incluant des portraits de Staline, des drapeaux de la Victoire, etc…

Mettre le système au défi de nous réprimer publiquement en France et ainsi rouvrir de fait directement le débat public sur les fondamentaux, de manière provocante, certes, et quitte à mettre évidemment la nuance dialectique nécessaire ensuite, mais sur une base ferme déjà toute posée par l’acte de contre-provocation. La pseudo « extrême-gauche » française est donc bien, jusqu’à preuve du contraire, juste une bande de loques et de lâches qui ne vaut réellement pas même que l’on débatte avec !!!

Luniterre