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Mao déclassifié…

 

                   Les lecteurs de Tribune Marxiste-Léniniste auront remarqué à quel point il nous parait essentiel de bien comprendre l’importance du rapprochement Chine-USA dès le début des années 70.

                Ce rapprochement s’est effectué directement sous l’autorité du président Mao Zedong, il s’est développé jusqu’à sa mort, et s’est poursuivi au-delà, en prenant la forme théorique de la tristement fameuse « théorie des trois mondes ».

                 Cette théorie, évoquée officiellement pour la première fois par Deng Xiaoping à la tribune de l’ONU en Avril 1974, et donc du vivant de Mao, reflète en réalité la pratique de celui-ci depuis le début des années 70. C’est clairement ce que nous révèlent les archives déclassifiée au sujet des entrevues Kissinger-Mao, notamment, et des relations Chine-USA en général.

                 A la lumière de l’ensemble de ces faits concordants, il est logique de conclure que l’attribution ultérieurement officielle de cette théorie à Mao Zedong lui-même ne puisse être considérée comme abusive. Et ce d’autant moins qu’il en avait déjà personnellement exprimé les grandes lignes lors d’une entrevue, le 22 Février de la même année, avec le président de Zambie, Kenneth Kaunda.(*1)

              Cet évènement, qui peut sembler anecdotique aujourd’hui, n’en reste pas moins significatif, en dépit de la brièveté de ce sujet dans le contenu politique, par son antériorité au discours de Deng Xiaoping à la tribune de l’ONU.

                Tout comme la déclassification des archives sino-US, il a été tout à fait occulté tant par la presse française dans son ensemble que par la presse « de gauche » se réclamant tant du « maoïsme » que du marxisme-léninisme en particulier…

                  Aujourd’hui encore ce sujet semble rester tabou, alors que les organisations « maoïstes » et marxistes-léninistes ne sont plus que des structures résiduelles.

                  A cet état de faits nous voyons deux causes, encore actives en profondeur, et qui nous incitent à tenter de percer la brume de cet obscurantisme.

                   La première et la plus ancienne de ces causes est l’introduction notoirement abusive et apocryphe, dès le milieu des années 50, de la « philosophie » maoïste de la contradiction, considérée comme un « approfondissement » de la dialectique, dans le cours élémentaire prolétarien de feu Georges Politzer, ainsi assassiné une deuxième fois !

                   Cette pseudo-dialectique venait à la fois en renfort du révisionnisme thorézien et des tendances idéalistes petites-bourgeoises et « gauchisantes », althussériennes et spontanéistes. Même si elle a été successivement occultée par les uns et les autres au fil des déboires de la Chine maoïste, elle a durablement influencé toute l’intelligentsia « de gauche » française, y compris dans ses évolutions collaborationnistes les plus récentes avec l’impérialisme US. (*2)

                  La deuxième de ces causes, promise à un avenir     d’autant plus persistant, est l’évolution, récente mais tendanciellement irréversible, du néo-capitalisme chinois en néo-impérialisme, et toujours paré de la couverture de son « parti communiste » et du doux euphémisme de « socialisme de marché »…

                 La persistance de ce double langage, associée à une rivalité accrue avec l’impérialisme US, se prête à un nouveau jeu de toutes ces tendances opportunistes qui peuvent ainsi se préparer à changer de maitre, au gré des circonstances, tout en se parant de vertus « anti-impérialistes », jouant à nouveau l’un contre l’autre, dans le droit fil, en réalité et précisément, de cette « bonne vieille » théorie des trois mondes…

                   De la genèse du maoïsme, dans le cours de la lutte de libération nationale, finalement très précaire et provisoire, à son avatar final, la théorie des trois mondes, la « déconstruction » en profondeur du maoïsme, pour employer un terme « tendance », compréhensible de ses adeptes « bobocrates », ainsi qu’une critique radicale de sa « philosophie » de la contradiction, restent donc  une nécessité fondamentale, qui ne saurait être expédiée en quelques lignes, mais dans l’attente, il nous parait utile de  republier, et probablement pour la première fois sur un site français, quelques extraits des archives sino-US déclassifiées !

 

Documents PDF:

 Mao-Kissinger_entrevue 17-02-1973

 Mao-Kissinger_entrevue 12-11-1973

 Rapport a Nixon sur entrevue du 17-02-1973_ 

Briefing avant entretien Ford-Mao_1975 

Deng Xiaoping à l’ONU_1974_ 

De la contradiction_Mao

 

************************************** NOTES :

(*1)

 

 

During a meeting with Mr. Kenneth Kaunda on February 22, 1974, Communist Party of China Chairman Mao Zedong floated the « Third World » theory.

Chairman Mao Zedong (hereinafter referred to as Mao): We hope the Third World will unite. The Third World has a large population!

President Kenneth David Kaunda (hereinafter referred to as Kaunda): That’s right.

Mao: Who belongs to the First World?

Kaunda: I think it ought to be world of exploiters and imperialists.

Mao: And the Second World?

Kaunda: Those who have become revisionists.

Mao: I hold that the U.S. and the Soviet Union belong to the First World. The middle elements, such as Japan, Europe, Australia and Canada, belong to the Second World. We are the Third World.

Kaunda: I agree with your analysis, Mr. Chairman.

Mao: The U.S. and the Soviet Union have a lot of atomic bombs, and they are richer. Europe, Japan, Australia and Canada, of the Second World, do not possess so many atomic bombs and are not so rich as the First World, but richer than the Third World. What do you think of this explanation?

Kaunda: Mr. Chairman, you analysis is very pertinent and correct.

Mao: We can discuss it.

Kaunda: I think we can reach agreement without discussion, because I believe this analysis is already very pertinent.

Mao: The Third World is very populous.

Kaunda: Precisely so.

Mao: All Asian countries, except Japan, belong to the Third World. All of Africa and also Latin America belong to the Third World.

(From the verbatim record)

Mao Zedong on Diplomacy, Foreign Languages Press, Beijing, 1998, page 454.

 

******************************************************

(*2 Tout récemment encore, en Novembre, BHL se référait à son « Maître » Louis Althusser, tout comme dans la préface publiée en Mai 2011, avec le recueil de lettres écrites par Louis Althusser à sa femme Hélène, assassinée par le même « Maître » en 1980. On y trouvait néanmoins ce constat amer :

« Je ne suis pas en train de dire de mon Maître, parodiant Diogène Laërce résumant lui-même un philosophe de l’Antiquité : « il naquit, il écrivit, il tua, il mourut ».

Mais, enfin, c’est tout de même ainsi que la chose a été vue, et vécue, par son temps. »

Et cette réflexion hautement « philosophique » :

« On a dit qu’avec elle, Hélène, il aurait tué sa sœur, sa mère, le double de l’une, le spectre de l’autre, une part de soi-même, la meilleure.

On a pu dire qu’il avait, en lui, tué l’origine (faut-il écrire l’origyne ?) ; la différence (la différance, comme chez l’autre maître de la rue d’Ulm ?) ; on a dit qu’il avait tué le communisme auprès de lui (ou réconcilié, ce qui revient au même, l’idée d’Hélène et sa réalité). » )

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