De la nature de classe de la contre-révolution khrouchtchévienne (nouveau débat avec l’OCF)

 

 

Comme on l’a vu, la question du centenaire d’Octobre repose, en réalité, la question du rôle historique de l’URSS, et c’est là toujours une question qui divise…

Une question qui divise, même parmi ceux qui prétendent en être les héritiers politiques…

Sur TML, l’un de nos principaux sujets ce sont précisément les questions de la recherche historique sur L’URSS, et principalement à partir des sources russes elles-mêmes, et des travaux en cours par les chercheurs russes…

Mais d’autres blogueurs français se sont soudain rappelés que l’un d’entre-eux avait déjà tout compris à ce sujet, et ce depuis bien des années, déjà, parait-il…

Polémique…

 

 

Ou de la redécouverte

d’un puits de science…

 

 

Deux camarades blogueurs, qui s’étaient engagés avec TML dans l’initiative du Collectif Marxiste-Léniniste OCTOBRE ! ont pris la responsabilité de rompre leur engagement. Ils l’ont prise délibérément, mais en se référant néanmoins ouvertement à l’avis du groupuscule « OCF » (« Organisation des Communistes de France » sic!), avis donc attendu par eux comme une sorte d’autorité de « référence » en matière de marxisme-léninisme… !

Le point essentiel selon eux où l’initiative du Collectif aurait été en contradiction avec cette « référence » serait la nature de classe de la contre-révolution khrouchtchévienne en URSS, au milieu des années 50 du siècle dernier…

En effet, alors que TML n’a jamais adhéré à ce groupuscule OCF, et on va vite comprendre pourquoi, nous n’en avions pas moins republié l’an dernier un article écrit sur ce sujet par le camarade VG, apparemment la « tête pensante » et principale autorité « théorique » de ce groupuscule…

C’était donc, précisément :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/09/26/sur-la-nature-de-classe-de-la-contre-revolution-khrouchtchevienne/

L’original de cet article remonte déjà à 2006, et l’un des camarades, WH, éditeur du blog « les prolétaires de fer », nous écrit aujourd’hui:

« Ce n’est pas un sujet « nouveau » qui nécessite de « nouvelles études ».
C’est un sujet étudié depuis longtemps, qui remonte pour être exact à la période où l’Albanie observait la transformation de l’URSS en pays capitaliste.

Le texte du camarade VG date quant à lui de 2006, et contenait déjà tout ce qu’il y a à savoir. »

Autrement dit, en 2006, en se basant sur les « observations » faites depuis l’Albanie et quelques décennnies plus tôt, le camarade VG aurait résumé dans son article la somme de toutes les connaissances utiles sur l’histoire de l’URSS… !

Ce camarade serait donc un puits de science inestimable, et du reste on avait déjà eu l’occasion d’un aperçu de sa sagacité lors d’un premier débat autour de l’émergence du capitalisme chinois…

En effet, ayant laborieusement étudié, durant des années, le développement de l’industrie nouvelle en Chine, ayant noirci des centaines de pages et publié nombre d’ouvrages sur le sujet, il prétendait dès 2007 que la Chine était sur le point de supplanter les USA comme super puissance impérialiste….

10 ans après, on voit ce qu’il en est…

Le capitalisme chinois est tout simplement rentré, et dès cette époque, dans la crise systémique débutant cette année là, comme les autres puissances économiques industrielles, avec ce handicap supplémentaire de dépendre encore et toujours de ses exportations industrielles, et toujours en majorité dépendantes des capitaux étrangers, et notamment US.

Ce qui définit une puissance impérialiste, c’est sa capacité à dominer les autres nations par sa capacité à parasiter leurs vies économiques par des exportations de capitaux, et non essentiellement par des exportations industrielles, surtout si elles sont elles-mêmes sous la coupe de capitaux étrangers, comme c’est le cas en Chine…

Au quel cas, l’impérialiste est le financeur, et en l’occurrence, les USA, qui utilisent ainsi la main d’oeuvre chinoise pour parasiter l’économie de leurs vassaux européens, dont la France, et d’autres…

Le capitalisme chinois est devenu effectivement exportateur de capitaux à son tour, au fil des ans, et même l’un des plus importants, en volume global, mais ce n’est qu’en 2015 que son bilan dans ce domaine est devenu positif, à savoir que ces exportations de capitaux ont commencé à l’emporter en volume sur les importations de capitaux étrangers en Chine… !

https://www.lesechos.fr/23/09/2016/LesEchos/22283-025-ECH_en-2015–la-chine-est-devenue-exportatrice-nette-de-capitaux.htm

 

Autrement dit, encore, ce n’est guère que depuis moins de deux ans que l’impérialisme chinois est devenu une réalité concrète, c’est-à-dire capable de grignoter, ici et là, un morceau du gâteau US dans le domaine financier, et manifestement encore loin du compte dans le domaine militaire, malgré les occupations maritimes chinoises d’îlots stratégiques dans le Sud-Est asiatique.

De là à l’inversion du rapport de forces, il y a encore de la marge, même si cette rivalité est déjà largement suffisante pour menacer la paix du monde !

Être un « visionnaire » du développement économique et industriel est une chose, être capable d’en faire une analyse marxiste-léniniste, une autre.

Dans ses laborieux pensums sur le sujet, le camarade VG a donc tout simplement oublié que l’étude du développement du capitalisme financier devait être le fil conducteur… Un détail… !

Mais passons sur ce détail et revenons en à la conception qu’il se fait, et qu’il impose aux autres camarades, de l’histoire de l’URSS…

Le crime de lèse-« maitre-à-penser » que nous aurions commis se trouverait donc dans la présentation faite sur TML de son fameux article de 2006. La voici , en italiques, avec nos commentaires d’aujourd’hui, répondant à leur critique :

 « Sur la nature de classe

de la contre-révolution

khrouchtchevienne »

___« Nous republions ci dessous le texte du camarade VG, écrit en 2006, et auquel nous avons fait plusieurs allusions dans le débat en cours.

(NDLA : il s’agissait précisément d’une autre controverse sur le thème du Capitalisme d’État et des interprétations qu’en font les gauchistes :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/09/30/socialisme-etou-capitalisme-detat-le-debat-continue/ )

 

__ « Il constitue une bonne ébauche d’étude comparative entre les fondamentaux du socialisme et ceux de la contre-révolution khrouchtchévienne. »

Arrêtons nous tout de suite sur ce tout 1er point…

Opposer la contre-révolution khrouchtchévienne au socialisme signifie déjà assez clairement, au départ, qu’ils ne sont pas de même nature !

__« Toutefois, si celle-ci a pu s’imposer relativement « en douceur », et sans résistance organisée, il faut donc en chercher les prémisses et les racines dans la période antérieure, où les fondamentaux du socialisme dominaient encore. »

Le fait que cette contre-révolution se soit imposée sans résistance consistante est une évidence historique que les camarades auront du mal à contester…

Le fait qu’il faille trouver des causes antérieures à cette situation ne leur échappe pas non plus tout à fait, c’est le sujet de l’article, du reste, mais c’est aussi sur la nature sociale et économique de ces causes, tout à fait absentes selon eux, dans la société socialiste soviétique, que le débat à finalement mal tourné.

Alors que pour nous:

__ « Il faut bien chercher à comprendre comment la bureaucratie khrouchtchévienne avait pu s’incruster « dans les tuyaux » de l’État socialiste, au point de sembler surgir comme un diable de sa boite, accéder au pouvoir en quelques mois,… »

Cette idée d’une formation ultra-rapide d’une nouvelle classe dominante est par contre toujours celle des camarades, d’après leur texte récent, qui a l’ « imprimatur » de leur Maitre-à-penser :

« Après la mort de Staline en 1953, une nouvelle classe exploiteuse réussit à se constituer et à prendre le pouvoir en la personne de Khrouchtchev. Dès 1956, la «déstalinisation» fut initiée, et le capitalisme rétabli, le pouvoir du peuple sur la société fut confisqué. Le marxisme fut abandonné, ou plutôt «révisé» pour faire croire que l’URSS était toujours socialiste alors qu’elle ne l’était plus. Ainsi on appelle «révisionnistes» les dirigeants soviétiques qui ont succédé à Staline. » (extrait de leur tract récent)

 

Autrement dit, en trois ans, de 1953 à 1956, s’est constituée une classe bourgeoise dominante qui n’existait absolument pas auparavant…

 

__ « …et pouvoir commencer à renverser la vapeur de la locomotive socialiste encore si bien lancée dans sa période de redéveloppement, suite aux ravages de la guerre. »

Le développement économique socialiste avait alors permis à l’URSS de se reconstruire et de se maintenir au premier plan des puissances mondiales, ce qui aurait donc du s’arrêter net selon les « historiens » de l’OCF…

Alors que pour nous:

__ « Incontestablement, si les ennemis du développement socialiste ont trouvé prise si rapidement, c’est grâce aux déficiences bureaucratiques et autoritaires dont il pâtissait déjà, même si leur discours démagogiques visaient à masquer leur propres responsabilités dans ce processus. »

Alors que selon les camarades de l’OCF, donc, il n’y avait jusque là aucune déficience bureaucratique, vu que le processus démocratique fonctionnait d’après eux à merveille, même s’il ne semble pas, ni pour la plupart des historiens, ni pour nous, que ce fut systématiquement le cas sur le terrain…:

__ « Le processus démocratique de contrôle populaire ne peut pas résider seulement dans un passage de la constitution, mais dans sa réalité sur le terrain. C’est une des leçons de l’histoire de l’URSS qu’il ne faut pas oublier.

De plus, si la contre-révolution khrouchtchévienne a rapidement remis en cause quelques fondamentaux du socialisme, dont la liquidation des Stations de Machines agricoles et Tracteurs (SMT), fut un exemple emblématique,… »

Cette remise en cause, citée par nous ici, n’a été effective qu’en 1959, en fait, sur le terrain :

http://www.persee.fr/docAsPDF/reco_0035-2764_1959_num_10_3_407358.pdf

 

__ «  …il faut aussi considérer que cette déconstruction s’est effectuée sur une grande durée, et que des éléments d’économie socialiste ont survécu assez longtemps pour duper le prolétariat, ainsi que divers avantages sociaux qui n’ont été définitivement liquidés que  suite à l’effondrement de l’URSS. »

Les SMT, donc, exemple connu, montrent déjà ce que le changement social et économique a eu d’ « instantané », (…6 ans après!) à partir de 1953…

 

Mais dans leur tract récent, pour l’OCF et ses adeptes :

« Malgré quelques apparents «acquis sociaux», il ne restait plus rien du socialisme. »

 

Les « acquis sociaux » ne peuvent absolument plus être « réels », pour eux, à partir se 1953, (…ou 56??), car ils seraient à la fois, inévitablement, un héritage du socialisme et de la Révolution d’Octobre, et donc, un déni de leur propre « théorie » de la transformation « instantanée » du socialisme en capitalisme !

 

Mais c’est évidemment cette dernière phrase de notre présentation qui les a donc fait sortir de leurs gonds… :

__ « En un certain sens, la contre-révolution khrouchtchévienne est aussi un type d’ »économie mixte », mais de type régressif, comme une antithèse de la NEP, en quelque sorte. »

C’est vrai qu’il y a là de quoi mettre à la torture les pauvres neurones de nos « grands penseurs »…

Beaucoup trop d’idées, sans doute, pour eux, quoi que pourtant simples, mais regroupées dans une seule phrase…

Décortiquons….

__ « une sorte d’« économie mixte »… »

Il s’agit donc d’une comparaison, d’une analogie…

Qu’est-ce qu’une société d’économie mixte ?

C’est une société contrôlée en majorité par des capitaux publics, dotée d’une mission de service public, d’utilité sociale, de tâches planifiées dans l’intérêt public, mais qui dégage néanmoins un bilan financier incluant un intérêt pécunier pour ceux qui en sont responsables. En quoi est-ce une forme de socialisme ? En rien, à priori, et ce n’est pas non plus ce que cette dernière phrase signifie.

Au contraire, et autrement dit, il s’agit bien, en fait, d’un élément typique du capitalisme d’état !

__ « De type régressif… : »

Cela signifie, assez logiquement, que, progressivement, l’intérêt public, dans ce processus, au fil du temps, s’efface au profit de l’intérêt pécunier.

Et il s’agit donc bien d’une forme de « régression » vers une forme de capitalisme éloignée du capitalisme d’état, éloignée de l’utilité sociale et de l’intérêt public.

__ « Comme une antithèse de la NEP… »

Encore trop de concepts accolés ensemble, ici, sans doute pour nos grands « théoriciens », mais difficilement séparables !

Toutefois le camarade WH, dans le même courrier déjà cité, où il proclame l’omniscience de Maitre VG, (…« Le texte du camarade VG date quant à lui de 2006, et contenait déjà tout ce qu’il y a à savoir. »), rajoute aussitôt ce qui semble être une lueur de sa part :


« Pendant ce temps toi tu compares la période Khrouchtchev à une NEP inversée ?! »

Semblant signifier par là qu’il aurait tout de même saisi le principe possible d’une démarche dialectique, processus qu’il avait pourtant rejeté dès la première ligne de son mail :

« Que vient faire la dialectique là dedans ? « 

En réponse à un précédent proposant simplement d’en revenir à cette méthode éprouvée…

Mais appuyons nous donc sur ce sursaut de conscience pour gagner du temps et aller plus loin…

Toutefois, avant de parler d’inversion, essayons de rappeler ce qu’est la NEP…

En fait, il nous en donne lui-même aussitôt l’approche et la plus directe qui soit par cette courte citation de Lénine :


« Mais le capitalisme d’État dans une société où le pouvoir appartient au capital, et le capitalisme d’État dans l’État prolétarien, sont deux notions différentes. Dans la société capitaliste, le capitalisme d’État est reconnu par l’État qui le contrôle dans l’intérêt de la bourgeoisie et contre le prolétariat. Dans l’État prolétarien, la même chose se fait au profit de la classe ouvrière pour lui permettre de résister à la bourgeoisie encore puissante et de lutter contre elle. « 
(Lénine, III° congrès de l’Internationale Communiste, Rapport sur la tactique du Parti Communiste de Russie, 5 juillet 1921   https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/07/vil19210705.htm        )

Prenons le cas d’une société mixte, telle qu’évoquée précédemment, et replaçons la dans le contexte de la NEP, tel qu’il y en eut… et dont Lénine parle lui-même des problèmes de gestion qu’elles pouvaient poser:

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/04/d11c/vil19220400-03c11.htm

C’est le cas typique d’un élément de « capitalisme d’état » et qui n’a donc pas forcément la même destinée selon le contexte et les motivations de ses responsables attitrés.

Il est clair que dans le contexte du socialisme et dans une optique politique révolutionnaire, c’est la qualité de la production ou du service répondant à l’utilité sociale et à l’intérêt public qui va primer, qui orientera l’évolution de la gestion, alors que dans une gestion capitaliste c’est l’intérêt pécunier des gérants qui aura tendance prévaloir…

Dans la société khrouchtchevienne il n’y a pas formellement de capitalisme privé, mais la gestion « réformée » des entreprises « décentralisée », surtout financièrement, permet aux gérants locaux, à tous les niveaux, de faire prévaloir insidieusement leur intérêt pécunier sur l’intérêt public, et c’est en cela qu’ils ont reconstitué un capitalisme d’état régressif, qui s’éloigne progressivement de l’utilité sociale, de l’intérêt collectif et public.

L’accumulation primitive se fait au niveau de baronnies bureaucratiques locales, y compris et surtout en lien avec l’économie « parallèle », et par le truchement du relationnel, de la cooptation et du népotisme.

En même temps, il paraît assez évident que cette bourgeoisie bureaucratique ne s’est pas mise en place, avec une telle base économique et sociale, du jour au lendemain, et quasiment dès la mort de Staline.

Le fait qu’elle ait pu se former et exister en tant que classe sociale ayant une base économique et sociale antérieure à sa prise de pouvoir, c’est pourtant ce que nient formellement ces camarades… !

Pour eux le processus d’ « accumulation »  de ce phénomène révisionniste s’est limité à la lutte idéologique et politique à l’intérieur du parti et de l’administration, sans avoir de base sociale et économique ! (Sauf, pour ne pas éluder leur propos, l’influence de l’étranger…)

Le fait, pourtant assez évident, que ces baronnies bureaucratiques aient pu se constituer avec leurs réseaux de relations et d’intérêts au cours de ce processus d’accumulation leur paraît tout à fait inconcevable…

Par contre, mais assez « logiquement », du moins selon ce raisonnement absurde, il leur paraît donc tout à fait naturel qu’un système économique qui fonctionnait entièrement, selon eux, à l’échelle de l’URSS, selon des rapports de production socialistes, passe, sinon instantanément, du moins en moins de trois ans, de la mort de Staline, au XXème Congrès, à des rapports de production entièrement capitalistes, sans que personne, quasiment, ne s’en aperçoive…!

C’est clairement ce que prétend la prose de ces camarades…

WH dans son mail :

« Dès lors qu’une classe exploiteuse s’était formée et dirigeait l’économie, que restait-il de socialisme? Il n’y avait plus de socialisme, mais un capitalisme d’état néo-bourgeois. »

Et comme on l’a déjà vu, dans le tract « approuvé » par l’OCF :

« Après la mort de Staline en 1953, une nouvelle classe exploiteuse réussit à se constituer et à prendre le pouvoir en la personne de Khrouchtchev. Dès 1956, la «déstalinisation» fut initiée, et le capitalisme rétabli, le pouvoir du peuple sur la société fut confisqué. »

 

En même temps on remarque que selon le camarade WH il s’agit d’un « capitalisme d’état néo-bourgeois », concept dont il devra également assumer la paternité, après celui de lutte de classe sans base économique et sociale, qu’il a donc assez crânement défendu au cours de ce débat…

Jusqu’ici la « doxa » héritée de la pensée albanaise était que la prise du pouvoir par les révisionnistes débouchait directement sur le capitalisme monopoliste d’état et le « social-impérialisme »…

 

Rappelons ici, pour mémoire, que cette confusion entre « capitalisme d’état » élément ambivalent et qui ne constitue aucunement un mode de production ou un système économique par lui-même, comme il est si bien expliqué par Lénine lui-même, et notamment dans le texte cité ici par le camarade WH, et capitalisme MONOPOLISTE d’état, cette confusion, c’est précisément la méthodologie par laquelle les « gauchistes », bordiguistes et autres, tentent d’embrouiller leurs adeptes pour faire passer Lénine pour un « traitre »…

Mais nous laisserons volontiers le camarade WH démêler ce problème avec son Maitre-à-penser de l’OCF!

 

La nature de la forme de capitalisme incontestablement restauré par les révisionnistes est une question importante, mais concernant le processus qui y a abouti, le fond de la question, c’est bien la coexistence ou non de rapports de production de natures différentes, que ce soit avant ou après le coup d’Etat khrouchtchévien, et le rapport de forces entre elles, et le moment où ce rapport de forces change radicalement, et toutes les citations du monde ne pourront plus rien changer à ce qu’a été la réalité économique et sociale sur le terrain.

En tant que point de non-retour, fixant la victoire de la contre-révolution khrouchtchévienne, le congrès de 1956 est simplement le moment à partir duquel le rapport de forces se trouve inversé de manière irréversible, alors qu’il était effectivement « en balance » depuis la guerre.

Mais cette inversion ne signifie pas non plus une transformation instantanée, ni même forcément rapide, de tous les rapports de production dans l’ensemble de la société soviétique.

Néanmoins, reposant sur de nouveaux fondamentaux politiques, elle ne peut plus, effectivement, être qualifiée de socialiste, du point de vue de l’analyse ML.

Reste donc à définir la nature de cette forme de capitalisme, par rapport aux autres, même si ce sujet était en réalité « évité » par ces camarades de l’OCF, lors du débat, et pour cause !

Une première approche de ce sujet se trouvait déjà dans les colonnes de TML, néanmoins, ce que nous leur avions signalé, du reste :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/11/20/lettre-ouverte-au-rocml-a-propos-des-sept-questions-sans-reponses/

Article sur le thème du « social-impérialisme », mais où il y a quelques éléments sur la nature de classe de la bureaucratie Khrouchtchevienne (…et successeurs!)

La restauration du capitalisme après plusieurs décennies de socialisme est un phénomène qui n’a évidemment pas de précédent dans l’histoire de la formation du capitalisme, et il doit donc être étudié comme tel, en évitant les analogies formelles avec d’autres phénomènes plus anciens.

Cette restauration ne peut prendre les voies de l’accumulation primitive des sociétés anciennes.

Même si l’on ne partage pas le fantasme d’une lutte de classe purement idéologique, sans base économique directe, telle que supposée par WH, notamment, il est néanmoins clair que ce front idéologique est essentiel dans la phase de transition.

La victoire du révisionnisme politique et idéologique n’est pas une « victoire » d’un « socialisme mou », « agonisant », (théorie d’un autre camarade en désaccord avec l’OCF), sauf si l’on considère que cette terminologie signifie déjà une volonté délibérée de renoncement au développement socialiste….

Il s’agit donc bien d’une contre-révolution. Le fait qu’elle n’ait pas suscité de réaction populaire massive (sauf en Georgie…) tient précisément à ce caractère « double » du révisionnisme, qui utilise habilement une apparence de langage ML, comme savent le faire les manipulateurs.

Outre l’évidence qu’il n’y a pas d’inversion flagrante et généralisée de la nature des rapports de production, le maintien d’un jeu à la fois de « coexistence pacifique » et de contradiction avec l’impérialisme US fait partie de ce double langage et de cette manipulation.

En 1957, soit peu après le XXème congrès, où ils avaient donné des gages à l’impérialisme US, notamment en renonçant aux projets de développement économiques de Staline qui auraient pu faire du rouble une monnaie de réserve internationale, ( http://www.specnaz.ru/articles/195/27/1743.htm ), ils ont donc « évacué » dans les filiales de leurs banques en Europe ( BCEN en France, Narodny à Londres) ce qui restait aux USA de leurs réserves monétaires en dollars…

Cette manœuvre étant à l’occasion l’un des facteurs déclenchant de la renaissance à grande échelle du capitalisme financier purement spéculatif en Europe ( BCEN >>>  « EUROBANK » >>> premiers « euro-dollars », voir thèse de Flora Sfez https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00923001/document et http://www.vtb.fr/about/history/ )

Même si l’URSS n’a pas profité directement de cette spéculation, elle a profité de l’affaiblissement financier US qui en a résulté. Il y a donc un jeu de rapport de force où l’URSS joue sa place comme nation « concurrentielle », mais en ayant renoncé, au départ, à un affrontement sur les fondamentaux, aussi bien politiques que économiques.

C’est un élément parmi d’autres qui apportent un autre éclairage dialectique  par rapport au point de vue de ce camarade qui voit donc l’URSS khrouchtchévienne comme une forme de socialisme « mou » mais néanmoins toujours réel :

«  ….si le capitalisme avait été rétabli en 1956, cela aurait voulu dire que l’URSS était en cohérence avec les pays impérialistes, c’est à dire que la partie aurait été en cohérence avec tout.

Mais l’URSS de 1956 était en contradiction avec le tout et cela même si elle était porteuse d’une contradiction très forte entre les idées capitaliste et les idées socialistes… »

Alors que, on vient de le voir, l’URSS de cette époque n’était donc plus en contradiction réellement fondamentale avec le tout, mais seulement en « concurrence », et les idées « de gauche » du révisionnisme, en France et ailleurs, n’étaient plus qu’une marchandise « démocratique » parmi celles d’autres partis « de gauche »… !

Elle était donc davantage « en cohérence » avec le tout, plutôt qu’en contradiction.

Ce qui ne l’empêchait pas d’élargir son influence internationale en soutenant les mouvements de libération nationaux, souvent animés par des castes de bourgeoisies bureaucratiques locales assez semblable à celle de Khrouchtchev, et c’est pourquoi le terme de « bourgeoisie nationale bureaucratique » nous paraît assez approprié pour caractériser sa nature de classe.

Ce qui n’excluait pas non plus concurrence et contradiction avec d’autres du même genre, comme ce fut le cas avec la bourgeoisie nationale bureaucratique maoïste, après une ébauche de réconciliation, au moment, précisément, de la mort de Staline. ( https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/02/maoisme-etou-marxisme-leninisme/ )

Dans un capitalisme de type national bureaucratique des éléments de capitalisme d’état peuvent subsister et même rester un « noyau dur », en complément des baronnies bureaucratiques locales et de l’économie « parallèle ».

Autour de certains éléments de ce capitalisme d’état il n’est pas bien difficile d’entretenir pour les masses l’illusion formelle du « socialisme », notamment autour des acquis sociaux maintenus et d’une gestion incluant une part de collaboration de classe avec l’aristocratie ouvrière.

Avec le secours de l’idéologie révisionniste et de son double langage, il n’y a donc pas de contradiction ouverte entre superstructure et infrastructure.

Luniterre

 

 

 

 

 

4 commentaires

  1. Je me permets d’entrer dans ce débat qui est intéressant.
    Pour commencer une petite rectification: les capitaux exportés par laChine sont majoritairement des capitaux qui sortent de Chine en direction de Macao et de Hong Kong pour rentrer tout juste après en Chine pour de raisons d’évasion fiscale. donc, même aujourd’hui on ne peut pas dire que les « exportations de capitaux de la Chine son supérieurs aux entrées de capitaux en provenance des pays capitalistes développé.
    il faut savoir aussi que les investissements étrangers en Chine ont commencé leur descente.
    Autrement, sur la question du changement de nature de l’URSS en 1956. Il n’y a pas eu de changement de nature qui n’est advenue qu’en 1989. La propriété socialiste des moyens de production, la planification centralisée de l’économie (malgré les entorses de plus en plus larges qui justifient les changements promis par Khrouchev), le monopole du commerce extérieur, la collectivisation de l’agriculture et l’interdiction de l’achat et vente des moyens de production restent en place. Ce qui s’est passé est une accélération de la dégénérescence politique du socialisme en URSS provoqué par des difficultés économiques croissantes mais surtout par l’ambition de la haute bureaucratie de conserver et augmenter leurs baronnies, parts de pouvoir et privilèges.
    Il est impossible d’analyser le surgissement d’une classe sociale ou d’une couche sociale, sans analyser l’économie d’une société donnée.
    La dégénérescence Krhrouchovienne est l’expression politique d’un rapport de forces et/ou de classes. sous la forme des classes constituées ou en formation (même si cela dure quelques dizaines d’années) et/ou sous la forme de l’influence idéologique du monde capitaliste qui, c’est un fait, avait des indices de productivité du travail (le facteur fondamentale pour comparer des économies ou pour « émuler » des systèmes opposés) bien supérieurs à ceux de l’URSS.
    Toute la question de l’URSS, de laNEP, des plans quinquennaux, de la guerre, de la reconstruction, du Khrouchovisme comme de l’effondrement final peuvent se résumer à la course désespérée d’attraper les taux de productivité du travail des pays capitalistes avancés.
    La déformation et après la dégénérescence bureaucratique qui va s’accélérer avec Khrouchev ne laissent aucune chance à l’URSS.
    La superstructure politique bâtie autour de cette question ne peut pas être la seule « explication » de l’ensemble, mais toujours, le soubassement économique, et dans le cas d’espèce, la productivité du travail par rapport aux puissances impérialiste.
    C’est cette question qui déterminé la nature du socialisme de l’URSS. Un socialisme inachevé d’abord, déformé après, une « mauvaise économie » qui, hors des échanges internationaux et des échanges technologiques et de capitaux nécessaires, ne pouvait pas aboutir à un socialisme réussi.
    Le volontarisme ne suffit pas. C’est toujours, l’économie qui, en dernier analyse, marque de son seau toute l’histoire.

    1. En fait, les « interdictions » comme celles d’achat et de vente sont purement formelles, et les pratiques de marché ont bien lieu, soit dans le cadre « administratif », au début, soit dans l’économie parallèle, très rapidement…

      Ce qui pénalise ce capitalisme « national » bureaucratique, c’est précisément son mode d’accumulation insuffisante pour plus de développement et de rentabilité.

      Les pauvres restes du socialisme qui ont probablement subsisté ici ou là n’y sont pour rien!

      Concernant les capitaux chinois la source première de l’info est officielle chinoise et comporte possiblement une part de pure com, sinon d’intox…

      Le fait que les flux chinois deviennent prépondérant est une réalité, indépendamment du sens du courant…

      Luniterre

      1. Je me permets de dire que la nature « des flux » n’est pas indifférent, car une chose est l’exportation des capitaux une autre les manoeuvres des entreprises chinoises (qui sont majoritairement composées des capitaux non-chinois pour le plus grandes) pour évader les impôts.

        Dans un cas nous avons une des caractéristiques d’un pays impérialiste ou que voudrait le devenir, l’exportation des capitaux; dans l’autre nous sommes en face d’une pure et simple évasion fiscale

      2. Bien entendu, et ce phénomène est ancien, mais on ne peut pas y réduire la totalité des flux… La majorité?? Il faudrait, pour affirmer cela, se baser sur des études récentes… De plus, les capitaux qui sortent pour rentrer ensuite ne « dorment » pas forcément pendant le voyage, et font même probablement quelques détours lucratifs qu’il conviendrait d’étudier…

        Le communiqué chinois porte sur des chiffres très importants…
        Dans d’autres communiqués, les chinois affirment vouloir « freiner l’évasion des capitaux »… Font-ils allusion à ce phénomène? C’est possible… D’un autre côté, ils sont fiers de ce que la « balance » penche du côté export…

        En réalité, la finance chinoise est extrêmement compliquée…

        En tous cas, leur volonté d’expansionnisme financier est clairement affirmée et bien réelle, et c’est ce qui détermine la nature du système, même s’il n’est pas encore tout à fait à la hauteur de ses prétentions.

        Les exemples d’investissements productifs et financiers sont multiples, y compris en France, et ne laissent pas planer le doute sur la nature du régime!

        Luniterre

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