Russie

Le Malthusianisme contre les « Routes de la Soie »: décrypter les discours officiels!

[  UNE NOUVELLE SUITE AU DÉBAT, EN MARGE DE:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/11/devoir-de-vacances-resume-ce-quil-faut-retenir/  ]

 

A propos de deux articles du canadien Matthew Ehret parus sur le « Saker francophone » et largement repris par la blogosphère gauchisante française…

Récemment cités dans un échange de posts en commentaires sur TML, voici l’ « explication de texte » que nous en avons proposé, et donc en marge de la publication de :

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/11/devoir-de-vacances-resume-ce-quil-faut-retenir/

 

 

 

 

Bonjour,

Les deux articles que vous citez:

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-loccident-a-t-il-detruit-sa-propre-base-industrielle

https://lesakerfrancophone.fr/poutine-defie-les-malthusiens-la-fusion-nucleaire-devient-une-priorite-nationale-pour-la-russie

sont du même auteur, Matthew Ehret, qui joue très clairement dans le camp du capitalisme chinois, et donc, il faut évidemment comprendre que les développements idéologiques qu’il nous propose sont au service des intérêts du capitalisme chinois.

D’un point de vue ML, c’est à dire du point de vue du matérialisme dialectique, il reste essentiel de comprendre les mouvements de la base économique, qui conditionnent ceux des superstructures idéologique, sans pour autant, négliger l’action en retour de celles-ci, dont ces articles sont un exemple. Le malthusianisme n’est lui-même que l’une des superstructures idéologiques du capitalisme, et qui « ressurgit » uniquement en fonction de ses propres besoins en termes de restructuration, et ici, éventuellement, ceux du capitalisme financier US.

Bien évidemment, Matthew Ehret nous présente l’alliance Chine-Russie comme une sorte de « partenariat équitable », et c’est bien ce que la Chine prétend promouvoir, officiellement, avec son système auto-centré des « nouvelles routes de la soie »…

Or les disproportions et les disparités, et même, les inégalités, sont énormes, entre ces deux grands pays. A tous points de vue, et en premier lieu, dans leurs histoires économiques ces dernières décennies, en dépit d’un passé formellement commun dans les références au ML.

Au stade actuel, la Russie est encore en train de se remettre, difficilement, des conséquences de l’effondrement de l’URSS, et d’abord, de son effondrement économique.

Une des caractéristiques de cette situation, c’est que la période comprador etlsinienne qui a suivi cet effondrement a été un échec total en termes de développement économique, même en termes de développement du capitalisme comprador.

Ce qui a permis à une fraction survivante de la bourgeoisie nationale bureaucratique de reprendre le pouvoir et de redémarrer une phase de développement d’un capitalisme essentiellement « national ». D’où l’émergence importante, et même massive, d’une nouvelle idéologie nationaliste, en Russie, reprenant même en compte une partie importante de l’ancien patriotisme de l’URSS, dans ses diverses composantes, y compris « stalinienne », notamment au titre de la Grande Guerre Patriotique.

En rapport de sa superficie, la Russie reste relativement peu peuplée et dispose par contre d’importantes ressources naturelles, mais de peu d’industrie de transformation en produits finis. Elle a donc une marge extensive pour se développer encore sur la base d’un capitalisme national, même pour répondre à ses propres besoins, sans nécessairement pour cela aiguiser les contradictions de classe au point de rupture.

Le développement démographique, dans ce cadre, et compte tenu de sa faiblesse actuelle, reste encore un élément moteur complémentaire et même nécessaire de ce type de développement économique.

C’est sur cette base économique qu’il faut comprendre le discours de Poutine. Mais sans perdre de vue que le rapport de proportion, sauf évidemment, en superficie territoriale, est à peu près dans tous les domaines, et notamment, financier, de 1 à 20 en faveur de la Chine.

En population, il est pratiquement de 1 à 10.

L’un des atouts majeurs de la Russie c’est qu’elle peut survivre, même avec un niveau de développement modeste, en quasi-autarcie, y compris sur le plan alimentaire.

Ce n’est pas du tout le cas de la Chine, qui, malgré son développement économique, perd son autonomie alimentaire et se trouve dépendante, non seulement pour son développement industriel, mais simplement pour son approvisionnement alimentaire, de son commerce extérieur, de ses exportation industrielles, de ses importations alimentaires, mais aussi de ses exportations de capitaux, notamment pour l’ achat de terres agricoles à l’étranger.

Le déficit agroalimentaire de la Chine, apparu au début des années 2000, tourne maintenant autour de 60 à 70 Mds de dollars et tend à se creuser.

Le projet de réseau économique autocentré des « routes de la soie » est donc vital pour le capitalisme chinois, alors que son développement ne peut qu’accentuer cette dépendance : la Chine doit nourrir 20% de la population mondiale avec moins de 10% des terres arables disponibles (seulement 8%, selon certaines études), et moins de 7% des ressources en eau. Et ce ratio tend nettement à empirer avec l’industrialisation continue.

Il y a une autre différence fondamentale et essentielle entre le capitalisme chinois et le capitalisme russe, également, dans leur rapport au capitalisme financier US.

Comme on l’a vu, la phase comprador eltsinienne a complètement échoué en Russie, et la pénétration des capitaux étrangers y reste réduite et n’est pas un facteur de dépendance.

En 2017, le flux d’IDE entrants en Russie était de 25 Mds de dollars, contre 136 en Chine… Et de plus, en baisse par rapport à 2016 (37 Mds) et il est à nouveau fortement en baisse en 2018 (10 Mds).

Alors que le développement du capitalisme chinois a nettement réussi sa mutation comprador dès 1972 et les accords Mao-Nixon, incluant, outre la collaboration stratégique antisoviétique, la pénétration des capitaux US via Hong Kong et le système des « Red Chips », toujours actuellement en fonction, même si ce n’est plus le canal essentiel d’investissements US en Chine.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

Depuis, l’interdépendance de ces deux économies capitalistes a évidemment bien évolué dans le sens d’un rééquilibrage en faveur de la Chine, tel que décrit dans différentes études parues sur TML, du reste (*), mais elle n’en a pas pour autant totalement disparu, ce qui permet de fait à la Chine d’avoir une marge de négociation assez extensible en termes économiques, avant d’en venir à une confrontation directe, éventuellement militaire.

Alors que la Russie, militairement de plus en plus encerclée, n’a précisément que ses moyens militaires, même comme arme de négociation :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/07/06/nouveaux-missiles-russes-la-paix-en-europe-est-elle-menacee-et-par-quoi-et-par-qui/

Lorsque Trump est arrivé au pouvoir il est clair qu’une fraction du capital US peu investie en Chine était à l’œuvre derrière lui et entendait jouer la carte de la Russie contre la Chine, un peu à la manière dont Kissinger avait initialement joué, et très habilement, la Chine de Mao contre l’URSS… Manifestement, l’idée d’une « ouverture à l’Ouest » pour désenclaver la Russie ne déplaisait pas à Poutine, mais les concessions qu’il était prêt à faire étaient sans aucun doute insuffisantes aux yeux du capital US, ce qui explique le revirement brutal, malgré l’enclenchement de la « guerre économique » avec la Chine… !

 

Luniterre

 

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/07/29/1385_chine_yuan_dollar_/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/10/chine-usa-2014-2019-chronique-dune-guerre-economique-annoncee/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/07/guerre-commerciale-la-chine-reajuste-le-yuan-a-la-baisse-pour-contrer-trump/ )

 

UNE SUITE AU DÉBAT…

 

POST EN RÉPONSE DU 17/08/2019:

 

« j’avais fait un copier coller de votre texte pour vous répondre alinéa par alinéa mais votre site n’acceptant pas les discrimination j’ai été conrtaint de revoir ma copie. Je vous transmets ci après le produit de me cogitations en espérant ne rien avoir oublié.

Le malthusianisme est ancré profondément dans la doctrine néolibérale sociale ou pas. La réduction drastique de nucléaire est en cours, les énergies renouvelables ne pourront satisfaire les besoins que de 1 à 2 milliards d’individu. Les barbecues géants ne sont pas près d’être éradiqués

Compte tenu de ce qui précède le progrès économique et par conséquent social va disparaître et la pression démographique nécessairement repartir. Il y aura de plus en plus un décalage entre les besoins et les crédits alloué par l’Etat pour les satisfaire et c’est déjà le cas.
Cela ne peut condamner les classes privilégiées c’est à dire ceux qui détiennent le capital et leurs alliés qui multiplient les génuflexions dans l’espoir de grappiller les miettes ?

En quoi la surpopulation reste-t-elle une question d’équilibre : Quelles fractions de notre environnement faut-il réserver à la végétation, au le monde animal, l’Humanité, aux équilibres naturels qui ont permis ce que nous sommes devenus à partir de l’observation et sans intervention de scientifiques découpant l’ADN en rondelles ( en spirales) pour le modifier ailleurs toujours pour un profit plus grands. S’il ne s’agissait que de le réparer pour soulager des souffrances je dirais allons y.

Les réductions drastiques doivent être réservées au luxe insolent affiché par les capitalistes et leurs valets cela nous ramène à la lutte des classes et à l’impôt, à la remise en cause d’une politique des revenus scandaleuse. Les ressources rares doivent être partagées équitablement dans l’intérêt collectif, on peut aller chercher ailleurs celles qui sont insuffisantes sur terre par exemple l’hélium 3 sur la lune. Il est aberrent de brûler des hydrocarbures au lieu de les réserver pour des industries de transformations alors que nous saurons dans quelques années en toute sécurité produire de l’électricité à partir de la fusion thermonucléaire. Les programmes sont en cours.

Toutes les potentialités de l’économie circulaire, c’est-à-dire le recyclage encore et encore, doivent être mises en œuvre. Les chinois ont commencé à le faire.

En complément il faut poursuivre les recherches pour trouver les solutions les mieux adaptées aux problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés en particulier pour maîtriser la fusion thermonucléaire, réduire les déchets de longue durée les utiliser pour produire de l’électricité et non pas les enfouir ou fabriquer des munitions tant avec le plutonium que de l’uranium appauvri.

Je ne m’identifie pas aux classes moyennes mais souhaite une solution globale pour une avancée et non un recul social. Mais si nous poursuivons dans la voie dans laquelle nous sommes engagés notre descendance se retrouvera dans des conditions proches de celles du moyen âge. De décroissance en décroissance du bulbe elle retournera au village primitif, c’est bien là notre plus gros problème à résoudre car il n’y a pire que celui qui ne veut savoir. L’ignorance n’appelle pas systématiquement le savoir, ce serait plutôt le contraire.

Vous imputez à l’auteur une propagande délibérée pour le nucléaire, afin d’amener subrepticement une propagande pour le capitalisme chinois, que je n’ai pas ressentie. C’est me semble-t-il un procès d’intention.

Tchernobyl est consécutif à une erreur ce procédure et ses conséquences à l’absence de confinement mais n’a pas eu les conséquences décrites par les médias et tous ceux qui militent en faveur de l’abandon du nucléaire. L’erreur, la faute sans doute, à Fukushima a été d’implanter des réacteurs dans une zone sismique.

Les centrales étasuniennes ont connu elles aussi quelques déboires mais je n’ai pas eu le temps d’aller voir mais le nombre des victimes du nucléaire civil est sans commune mesure avec celles des conflits qui ont ravagés la planète depuis plus d’un siècle.
Personnellement je le jauge le système chinois aux résultats obtenus en matière d’emploi de pouvoir d’achat et de protection sociale, qui sont accessibles à tous.

Vous lui reprochez d’avoir atteint le stade combiné du capitalisme financier et du capitalisme monopoliste d’État, que vous qualifiez stade de l’impérialisme, l’ensemble masqué sous un vocabulaire « marxiste-léniniste » dont il se drape encore, selon les besoins de sa propagande alors que j’ai lu sur votre site, je ne sais plus si vous en êtes l’auteu,r que pour être à même de nettoyer les écuries il fallait y entrer.

C’est comme si vous écriviez que la programme du CNR élaboré par Pierre Villon qui fut à la base des trente glorieuses était un programme capitaliste alors qu’il n’était qu’une étape en direction de la socialisation des moyens de production et d’échange qui hélas à été abandonné pour des raisons que vous savez.

Les proportions économiques sont de 1 à 20 entre la Russie et le Chine écrivez-vous ! Si vous comparez avec Cuba c’est encore pire mais ne prouve rien.

La Russie et la Chine n’ont pas d’ambitions impérialistes affichées, l’avenir nous dira ce qu’il en est réellement par contre ce qu’ils entreprennent, l’Inde, la Turquie, le Venezuela et quelques autres, leur soutien à la Syrie est de nature à freiner voire à annihiler les prétentions de l’impérialisme occidental à dominer sans partage les ressources et les peuples de la planète. En France que faisons-nous ?
Les révolutionnaires de salon ne font rien ou (et) ratiocinent, l’état de l’opinion est à l’avenant.

Je partage votre appréciation sur la direction actuelle du PCF incapable d’élaborer une pensée cohérente car elle ne se débarrasse pas de son anti stalinisme viscéral

et de ses utopies. J’ajoute simplement que ce doit être sur une base marxiste tout en compte tenant compte des enseignements du passé des échecs, des reculs, des renoncement et des avancées qu’il convient de mettre en exergue car elles sont tues par l’Histoire officielle. » [ Jack Freychet ]

 

UNE RÉPONSE TML:

Bonjour,

Le développement du capitalisme chinois est incontestable et rappelle, par bien des côtés celui de nos « trente glorieuses » d’après-guerre, avec effectivement les progressions sociales y afférentes.

En France, les « trente glorieuses » correspondent également au redéploiement de l’impérialisme français et au passage du colonialisme « à l’ancienne » au néo-colonialisme de domination essentiellement financière, avec le système « françafrique », toujours en vigueur, en faits.

Ce redéploiement n’a été possible que sur la base des accords de collaboration de classe promus par le thorezisme dans tous les domaines et prolongés sous Waldeck-Rochet et Marchais.

Vous dites que le programme du CNR était « une étape en direction de la socialisation des moyens de production et d’échange qui hélas à été abandonné pour des raisons que vous savez. »

C’est effectivement ce qu’il aurait du être si les clauses en avaient été sérieusement négociées d’un point de vue prolétarien.

Or l’histoire, dès le 8 Mai 1945 à Sétif (*), montre que ce n’était pas le cas et que la direction du PCF avait entériné la reconstruction de l’impérialisme français comme une contre-partie des concessions sociales accordées. Elle n’avait, en conséquence, prévu aucune possibilité, ni légale ni clandestine, de maintient des forces armées prolétariennes issues de la Résistance, qui se sont donc trouvées intégrées aux forces armées de l’impérialisme en voie de reconstruction ou dissoutes.

Il est donc évidemment possible de dire que le programme du CNR était un « programme capitaliste », et d’autant plus qu’il ne faisait aucune mention expresse d’une alternative socialiste possible.

Ce n’est donc pas pour autant ce qui aurait pu le rendre condamnable, si, en tant que programme de front uni de libération antifasciste il avait été correctement négocié, avec des clauses prévoyant le maintient et même la pérennisation des structures politiques populaires et prolétariennes issues de la Résistance, en lieu et place de leur dissolution au profit de la reconstitution de l’État impérialiste français. Et de fait, cela aurait donc du inclure le maintient et la pérennisation des organisations militaires issues de la Résistance, sous une forme ou une autre, genre « garde nationale », telle que sous la Commune de Paris.

A ces conditions, le rapport de force se serait trouvé certainement très différent lors des conflits sociaux de 1947-48 !!!

A ce sujet, le rapport Jdanov est sans ambiguité :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/doctrine-jdanov-les-bonnes-feuilles-commentees-selon-eduscol-du-rapport-jdanov-de-1947/

Et encore moins, en fonction des débats de la conférence du Kominform, en 1947, également :

The Cominform — Minutes of the Three Conferences 1947/1948/1949, édité par Giuliano Procacci, Feltrinelli Editore (Milan, 1994)

Concernant les stades de développement des capitalismes russes et chinois, il est évident que les rapports de proportions ne suffisent pas à caractériser leur différences, même s’il donnent une bonne indication, compte tenu qu’il s’agit de deux très grands pays d’importance géopolitique et géostratégiques comparables. Du reste, ma réponse précise leurs degrés de dépendances respectives vis à vis des capitaux financiers étrangers, et principalement US, en pratique. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une étude complète, abordée par ailleurs sur TML, et qui donne notamment la comparaison en termes d’exportation de capitaux, critère ML effectivement décisif en termes de caractérisation du stade impérialiste.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

Il en ressort que la Chine est devenue exportatrice de capitaux, et cela dans tous les domaines, alors que la Russie, outre la disproportion déjà évoquée reste importatrice, même si dérisoirement, ses rares exportations de capitaux étant de plus généralement du ressort de l’évasion fiscale et non pas réellement de l’investissement productif.

Selon ce critère et d’autres, il est donc approprié de distinguer deux stades de développement du capitalisme différents entre la Chine et la Russie, dont l’un est le stade impérialiste et l’autre le stade encore essentiellement « national ».

Il est donc politiquement juste d’en tenir compte dans les soutiens nécessaires aux différentes luttes de libération et/ou de résistance nationale, dont celle de la Russie, sans négliger la priorité que nous devons faire aux luttes sociales, comme celle pour la défense des retraites, en Russie, également.

Dans les circonstances actuelles, où le prolétariat industriel est essentiellement démobilisé et dépolitisé, en plus d’être socialement minoritaire, où les classes moyennes en voie de prolétarisation se révoltent sporadiquement, mais sur des bases de classe qui restent idéologiquement petites-bourgeoises, la question du front uni reste posée, et même si elle se pose différemment qu’aux époques précédentes, la priorité doit toujours combiner l’actualité des revendications sociales les plus unificatrices et l’autonomie politique et organisationnelle de l’avant-garde prolétarienne, qui reste encore, manifestement, à construire !

Luniterre

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/05/14/le-8-mai-1945-a-setif-kateb-yacine-se-souvient/ )

 

 

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Nouveaux missiles russes : la Paix en Europe est-elle menacée ? Et par quoi et par qui?

https://img.aws.la-croix.com/2019/04/02/1201012881/LC-OTAN-ETATS-MEMBRES-V2-290319_0_729_405.jpg

 

 

https://www.medias-presse.info/wp-content/uploads/2018/03/Bases-US-contre-Russie.jpg

 

 

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Nouveaux missiles russes :

la Paix en Europe

…est-elle menacée ?

Et par quoi et par qui?

 

 

La Russie a une nouvelle fois refusé de détruire ses nouveaux missiles déployés en Europe, ce que l’OTAN prétend être en violation d’un traité conclu en 1987, comme l’a répété vendredi le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion du conseil Otan-Russie.

« Nous n’avons pas vu une quelconque indication de la volonté de la Russie de se mettre en conformité avec le Traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) en détruisant ces missiles avant le 2 août… » Date à la quelle les États-Unis menacent de se retirer, au terme d’un préavis de six mois.

 

En réponse à cette menace, Vladimir Poutine a ratifié, mercredi 3 juillet, la suspension de la participation russe au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Ce traité, signé en 1987, pendant la guerre froide, interdisait aux deux parties d’utiliser des missiles terrestres d’une portée de 500 à 5 000 km.

 

L’accord bilatéral conclu par Washington et Moscou en 1987 avait permis l’élimination des missiles balistiques et de croisière SS20 russes et Pershing américains déployés en Europe.

En février dernier, Washington a accusé Moscou de violer le traité et a pris la décision – qui deviendra effective le 2 août – de se retirer du traité FNI. La Russie avait déployé des nouveaux missiles Novator 9M729, en affirmant que leur portée n’était que de 480 km alors que l’OTAN et les Etats-Unis l’estiment à 1 500 km.

 

Jens Stoltenberg a reconnu que « les défenses actuelles ne sont pas en mesure d’abattre un missile de croisière tiré depuis la Russie ». Mais il a affirmé que « l’Europe n’a pas l’intention de déployer de nouveaux missiles armés de têtes nucléaires en Europe ».

L’Otan exige donc que la Russie détruise son nouveau système de missiles avant le 2 août, ultimatum fixé par l’OTAN pour renégociation selon ses nouvelles conditions ou liquidation du traité.

« Notre objectif est de sauver le traité. Il reste 4 semaines avant le 2 août », a-t-il insisté. « En 1987, la Russie a détruit des missiles de croisière en quelques semaines. Il suffit d’en avoir la volonté politique », a-t-il rappelé.

 

On se rappellera donc à ce propos que la signature de ce traité a précédé de peu la liquidation de l’URSS, en fin de compte, et donc par voie de conséquences la disparition quasi effective pour une décennie complète de la Russie sur la scène internationale en tant que nation souveraine apte à défendre ses droits.

Ce dont s’est souvenu l’écrivain et ancien diplomate, mais anticommuniste notoire, Fédorovski, à l’occasion du 25ème « anniversaire » de cet effondrement :

« N’oublions pas que ces oligarques ont agi avec la complicité des banques occidentales. Les sorties de capitaux étaient considérables: 120 milliards de dollars par an quittaient le pays chaque année dans un contexte où 50% de la population frôlait le seuil de pauvreté. La fin de l’URSS était un cadeau géopolitique immense pour l’Occident, mais au lieu d’associer la Russie au concert des nations européennes, elle a été marginalisée. Aujourd’hui, nous le payons.

_Nous payons donc des erreurs commises en 1991?

Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev.

Il faut préciser quelque peu la chronologie. J’étais aux réunions diplomatiques sous George Bush (père) et sous son secrétaire d’État James Baker, ils ne voulaient pas du concept de «cordon sanitaire» forgé par Zbigniew Brzeziński et qui n’a été appliqué qu’à partir de la présidence de Bill Clinton dans la deuxième moitié des années 1990. C’est sous l’influence du «Grand échiquier» de Brzeziński que l’on a commencé à parler de l’utilité pour les États-Unis d’une Russie faible et d’une Ukraine forte. Autant vous dire que cela a laissé des traces dans la mémoire contemporaine des Russes. Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev. Il se trouve que j’étais présent aux accords conclus sur ce point avec les Américains. Ils ont été complètement bafoués et les partisans de l’avancement de l’OTAN vont aujourd’hui jusqu’à nier l’existence même de ces accords. Ces accords ont bel et bien existé: le deal diplomatique concernait la réunification de l’Allemagne, que l’URSS acceptait. En échange, les Américains s’engageaient à respecter les intérêts géostratégiques de la Russie.

Tous ces événements sont pour les Russes un grand échec national. »

 

Mais aujourd’hui la Russie semble bien avoir tiré les leçons de cette catastrophe et être à nouveau capable de prendre des mesures pour défendre sa souveraineté et son indépendance :

« Les tentatives de rejeter la faute sur la Russie pour la disparition du traité INF sont injustifiées », a affirmé la représentation de la Russie auprès de l’Otan dans un communiqué.

« Nous avons attiré l’attention sur les risques réels d’aggravation de la situation militaire et politique en Europe », a-t-elle ajouté.

Si les Etats-Unis se retirent du traité, « nous avons confirmé ne pas avoir l’intention de déployer des systèmes de missiles correspondants en Europe et dans d’autres régions, à moins que des missiles américains à portée intermédiaire et à courte portée ne soient déployés », a-t-elle déclaré. « Nous avons demandé aux pays de l’OTAN de faire la même déclaration », a-t-elle précisé.

Le conseil Otan-Russie est l’instance de consultation créée en 2002 entre les deux blocs. Ses réunions se tiennent au niveau des ambassadeurs. Jens Stoltenberg n’a pas annoncé de nouvelle réunion avant le 2 août

 

La Russie a mis en garde lundi contre une crise des missiles comparable à celle de Cuba, en 1962, si les États-Unis s’avisent de déployer en retour en Europe des missiles nucléaires à portée intermédiaire. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a assuré mardi qu’une telle hypothèse n’était pas à l’étude.

L’ambassadrice américaine à l’Otan, Kay Bailey Hutchison, a déclaré de son côté que Washington envisageait seulement pour le moment de déployer des missiles conventionnels. « Toutes les options sont sur la table mais nous ne pensons qu’à des systèmes conventionnels, il est important que nos alliés européens le sachent », a-t-elle dit.

La plupart des pays européens ne sont pas favorables au déploiement de missiles nucléaires américains en Europe, une initiative qui rappellerait la course aux armements des années 1980 entre les États-Unis et l’Union soviétique.

Sources utilisées:

https://www.afp.com/fr/infos/334/moscou-refuse-de-detruire-ses-nouveaux-missiles-deployes-en-europe-affirme-lotan-doc-1id10z5

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/03/la-russie-sort-du-traite-sur-les-forces-nucleaires-intermediaires_5484979_3210.html

https://www.ouest-france.fr/europe/russie/l-otan-demande-la-russie-de-detruire-son-nouveau-missile-nucleaire-6415515

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/16/31002-20161216ARTFIG00255-vladimir-fedorovski-la-chute-de-l-urss-est-encore-un-traumatisme-national-en-russie.php

https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2011-3-page-85.htm

 

Conséquences géostratégiques :

 

Quelle menace réelle

pour la paix en Europe ?

 

La rhétorique de la communication occidentale, et surtout US/OTAN, tente de se justifier en traitant séparément la question des missiles de la question de l’équilibre général des forces en présences, et notamment et surtout, des forces dites « conventionnelles » et réellement susceptible d’intervenir sur le terrain, ce qu’elles font déjà concrètement, d’une manière ou d’une autre, depuis des décennies, et singulièrement, depuis la dissolution de l’URSS.

Ces interventions diverses, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de leurs alliés locaux, se fait principalement, sinon presque exclusivement, sur le territoire des anciennes républiques alliées de l’URSS, à l’époque. Cela s’est caractérisé par des conflits ouverts ( Serbie, Kosovo, Ukraine…), ou des implantations de forces militaires exogènes produisant une situation potentiellement explosive, comme en Pologne et dans les pays baltes, notamment.

Profitant de l’affaiblissement provisoire de la Russie, les USA et l’OTAN ont donc avancé partout leurs pions, sous formes de bases militaires, dans ces pays, et cela au mépris de leurs engagements.

C’est ce que montrent de façon on ne peut plus explicite les cartes représentant la situation de ces bases en Europe.

Mais la situation ne se résume pas non plus à un simple rapport de force Russie/OTAN. En effet, si l’OTAN est une alliance où les USA sont clairement la force principale et dominante, elle n’en est pas moins une alliance regroupant également désormais pratiquement tous les pays de l’UE, y compris les pays de l’Europe de l’Est, anciens alliés de l’URSS et donc de la Russie de l’époque.

C’est donc tout aussi clairement une extension de la domination de l’impérialisme US sur ces pays et l’utilisation, notamment géostratégique, par l’implantation militaire, que les USA font de cette domination peut difficilement être considérée comme un facteur de paix avec la Russie…

Mais ce n’est pas tout, ni même nécessairement, le plus inquiétant pour la paix en Europe. En effet, en dehors du cadre de l’OTAN, les USA disposent de bases militaire implantées en Europe, certaines depuis la deuxième guerre mondiale, et d’autres qui sont venues s’ajouter ensuite, notamment depuis la chute de l’URSS, et qui ne sont pas nécessairement soumises, pour leur utilisation, au consentement des autres membres de l’OTAN.

 

 

https://expresselevatortohell.files.wordpress.com/2013/01/us-military-reach.gif?w=910&h=495

https://www.geostrategia.fr/wp-content/uploads/2018/02/Capture-d%C3%A9cran-2.png

 

 

C’est ce qui permet de comprendre les « menaces » de Trump de retirer les USA de l’OTAN au cas où les autres puissances européennes refuseraient de financer suffisamment cette organisation, à son gré. Ce n’est en rien un gage d’indépendance qu’il s’apprêterait à offrir à l’Europe, mais bien au contraire, une menace d’agir et d’intervenir, y compris et surtout, en Europe de l’Est, sans même avoir à demander le simple avis de ses supposés « alliés » de l’Europe Occidentale.

Autrement dit, c’est la menace d’entreprendre directement et pour son propre compte une confrontation, sur le sol européen, avec la Russie !

Autrement dit, encore, les USA ont bel et bien les moyens de pression et de chantage pour plier, en fait, leurs « alliés » de l’Europe Occidentale à leur domination et à leur volonté de dominer également la Russie par un rapport de force qui n’exclut manifestement pas la confrontation militaire, et tout d’abord, de type « conventionnelle ».

C’est bien pourquoi ils espèrent obliger la Russie à détruire ses missiles, qui forment actuellement un rempart difficilement franchissable, de l’aveu même de l’OTAN, et surtout en considérant, paradoxalement, en apparence, que ces missiles peuvent très bien être utilisés sans têtes nucléaires, en tant qu’armes « conventionnelles », mais qui assureraient la défaite d’une tentative US de nouvelle extension vers L’Est… !

 

En conclusion, il serait donc suicidaire, pour la Russie, de renoncer à cette défense sans contrepartie significative de la part des USA et de ses alliés de l’OTAN, et on ne voit pas bien ce qu’elle pourrait être, sinon le retrait de leurs troupes et de leurs armements stratégiques en deçà d’une portée possible sur la Russie, c’est à dire, en fait, un retrait quasi total de l’Europe.

L’OTAN n’est que l’un des visages multiples de la domination impérialiste US et il ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, qui est la présence des forces armées US sur le territoire européen, où elles n’ont légitimement plus rien à faire, et cela depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, en réalité.

C’est le maintien de leur présence et la politique générale de domination US, notamment à travers le Plan Marshall, qui a entraîné une situation conflictuelle de tension permanente en Europe au cours de la deuxième moité du 20ème siècle, et c’est le maintien et l’accentuation de cette politique qui renouvelle et exacerbe les risques de guerre en Europe depuis le début du 21ème.

Certains partis et mouvements nationalistes et souverainistes appellent régulièrement au retrait de la France de l’OTAN. Certains partis qui se disent « de gauche », voire d’extrême-gauche », et même « marxistes-léninistes » réclament également ce retrait. Or ce retrait a déjà eu lieu, provisoirement, sous De Gaulle, et jusqu’à l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, réintégration entérinée effectivement en 2009.

Le retrait de la France de l’OTAN n’a en rien changé le rapport de force écrasant dont bénéficie l’impérialisme US vis à vis des nations qu’il cherche constamment à dominer, et à écraser carrément, sinon.

C’est donc un mot d’ordre parfaitement ridicule, sinon complice, objectivement, de l’impérialisme, français, d’abord, et US, in fine, vu le résultat.

La seule manière de faire avancer la paix en Europe, ce n’est donc évidemment pas un tel retrait, ni même simplement le démantèlement de l’OTAN, mais bien le retrait pur et simple, et sans conditions, de toutes les forces et dispositifs militaires US de tous les territoires européens.

 

Dans ces conditions, des négociations de paix pour le désarmement nucléaire et le démantèlement de tous les missiles en batteries sur le sol européen auraient enfin pleinement leur sens.

Luniterre

Pour la paix en Europe !

 

Retrait inconditionnel

de toutes les troupes US

du sol européen !

 

Négociations

de désarmement nucléaire

et conventionnel !

 

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Непокорённый! – Indomptable Léningrad!

Непокорённый !

Indomptable

Léningrad !

 

 

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La traduction du clip de Kipélov, réalisé en vue de la commémoration de la levée du siège de Léningrad. Avec des illustrations d’Ivan Bilibine, grand artiste illustrateur de livres de contes pour les enfants, images qui ont malheureusement un rapport relativement direct avec cette époque, car cet artiste fait partie des nombreuses victimes de la barbarie nazie (Ce blocus, le plus long de la guerre avec ses 28 mois (872 jours), a entraîné la mort de 1 800 000 Soviétiques, dont plus d’un million de civils – https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_de_L%C3%A9ningrad ). Ivan Bilibine, dont la carrière artistique avait commencé dès la fin du 19ème siècle, a vécu un temps en France, avant de revenir en URSS, vivre et travailler à Léningrad). C’est donc également une occasion de lui rendre hommage.

Luniterre

 

Ci-dessous, à gauche, l’artiste portraitisé en 1901 par Boris Koustodiev, et à droite, « resitué » en quelque sorte, dans l’univers de ses contes par un autre artiste…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2a/1901._Portrait_of_Ivan_Bilibin_by_B._Kustodiev.jpg/800px-1901._Portrait_of_Ivan_Bilibin_by_B._Kustodiev.jpghttps://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/06/1628a-1-bilibin-1-anna-sokolova-giclee-art-print.jpg

Le Cavalier rouge, illustration pour « Vassilia la Belle »

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Непокорённый !

 

Небо Балтики давит свинцом,
Par un ciel de plomb sur la Baltique,
Город держит за горло блокада,
Le siège prend la ville à la gorge,
Медный всадник и ангел с крестом
Le Cavalier de Bronze, avec l’Ange à la croix,
Батальонам подвозят снаряды.
Apportent les munitions aux bataillons.
Львы из камня срываются с мест,
Les
Lions de pierre bondissent de leur socles,
Чтоб с бойцами подняться в атаку –
Pour se porter à l’attaque avec les combattants,
Непокорных жестокая месть.
Vengeance cruelle des rebelles.
Наступление. Крушение мрака.
Attaque. Déchirement de l’obscurité.

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre!

Пишет Жизнь слабой детской рукой
Par la main faible d’un enfant la vie écrit
Даты смерти на саване снегаю.
Sur le linceul de neige les dates de la mort.
Что тогда бы случилось с тобой?
Qu’en aurait-il alors été de toi  ?
Смог остаться бы ты человеком?
Aurait tu été capable de rester humain  ?
Не сдаваться и в голос не выть,
De ne pas te rendre, de ne pas hurler
Убивая за хлебные крошки?
En tuant pour des miettes de pain  ?
Свет надежды сумел бы хранить
Aurais-tu été capable de conserver la lumière de l’espoir
Под раскаты немецкой бомбежки?
Sous les grondements des bombardements allemands  ?

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre!

Чернота. Хрупкий ладожский лед,
Noirceur. Glace cassante du Lac Ladoga
Уходящие дети под воду.
Engloutissant les enfants sous l’eau.
Метроном отобьет скорбный счет
Un métronome bat la mesure funeste
Всех погибших в блокадные годы.
De tous ceux qui sont tombés durant ces années de siège.
Нервы города – к сердцу земли,
Les nerfs de la ville, enracinés au cœur de la Terre,
Силы взять и к весне возродиться,
Y puisent des forces pour ressurgir au printemps,
Медный всадник к победе летит,
Le Cavalier de Bronze vole vers la victoire,
Неподвластной забвению птицей.
Oiseau rebelle contre l’oubli.

Кипелов

Ici, une situation qui explique la dernière scène du clip de Kipélov: à la fin du siège, les inscriptions murales avertissant les habitants des zones exposées aux tirs nazis sont effacées, action marquant le retour de la paix, comme un effacement du cauchemar. Quelques unes de ces inscriptions ont été oubliées, lors de cette opération, et sont aujourd’hui préservées comme témoignage historique.

********************

 

 

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Ivan Bilibine, Vassilia la Belle

 

Марья_Моревна_2

Ivan Bilibine, Maria Morevna et Kochtcheï l' »immortel »

 

 

 

 

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Le Cavalier de bronze ou Le Cavalier d’airain (« Медный всадник » en russe) est une statue équestre monumentale de Pierre le Grand qui se trouve à Saint-Pétersbourg. C’est une commande de Catherine II de Russie à laquelle le sculpteur français Étienne Maurice Falconet travailla durant douze ans. La statue est érigée sur un monolithe de granite à peine travaillé, l’une des plus grosses pierres jamais déplacées par l’homme. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cavalier_de_bronze_(Falconet)  )

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/29/Thunder_Stone.jpg

 

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…Неподвластной забвению птицей…

 

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Kronstadt, 1921 : quelle approche historique?

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Kronstadt, 1921 :

Quelle

approche historique?

 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ef/Map_of_St._Petersburg_%28Einseitige_Farbkarte%29.jpeg?uselang=ru

 

 

Par Laura Fonteyn (15 septembre 2006)

[Commenté et annoté par Luniterre (Mai 2019) ]

 

Selon Lénine, ce fut l’ « éclair qui a illuminé la réalité plus vivement que tout » (1). La rébellion de Cronstadt contre le gouvernement soviétique dirigé par les bolcheviks dura seulement un peu plus de deux semaines, mais elle recèle dans ses enjeux les questions essentielles que se posait le pouvoir bolchevik dans les premières années de la révolution. Cronstadt demeure par là même un sujet de discussion toujours brûlant entre trotskystes et anarchistes. Quelle appréciation, quelles conclusions tirer de cet événement aujourd’hui ? 

 

[NDTML >>>selon nous, aujourd’hui, en 2019, l’intérêt de republier cet article réside dans les nombreuses sources qu’il cite et qui dépassent largement le cadre des polémiques habituelles sur le sujet, pour tenter de fournir une véritable base de réflexion, à reconsidérer, donc, à la lumière du matérialisme historique et donc des fondamentaux du ML, qui ont ici une nouvelle occasion de montrer leur pertinence. Et leur actualité, de plus, malgré l’ancienneté du sujet, dans la mesure où les leçons de l’histoire de l’URSS restent encore à tirer, pour l’essentiel, et notamment, pour se dégager des poncifs idéologiques réactionnaires, mais aussi révisionnistes et trotskystes, malgré la qualité exceptionnelle de cet article, dans le genre!   ]

 

L’occasion de cet article nous est donnée par la publication de l’ouvrage récent de Jean-Jacques Marie, intitulé sobrement Cronstadt. (2) Ce livre est dense (482 pages), le plus souvent descriptif et précis, très fouillé. Il règle évidemment quelques comptes — avec les historiens bourgeois, avec les commentateurs anarchistes, voire avec la LCR (l’historien Jean-Jacques Marie est par ailleurs notoirement lambertiste, militant du Parti des travailleurs et de son courant CCI). Il laisse plus généralement pressentir les options politiques de l’auteur et son soutien à la répression de l’insurrection, même si, en historien écrivant pour l’éditeur Fayard, il tient ici à préserver une sorte de neutralité, bienveillante à l’égard des bolcheviks. Pour mener sa recherche, il a bénéficié de l’ouverture des archives russes, qui fit suite à la réhabilitation officielle, par Boris Eltsine, des marins insurgés de Cronstadt en 1994.

On croisera les descriptions et explications de Jean-Jacques Marie avec celles d’autres travaux consacrés au même thème, en particulier les livres d’historiens de sympathie anarchiste, l’un américain — Paul Avrich (3)  — l’autre français — Henri Arvon (4)  —, mais aussi certains documents (5) , dont les écrits de Trotsky.

De la révolution au communisme de guerre

Cronstadt se trouve sur une île minuscule du Golfe de Finlande, l’île de Kotline, à 30 kilomètres à l’ouest de Petrograd. C’est une forteresse, une ville-citadelle, dont la population est composée pour un tiers de travailleurs industriels (Cronstadt dispose notamment de chantiers de construction navale), pour un quart de paysans, pour un cinquième de marins et pour un autre cinquième d’artisans, employés, enseignants, fonctionnaires, dans ces premières années du XXe siècle. Les conditions de vie et de travail des matelots sont particulièrement rudes, à tel point qu’en 1905, ils avaient porté au tsar une pétition où ils disent refuser désormais d’être traités comme des serfs et des chiens. Cette dureté, mais aussi la qualification d’un bon nombre de matelots, expliquent sans doute que Cronstadt soit au faîte du combat révolutionnaire, tant en 1905 et 1906 (date à laquelle une révolte est écrasée dans le sang) qu’en 1917 : pendant la révolution de Février, le commandant de la forteresse et cinquante officiers sont exécutés ; un soviet de Cronstadt se constitue très vite, qui défie le gouvernement provisoire en niant sa représentativité. Le 3 juillet 1917, le mot d’ordre « Tout le pouvoir au soviet ! » y est avancé, sous l’influence des militants anarchistes, tandis que les bolcheviks présents sur place y sont alors réticents, parce qu’ils le considèrent comme prématuré à ce moment-là. Le lendemain, 10 000 marins débarquent à Petrograd pour manifester. En août, les matelots luttent énergiquement contre le putsch de Kornilov et sont aux premières lignes en Octobre.

Après la révolution d’Octobre, la guerre civile fait naître une terrible situation. De janvier 1919 à janvier 1920, un blocus total décidé par les puissances étrangères frappe la Russie tout entière, déjà profondément affaiblie et fragilisée dans son équilibre alimentaire et sanitaire. Par sa politique dite du « communisme de guerre », le gouvernement soviétique, dirigé par les bolcheviks, exige de mettre en place un rationnement très rigoureux, assorti de réquisitions des cultures agricoles. Lénine le soulignera plus tard : « L’essence du communisme de guerre était que nous prenions au paysan tout son surplus, et parfois non seulement son surplus, mais une partie des grains dont il avait besoin pour se nourrir. » Pour l’appliquer, des détachements de réquisition et de barrage sont instaurés, qui se révèlent souvent impitoyables et commettent de graves abus. Dès lors, l’automne et l’hiver 1920 sont marqués par de grandes révoltes paysannes : celles que conduit Nestor Makhno en Ukraine, celles qui ébranlent les campagnes de Tambov et de Tioumen. Les paysans protestent, dans la violence, contre les réquisitions et leurs excès. Selon Jean-Jacques Marie, les méthodes employées par les insurgés sont des plus barbares : non seulement les communistes sont fusillés en masse, mais encore les assassine-t-on parfois avec une extrême cruauté : déshabillés, on les laisse mourir gelés dans la neige ; on leur arrache les yeux ; on les éventre…

Les marins de Cronstadt : des matelots-paysans

Or, les marins de Cronstadt savent ce qui se passe dans les campagnes, et sont pour beaucoup directement concernés. Les trois quarts des 17 000 matelots sont ukrainiens ; l’Ukraine est alors fortement anti-bolchevik, comme le prouve la révolte de novembre-décembre 1920. L’antisémitisme n’est pas absent chez certains marins, il alimente leur virulence à l’égard de leurs bêtes noires, Trotsky et Zinoviev ; l’anarchiste Paul Avrich en convient : « Encore que, du même souffle, les rebelles se défendissent d’éprouver le moindre préjugé antisémite [mais ce point n’est pas démontré, NDR], il est indiscutable que l’hostilité aux Juifs était forte parmi les matelots de la flotte de la Baltique, dont nombre étaient originaires d’Ukraine et des régions frontalières, berceau traditionnel de l’antisémitisme le plus virulent en Russie. […] Traditionnellement, ils se méfiaient de tous les éléments “étrangers” qui pouvaient se mêler à eux et, la révolution ayant éliminé les propriétaires et les capitalistes, ils reportaient maintenant leur hostilité chauvine contre les communistes et les Juifs qu’ils avaient d’ailleurs tendance à assimiler. » (6)

La plupart de ces marins sont d’origine paysanne, fraîchement recrutés, même s’il convient de faire parmi eux des distinctions : les plus qualifiés, ceux qui travaillent sur les deux cuirassés, le Petropavlovsk et le Sébastopol, sont marins de longue date ; mais d’aucuns sont aussi d’anciens soldats blancs, comme le dernier contingent arrivé à Cronstadt, directement issu de l’armée blanche de Denikine. La garnison est composée d’hommes jeunes qui n’ont en général même jamais combattu, et qui sont, foncièrement, encore des paysans ; en témoignent en particulier, quant à leur mentalité, les cérémonies religieuses organisées pendant l’insurrection, évidemment étrangères au mouvement ouvrier révolutionnaire. Le plus grand nombre, donc, n’a plus rien à voir avec les marins qui, en 1917, avait porté haut le drapeau de la révolution. La plupart de ceux-ci, véritable fer de lance de l’Armée rouge, ont en effet péri dans les combats de la guerre civile, ou se trouvent désormais ailleurs : ils ont été envoyés sur tous les fronts de la guerre. Il est donc faux de laisser croire, comme le fait Paul Avrich, que les matelots de Cronstadt « se soulèvent contre le gouvernement bolchevique qu’ils ont eux-mêmes contribué à porter au pouvoir » (7) : ce ne sont plus les mêmes ! Ainsi, lors de leurs permissions, les matelots paysans de Cronstadt prennent conscience de la situation de leurs familles restées à la terre et qui, pour certaines d’entre elles, ont participé aux récentes insurrections paysannes.

Les révoltes paysannes viennent encore aggraver la famine qui ravage le pays, en réduisant les livraisons de blé. La situation est critique, la population meurt de faim ; Petrograd par exemple, perd le tiers de ses habitants. À Petrograd précisément, les grèves ouvrières se multiplient, face auxquelles le soviet de la ville riposte par la fermeture, provisoire, de certaines usines, dont l’usine Poutilov où avait germé la révolution de Février. Le soviet interdit aussi certains rassemblements ouvriers et des assemblées générales dans les usines. Mais le mouvement de grève s’étend, principalement à Petrograd et Moscou. L’état de guerre est décrété, le couvre-feu instauré ; aucun rassemblement ne peut se tenir sans autorisation militaire. Les rumeurs de toutes sortes prennent une acuité particulière au milieu d’un tel désarroi. On évoque une fusillade : les bolcheviks auraient fait tirer sur les ouvriers, le 24 février 1921 ; selon Jean-Jacques Marie — lequel s’appuie sur les « rapports secrets » qui « disent qu’il n’y a pas de victime » —, il s’agit d’un affrontement entre grévistes et élèves officiers, qui tirent en l’air. Les rumeurs se font insistante sur les privilèges dont bénéficieraient notamment les cadres du parti bolchevik : de fait, une ration spéciale existe pour plusieurs milliers de membres du gouvernement, hauts fonctionnaires et dirigeants syndicaux, ainsi que pour quelques centaines de savants. Dès lors, Lénine fait désigner une commission d’enquête sur les inégalités. Quant aux tchekistes (membres de la Tcheka, la police politique de l’État soviétique) qui se livrent à des pillages, certains sont fusillés sur ordre de Dzerjinski.

Mais il est certain que le parti bolchevik, cible de nombreuses critiques dans la population souffrant de la faim, dans la paysannerie révoltée et parmi ceux qui deviendront les insurgés de Cronstadt, a vu arriver dans ses rangs des ralliés de la treizième heure, parfois anciens opposants. Trotsky écrit ainsi dans La Révolution trahie : « Les représentants les plus remarquables de la classe ouvrière avaient péri dans la guerre civile, ou, s’élevant de quelques degrés, s’étaient détachés des masses. Ainsi survint, après une tension prodigieuse des forces, des espérances et des illusions, une longue période de fatigue, de dépression et de désillusion. Le reflux de la “fierté plébéienne” eut pour suite un afflux d’arrivisme et de pusillanimité. Ces marées portèrent au pouvoir une nouvelle couche de dirigeants. » De là naquit la corruption : Lénine fustige ceux qu’ils qualifient de « sovbourg », les « bourgeois soviétiques ».

 

 

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La résolution du 1er mars : les revendications de l’insurrection

Dans ce contexte, les marins de Cronstadt décident de s’informer de ce qui se passe à Petrograd et y envoient une délégation. Mais l’insurrection débute vraiment le 1er mars : ce jour-là, une assemblée de plusieurs milliers de marins se tient sur la place de l’Ancre. La résolution qui y est adoptée a été rédigée la veille par les équipages des deux cuirassés. Elle comporte treize points, qu’il faut bien citer pour comprendre les enjeux de la rébellion ; s’adressant en gouvernement, les marins déclarent :

« Étant donné que les soviets actuels n’expriment pas la volonté des ouvriers et des paysans, il faut :

1) procéder immédiatement à la réélection des soviets au moyen du vote secret. La campagne électorale parmi les ouvriers et les paysans devra se dérouler avec la pleine liberté de parole et d’action ;

2) établir la liberté de parole pour tous les ouvriers et les paysans, les anarchistes et les socialistes de gauche ;

[>>>terme imprécis, qui désignerait, selon l’auteure, L. Fonteyn, les SR de Gauche >>>voir plus loin >>>quoi qu’il en soit, cela ne fait donc aucune différence, les « SR de Gauche » étant également passés à la contre-révolution à partir de leur insurrection manquée de Juillet 1918 ! >>>étrange aberration de lecture…]

 

3) accorder la liberté de réunion aux syndicats et aux organisations paysannes ;

4) convoquer en dehors des partis politiques une conférence des ouvriers, soldats rouges et marins de Petrograd, de Cronstadt et de la province de Petrograd pour le 10 mars au plus tard ;

5) libérer tous les prisonniers politiques socialistes

[>>>à l’époque, terme générique qui désigne également les SR et mencheviks passés à la contre-révolution bourgeoise, sinon blanche, de fait]

ainsi que tous les ouvriers, paysans, soldats rouges et marins, emprisonnés à la suite des mouvements ouvriers et paysans ;

6) élire une commission chargée d’examiner le cas des détenus des prisons et des camps de concentration ;

7) abolir les « sections politiques », car aucun parti politique ne doit bénéficier de privilèges pour la propagande de ses idées, ni recevoir de l’État des moyens financiers dans ce but. Il faut les remplacer par des commissions d’éducation élues dans chaque localité et financées par le gouvernement ;

8) abolir immédiatement tous les barrages [c’est-à-dire les réquisitions, NDR] ;

9) uniformiser les rations pour tous les travailleurs, excepté pour ceux qui exercent des professions dangereuses pour la santé ;

10) abolir les détachements communistes de choc dans toutes les usines de l’armée et la garde communiste dans les fabriques et les usines. En cas de besoin, ces corps de garde pourront être désignés dans l’armée par les compagnies et dans les usines et les fabriques par les ouvriers eux-mêmes.

11) donner aux paysans la pleine liberté d’action pour leurs terres ainsi que le droit de posséder du bétail à condition qu’ils s’acquittent de leur tâche eux-mêmes, sans recourir au travail salarié ;

12) désigner une commission ambulante de contrôle ;

13) autoriser le libre exercice de l’artisanat sans emploi salarié. »

Et la résolution se conclut par les deux points suivants :

« 14) Nous demandons à toutes les unités de l’armée et aussi aux camarades « élèves officiers » de se joindre à notre résolution ;

15) Nous exigeons que toutes nos résolutions soient largement publiées dans la presse. »

Ce texte est voté, il faut le souligner, par l’écrasante majorité des militants bolcheviks présents, à l’exception de quelques-uns, dont les dirigeants Kalinine et Kousmine, qui traitent les marins de vauriens et les menacent de châtiments.

[>>>une lourde erreur tactique, manifestement, pour le moins…]

Le lendemain, 2 mars, une nouvelle assemblée doit désigner le nouveau soviet de Cronstadt. Mais un rebondissement survient, qui contrecarre ce programme ; une rumeur (sciemment provoquée ?) se propage : Cronstadt serait encerclée par des détachements de l’Armée rouge. Trois dirigeants communistes sont alors arrêtés. Au lieu du soviet, c’est un comité révolutionnaire provisoire qui est mis en place. Les informations divergent au sujet des modalités de sa désignation : Henri Arvon indique qu’il est élu à main levée ; Jean-Jacques Marie affirme au contraire qu’il est désigné par un présidium de cinq personnes (les témoignages divergent) ; d’après Paul Avrich, il s’est bien constitué « à partir du praesidium de cinq membres », mais un organisme plus important, Comité révolutionnaire élargi de 15 membres, a été élu le 4 mars par 200 délégués des usines et des unités militaires de Cronstadt (8). Quoi qu’il en soit, c’est là une provocation à l’égard du gouvernement en place et le premier acte véritable de l’insurrection, « le passage du Rubicon » selon l’expression de J.-J. Marie, de la contestation à la rébellion. Et dans cet acte réside un paradoxe que n’a pas manqué de relever et de reconnaître Henri Arvon : « Suprême ironie du sort ou peut-être inversion propre à toutes les révolutions qui font naître une réalité diamétralement opposée au but qu’elles se sont fixé au début, le meeting du 2 mars, convoqué pour délibérer au sujet de l’élection du nouveau soviet, loin de lui rendre la liberté que la pesée de plus en plus tyrannique du Parti lui avait fait perdre, le supprime carrément pour lui substituer un Comité révolutionnaire provisoire élu, séance tenante, à main levée et investi de pouvoirs dictatoriaux » (9). Selon le décompte de Jean-Jacques Marie, parmi les membres du Comité révolutionnaire provisoire, trois sont mencheviks, trois sont anarchistes, trois sont proches des SR (socialistes-révolutionnaires) de droite, et un autre (Lamanov, le rédacteur en chef des Izvestia de Cronstadt, journal qui paraîtra jusqu’à la fin de l’insurrection) est un SR maximaliste (cette extrême gauche du parti socialiste-révolutionnaire se prononce pour la terre aux paysans, les usines aux ouvriers et s’oppose aux réquisitions, aux fermes d’État et à la nationalisation des usines).

 

[Grosse ambiguïté, donc, sur la nature réelle du pouvoir exécutif à Kronstadt, tant en termes d’institution supposément « démocratique » qu’en termes de nature de classe !]

 

La fin des grèves à Petrograd : l’isolement de Cronstadt

La question cruciale pour les marins insurgés réside dans l’attitude que va prendre la population de Petrograd : comment les ouvriers, qui se sont pour certains tout récemment mis en grève, vont-ils soutenir la rébellion cronstadtienne ? La nature de leur réaction va dépendre de deux facteurs essentiels : l’opinion qu’ils ont des marins, d’une part ; les mesures prises par le soviet petrogradois, d’autre part. Or, quant au premier point, cette opinion ne semble pas être favorable aux matelots. Selon J.-J. Marie, les marins de Cronstadt sont mal vus parce que considérés souvent, à cette époque, comme des oisifs (de fait, ils n’ont pas à combattre et sont souvent désœuvrés) et des privilégiés (leur ration alimentaire est deux fois supérieure à celle des ouvriers). Ce préjugé négatif est encore accentué par la présence parmi eux, comme conseiller militaire, du général Koslovski, ancien major-général de l’artillerie pendant la Première Guerre mondiale. Il fait partie de ces anciens officiers blancs recrutés après Octobre par l’Armée rouge au titre de « spécialistes militaires ». Il commande alors l’artillerie de la forteresse de Cronstadt. S’il est effectivement un « conseiller militaire », il ne paraît pas diriger l’insurrection (ou en tout cas, on en reparlera, celle-ci lui échappe) ; mais les bolcheviks ne manquent pas de diffuser une vaste propagande assurant que Koslovski est le meneur de l’insurrection, ce qui aiguise encore la méfiance des ouvriers de Petrograd à l’égard des Cronstadtiens. En tout cas, il est faux d’affirmer, comme le fait pourtant Arvon, que « les marins de Cronstadt […] sont appuyés par une importante fraction de la population ouvrière de Petrograd » (10). Il semble que ce soit davantage la passivité qui prédomine dans la ville, lasse de la guerre civile et accablée par les difficultés du ravitaillement.

Celui-ci, et c’est le second facteur important, est toutefois facilité par une mesure prise dès le 27 février, par Zinoviev, président du Comité de défense de Petrograd, qui autorise la population à chercher du ravitaillement à la campagne et annonce l’achat de charbon et de blé par le gouvernement. Le 1er mars, au moment même où, à Cronstadt, la résolution décisive est votée, les barrages routiers sont levés, les détachements militaires retirés des usines et cela fait immédiatement cesser les grèves à Petrograd.

 

[>>>un contexte évident, mais le plus souvent oublié par les commentateurs anti-bolcheviks…]

 

Or, pour que l’insurrection réussisse, il faut qu’elle se propage sur le continent. Le Comité révolutionnaire de Cronstadt envoie à cet effet des délégués pour distribuer, sous forme de tracts, le texte de la résolution. Mais ils sont dès leur arrivée arrêtés par la Tcheka ; condamnés, ils seront fusillés deux semaines plus tard dans le cadre de la répression générale de l’insurrection. À Oranienbaum, la ville continentale qui fait face à Cronstadt au sud, ces émissaires cronstadtiens, au nombre de 250 selon Henri Arvon (« quelques dizaines » selon J-J. Marie), sont accueillis par des rafales de mitrailleuses selon le même H. Arvon (« interceptés », dit pour sa part J.-J. Marie). Toute possibilité d’établir une liaison avec le continent est donc réduite à néant pour les Cronstadtiens. Dès lors, les facteurs tant politiques que militaires se révèlent des plus défavorables aux insurgés, d’autant que ceux-ci ne sont pas résolus à mener une opération militaire contre Oranienbaum, ville depuis laquelle ils pourraient éventuellement prendre pied sur le continent et rejoindre Petrograd. Malgré l’insistance mise par les conseillers militaires, et en particulier le général Koslovski, sur la nécessité d’une telle offensive, les marins sont d’avance convaincus de son échec et la refusent, se préparant à la défense plutôt qu’à l’attaque.

 

Le 5 mars, depuis Petrograd, quatre anarchistes, Alexandre Berkman, Emma Goldman, Perkus et Petrovsky, écrivent au soviet de Petrograd pour lui proposer de constituer une délégation de cinq personnes dont deux anarchistes, qui se rendrait à Cronstadt afin de négocier pacifiquement la fin du conflit. Si Zinoviev n’y répond pas directement, il adresse le 6 mars aux Cronstadtiens un télégramme leur proposant l’envoi d’une délégation composée de membres du parti et de sans-partis. Mais les insurgés refusent cette proposition en l’état car, disent-ils, ils ne croient pas en la nature « sans parti » des sans parti évoqués par le soviet. Cette réponse, d’une « hauteur qui frise l’insolence », écrit Henri Arvon, est une « réponse incompréhensible qui équivaut à une fin de non-recevoir, voire à une véritable provocation » (11). L’ultimatum qu’avait lancé le soviet de Petrograd aux insurgés est dès lors levé et les hostilités proprement militaires vont commencer.

 

[>>>quelle raison à cette obstination, sinon l’anticommunisme???]

 

https://moika78.ru/news2/2019/03/kronshtadt.jpg

 

 

Combats entre l’Armée rouge et les insurgés, décisions du Xe Congrès

Le premier assaut de l’Armée rouge est donné le 8 mars, mais il est repoussé. Les conditions de l’avancée des troupes sont plus qu’éprouvantes : une tempête de neige s’est abattue sur la région, et les soldats sont contraints de marcher quasiment à l’aveugle, sur la mer gelée. « Contraints » est bien le terme approprié car ils sont suivis de détachements de la Tcheka qui les menacent de leurs mitrailleuses en cas de défaillance ou de recul. « Les meneurs démoralisateurs sont fusillés », constate Jean-Jacques Marie. Le moral de ces hommes n’est pas des meilleurs, c’est un euphémisme : peu motivés à l’idée d’aller combattre des marins qui restent des « frères » malgré leur position politique, ils éprouvent de surcroît la terreur de périr noyés, en cas de fonte des glaces. Cependant, la propagande bolchevik entend bien forger leur motivation ; J.-J. Marie mentionne le « bluff de Zinoviev » : celui-ci diffuse dans les journaux la rumeur selon laquelle des Blancs seraient venus par centaines pour aider les insurgés.

C’est aussi le 8 mars que s’ouvre le Xe Congrès du parti bolchevik. Dès l’ouverture, l’Opposition ouvrière dirigée par Alexandre Chliapnikov (ancien métallurgiste devenu commissaire du peuple pour le travail dans le premier gouvernement de Lénine) et Alexandra Kollontaï (première femme entrée au gouvernement, en tant que commissaire du peuple à l’Assistance publique) distribue aux congressistes une brochure demandant que la gestion de la production et de l’économie soit confiée aux comités ouvriers des usines. Une résolution du Congrès condamne le programme de l’Opposition ouvrière, caractérisé comme « déviation anarcho-syndicaliste ». Lénine comprend bien que la situation est critique : si le communisme de guerre se prolonge, c’est la révolution qui est en danger, les oppositions de toutes sortes se faisant jour. Deux orientations sont donc adoptées : d’une part, l’interdiction provisoire, prévue pour toute la durée de la NEP, de toute fraction à l’intérieur du parti : cela ne doit pas empêcher, toutefois, les discussions critiques ; mais celles-ci devront se mener, selon la résolution adoptée lors du Congrès, non en groupes séparés mais dans les réunions de tous les membres du parti. D’autre part, la NEP (nouvelle politique économique) est instaurée : les paysans obtiennent le droit de vendre leurs excédents de blé, une fois versé leur impôt en nature ; dès lors, c’est une revendication importante des Cronstadiens qui se révèle satisfaite : la liberté du commerce.

Comment réagissent les insurgés à ces mesures économiques ? Les Izvestia de Cronstadt affirment le 14 mars — c’est Henri Arvon qui en fait mention et non Jean-Jacques Marie : « Cronstadt exige non pas la liberté du commerce mais le véritable pouvoir des soviets. » Les textes publiés par le journal de Cronstadt mettent désormais en avant bien davantage les mots d’ordre politiques, et non plus les revendications économiques, auxquelles il a été répondu. Dès le 8 mars, l’article « Pourquoi nous combattons » avait caractérisé les communistes comme des « usurpateurs » : il avait évoqué « la peur des geôles de la Tcheka, dont les horreurs dépassent de beaucoup les méthodes de la gendarmerie tsariste » ; il avait qualifié d’ « esclavage spirituel » la vie des travailleurs imposée selon lui par les communistes. « De fait, assurait-il encore, le pouvoir communiste a substitué à l’emblème glorieux des travailleurs — la faucille et le marteau — cet autre symbole : la baïonnette et les barreaux. » Il concluait en rejetant tout aussi bien « la Constituante avec son régime bourgeois », prônée par les Cadets — ceci pour démontrer que les insurgés ne sont pas sous influence contre-révolutionnaire — que « la dictature du parti communiste avec sa Tcheka et son capitalisme d’État qui resserre le nœud autour du cou des travailleurs et menace de les étrangler ». Le 16 mars, les Izvestia de Cronstadt expliquent encore que, « d’esclave du capitalisme, l’ouvrier fut transformé en esclave des entreprises d’État » (cet article est lui aussi cité par H. Arvon, mais non par J.-J. Marie).

Pour encourager les soldats et combattre l’insurrection, 279 délégués du Congrès (soit un quart) sont envoyés à Cronstadt ; parmi eux, beaucoup de militants de l’Opposition ouvrière, qui se sont portés volontaires (12). Dans le même temps, l’aviation largue des milliers de tracts sur Cronstadt en plus de bombes qui, d’après J.-J. Marie, « font peu de dégâts ». Le Comité de défense de Petrograd a pris en otages les familles de marins cronstadtiens (13) habitant la capitale, en représailles contre l’arrestation et l’incarcération à Cronstadt des communistes arrêtés (les trois dirigeants, puis 70 délégués et bientôt quelque 300 communistes) ; certains tracts jetés depuis les avions informent la population de ces arrestations.

Les soldats chargés de reprendre Cronstadt, commandés par Toukhatchevski, sont quelque 40 000. Face à eux, les insurgés pourraient théoriquement aligner 18 000 hommes, mais ils sont dans la réalité, et selon les estimations de J.-J. Marie, plutôt 5 ou 6 000 , ce qui signifie qu’une partie importante des matelots demeure à l’écart de l’insurrection. Les combats font rage. Les obus lancés depuis Cronstadt trouent la glace sur laquelle avancent les soldats, qui sont nombreux à se faire engloutir. À Cronstadt même, « chaque rue, chaque maison font l’objet de combats acharnés à la baïonnette et à la grenade ». Les membres du Comité révolutionnaire provisoire fuient Cronstadt en traîneau — départ « peu glorieux pour des hommes qui n’avaient cessé de proclamer qu’ils allaient vaincre ou mourir », écrit H. Arvon (14) — ce qui accélère la défection des autres insurgés, voyant la démission de leurs chefs. Près de 7 000 d’entre eux parviennent à s’enfuir en Finlande, où ils sont aussitôt parqués par les autorités dans des camps où ils souffriront de très mauvaises conditions de survie.

[>>>à souligner, même sans commentaire…!]

 

 

File:Kronstadt attack.JPG

 

 

Bilan des combats et répression de l’insurrection

Jean-Jacques Marie pose un regard critique sur les chiffres avancés par les diverses sources disponibles sur le bilan humain de ces combats. Il insiste sur le caractère « fantaisiste » des chiffres « produits des deux côtés, y compris celui de la Tcheka qui annonce des pertes de l’armée [rouge] à 200 ou 300 hommes » ; celle-ci a voulu minimiser les chiffres, et a considéré comme « disparus » des hommes qui de toute évidence avaient été engloutis par les eaux. En fait, selon J.-J. Marie, du côté de l’Armée rouge, 1 600 soldats et officiers seraient morts ; parmi eux, figurent 17 des 270 délégués du Xe Congrès. Cependant, l’auteur ne propose pas d’évaluation sur les insurgés morts durant les combats eux-mêmes. De son côté, Paul Avrich, tout en indiquant qu’on ne dispose pas de chiffres sûrs, cite l’un des récits sur Cronstadt qui évoque 600 tués et plus de 1 000 blessés (15).

J.-J. Marie avance en revanche des chiffres précis sur la répression qui suit : sur 6 528 insurgés arrêtés, 2 168 sont fusillés (dont 4 femmes), 1 272 sont libérés et 1 955 condamnés à des peines de travaux forcés. L’auteur démontre à ce propos l’incohérence régnant lors de la répression, organisée par une « troïka extraordinaire » mise en place par la Tcheka, « qui interroge et juge en quelques heures des fournées d’insurgés ». Dès lors, « certaines condamnations à mort laissent pantois » ; pour exemple, un jeune élève officier de 22 ans qui a déserté les rangs des insurgés pour rejoindre l’Armée rouge est condamné à mort « pour avoir activement pris part à l’insurrection » ; un communiste de 21 ans ayant voté pour la résolution de Cronstadt, ayant assisté à l’élection du Comité d’action et ayant tenu le procès-verbal de l’élection des délégués est condamné à mort et fusillé, alors que d’autres, qui ont commis l’équivalent, sont condamnés à des travaux forcés. Parmi les communistes de Cronstadt, sont condamnés à mort les « démissionnaires qui ont agi activement contre le parti et ont été arrêtés armés ; les personnes qui ont rédigé des déclarations haineuses, qui ont encouragé les espoirs du comité révolutionnaire insurgé, et conforté son autorité ». Ont également été jugés, condamnés et fusillés les déserteurs et transfuges de l’Armée rouge.

À lire ces lignes, on peut spontanément se dire qu’une telle répression est particulièrement violente et brutale, au-delà même de ses déséquilibres. Mais il ne faudrait pas oublier la place de la violence en général dans le contexte, non seulement de la Russie pendant la guerre civile, mais de l’Europe de ces années 1910-1920, avec dix millions de morts pendant la guerre mondiale. La guerre civile russe ne s’est pas menée qu’à coups de fusils. J.-J. Marie l’illustre par quelques rappels : le général blanc Kornilov déclare au lendemain de la révolution d’Octobre : « Si nous devons brûler la moitié de la Russie et tuer les trois quarts de la population pour sauver la Russie, nous le ferons. » Il ordonne de ne pas faire de prisonniers. Les soldats de l’Armée rouge pris les armes à la main sont abattus à coups de sabre pour économiser les munitions. « En Ukraine, des cosaques jettent dans des chaudrons des communistes juifs capturés, les font bouillir et invitent les survivants, sous peine de subir le même sort, à boire cette “soupe communiste” ». Du côté de l’Armée rouge, des milliers de soldats ont cloué leurs épaulettes dans les épaules des officiers blancs en enfonçant les clous à coups de crosse. De fait, ce rappel est nécessaire pour comprendre qu’on est bien là dans un contexte de guerre permanente et d’une violence extrême, qui n’est nullement l’apanage du pouvoir bolchevik.

 

[>>>à cela il faut peut-être oser ajouter que l’expression « ne rien lâcher » n’a pas forcément de traduction russe autre que dans la nature même ce cette grande culture, dans l’ « inconscient collectif », pourrait-on dire, sinon carrément dans les gênes…, et donc, quand deux personnes ou deux groupes veulent vraiment la même chose, au point de rentrer en conflit, il y en a assez inévitablement un qui reste sur le carreau… Ce qui explique en partie certains aspects de l’histoire… et pas seulement de cette époque. La voie du compromis n’est donc pas forcément la plus évidente…]

 

 

Enfin, il faut dire un mot sur la responsabilité de Trotsky dans l’écrasement de l’insurrection, car c’est l’un des thèmes favoris des anarchistes et des ultra-gauchistes dans toute discussion sur Cronstadt, avec l’idée d’un Trotsky comme « Staline manqué ». Rappelons que le futur dirigeant de l’Opposition de gauche est à ce moment-là commissaire à la Guerre, c’est-à-dire chef de l’armée rouge, et il revient de Sibérie orientale où il a dirigé les opérations militaires contre les insurrections paysannes. Pourtant, Trotsky affirmera, en août 1928 : « Le fait est que je n’ai pas pris la plus petite part personnelle à la pacification du soulèvement de Cronstadt. » Il assure n’avoir pas quitté Moscou pendant l’insurrection (en 1937, il dira qu’il ne se souvient plus s’il s’est rendu ou non à Petrograd, ce qui est en effet possible, quatorze ans après). En fait, indique J.-J. Marie, « lors de l’insurrection de Cronstadt, Trotsky n’a fait qu’une brève apparition à Petrograd le 5 mars au soir et est reparti le 6 au matin, après un échange avec Zinoviev au cours de la nuit, dont aucun n’a jamais dit mot ». De plus, « le 5 mars au soir, de son train qui l’amène à Petrograd, Trotsky câble à son adjoint Slianski une liste des mesures nécessaires pour liquider la crise ouverte. […] Il arrive à Petrograd avec Serge Kamenev et Toukhatchevski quelques heures plus tard. Il rencontre Zinoviev et le commandant des troupes du district de Petrograd, Avrov, éperdu et désorienté. » En un mot, résume J.-J. Marie, « Trotsky affirme n’avoir pris aucune part à l’écrasement de l’insurrection, ni à la répression qui suivit, ce qui n’a à ses yeux aucune signification politique, puisque, membre du gouvernement, il a jugé nécessaire la liquidation de la révolte, a participé à la décision d’y procéder si les négociations et l’ultimatum lancé restaient sans résultat et en assume donc la responsabilité politique » (p. 446). De fait, la responsabilité politique de l’écrasement de l’insurrection n’incombe à aucun dirigeant bolchevik en particulier, mais à l’ensemble de la direction, Opposition ouvrière incluse.

 

[>>>un simple constat, dont il faut faire l’analyse, et non pas charger tel ou tel dirigeant selon les inutiles besoins sectaires du moment…]

Pourquoi les bolcheviks ont-ils décidé d’écraser l’insurrection ?

Liberté du commerce et revendications politiques

Selon Jean-Jacques Marie, « l’une des revendications centrales de la résolution du 1er mars est la liberté pour les paysans de commercer, donc le respect de la propriété privée et de l’ordre » (p. 397) ; or la petite propriété engendre le capitalisme : « Les terres que les paysans s’étaient partagées seraient retournées dans le cycle de formation de grandes propriétés privées et de latifundia. Le programme de Cronstadt visant à défendre la petite propriété familiale assurant au paysan la libre disposition des fruits de son travail aurait tenu l’espace d’un matin » (p. 398).

 

[>>>cet argument est valable, quant au fond : c’est exactement ce qui s’est passé sous la NEP avec le développement des Koulaks.

>>>néanmoins, il ne milite pas en faveur des trotskystes, du reste, puisqu’ils ont soutenu l’idée d’un prolongement de la NEP]

 

H. Arvon, en revanche, conteste que la liberté du commerce soit la revendication principale et assure que les mots d’ordre sont essentiellement politiques. Le débat porte alors sur l’importance à accorder respectivement à la résolution du 1er mars, adoptée par une assemblée de plusieurs milliers de marins, et les articles des Izvestia, plus politiques en effet.

Pour J.-J. Marie, ces articles, et en particulier le texte que nous avons cité, intitulé « Pourquoi nous combattons », n’est nullement représentatif des insurgés, puisqu’il a été rédigé par un homme, Lamanov, SR maximaliste. En outre, insiste le même auteur, ce texte ne propose nulle perspective politique, nulle définition de ce que serait le « vrai » socialisme selon les insurgés, nul programme concernant les formes de la propriété. De fait, les Cronstadiens ne semblent pas avoir de programme. Les tendances politiques en leur sein sont diverses, principalement anarchistes, même si aucun des principaux dirigeants de l’insurrection ne s’en revendique expressément. On comprend mal cependant que J.-J. Marie n’accorde pas davantage d’attention aux autres revendications des insurgés, comme si elles n’avaient aucun poids face au mot d’ordre de liberté du commerce pour les paysans.

On relèvera d’ailleurs que le raisonnement de Jean-Jacques Marie gêne parfois, par certains raccourcis. C’est le cas lorsqu’il affirme : « La résolution des marins, soldats et ouvriers de Cronstadt envisageait certes la légalisation des seuls partis dits socialistes ; mais les SR de droite, plus d’une fois alliés aux blancs, et les mencheviks considéraient que la révolution russe devait seulement libérer le développement du capitalisme des entraves de la monarchie féodale. Ils étaient donc favorables au rétablissement massif, sinon généralisé, de la propriété privée des moyens de production qui signifiait inéluctablement le retour du capital étranger, y compris dans l’agriculture. » (p. 398) Le problème posé par ce passage, c’est qu’il repose sur une prémisse fausse, dans la mesure où à aucun moment la résolution ne parle de « socialistes » tout court, mais bien des seuls « socialistes de gauche », ce qui exclut manifestement les SR de droite (sinon à quoi servirait de préciser « socialistes de gauche » ?).

 

[>>>ici, grossière erreur de lecture de la part de l’auteure L. Fonteyn >>>la résolution du 1er Mars, en russe, je l’ai vérifié, parle bien en termes génériques et de « socialistes de gauche» et de « socialistes » tout court, sans plus de spécification, ce qui, dans le contexte, ne signifie rien de précis, à une époque où tout politicien désireux de survivre se déclare socialiste, comme on se déclarait « républicain » après Septembre 1792 en France…]

 

En fait, Jean-Jacques Marie reprend la position des bolcheviks. Pour Lénine, en effet, ce qu’il faut combattre à Cronstadt, ce sont ces tendances anarchistes qui visent à la restauration de la liberté du commerce. J.-J. Marie indique : « Il analyse l’insurrection en termes de contre-révolution paysanne et estime que le point central des revendications est la liberté du commerce, ce qui reviendrait à la restauration du capitalisme. » De même, rappelant le contexte des révoltes paysannes de la fin de l’année 1920 et du début de l921, Trotsky caractérisera en 1937 la « mutinerie » de Cronstadt comme une « réaction de la petite-bourgeoisie contre les difficultés et privations imposées par la révolution prolétarienne ». « En fait, note-t-il encore en janvier 1938, c’était la lutte du petit propriétaire exaspéré contre la dictature prolétarienne. » Pourtant, c’est bien cette liberté du commerce qui est instaurée au même moment par le Xe Congrès. Selon Lénine, « la liberté des échanges, c’est la liberté du commerce, et la liberté du commerce, c’est le retour au capitalisme. Est-il possible de rétablir dans une certaine mesure la liberté du commerce, sans saper pour cela même le fondement du pouvoir politique du prolétariat ? Oui, c’est possible : c’est une simple question de mesure. » Deux propositions revenant à une variante de la NEP avaient été formulées auparavant, l’une par l’ancien menchevik Larine en janvier 1920, l’autre par Trotsky en mars de la même année. Lénine, qui à chaque fois s’y était opposé, finit par s’y résoudre un an plus tard. En fait, ce n’est donc pas parce que les insurgés revendiquent la liberté du commerce qu’il faut les réprimer.

 

[>>>autre « erreur » historique typiquement trotskyste >>> les principes économiques de la NEP sont quasi intégralement déjà tous dans un texte de Lénine remontant à Mai 1918 :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/05/05mai1918_lenine_sur-linfantilisme-de-gauche.pdf ]

 

 

Est-ce pour autant parce qu’ils s’opposent au pouvoir bolchevik et veulent réélire les soviets, comme l’affirment les anarchistes ? Il est indéniable que, après trois ans de « communisme de guerre » imposé par la guerre civile et l’intervention contre-révolutionnaire des puissances impérialistes, les bolcheviks se savaient minoritaires dans le pays : les paysans, ultra-majoritaires, avaient subi les réquisitions forcées et étaient naturellement devenus hostiles au pouvoir (alors qu’ils l’avaient soutenu dans un premier temps car il leur avait reconnu la propriété privée de la terre, contre les grands propriétaires du tsarisme). Plus généralement, le gouvernement était le bouc émissaire des difficultés indescriptibles de la vie quotidienne, dans un pays dévasté par plus de sept ans de guerre ininterrompue. Dans ces conditions, les bolcheviks considéraient, à juste titre, que la convocation d’élections générales aurait conduit à leur défaite, à la victoire des forces petites-bourgeoises, à un retour des forces bourgeoises et réactionnaires et, indissociablement, à un redémarrage de l’intervention impérialiste qui n’avait pu être vaincue que par la rigueur du communisme de guerre. Comme l’écrira Trotsky en janvier 1938, « les matelots paysans, guidés par les éléments les plus anti-prolétariens, n’auraient rien pu faire du pouvoir, même si on le leur avait abandonné. Leur pouvoir n’aurait été qu’un pont, et un pont bien court, vers le pouvoir bourgeois. » De ce point de vue, « les matelots en rébellion représentaient le Thermidor paysan ». De fait, il eût été suicidaire, pour les bolcheviks, d’abandonner le pouvoir en répondant favorablement à des exigences démocratiques certes compréhensibles, mais manifestement irréalisables à ce moment-là. Pour autant, en conclure à une hostilité de principe des bolcheviks à l’égard de soviets réellement démocratiques trahit un raisonnement formel qui relève plus de préjugés anti-marxistes que d’une véritable analyse de la situation objective.

 

[>>>à ce stade de la révolution, l’économie russe était exsangue et la population affamée n’aspirait qu’à la paix et un peu de stabilité, et une amélioration rapide des conditions économiques, et non une nouvelle guerre civile, même avec une tierce partie anarchiste entre les blancs et les rouges.]

 

 

 

 

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Enjeu militaire, danger contre-révolutionnaire

En fait, la raison objective et décisive pour laquelle les bolcheviks ont décidé de mettre fin par tous les moyens à l’insurrection de Cronstadt, est qu’elle menaçait directement le pouvoir. Non par ses revendications elles-mêmes, mais parce qu’elle risquait de tomber aux mains des Blancs et des impérialistes, et de servir ainsi de tête de pont à une nouvelle offensive de la contre-révolution, quelques semaines seulement après la victoire militaire des bolcheviks. Cronstadt, rappelons-le, n’est pas une ville comme les autres ; c’est une forteresse, celle qui protège Petrograd, laquelle est elle-même la ville-capitale de la révolution. Paul Avrich l’admet lui-même : « Le gouvernement devait faire face à une mutinerie dans sa propre marine, à un avant-poste de la plus grande importance stratégique puisqu’il gardait les abords occidentaux de Petrograd. Cronstadt risquait d’être […] la base de départ d’une nouvelle invasion anti-soviétique. » (16) Sur le plan de la tactique militaire, le temps presse : la fonte annuelle des glaces intervient généralement à partir de la mi-mars. Or, si la glace fond, Cronstadt ne sera plus accessible depuis le continent par l’Armée rouge ; en revanche, elle le sera par les troupes blanches et leurs bateaux, depuis la Finlande notamment. Il y a là un danger majeur.

Et un danger des plus plausibles. Ce n’est pas dans le livre de Jean-Jacques Marie mais dans ceux des anarchistes Paul Avrich et Henri Arvon que l’on trouve le plus d’éléments à ce sujet. D’une part, Arvon mentionne des articles de la presse bourgeoise, française et américaine notamment (Le Matin, L’Écho de Paris, le New York Times…), parus dès février 1921, donc avant même l’insurrection, qui en gros la racontent à l’avance ! Ces articles répandent des fausses nouvelles, nées en particulier dans les milieux de l’émigration russe blanche. En outre et surtout, Paul Avrich a découvert un document extrêmement important dans les archives du Centre national (russe), organisme créé par des socialistes-révolutionnaires à Paris et qui maintient pendant l’insurrection des relations étroites avec le ministère français des Affaires étrangères. Ce manuscrit non signé, muni de la mention « ultra secret » et intitulé Mémorandum sur la question de l’organisation d’un soulèvement à Cronstadt, peut être daté de janvier ou début février 1921. Or, il annonce, de manière extrêmement précise et détaillée, une insurrection, et demande un soutien extérieur pour assurer son succès.

Il est absolument certain que dans diverses chancelleries et en particulier au sein du gouvernement français, on s’attendait à un soulèvement et on s’apprêtait à envoyer des renforts contre-révolutionnaires à Cronstadt. Le Daily Herald, le 14 mars 1921, publie un texte de son correspondant diplomatique qui indique : « Je suis en mesure d’affirmer que le gouvernement français participe à l’affaire de Cronstadt et qu’une forte somme d’argent destinée aux mutins a été envoyée par ses soins à un certain professeur Viburg. Des approvisionnements sont également acheminés par l’intermédiaire et sous le couvert de la Croix Rouge ». La contre-révolution, aux armes fourbies par les Blancs en exil, par les Blancs «  de l’intérieur » et par les gouvernements occidentaux, était aux portes de la Russie, comme elle n’avait jamais cessé de l’être depuis Octobre. Une interview accordée par le principal dirigeant de l’insurrection de Cronstadt, Stepan Petritchenko et publiée dans le New York Times dès le 31 mars 1921, le confirme : il y reconnaît avoir offert ses services aux Blancs. Deux mois après, en mai, alors qu’il est réfugié au camp de fort Ini en Finlande, le même Petritchenko adresse avec quelques autre une lettre au général blanc Wrangel, où il dit vouloir collaborer avec ses troupes, alors réfugiées en Turquie. « Il propose de préparer une nouvelle campagne contre les bolcheviks afin de reconquérir les “acquis de la révolution de [Février] 1917” » (17). Au sein même de l’insurrection, des forces contre-révolutionnaires se sont probablement infiltrées parmi les marins de Cronstadt : « Tout indiquait que les émigrés tentaient d’aider l’insurrection pour la capter à leur profit. » (18)

 

[>>>dans tout ce passage sur les accointances contre-révolutionnaires des insurgés de Cronstadt, l’auteure L. Fonteyn reprend des sources qu’il est donc possible de vérifier, par une recherche complémentaire, ce qu’il serait utile de faire pour les confirmer néanmoins. L’épisode « Croix rouge » est déjà attesté par quasiment toutes les sources, par exemple.]

 

Cela ne remet cependant nullement en cause le caractère globalement spontané de l’insurrection. Tout le montre. Les Izvestia lancent des appels à la méfiance à l’égard des tentatives de récupération blanche (preuve aussi qu’elles existent et que les insurgés en ont conscience). Surtout, le moment est des moins propices pour les insurgés : la glace n’a pas encore fondu, aucune provision d’armes et de munitions n’a été réalisée, aucune précaution n’a été prise non plus pour le ravitaillement alimentaire de l’île en cas de siège : tout indique l’improvisation du soulèvement. Le Mémorandum du Centre national tablait sur une insurrection au printemps, donc après la fonte des glaces. Or, la rébellion a lieu quelques semaines plus tôt, quelques semaines trop tôt pour la réussite de tels plans. Il est donc probable que les forces contre-révolutionnaires qui comptaient sur ce soulèvement ne sont pas parvenues à le conduire ni à le maîtriser une fois enclenché. D’ailleurs, les anciens généraux tsaristes, qui conseillent vivement aux insurgés de passer à l’offensive et de marcher sur Petrograd, ne sont pas écoutés ; les insurgés préfèrent s’enfermer dans leur île, alors même qu’ils ont peu de chance d’en sortir vainqueurs. Même Henri Arvon, qui leur est favorable, écrit : « Ils sont coupables, certes, les marins de Cronstadt, d’être entrés, tant soit peu, dans le jeu de la contre-révolution, à leur insu sans doute » (19).

 

[>>>  « A l’insu de leur plein gré », dirait-on aujourd’hui, selon la formule du coureur cycliste « dopé malgré lui »…!]

 

La fin et les moyens

L’approche de la fonte des glaces et le danger réel d’une récupération de l’insurrection par les Blancs et les impérialistes pour relancer la guerre civile rendaient donc nécessaire, du point de vue bolchevik, d’en finir au plus vite avec cette insurrection. Mais, pendant une semaine entière, du 1er au 8 mars, les bolcheviks ont recherché une solution pacifique. C’est le sens de la proposition du 6 mars, rejetée avec condescendance par les Cronstadtiens, comme nous l’avons vu. Cette solution négociée se révélant impossible, les bolcheviks ont choisi la force. Dès lors, celle-ci ne pouvait qu’être déterminée. Ici, la condamnation de l’usage de la « violence » ne saurait relever que d’une vision pacifiste petite-bourgeoise, inconsciente de ce que l’histoire avance nécessairement par des rapports de force, qui se soldent souvent dans le sang. À cet égard, la formule employée par Trotsky au sujet de la répression de Cronstadt apparaît des plus justes : pour les bolcheviks, qui voulaient préserver à tout prix le premier État ouvrier comme marchepied de la révolution mondiale, il y eut bien là « nécessité tragique ». De ce point de vue, les communistes révolutionnaires ne peuvent qu’approuver la décision de mettre fin à l’insurrection de Cronstadt, dans l’intérêt supérieur de la révolution mondiale dont l’État ouvrier soviétique, quelles que soient ses limites, dues en grande partie à la situation objective, était à cette époque le plus précieux des acquis.

 

[>>>ici le blabla gauchiste/troskyste sur une pseudo « révolution mondiale » imminente n’est pas vraiment utile, c’est le moins que l’on puisse dire…

C’est bien de la survie de la révolution soviétique russe qu’il s’agit, pour l’essentiel. Cette survie était-elle possible et souhaitable, c’est la seule question concrète qui vaille, à ce moment, pour le parti bolchevik, toutes tendances confondues.

Aujourd’hui, chacun peut y répondre à sa manière, à condition d’en accepter les conséquences évidentes : l’effondrement du pouvoir bolchevik aurait signifié la fin de la révolution soviétique à brève échéance, et rien d’autre

>>>il faudrait être honnête avec soi-même et les autres quand on développe ce genre de théorie.

>>>un point, éventuellement, pour M. Bibeau, ici, qui aurait probablement balancé le tout au nom de la lutte contre le « totalitarisme » des bolcheviks!]

 

Reste un certain nombre de questions, qui concernent les méthodes employées par les bolcheviks. Comment Zinoviev, présidant le comité de défense de Petrograd, pouvait-il prétendre négocier quoi que ce soit, en envoyant aux Cronstadtiens, le 4 mars, un texte non seulement menaçant, mais méprisant : « Vous êtes entourés de tous côtés. Dans quelques heures vous serez contraints de vous rendre . Cronstadt n’a ni pain ni combustible. Si vous persistez on vous canardera comme des perdrix » ? Plus généralement, la proposition de négociations adressée par le gouvernement bolchevik aux insurgés aurait sans doute dû s’accompagner, pour avoir des chances d’aboutir, d’une réelle prise en compte de certaines des revendications politiques des insurgés. Il aurait été possible, par exemple, de s’engager à établir un calendrier pour l’organisation d’élections à moyen terme, pour la mise en place rapide de commissions ouvrières pour le contrôle et la démocratisation du pouvoir, etc. Or il ne s’agissait pas seulement de mettre fin à une insurrection dangereuse, mais aussi de reconnaître le fond de vérité que contenaient les revendications des insurgés, rejoignant d’ailleurs, sur la question de la démocratie ouvrière, des exigences formulées de leur côté par certains bolcheviks, comme ceux de l’Opposition ouvrière. Deux ans et demi plus tard, dans Cours nouveau (automne 1923), Trotsky estimera la situation socio-économique assez mûre pour reprendre à son compte les critiques les plus virulentes contre l’absence de démocratie dans le pays et dans le parti lui-même, contre la bureaucratisation extrêmement rapide du pouvoir…

 

[>>>ici commence un autre débat, vu la manière dont s’est développée la NEP, qui a très vite rencontré ses premières limites, puis sa limite quasi finale avec la « crise des grains », en 1928.

Ceci dit, toute bureaucratie est à combattre, dans la mesure du possible, et autrement que par des formules. Il est évidemment absurde de penser que les bolcheviks, avaient une propension particulière pour la bureaucratie, et notamment pas Staline qui s’est au contraire ingénié à y créer une instabilité nécessaire pour limiter son inertie, à défaut de pouvoir l’éradiquer totalement. L’un des paradoxes de l’époque est la prise de position de Trosky contre la réforme constitutionnelle de 1936.

De plus, et de fait, avec la montée du fascisme déjà effective en Allemagne, l’urgence n’était déjà plus aux réformes démocratiques, de toutes façons, en 1936, mais à la consolidation du développement économique et social, à la construction d’une armée moderne capable de résister.

>>> tout cela se déroule en deux décennies, soit très peu de temps en réalité, pour autant de transformations fondamentales.

>>> à comparer avec l’évolution sociale, économique et « démocratique » sur les deux dernières décennies que nous venons de vivre, et même le demi siècle, depuis 1968, tiens donc, par exemple !!!]

 

En mars 1921, en tenant compte tactiquement, à juste titre, des revendications paysannes (dont les insurgés de Cronstadt ne fournissent qu’une des nombreuses expressions contemporaines), mais sans accorder de réelle importance à leurs revendications politiques, Lénine, Trotsky et tous les dirigeants bolcheviks ont sans doute sous-estimé l’aspiration des masses à une plus grande démocratie ouvrière et l’importance cruciale de cette question pour l’avenir de l’État ouvrier et de la révolution. Nous reviendrons dans un prochain article sur le processus de bureaucratisation et de « stalinisation » du pouvoir soviétique. Mais on peut dire d’ores et déjà que la nécessité militaire immédiate de réprimer l’insurrection ne dispensait pas d’engager une réflexion et des mesures progressives sur la démocratie dans l’État ouvrier dès lors que se refermait la période de l’inévitable « communisme de guerre ». Lénine, Trotsky et bien d’autres ne le comprendront qu’un peu plus tard, à un moment où la bureaucratie avait déjà conquis une place hégémonique dans tout l’appareil d’État et dans le Parti, et où une bonne partie des masses avait, quant à elle, sans doute déjà renoncé à l’espoir d’une véritable démocratisation…

De ce point de vue, la « tragédie de Cronstadt », c’est que les insurgés ont posé de vraies questions politiques, mais leurs termes frontalement anti-bolcheviks et surtout leur acte insurrectionnel lourd de danger contre-révolutionnaire après trois ans de guerre civile et des mois de révoltes paysannes dans tout le pays, ne pouvaient qu’empêcher les dirigeants bolcheviks de les entendre.

 

[>>>assez bonne conclusion qui pose le problème de la difficulté de combiner transformation sociale, économique, et formalisme démocratique.

>>> la vraie démocratie n’est pas une forme abstraite, indépendante des conditions économiques et des rapports de production.

>>>elle doit servir concrètement à faire correspondre la production et l’organisation des services avec les besoins sociaux des masses prolétariennes et populaires.

>>>il y a donc bien un but, un projet collectif à définir et une gestion collective des moyens à mettre en œuvre pour le réaliser. En tant que superstructure, le projet se reflète dans la culture et l’idéologie qu’il lui insuffle, inévitablement et même, nécessairement. Ce n’est qu’en ce sens que le ML devient une idéologie vivante. En dehors du projet social, il n’est, au mieux, qu’un outil d’analyse, ce qui n’est déjà pas si mal, et en tous cas, également nécessaire. Mais autrement, dans tous les autres cas, en l’absence d’un programme économique et social reposant nécessairement sur le développement d’une infrastructure en rupture radicale avec le capitalisme, il n’est plus qu’un dogme abstrait, vite galvaudé en fonction de besoins sectaires, et donc révisionnistes par nature ! C’est ce que l’on voit aujourd’hui chez la plupart de ceux qui s’en réclament encore, quand ce n’est pas le pur fard d’une Kollaboration de classe avec le nouvel impérialisme chinois.]

 

 


Note complémentaire sur Petrichenko :

(Selon wikipédia – extraits)

Après la répression du soulèvement par l’armée rouge commandée par Trotski, Petritchenko s’enfuit en Finlande où il travaille comme charpentier et continue sa lutte contre les bolchéviks.

En 1945, il est arrêté en Finlande et livré à l’Union soviétique, où il est incarcéré à la prison de Vladimir près de Moscou. Il y meurt en 1947.

Selon l’historien Marcel Liebman, « après l’écrasement du soulèvement, le « Comité révolutionnaire provisoire de Kronstadt », ou ce qu’il en restait, conclut un accord avec les « blancs » de Paris, et son principal dirigeant, le marin Petritchenko, homme au passé politique douteux, se mit au printemps 1921, activement au service du « Centre national russe » parisien, se livrant alors pour ce dernier à des activités contre-révolutionnaires à Pétrograd. »

Selon Paul Avrich, en mai 1921, il aurait proposé ses services au général Wrangel (général des armées blanches)

 

NOTES ORIGINALES DE L’ARTICLE:

1) Lénine, Œuvres complètes, Éditions sociales/Éditions en langues étrangères, Paris/Moscou, tome 32, p. 295.

2) Jean-Jacques Marie, Cronstadt, Paris, Fayard, 2005.

3) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, [1970], éd. fr. Paris, Seuil, 1975.

4) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, Bruxelles, Complexe, 1980.

5) Voir Cronstadt 1921. Documents, Les Cahiers du CERMTRI, n°110, juin 2003.

6) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 171-172.

7) Idem, p. 11.

8) Paul Avrich, op. cit., p. 152.

9) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 59.

10) Idem, p. 14.

11) Idem, pp. 72-73.

12) On notera au passage que, pendant le Congrès, Lénine a fait sortir les sténographes au moment de la discussion sur l’insurrection, alors que Trotsky n’était pas d’accord et voulait que les débats soient pris en notes « pour l’histoire ».

13) H. Arvon parle de famille de « marins » (La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 64), J.-J. Marie de familles d’ « officiers » (Cronstadt, op. cit., p. 217).

14) Idem, p. 85.

15) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 200.

16) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 13.

17) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 114.

18) Paul Avrich, op. cit., p. 13.

19) Henri Arvon, op. cit., p. 125.

 

SOURCE DE L’ARTICLE DE L. FONTEYN : https://tendanceclaire.org/article.php?id=575

 

 

 

 

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Marxisme-Léninisme, Marx, Lénine, ML, en deux mots, c’est quoi? (Partie 2)

 

 

 

 

 

 

Marxisme-léninisme,

Marx, Lénine, ML,

en deux mots, c’est quoi?

(Partie 2)

 

Comme on l’a vu dans la première partie de notre exposé,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/05/17/marxisme-leninisme-marx-lenine-ml-en-deux-mots-cest-quoi-partie-1/

le premier but politique du marxisme, tant à l’époque de Marx que de celle de Lénine, c’est la Révolution Prolétarienne, c’est à dire la rupture d’avec le capitalisme, par une étape de transition socialiste fondée sur la dictature du prolétariat. Terme qui n’a réellement son sens que par une transformation radicale des rapports de production et de toutes les superstructures de la société en fonction des besoins sociaux du prolétariat et de l’ensemble des classes populaires.

Mais on le voit bien, tant à propos des USA qui continuent à vouloir régenter le monde selon leurs intérêts, qu’à propos de la Chine, qui conteste ce leadership en avançant partout ses propres intérêts économiques et financiers, la différence entre l’époque de Marx et la notre, c’est la prégnance exponentielle du capitalisme financier sur l’économie de la planète.

Or, depuis l’époque de Lénine, précisément, la domination du capital financier est associée à la notion d’impérialisme, un autre mot qui fâche… Quoi que nettement moins que le concept de dictature du prolétariat, chacun pouvant, dans le langage courant, renvoyer à l’autre l’épithète d’ « impérialiste », pour fustiger sa domination, tout comme il est courant de lancer l’épithète de « fasciste » à propos de tout comportement un tant soit peu autoritaire…

Il importe donc de préciser la définition ces notions, considérées à l’aune des fondamentaux du marxisme-léninisme, qui sont, de plus, une des sources reconnues de ces définitions.

Lénine, reprenant et synthétisant les travaux de Hilferding, définit la constitution du capital financier, à son époque, comme une conséquence inéluctable de la formation des monopoles, avec le développement des forces productives, et devant inévitablement aboutir à la constitution d’une oligarchie financière :

1.       « Une part toujours croissante du capital industriel, écrit Hilferding, n’appartient pas aux industriels qui l’utilisent. Ces derniers n’en obtiennent la disposition que par le canal de la banque, qui est pour eux le représentant des propriétaires de ce capital. D’autre part, force est à la banque d’investir une part de plus en plus grande de ses capitaux dans l’industrie. Elle devient ainsi, de plus en plus, un capitaliste industriel. Ce capital bancaire -c’est-à-dire ce capital-argent- qui se transforme ainsi en capital industriel, je l’appelle « capital financier ». « Le capital financier est donc un capital dont disposent les banques et qu’utilisent les industriels.« 

2.       Cette définition est incomplète dans la mesure où elle passe sous silence un fait de la plus haute importance, à savoir la concentration accrue de la production et du capital, au point qu’elle donne et a déjà donné naissance au monopole. Mais tout l’exposé de Hilferding, en général, et plus particulièrement les deux chapitres qui précèdent celui auquel nous empruntons cette définition, soulignent le rôle des monopoles capitalistes.

3.       Concentration de la production avec, comme conséquence, les monopoles; fusion ou interpénétration des banques et de l’industrie, voilà l’histoire de la formation du capital financier et le contenu de cette notion.

4.       Il nous faut montrer maintenant comment la « gestion » exercée par les monopoles capitalistes devient inévitablement, sous le régime général de la production marchande et de la propriété privée, la domination : d’une oligarchie financière. »

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Chapitre III. LE CAPITAL FINANCIER ET L’OLIGARCHIE FINANCIÈRE


Pour autant, s’il prend évidemment une forme et une puissance nouvelle, déjà décuplée, à l’époque de Lénine, le capital financier n’est pas un phénomène nouveau en soi, pas plus que son influence sur la constitution d’une oligarchie.

Il a, dès l’origine de la formation du capitalisme, un rôle pivot essentiel à l’intersection du capital commercial et du capital bancaire. C’est ce que Marx observait déjà à propos de l’accumulation primitive du capital :

« Les différentes méthodes d’accumulation primitive que l’ère capitaliste fait éclore se partagent d’abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l’Espagne, la Hollande, la France et l’Angleterre, jusqu’à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. »

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

 

Marx avait déjà nettement une conscience historique de l’origine ancienne et même moyenâgeuse du capital financier :

« Avec les dettes publiques naquit un système de crédit inter­national qui cache souvent une des sources de l’accumulation primitive chez tel ou tel peuple. C’est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables. A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et commer­ciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l’étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l’Angleterre, sa rivale victorieuse. Et il en est de même à présent de l’Angleterre et des États-Unis. Maint capital qui fait aujourd’hui son apparition aux États-Unis sans extrait de naissance n’est que du sang d’enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre. »

(…)

« Le système du crédit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables. »

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

« Marx, Gilet Jaune ! », serait-on tentés de s’exclamer… S’ils font, incidemment, du « marxisme », toutefois, nos Gilets Jaunes sont un peu comme M. Jourdain, qu faisait de la prose sans le savoir, et donc, sans réellement déranger le « bourgeois gentilhomme » qui nous gouverne  !

Quoi qu’il en soit, ce n’est donc pas d’un phénomène entièrement nouveau, dont Lénine nous parle, mais bien d’un saut qualitatif dans son rôle économique et social.

Dans la deuxième moitié du XXème, siècle avec les travaux historiques du français Fernand Braudel et d’autres, l’origine historique du capital financier a même pu être tracée avec plus de précision, jusqu’à l’étymologie elle-même du mot « Bourse », sur une place de Bruges où se situait l’auberge « Ter Buerse », éponyme de la famille propriétaire, Van der Buerse. C’était évidemment le lieu de rencontre pour les affaires importantes en ce temps… (fin XIIIème et XIVème siècle). D’autres traces, encore plus anciennes (XII ème siècle), se trouvaient à Paris, sur le « Grand Pont » de l’Île de la Cité remplacé depuis par le Pont au Change, dont le nom reste évocateur de ses fonctions passées.

Ce dont Lénine nous parle, ce n’est donc pas d’un phénomène nouveau en soi, mais bien nouveau, néanmoins, par la constitution d’une nouvelle oligarchie financière au sein même de la bourgeoisie déjà devenue la classe dominante dans la plupart des pays où s’est opérée la révolution industrielle.

C’est avec la révolution industrielle, avec l’essor du capitalisme productif industriel, que la bourgeoisie devient réellement une classe dominante hégémonique, mais ce n’est que pendant les toutes premières décennies de cette révolution que le capitaliste industriel semble à lui seul sur le point de réellement dominer la société.

Car très vite les progrès rapides de la technologie et la rationalisation des processus de production qui en découlent sont un tel enjeu de concurrence entre capitalistes qu’ils mènent non seulement à la concentration de la production, mais finalement au monopole lui-même, par la nécessité des moyens financiers gigantesques qu’ils mettent en jeu, y compris et d’abord, pour poursuivre le processus « progrès technique-concentration », et qui dépassent ceux générés par chaque industriel séparément, aussi inventif et créatif soit-il. C’est là que le capital-argent, par le truchement du banquier, reprend le dessus sur l’industriel et institue, jusqu’à ce jour, la domination du banquier sur l’industriel proprement dit.

Ce que Lénine résume par cette définition :

« 2.      Si l’on devait définir l’impérialisme aussi brièvement que possible, il faudrait dire qu’il est le stade monopoliste du capitalisme. Cette définition embrasserait l’essentiel, car, d’une part, le capital financier est le résultat de la fusion du capital de quelques grandes banques monopolistes avec le capital de groupements monopolistes d’industriels; et, d’autre part, le partage du monde est la transition de la politique coloniale, s’étendant sans obstacle aux régions que ne s’est encore appropriée aucune puissance capitaliste, à la politique coloniale de la possession monopolisée de territoires d’un globe entièrement partagé.

3.      Mais les définitions trop courtes, bien que commodes parce que résumant l’essentiel, sont cependant insuffisantes, si l’on veut en dégager des traits fort importants de ce phénomène que nous voulons définir. Aussi, sans oublier ce qu’il y a de conventionnel et de relatif dans toutes les définitions en général, qui ne peuvent jamais embrasser les liens multiples d’un phénomène dans l’intégralité de son développement, devons-nous donner de l’impérialisme une définition englobant les cinq caractères fondamentaux suivants : 1) concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique; 2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce « capital financier », d’une oligarchie financière; 3) l’exportation des capitaux, à la différence de l’exportation des marchandises, prend une importance toute particulière; 4) formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et 5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes. L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financiers, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. »

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Chapitre VII. L’IMPÉRIALISME, STADE PARTICULIER DU CAPITALISME

 

Il est donc clair, dès l’époque de Lénine, que la caractéristique essentielle de l’impérialisme est l’exportation de capitaux, et non plus l’exportation de marchandises, ni même le colonialisme au premier degré :

« 1.       Ce qui caractérisait l’ancien capitalisme, où régnait la libre concurrence, c’était l’exportation des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c’est l’exportation des capitaux. »

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Chapitre IV. L’EXPORTATION DES CAPITAUX

 

Bien évidemment la base économique d’une nation impérialiste reste son secteur productif, secteur originel de son développement, et notamment par les exportations de produits manufacturés de haute technologie, mais arrive un stade ou la rentabilité des capitaux exportés lui permet de continuer à dominer, même avec une balance commerciale déficitaire… Et cela se comprend d’autant mieux qu’une grande partie des produits importés sont en quelque sorte à la fois le produit et le retour, et sous une autre forme, et en plus des bénéfices, des capitaux exportés.

C’est le cas des USA, actuellement, et y compris dans leurs relations avec la Chine, où ils ont encore de nombreux investissements, d’où proviennent aussi, en retour, une partie des exportations chinoises qui creusent formellement le déficit commercial US.

Cependant la Chine, aujourd’hui, est non seulement exportatrice de produits industriels de plus haute technologie, mais aussi, globalement, exportatrice de capitaux, ayant également noué, non seulement avec les USA, mais avec bien d’autres pays, des systèmes de participations croisées, caractéristiques de son stade de développement, et qui la font rentrer dans le concert dissonant des nations impérialistes.

Sa phase d’intégration au marché mondial, depuis les accords Mao-Nixon, en 1972, a suivi très exactement le cours décrit par Hobson, au début du siècle, et repris en citation par Lénine dans son ouvrage de 1916, à cette nuance près, évidemment, que les USA ont pris le leadership impérialiste à l’Europe, entre temps…. Le décalage temporel résultant de la « parenthèse » due à l’influence progressiste de l’URSS, à laquelle Mao a mis fin très vite, une fois au pouvoir, au point de passer ouvertement dans le camp impérialiste à la suite de sa prétendue « grande révolution culturelle prolétarienne » :

« 12.       La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l’appréciation économique que voici:

« Une grande partie de l’Europe occidentale pourrait alors prendre l’apparence et le caractère qu’ont maintenant certaines parties des pays qui la composent: le Sud de l’Angleterre, la Riviera, les régions d’Italie et de Suisse les plus fréquentées des touristes et peuplées de gens riches – à savoir: de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d’employés professionnels et de commerçants et un nombre plus important de domestiques et d’ouvriers occupés dans les transports et dans l’industrie travaillant à la finition des produits manufacturés. Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvrés affluerait d’Asie et d’Afrique comme un tribut. »

« Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des Etats d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances: loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont prêts à tourner le dos à cette théorie » (il aurait fallu dire: a cette perspective) « comme ne méritant pas d’être examinée, méditent sur les conditions économiques et sociales des régions de l’Angleterre méridionale actuelle, qui en sont déjà arrivées à cette situation. Qu’ils réfléchissent à l’extension considérable que pourrait prendre ce système si la Chine était soumise au contrôle économique de semblables groupes de financiers, de « placeurs de capitaux » (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employés de commerce et d’industrie, qui drainent les profits du plus grand réservoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile à escompter pour que ladite ou quelque autre prévision de l’avenir dans une seule direction puisse être considérée comme la plus probable. Mais les influences qui régissent à l’heure actuelle l’impérialisme de l’Europe occidentale s’orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de résistance, si elles ne sont pas détournées d’un autre côté, c’est dans ce sens qu’elles joueront. [HOBSON: ouvr. cité, pp. 103, 205, 144, 335, 386.] »

13.       L’auteur a parfaitement raison: si les forces de l’impérialisme ne rencontraient pas de résistance, elles aboutiraient précisément à ce résultat. La signification des « Etats-Unis d’Europe » dans la situation actuelle, impérialiste, a été ici très justement caractérisée. Il eût fallu seulement ajouter que, à l’intérieur du mouvement ouvrier également, les opportunistes momentanément vainqueurs dans la plupart des pays, « jouent » avec système et continuité, précisément dans ce sens. L’impérialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s’étendant pas uniquement à la Chine, et qui procure des profits de monopole élevés à une poignée de pays très riches, crée la possibilité économique de corrompre les couches supérieures du prolétariat; par là même il alimente l’opportunisme, lui donne corps et le consolide. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier, forces que le social-libéral Hobson n’est évidemment pas en mesure de discerner. »

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Chapitre VIII. LE PARASITISME ET LA PUTRÉFACTION DU CAPITALISME

 

A présent cette phase d’intégration de type comprador et néo-coloniale est pour l’essentiel terminée et le capitalisme monopoliste d’Etat chinois se pose clairement en challenger de son ex-tuteur financier, l’impérialisme US. Ce qu’illustrent parfaitement les tensions commerciales et diplomatiques entre ces deux frères ennemis.

Mettre l’accent sur les guerres commerciales et financières que se livrent les états impérialistes ne doit pas pour autant nous faire oublier leurs infrastructures et bases militaro-industrielles.

En effet, si hors du continent Nord-Américain lui-même, le colonialisme au premier degré par la puissance US s’est essentiellement manifesté aux Philippines et à Cuba, à l’aube du siècle dernier, c’est néanmoins l’interventionnisme militaire direct qui a le plus souvent permis, depuis, d’imposer le néo-colonialisme à la mode US.

Et l’influence décisive de sa puissance financière à travers le monde ne serait certainement pas ce qu’elle est sans les bases militaires qu’elle s’y est octroyée, à peu près partout. Néanmoins, sur le terrain économique, le néo-colonialisme reste une affaire d’investissement financiers, d’exportation de capitaux. Il en va de même pour la France, avec sa zone d’influence néo-coloniale « Françafrique ».

Comme le soulignait Lénine :

« 14.   La politique coloniale et l’impérialisme existaient déjà avant la phase contemporaine du capitalisme, et même avant le capitalisme. Rome, fondée sur l’esclavage, faisait une politique coloniale et pratiquait l’impérialisme. Mais les raisonnements « d’ordre général » sur l’impérialisme, qui négligent ou relèguent à l’arrière-plan la différence essentielle des formations économiques et sociales, dégénèrent infailliblement en banalités creuses ou en rodomontades, comme la comparaison entre « la Grande Rome et la Grande-Bretagne« . Même la politique coloniale du capitalisme dans les phases antérieures de celui-ci se distingue foncièrement de la politique coloniale du capital financier. »

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Chapitre VI. LE PARTAGE DU MONDE ENTRE LES GRANDES PUISSANCES

Toutefois, l’aspect « pacifiste » de l’expansionnisme financier chinois ne doit pas faire illusion. La Chine a prouvé, notamment dans les nombreuses îles disséminée entre le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei, qu’elle était déterminée à imposer ses revendications territoriales par la force, en dépit de leur caractère manifestement abusif. Et cela dans une région particulièrement stratégique, tant en termes de ressources maritimes, halieutiques et minières sous-marines, qu’en termes de trafic maritime commercial, soit 60 000 navires, ce qui représente trois fois le trafic du canal de Suez, six fois celui de Panama, et en termes de fret, équivaut au quart du commerce mondial.

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Si les ambitions militaires de la Chine, dans d’autres régions du globe, restent limitées, elles sont simplement à la mesure du rapport de force, qui lui indiquent de privilégier l’expansionnisme financier, soutenu par une réserve monétaire importante.

Le cas du fascisme allemand et italien, ainsi que de l’expansionnisme japonais, à l’époque précédant la seconde guerre mondiale, était effectivement différent et atypique par rapport à la définition de l’impérialisme moderne. Il s’agissait de nations ayant atteint un grand niveau de développement économique et industriel sans toutefois avoir eu part aux partages coloniaux précédents en proportion de leur puissances et se sont trouvées des voies directes de compensations militaires, sur un mode particulièrement barbare et rétrograde, ce qui a donc précipité leur échec.

Compte tenu de la part des intérêts qu’elles ont encore en commun, les deux première puissances mondiales actuelles, USA et Chine, n’ont pas réellement de raison immédiate d’en venir à un conflit armé ouvert, mais on ne saurait l’exclure, à plus long terme.

En comparaison de la « discrétion » relative de l’impérialisme chinois, l’activisme militaire russe peut paraître disproportionné, et, de fait, il constitue un prétexte commode aux critiques de tous bords, sinon unanimes, en Occident, pour parler d’ « impérialisme russe », or, en tout et pour tout, en dehors des interventions de soutien à ses proches alliés, la Russie n’a fait que récupérer la modeste presqu’île de Crimée, certes stratégique, mais qui lui avait été indûment retirée par la politique calamiteuse de Khrouchtchev, à l’époque de l’URSS. Non seulement cela ne justifie en rien l’épithète d’ « impérialiste », la concernant, mais il convient précisément, à l’aune des fondamentaux du ML, de remettre les choses en proportion, concernant le « militarisme » de la Russie :

Pour 2017, le budget de l’armée US représente à lui seul 40% du budget militaire total de la planète ! Et il est plus que douze fois supérieur à celui de la Russie ! Qui est lui-même inférieur à celui de la France, grande donneuse de leçons et pourvoyeuse de conflits à travers le monde, et en Afrique, notamment !

http://www.lepoint.fr/monde/budget-militaire-la-france-depensera-plus-que-la-russie-en-2017–12-12-2016-2089696_24.php

http://hist.science.online.fr/storie/politiq_incorrect/PaxAmericana/puissance-militaire.htm

La Russie a effectivement hérité du passé soviétique une industrie militaire d’un bon niveau et a réussi à la rendre à nouveau fonctionnelle, avec en réalité peu de moyens. Ce qui est simplement une nécessité pour sa survie, dans le contexte international actuel, et nullement une preuve de volonté « expansionniste ».

Ce meilleur rapport coût/efficacité est d’ailleurs reconnu et envié jusqu’au sein de l’armée US elle-même…

http://pqasb.pqarchiver.com/mca-members/doc/1868134384.html?FMT=TG

Le véritable impérialisme, effectivement, ne peut aller sans gâchis matériel, financier, et humain, en fin de compte !

Voilà donc pour l’ « impérialisme militaire »…

Quid de l’ « impérialisme financier » de la Russie ?

Si le budget militaire US représente à lui seul 40% du budget militaire mondial, il en va de même déjà simplement pour la capitalisation boursière située aux USA, qui représente donc également 40% du total mondial. Sur l’ensemble mondial des titres financiers, ce sont largement plus de 50% qui sont contrôlés par des américains…

Par comparaison, la capitalisation boursière de la Chine, son challenger, équivaut à 40% …de celle des USA, soit environ 16% du total mondial.

La capitalisation boursière de la Russie, pour sa part, représente moins de 1,5% de la capitalisation US, soit aux environs de 0,6% du total mondial !

Une seule entreprise américaine, comme Apple, représente à elle seule plus du double de la capitalisation boursière totale en Russie… !

Et qu’en est-il de l’exportation « massive » de capitaux russes qui devrait être la manifestation essentielle de cet « expansionnisme » dévergondé… ?

Comparons les chiffres chinois et russes pour l’année 2016 :

La Chine a exporté en 2016 pour 183 Milliards de Dollars de capitaux, et en a importé 133, soit un différentiel POSITIF, pour l’export, de 50 Mds de Dollars.

https://www.tradesolutions.bnpparibas.com/fr/implanter/chine/investir

Cette même année, la Russie a importé en tout moins de 33 Milliards de Dollars, et n’en a exporté que 22, soit un solde NÉGATIF de près de 11 Mds.

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/438470

Et encore, selon la source, environ 70% de ces 22 Mds exportés le sont vers des « zones à fiscalité privilégiée », et ne sont donc pas réellement de l’investissement productif. Plutôt de l’évasion fiscale, en termes moins diplomatiques…

Autant dire, en dépit de quelques cas spectaculaires manifestement montés en épingle par la propagande médiatique occidentale, que l’ « exportation » de capitaux russes, déjà basicalement déficitaire, est donc en réalité carrément à considérer comme négligeable, du point de vue des critères qui en feraient l’expression d’un « impérialisme russe ».

Comment donc peut on considérer un pays, certes capitaliste, mais qui n’exporte quasiment pas de capitaux et dont la capitalisation boursière est des plus réduites, surtout en proportion de sa taille et de son importance géostratégique, à l’échelle d’un continent ?

Ses seules ressources économiques conséquentes reposent sur l’exportation de ses matières premières, et non pas sur leur transformation, et effectivement sur l’exportation d’armes, la seule industrie de pointe qu’elle a réussi à sauver de la débâcle finale de l’URSS sous Gorbatchev et Eltsine. Et qui la sauve plus que probablement d’être néo-colonisée par l’Occident.

 

Il s’agit donc d’un pays capitaliste, certes, mais non pas encore arrivé au stade impérialiste, et même loin de là, si l’on considère le laps de temps qu’il a fallu à la Chine pour atteindre ce stade, près d’un demi-siècle, et dans un cadre économique largement plus favorable.

 

Le cas de la Russie, pour spectaculaire qu’il soit, en raison de sa taille, le plus grand pays du monde, et de son importance géostratégique évidente, n’est pourtant pas unique. Et l’on retrouve, à des échelles évidemment très variables, cette situation de bourgeoisie nationale luttant pour conserver son indépendance, et généralement et principalement, face à l’impérialisme US, quoi que d’autres puissances impérialistes, dont la France, ne dédaignent pas d’intervenir en charognards pour tenter de profiter des zones de conflits ainsi créées, comme en Syrie.

 

Outre la Syrie, qui tente vaillamment de survivre en tant qu’Etat indépendant, la liste est désormais assez longue : Iran, Irak, Yémen, Venezuela, Nicaragua, etc… sans oublier la Palestine, qui reste, au XXI ème siècle, un des derniers cas de colonialisme au premier degré, et validé, néanmoins, par la majorité des pays occidentaux.

 

Il est clair que la situation des prolétaires de ces pays est particulièrement complexe, car ils doivent à la fois lutter pour améliorer leurs conditions de vie, y compris face à leur bourgeoisie nationale, et faire front contre l’impérialisme.

Ce que l’histoire prouve, c’est que collaborer avec l’impérialisme, contre leur propre bourgeoisie nationale, cela ne fait systématiquement qu’empirer la situation et repousser encore plus loin tout espoir d’émancipation sociale.

 

Ce que l’histoire prouve également, c’est qu’il ne doivent jamais renoncer à l’indépendance de leurs organisations de classe, parti, syndicats et autres organisations de masse et de lutte. Là où de telles organisations n’existent pas, leur priorité est de les créer, de manière tout à fait autonome, tout en s’impliquant dans la lutte de libération nationale, si une telle lutte est possible.

 

Des objectifs communs avec la bourgeoisie nationale peuvent amener des compromis tactiques de type « front uni », mais il faut toujours garder à l’esprit que les objectifs stratégiques diffèrent, à plus long terme, et ne pas entretenir ni cultiver d’illusions, ne pas confondre les étapes, celle de la lutte anti-impérialiste et celle de la révolution socialiste, y compris lorsque la bourgeoisie nationale se pare du titre de « socialiste » dans le but d’élargir sa base et d’endormir les revendications sociales.

 

Dans les pays impérialistes les prolétaires en lutte doivent non seulement combattre leur propre bourgeoisie en tant que bourgeoisie capitaliste et impérialiste, mais aussi manifester activement leur solidarité avec les peuples du monde en lutte contre l’impérialisme, que ce soit l’impérialisme US, un autre, ou même le leur ! Ces manifestations de solidarité sont d’autant plus utiles et importantes que c’est l’affaiblissement général de l’impérialisme qui crée des situations locales où une révolution devient possible. C’est aussi une des leçons essentielles de l’histoire.

Les prolétaires des pays impérialistes doivent non seulement éviter de tomber dans le piège de soutenir leur propre impérialisme contre les peuples opprimés, mais ils doivent aussi éviter de tomber dans le piège du social-chauvinisme qui consiste à s’illusionner sur le caractère « national » de leur propre bourgeoisie et être tentés par un compromis quel qu’il soit, tactique ou stratégique, avec leur propre bourgeoisie.

 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale il n’existe plus de « bourgeoisie nationale » dans aucun des grands pays d’Europe occidentale, et notamment pas, en France. C’est encore une leçon de l’histoire, et simplement, de plus, aujourd’hui, un constat d’analyse.

 

La stratégie de front uni tactique contre le fascisme durant la deuxième guerre mondiale était non seulement justifiée, mais elle aurait du être assumée comme telle dès le début du conflit. Par contre, la mise en pratique qui en a finalement été faite a renoncé à l’autonomie politique du prolétariat et a passé avec la bourgeoisie, sous la forme du CNR, un compromis stratégique inadéquate, sauf pour la reconstitution de l’impérialisme français, ce qui s’est traduit, aussitôt la libération, par une reprise de l’agressivité colonialiste française, avec des milliers de morts à la clef, à commencer par ceux de Sétif, le 8 Mai 1945.

 

Une leçon de l’histoire qui doit absolument contribuer à séparer les véritables marxistes-léninistes des divers résidus du social-chauvinisme néo-thorezien.

 

Luniterre

 

En réponse à Aymeric Monville et à son texte « L’atlantisme, voilà l’ennemi… ! »

[ NDLR: édition remise à jour le 20/04/2019 ]

[ Une suite au débat…  https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/04/25/chine-usa-russie-quid-de-limperialisme-une-suite-au-debat/  ]

 

 

 

https://asialyst.com/fr/wp-content/uploads/2017/04/CHINE-ETATS-UNIS-RENCONTRE-TRUMP-XI-e1491560019482.jpg

En réponse à Aymeric Monville

et à son texte

« L’atlantisme, voilà l’ennemi… ! »

A propos de l’«anti-atlantisme» du PRCF et en réponse à l’appel Kollaborationniste pro-impérialisme chinois de M. Monville (PRCF) par sa…

 

« Proposition liminaire pour penser l’impérialisme dans le moment actuel »

 

(   Aymeric Monville – L’atlantisme, voilà l’ennemi…!_  )   Doc PDF

 

Bien évidemment, il est stupide de se livrer à une lecture et à une application dogmatique des classiques du Marxisme-Léninisme, que ce soit Marx, Lénine, mais aussi Dimitrov, du reste…

 

Ce qui reste essentiel, en tout temps, c’est l’analyse de l’infrastructure, de la base économique. C’est ce qui détermine les interactions dans la superstructure, et notamment, les rivalités entre puissances économiques et financières.

 

Ce n’est donc pas pour rien que Lénine insiste sur la dimension internationale du capitalisme financier, dès son époque. Ce sont déjà essentiellement les mouvements de capitaux entre les nations qui déterminent leurs rapports de force.

 

Dans la définition de l’impérialisme le critère d’exportation de capitaux est déjà essentiel, non pas en soi-même, évidemment, mais bien en tant qu’instrument de domination politique et économique d’une nation sur une ou plusieurs autres.

 

Autrement dit, une nation impérialiste a d’abord une balance excédentaire dans ses échanges de capitaux, en export de capitaux. Le critère d’une balance commerciale excédentaire n’est pas suffisant en soi, voire même, pas indispensable, on le voit bien avec la situation actuelle des USA…

 

Évidemment, au cours de la phase d’ascension d’une puissance impérialiste, l’un ne va pas sans l’autre.

 

La base de départ reste le développement d’une industrie lourde relativement endogène, qui permet notamment la constitution d’un complexe militaro-industriel.

 

Mais au delà de cette base, c’est bien la capacité de domination financière qui est l’élément décisif, l’arme principale et le nerf de la guerre, au propre comme au figuré, sur le terrain comme sur les marchés.

 

Autrement dit, encore, c’est M. Monville lui-même qui introduit ici une confusion majeure sur la base d’une lecture dogmatique de Lénine :

« C’est pourquoi, pour le moment, toutes les discussions – fréquentes dans nos milieux – sur la réalité, l’importance ou la dangerosité d’un impérialisme russe ou chinois, certes, sont légitimes dans la mesure où la Russie et la Chine participent à l’exportation de capitaux sur la base de la fusion du capital bancaire et du capital industriel en capital financier, critère léninien majeur de l’impérialisme, »

 

Alors que ces « discussions », précisément, ne sont « légitimes » que sur la base de l’analyse des chiffres, des rapports de proportions, de la réalité des balances commerciales et financières de ces pays, et donc dans quelle mesure ils ont ou auraient les moyens d’en asservir d’autres par leurs exportations de capitaux, notamment, sinon même, essentiellement. En effet, quelle serait la signification d’une éventuelle conquête ou domination territoriale stricto sensu, si celle-ci coûte nettement plus chère au pays conquérant que ce qu’elle ne peut lui rapporter, et à la limite, risque même de le ruiner financièrement ? (…Voir le cas de l’URSS en Afghanistan!)

 

Dès 1916 Lénine pointe déjà le fait que la conquête territoriale directe n’est pas le trait dominant de l’impérialisme, mais que c’est bien la domination financière. L’interventionnisme ne vient déjà plus, en quelque sorte, que seconder ou compléter la domination économique et financière, et non la précéder.

 

Le cas du fascisme allemand et même italien (…et de l’expansionnisme nippon, du reste) est donc en quelque sorte atypique, dans cette définition, et c’est ce qui en fait la particularité, du reste.

Ce sont des puissances arrivées tardivement à la table du partage mondial, et qui doivent donc utiliser des moyens « rétrogrades » en quelque sorte, pour s’y imposer.

On voit donc bien, également, en quoi la situation actuelle diffère de celle de l’époque de Dimitrov et en quoi il faut donc se garder de transposer ses principes comme base de notre stratégie actuelle.

 

Évidemment, on pourrait être tenté d’assimiler la stratégie actuelle de la Russie à ce type de démarche, et certains, même et surtout « à gauche », ne se gênent pas pour le faire, mais qu’en est-il, réellement, de la base économique et financière de la Russie actuelle, et surtout, en comparaison de la Chine et des USA ?

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

 

Extrait : « Si le budget militaire US représente à lui seul 40% du budget militaire mondial, il en va de même déjà simplement pour la capitalisation boursière située aux USA, qui représente donc également 40% du total mondial. Sur l’ensemble mondial des titres financiers, ce sont largement plus de 50% qui sont contrôlés par des américains…

Par comparaison, la capitalisation boursière de la Chine, son challenger, équivaut à 40% …de celle des USA, soit environ 16% du total mondial.

La capitalisation boursière de la Russie, pour sa part, représente moins de 1,5% de la capitalisation US, soit aux environs de 0,6% du total mondial !

Une seule entreprise américaine, comme Apple, représente à elle seule plus du double de la capitalisation boursière totale en Russie… !

Et qu’en est-il de l’exportation « massive » de capitaux russes qui devrait être la manifestation essentielle de cet « expansionnisme » dévergondé… ?

Comparons les chiffres chinois et russes pour l’année 2016 :

La Chine a exporté en 2016 pour 183 Millards de Dollars de capitaux, et en a importé 133, soit un différentiel POSITIF, pour l’export, de 50 Mds de Dollars.

https://www.tradesolutions.bnpparibas.com/fr/implanter/chine/investir

Cette même année, la Russie a importé en tout moins de 33 Milliards de Dollars, et n’en a exporté que 22, soit un solde NEGATIF de près de 11 Mds.

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/438470

Et encore, selon la source, environ 70% de ces 22 Mds exportés le sont vers des « zones à fiscalité privilégiée », et ne sont donc pas réellement de l’investissement productif. Plutôt de l’évasion fiscale, en termes moins diplomatiques… »

 

Il est donc particulièrement absurde de parler de la Russie et de la Chine comme deux candidats également potentiels au titre de challenger impérialiste des USA ! C’est manifestement vrai dans le cas de la Chine, et faux dans le cas de la Russie.

 

Le fait que la Russie ait une alliance relativement privilégiée avec la Chine par rapport aux USA et même par rapport à l’Europe c’est encore une évidence géostratégique qui peut se passer d’explication mais qui n’infère rien, quoi qu’il en soit, et à priori, concernant la nature de classe de ces deux États. Une autre évidence est cependant que ce sont bien deux États capitalistes, quoi que certains le nient encore, y compris le PC chinois lui-même, du reste, et pour commencer !

Ce n’est donc pas non plus la nature de classe qui les distingue, mais, simplement et précisément, le stade de développement du capitalisme où ils en sont :

La Chine est bel et bien rentrée dans le concert des nations impérialistes et la Russie, non !

 

Quant à l’interventionnisme russe, on voit bien qu’il est quasiment contraint et forcé comme seule voie de résistance à l’encerclement imposé par les USA et que ses gains de territoires sont quelque part entre minimes et dérisoires en termes d’expansionnisme, visant à ne récupérer que marginalement ce qui était la zone d’influence de l’URSS.

 

Que la Russie en arrive à soutenir économiquement et militairement d’autres pays eux-mêmes victimes des manœuvres et manipulations de l’impérialisme US, cela fait manifestement partie d’une stratégie de résistance solidaire bien compréhensible mais certainement bien plus coûteuse que lucrative et cela n’en fait en rien la marque d’un impérialisme, au contraire.

 

Que la Chine encourage peu ou prou cette stratégie, cela se comprends d’autant plus aisément que cela lui évite de mettre les mains dans le cambouis et éventuellement les doigts dans l’engrenage. Pour ses propres ambitions, elle a d’autres moyens, avec des exportations de capitaux qui deviennent considérables et omniprésentes.

 

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/8abeee6d276c6645579c4f1029a7f6ad-argentine-le-diner-entre-trump-et-xi-jinping-s-est-tres-bien-passe.jpg?width=1260&height=712&fill=0&focuspoint=50%2C24&cropresize=1&client_id=cmsfront&sign=e44c51cfcf2dd19573da0901cb9920df9dec23f4740edc5437293b5a05a03e5a

 

 

Une première conclusion qui s’impose, c’est qu’en termes d’alliances tactiques éventuelles, pour les communistes marxistes-léninistes, ces deux pays ne peuvent absolument pas être considérés de la même manière.

 

Ce point est important, car, à l’évidence, c’est le sujet de l’article : les communistes doivent passer des alliances…

Mais des alliances dans quel but ? A priori, le titre l’indique, c’est l’influence de l’impérialisme US, sinon cet impérialisme lui-même, qu’il faudrait combattre. A priori, une intention louable de l’auteur, donc, face aux ravages que cause cet impérialisme à l’échelle mondiale, une autre évidence, effectivement, qui a du mal à se dissimuler malgré les efforts médiatiques incessants du système dans ce but.

Mais combattre l’hégémonie US ne peut se faire sans lui opposer une alternative politique crédible, et c’est là que le flou le plus total s’installe dans le propos de M. Monville.

 

Si le socialisme y est évoqué, on comprend bien que ce n’est pas sa préoccupation immédiate, ( «  plus tard la construction du socialisme »), et l’on cherche à comprendre le « détour tactique » par lequel il veut nous faire passer…

 

Bien malin celui qui trouverait qu’il nous en fait un exposé limpide, mais néanmoins, il se réfère assez clairement au PRCF, et cela nous rend donc la stratégie de ce parti encore un peu plus douteuse et incompréhensible qu’elle ne l’était déjà, au lieu d’un d’éclaircissement espéré.

 

Où veut-il en venir ? On se rappelle qu’un paradigme de départ de son propos serait la différence de situation entre l’époque de Lénine et la notre, et qui inviterait donc à une « relecture non dogmatique » de ses principes, une évidence dont on a également bien voulu convenir.

 

Selon l’auteur il y aurait donc une nouvelle étape caractéristique du capitalisme de notre époque, qu’il appelle « capitalisme des monopoles généralisés », selon une formule qu’il reconnaît lui-même emprunter à Samir Amin. On se demande bien ce que serait le sens d’un monopole, …s’il n’était généralisé, mais voyons ce que Samir Amin voulait mettre dans ce concept, et qui aguiche tant M. Monville…

 

Selon Samir Amin, ce qui caractériserait une nouvelle étape serait le caractère transnational du capitalisme… (« Capitalisme transnational ou Impérialisme collectif ? » https://www.pambazuka.org/fr/global-south/capitalisme-transnational-ou-imp%C3%A9rialisme-collectif ). Or, à l’évidence, un tel caractère transnational du capitalisme n’a rien de spécialement nouveau et se trouvait déjà parfaitement mis en lumière par Lénine lui-même, notamment à travers sa description du système des « participations croisées » entre monopoles internationaux. Il y a donc, toujours à l’évidence, une interaction dialectique entre le caractère relativement national des pôles de concentration du capital financier et leurs ramifications internationales. Que cette dialectique soit de plus en plus active dans la phase de mondialisation actuelle, c’est un développement qui ne fait que confirmer la justesse des analyses de Lénine, mais n’apporte rien de nouveau en soi, et évidemment pas en termes d’une éventuelle nouvelle étape du capitalisme.

 

Ce que M. Monville prétend donc « découvrir » à travers la littérature de Samir Amin et de ses alter ego, ce serait une nouvelle « déperdition de souveraineté dont notre peuple est victime ». et qui imposerait donc de « comprendre que, bien que la France soit elle aussi un pays impérialiste, son peuple a besoin d’être défendu en tant que tel. » … « La classe ouvrière ne doit pas s’interdire de passer des alliances – comme toutes les alliances : ponctuelles, et sur la base de l’intérêt réciproque – avec des forces non communistes qui défendent l’indépendance nationale de leur pays. » 

 

Et c’est donc contre cette « déperdition de souveraineté » que M. Monville se propose donc de « passer des alliances »… Or, comme on l’a vu, une telle « déperdition », intrinsèque au capitalisme, et encore plus, à l’impérialisme, n’a rien de nouveau.

 

C’est clairement pour les pays victimes de l’impérialisme que cette « déperdition » impose des conditions particulièrement dégradantes et ouvre une possibilité d’alliance entre prolétariat et bourgeoisie nationale, s’il s’en trouve une, et non, bien évidemment, dans les pays impérialistes eux-mêmes !

 

Du reste, M. Monville semble tout de même être assez lucide pour constater la disparition de toute bourgeoisie nationale en France, actuellement.

 

« le gaullisme en France est devenue une option subjective et nostalgique mais non plus l’expression d’une classe, en l’occurrence une bourgeoisie nationale capable de résister. »

Et donc, ipso facto, son « parallèle » avec la situation des années 30 et du front anti-fasciste tombe de lui-même, et le panel de forces « nationales » auquel il prétend s’adresser reste pour le moins mystérieux !

 

Pour en finir, et tenter de comprendre, il nous faut donc en revenir au début, là où il nous parlait d’alliance avec tel ou tel impérialisme, comprenant bien, in fine, que c’est donc nécessairement, en réalité, de l’impérialisme chinois qu’il s’agit.

 

Il nous parle donc du PRCF comme d’un prétendu « parti marxiste-léniniste » qui deviendrait l’allié d’un « front de libération nationale », libérant la France, de quoi déjà? Ah, oui, certes, de l’ « Atlantisme »… « Voilà l’ennemi » ! Et donc, finalement, pour faire de la France un satellite de la Chine… Solution qu’une bonne partie de la bourgeoisie française monopoliste serait certainement capable de choisir d’elle-même, même sans les conseils « avisés » de M. Monville et du PRCF, effectivement, en cas de renversement du rapport de forces international.

 

D’ici là, le PRCF peut continuer à recycler les discours creux de Samir Amin et consorts, ce n’est pas grave, il n’est là, au mieux, que pour fournir l’emballage, de toutes façons.

 

Ceci-dit, bien évidemment, il ne s’agit pas de substituer à une stratégie de collaboration de classe avec l’impérialisme chinois une stratégie qui se limiterait au soutien à la bourgeoisie nationaliste russe, ou même à la lutte de résistance du peuple russe contre l’impérialisme US et ses clones dans la région.

La priorité stratégique reste évidemment le développement des luttes de classe en France, et notamment et y compris contre la politique interventionniste de l’impérialisme français. Avec l’objectif de construire une avant-garde prolétarienne marxiste-léniniste, la dimension internationaliste des luttes doit prendre une importance de plus en plus grande, dans un contexte de résistance globale contre la « mondialisation » impérialiste.

Cela inclut à la fois le soutien aux luttes de libération nationale qui se poursuivent encore, et en premier lieu, en Palestine, mais aussi un soutien dialectique aux nations en lutte pour conserver leur indépendance contre l’impérialisme, qu’il soit US, français ou autre…! Dialectique, parce que ce soutien doit également s’articuler avec les luttes sociales des prolétaires de ces pays, y compris contre les aspects réactionnaires des politiques de leurs bourgeoisies nationales. Comme c’est le cas avec la lutte des prolétaires russes contre la réforme réactionnaire des retraites.

Dialectique, également, parce que cela doit nous amener à discerner les actions interventionnistes que les bourgeoisies nationales sont amenées à faire en résistance contre l’impérialisme des actions interventionnistes impérialistes elles-mêmes, comme c’est le cas en Syrie.

 

 

Luniterre

 

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Pour aller plus loin:

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/03/03/capitalisme-et-imperialisme-sont-les-deux-faces-dune-meme-piece/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/07/2008-2018-situation-internationale-10-ans-de-crise-quel-remede/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/chine-capitalisme-ou-socialisme-aux-racines-du-maoisme/

 

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/04/samir-amin-capitalisme-transnational__.pdf

 

Aymeric Monville – L’atlantisme, voilà l’ennemi…!_

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Poutine, une mémoire de Léningrad

 

A l’occasion des célébrations du 75ème anniversaire de la libération de Léningrad Vladimir Poutine fleurit la tombe, retrouvée récemment, de son frère, enfant mort pendant le siège fasciste.

 

 

Vladimir Poutine, une mémoire de Léningrad

 

 

[ NDTML: Il ne s’agit pas ici de faire un panégyrique de V. Poutine, mais simplement de montrer de la Russie un autre visage que celui de la caricature habituellement, et donc encore, tout récemment (http://mai68.org/spip2/spip.php?article3448 – Faut-il détester Poutine ?) présentée par les médias, y compris prétendument « anti-impérialistes » et « de gauche ». Une Russie où en réalité la mémoire de l’URSS est encore vive et positivement valorisée, même au sommet de l’Etat, ce qui, évidemment, déplait fortement à nos « révolutionnaires » d’opérette français! Surtout quand ils tentent, de fait et par ce biais particulièrement inapproprié, le confusionnisme entre Union Soviétique et fascisme…]

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La réalité: Vladimir Poutine, une enfance soviétique…

 

Souvenirs de famille de la Seconde Guerre mondialeLe président Poutine évoque l’expérience de sa famille lors du siège de Leningrad

Par Vladimir Poutine – Le 29 mars 2019 – Source Russia Insider

Franchement, mon père n’aimait pas aborder le sujet de la guerre. C’était plutôt comme si j’étais simplement à proximité, lorsque les adultes discutaient ou se rappelaient des choses entre eux. Toute ma connaissance de la guerre – de ce qui est arrivé à ma famille – est née de ces conversations entendues entre adultes. Pourtant, il y avait des moments où ils me parlaient directement.

Mon père était un marin. Il a été appelé en 1939 et a servi dans un escadron de sous-marins à Sébastopol. À son retour, il a travaillé dans une usine à Peterhof [prés de Leningrad] où il vivait avec ma mère. Je pense qu’ils ont même construit une sorte de petite maison là-bas.

Lorsque la guerre a éclaté, il travaillait dans une entreprise militaire, ce qui lui donnait droit à une exemption de la conscription. Cependant, il a d’abord demandé à rejoindre le parti, puis à être envoyé au front. Il a été envoyé dans une équipe de sabotage du NKVD. C’était un petit contingent de 28 personnes qui a été envoyé à l’arrière de l’ennemi pour commettre des actes de sabotage – faire sauter des ponts, des voies de chemin de fer, etc. Presque aussitôt, ils sont tombés dans une embuscade – quelqu’un les avait trahis. Ils sont entrés dans un village, puis l’ont quitté et, quand ils sont revenus quelque temps plus tard, les nazis les attendaient. Ils ont été poursuivis à travers les bois. Mon père a survécu en se cachant dans un marais où il a passé des heures sous l’eau à respirer à travers un roseau. Je me souviens de son histoire. Il a dit que pendant qu’il était dans le marais respirant à travers le roseau, il pouvait entendre les soldats allemands passer à quelques pas de lui, et la façon dont les chiens hurlaient …

En plus de cela, c’était probablement déjà au début de l’automne, c’est-à-dire qu’il faisait déjà froid. Je me rappelle aussi très bien comment il m’a dit que le chef de leur groupe était un Allemand. Citoyen soviétique, mais allemand néanmoins.

Fait intéressant, il y a quelques années, un dossier sur ce groupe a été remis aux archives du ministère de la Défense. Je l’ai toujours chez moi à Novo-Ogaryovo. Il y a une liste du groupe – noms de famille, prénoms, patronymes et brèves descriptions. Il s’agissait bien de 28 personnes et leur chef était un Allemand, exactement comme mon père l’avait dit.

Sur les 28 personnes, seules 4 ont franchi la ligne de front pour revenir de notre côté. Les 24 autres ont été tuées.

Ils ont ensuite été réaffectés à l’armée active et envoyés à Nevsky Pyatachok. C’était probablement l’endroit le plus violent du blocus de Léningrad. Nos troupes ont tenu une petite tête de pont de quatre kilomètres de largeur et environ deux kilomètres de profondeur. C’était censé être une tête de pont pour la future levée du blocus, mais elle n’a jamais été utilisée à cette fin. Le blocus a été rompu ailleurs. Néanmoins, le lieu (Nevsky Pyatachok) a résisté pendant une longue période et les combats ont été exceptionnels. Il y a des hauteurs stratégiques au-dessus et tout autour qui ont essuyé des tirs en permanence. Bien sûr, les Allemands étaient également conscients que c’était le lieu le plus susceptible d’être utilisé pour une percée et essayaient simplement d’effacer Nevsky Pyatachok de la surface de la terre. Il existe des données sur la quantité de métal enfouie dans chaque mètre carré de ce pays. À ce jour, le métal est encore solide.

Mon père m’a raconté comment il avait été blessé. La blessure était grave et il a passé le reste de sa vie avec des éclats d’obus dans la jambe, tous les fragments n’ayant pas pu être enlevés. Sa jambe lui faisait toujours mal et il n’a jamais pu redresser correctement son pied par la suite. Ils ont choisi de ne pas toucher aux petits fragments pour éviter de briser l’os. Et Dieu merci, ils ont gardé sa jambe quand il aurait pu être amputé – il avait un bon médecin. Il a été affecté d’une invalidité de niveau II. En tant que vétéran handicapé, il a finalement eu un appartement. C’était notre premier appartement séparé – un petit endroit de deux pièces. [Aparté : avant cela, les Poutine vivaient dans un appartement collectif, où plusieurs familles partageaient les installations, le couloir et la cuisine, et dormaient dans des pièces séparées]. Avant de recevoir l’appartement, nous vivions dans le centre-ville et nous devions maintenant déménager, pas tout à fait à la périphérie, mais dans une zone nouvellement construite. Cela ne s’est pas produit immédiatement après la guerre, mais lorsque je travaillais déjà au KGB. À ce moment-là, on ne m’a pas donné d’appartement, mais mon père a finalement eu le sien et cela a été une grande source de bonheur.

Mon père a raconté comment il a été blessé :

Avec un camarade, il effectua une petite sortie à l’arrière des Allemands, rampant, rampant, puis cela devint à la fois drôle et triste. Ils atteignirent un bunker allemand, d’où émergea un énorme type qui les regarda droit dans les yeux. Ils ne pouvaient pas se lever car ils étaient sous la menace de la mitrailleuse. « L’homme nous a regardés avec beaucoup d’attention » a dit mon père « Il a sorti une grenade, puis une autre et les a jetées vers nous. Bien et… » La vie est une chose simple, mais cruelle.

Quel était son plus gros problème quand il a repris conscience ? Le fait que c’était déjà l’hiver. La Neva était bloquée par les glaces et il devait en quelque sorte se rendre de l’autre côté pour obtenir de l’aide et des soins médicaux spécialisés. Cependant, il n’était pas en état de marcher.

Certes, il a essayé de retrouver sa famille de ce côté-ci de la rivière. Mais peu de gens étaient disposés à le transporter de l’autre côté parce que cette partie de la Neva était exposée à des tirs d’artillerie et de mitrailleuses. Il y avait peu de chance d’atteindre la rive opposée. Cependant, par hasard, un de ses voisins de la maison de Peterhof [où les Poutine habitaient] est apparu . Et ce voisin n’a pas hésité à le traîner pour traverser, il l’a même emmené jusqu’à l’hôpital. Ils ont tous les deux survécu à l’expédition. Le voisin a attendu à l’hôpital, s’est assuré qu’il était opéré et a déclaré : « Eh bien, maintenant, vous allez vivre, mais je vais mourir. » Et il est parti.

J’ai plus tard demandé à mon père si cet homme était vraiment mort. Il a déclaré qu’il n’avait plus jamais entendu parler de lui et qu’il croyait qu’il avait été tué. Il n’a jamais pu oublier cet épisode et cela le tourmentait énormément. Je me souviens de cela dans les années 1960 – je ne me souviens pas de l’année exacte car j’étais encore très jeune à l’époque – mais au début des années 60, mon père est soudainement rentré à la maison, s’est assis et a commencé à pleurer. Il avait rencontré son sauveur dans un magasin à Leningrad. Comme lors de leur précédente rencontre, c’était un hasard, une chance sur un million, que les deux hommes soient dans le même magasin au même moment. Ils se reverraient plus tard chez nous. Ma mère m’a raconté comment elle avait rendu visite à mon père à l’hôpital où il reposait après avoir été blessé. Ils avaient un petit enfant qui n’avait que trois ans à ce moment-là, la période du blocus et de la faim. Mon père lui a fait passer clandestinement ses rations d’hôpital et elle les a emmenées à la maison pour nourrir leur enfant. Lorsqu’il a commencé à s’évanouir de faim à l’hôpital, les médecins et les infirmières ont compris ce qui se passait et ont empêché ma mère de lui rendre visite à nouveau.

Puis son enfant lui a été enlevé. Comme elle l’a rappelé par la suite, cela s’est fait sans préavis, dans le but de sauver les jeunes enfants de la famine. Les enfants ont été amenés dans des orphelinats pour une évacuation ultérieure. Les parents n’ont même pas été consultés.

L’enfant est tombé malade là-bas – ma mère a dit que c’était la diphtérie – il n’a pas survécu. On n’a même pas dit à mes parents où il avait été enterré et ils ne l’ont jamais su. L’année dernière, certaines personnes que je ne connais pas, travaillant de leur propre initiative, ont fouillé dans les archives et trouvé des documents concernant mon frère. Et c’était vraiment mon frère, car je savais qu’après avoir fui Peterhof devant les troupes allemandes qui avançaient, mes parents vivaient avec un de leurs amis – et je connaissais même l’adresse. Ils vivaient sur le « canal de l’eau » (Vodny Kanal). Il aurait été plus approprié de l’appeler le « canal de dérivation » (Obvodny Kanal), mais à Leningrad, il s’appelait le « canal de l’eau ». Je sais pour sûr qu’ils ont vécu là-bas. Non seulement l’adresse, mais le nom, le prénom, le patronyme et la date de naissance correspondaient [avec les archives de l’hôpital]. C’était bien sûr mon frère. Le lieu d’inhumation était le cimetière Piskaryovskoye. Même le site exact a été trouvé.

On n’avait rien dit à mes parents. De toute évidence, d’autres choses étaient plus importantes à l’époque.

Donc tout ce que mes parents m’ont dit de la guerre était vrai. Pas un seul mot n’a été inventé. Pas un seul jour n’a été déplacé. Tout ce qu’on m’avait dit à propos de mon frère, du voisin, et du chef de groupe allemand – tout concordait, tout était confirmé de manière incroyable. Après que mon frère a été emmené et que ma mère était restée seule, mon père a finalement pu marcher avec des béquilles et rentrer à la maison. Lorsqu’il se dirigea vers son immeuble, il vit qu’il y avait des préposés aux soins qui portaient des corps à l’entrée. Il a identifié l’un d’eux comme étant ma mère. Il s’approcha d’eux et il lui sembla qu’elle respirait. Il a dit aux infirmières : « Elle est toujours en vie ! », « Elle mourra en chemin », ont-ils déclaré, « elle ne survivra pas maintenant. » Il les frappa ensuite avec ses béquilles et les força à la ramener dans l’appartement. Ils lui ont dit : « Eh bien, nous ferons ce que vous dites, mais sachez que nous ne reviendrons pas ici avant deux, trois ou quatre semaines. Vous devrez alors vous en occuper vous-même. » Mon père l’a soignée pour la ramener à la vie. Elle a survécu. Elle a vécu jusqu’en 1999. Mon père est mort à la fin de 1998.

Après la levée du blocus, ils se sont installés dans la province de Tver, la patrie de leurs parents, et y ont vécu jusqu’à la fin de la guerre. La famille de mon père était assez nombreuse. Il avait six frères, dont cinq ont été tués à la guerre. C’était un désastre pour la famille. Les parents de ma mère sont également morts. J’étais un enfant tardif puisque ma mère m’a donné naissance à l’âge de 41 ans.

Notre situation n’était pas unique. Après tout, il n’existait aucune famille dans laquelle personne ne soit mort, ou qui ne souffrait pas de chagrin, de malheur et de tragédie. Cependant, mes parents ne nourrissaient aucune haine pour l’ennemi, ce qui est tout simplement incroyable. Pour être honnête, je ne peux toujours pas bien le comprendre. Maman était généralement une personne très gentille et douce. Je me souviens l’avoir entendu dire : « Quel genre de haine peut-on avoir contre ces soldats ? Ce sont des gens simples et ils meurent aussi dans la guerre. » C’est incroyable. Nous avons été élevés avec des livres et des films soviétiques… et nous les avons détestés [les Allemands]. Mais, en quelque sorte, elle ne portait pas cela en elle. Je me souviens encore de ses paroles : « Qu’est-ce que vous pouvez avoir contre eux ? Ils sont aussi des travailleurs acharnés, tout comme nous. Ils ont simplement été forcés d’aller au front. »

Voilà les mots dont je me souviens à propos de mon enfance.

Vladimir Poutine

Cet article est paru à l’origine en russe dans Russian Pioneer, traduit en anglais par Kristina Aleshnikova.

Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

 

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«Жизнь такая простая штука и жестокая»

30 апреля 2015 08:00


Президент России Владимир Путин в своей колонке для журнала «Русский пионер» рассказывает о своих родителях на войне, о брате, о поразительных совпадениях, из которых состояла их и его жизнь, о том, как потом удивительным образом подтверждались эти истории, и о том, как его родители не умели и не хотели ненавидеть своих врагов.

ОТЕЦ не любил, честно говоря, даже притрагиваться к этой теме. Скорее, было так. Когда взрослые между собой разговаривали и вспоминали что-то, я просто был рядом. У меня вся информация о войне, о том, что с семьей происходило, появлялась из этих разговоров взрослых между собой. Но иногда они обращались и прямо ко мне.

Отец проходил срочную службу в Севастополе, в отряде подводных лодок, был матросом. Призвали его в 1939-м. А потом, вернувшись, просто уже работал на заводе, а жили они с мамой в Петродворце. Они там домик, по-моему, построили даже какой-то.

Война началась, а он работает на военном предприятии, где так называемая «бронь», освобождающая от призыва. Но он написал заявление о вступлении в партию, а потом еще одно заявление — что хочет на фронт. Направили его в диверсионный отряд НКВД. Это был небольшой отряд. Он говорил, что там было 28 человек, их забрасывали в ближний тыл для проведения диверсионных актов. Подрыв мостов, железнодорожных путей… Но они почти сразу попали в засаду. Их кто-то предал. Они пришли в одну деревню, потом ушли оттуда, а когда через какое-то время вернулись, там их уже фашисты ждали. Преследовали по лесу, и он остался жив, потому что забрался в болото и несколько часов просидел в болоте и дышал через камышовую тростинку. Это я помню уже из его рассказа. Причем он говорил, что, когда сидел в болоте и дышал через эту тростинку, он слышал, как немецкие солдаты проходили рядом, буквально в нескольких шагах от него, как тявкали собаки…

К тому же было уже, наверное, начало осени, то есть уже холодно… Еще хорошо помню, как он мне говорил, что во главе их группы был немец. При этом советский гражданин. Но — немец.

И что любопытно, пару лет назад мне из архива министерства обороны принесли дело на эту группу. У меня дома, в Ново-Огарево, лежит копия этого дела. Список группы, фамилии, имена, отчества и краткие характеристики. Да, 28 человек. И во главе — немец. Все как рассказывал отец.

Из 28 человек линию фронта назад к нашим перешли четверо. 24 погибли.

А потом их отправили на переформирование в действующую армию — и на Невский пятачок. Это было, наверное, самое горячее место за всю блокаду. Наши войска держали небольшой плацдарм. Четыре километра в ширину и два с небольшим — в глубину. Предполагалось, что это будет плацдарм для будущего прорыва блокады. Но так и не случилось использовать его для этих целей. Блокаду прорвали в другом месте. Тем не менее держали пятачок, держали долго, там были тяжелые бои. Очень тяжелые. Над ним кругом господствующие высоты, его простреливали насквозь. Немцы тоже, конечно, понимали, что именно там может быть прорыв, и старались просто стереть Невский пятачок с лица земли. Есть данные, сколько металла лежит в каждом квадратном метре этой земли. Там до сих пор сплошной металл.

И отец рассказывал, как его ранили там. Ранение было тяжелое. Он всю жизнь жил с осколками в ноге: все их так и не вынули. Нога побаливала. Ступня так и не разгибалась потом. Мелкие осколки предпочли не трогать, чтобы кости не раздробить. И, слава богу, ногу сохранили. Могли ведь отнять ее. Хороший врач попался. У него инвалидность была, второй группы. Как инвалиду войны ему в конце концов квартиру дали. Это была наша первая отдельная квартира. Маленькая двухкомнатная квартира. Правда, до этого мы жили в центре, а пришлось переехать. Не совсем на окраину, правда, но в новостройки. И это случилось, конечно, не сразу после войны, а когда я уже в управлении КГБ работал. И мне тогда квартиру не давали, а отцу наконец выделили. Это было огромное счастье. И вот о том, как он получил ранение. Они с товарищем делали небольшую вылазку в тыл к немцам, ползли-ползли… А дальше и смешно, и грустно: подобрались к немецкому доту, оттуда вышел, отец говорил, здоровый мужик, посмотрел на них… а они не могли подняться, потому что были под прицелом пулемета. «Мужик, — говорит, — на нас посмотрел внимательно, достал гранату, потом вторую и забросал нас этими гранатами. Ну и…» Жизнь такая простая штука и жестокая.

А в чем самая главная проблема была, когда он очнулся? В том, что это уже была зима, Нева скована льдом, нужно было как-то перебраться на другой берег, до помощи, квалифицированной медицинской помощи. Но сам он, естественно, идти не мог.

Он, правда, все же смог добраться до своих на этой стороне реки. Но желающих тащить его на ту сторону было мало, потому что там Нева была как на ладони и простреливалась и артиллерией, и пулеметами. Шансов дойти до того берега почти не было. Но совершенно случайно рядом оказался его сосед по дому в Петергофе. И этот сосед его, не раздумывая, потащил. И дотащил до госпиталя. Оба живые доползли туда. Сосед подождал его в госпитале, убедился, что его прооперировали, и говорит: «Ну все, теперь ты будешь жить, а я пошел умирать».

И пошел обратно. И я потом отца спрашивал: «Ну что же, он погиб?» И к этому рассказу он возвращался несколько раз. Это самого его мучило. Они потерялись, и отец все-таки считал, что сосед погиб. И где-то в 60-х годах, точно этот год не помню, я еще маленький же был, но где-то в начале 60-х годов он пришел вдруг домой, сел на стул и заплакал. Он встретил этого своего спасителя. В магазине. В Ленинграде. Случайно. В магазин зашел за продуктами и увидел его. Это же надо, что оба пошли именно в этот момент именно в этот магазин. Один шанс из миллионов… Потом они приходили к нам домой, встречались… А мама рассказывала, как приходила к отцу в госпиталь, где он лежал после ранения. У них был маленький ребенок, три годика ему было. А голод же, блокада… И отец отдавал ей свой госпитальный паек. Тайно от врачей и медсестер. А она его прятала, выносила домой и кормила ребенка. Ну а потом он в госпитале начал падать в голодные обмороки, врачи и медсестры поняли, что происходит, и перестали ее пускать.

А потом и ребенка у нее забрали. Делали это, как она потом повторяла, в явочном порядке с целью спасения малолетних детей от голода. Собирали в детские дома для последующей эвакуации. Родителей даже не спрашивали.

Он там заболел — мама говорила, что дифтеритом, — и не выжил. И им не сказали даже, где он был захоронен. Они так и не узнали. И вот в прошлом году не знакомые мне люди по собственной инициативе поработали в архивах и нашли документы на моего брата. И это действительно мой брат. Потому что я знал, что они жили тогда, после того как бежали от наступающих немецких войск из Петродворца, у своих знакомых, — и даже адрес знал. Они жили, как у нас говорят, на Водном канале. Правильней было бы сказать «на Обводном канале», но в Ленинграде его называют «Водный канал». Я знаю точно, что они жили там. И совпал не только адрес, откуда его забирали. Совпали имя, фамилия, отчество, год рождения. Это был, конечно, мой брат. И было указано место захоронения: Пискаревское кладбище. И даже конкретный участок был указан.

Родителям ничего этого не сообщили. Ну, тогда, видимо, было не до этого.

Так что все, что родители рассказывали о войне, было правдой. Ни одного слова не придумали. Ни одного дня не передвинули. И про брата. И про соседа. И про немца — командира группы. Все один в один. И все это позже невероятным образом подтверждалось. А отец, когда ребенка забрали и мама осталась одна, а ему разрешили ходить, встал на костыли и пошел домой. Когда подошел к дому, то увидел, что санитары выносят из подъезда трупы. И увидел маму. Подошел, и ему показалось, что она дышит. И он санитарам говорит: «Она же еще живая!» — «По дороге дойдет, — говорят ему санитары. — Уже не выживет». Он рассказывал, что набросился на них с костылями и заставил поднять ее назад, в квартиру. Они ему сказали: «Ну, как скажешь, так и сделаем, но знай, что мы больше сюда не приедем еще две-три-четыре недели. Сам будешь разбираться тогда». И он ее выходил. Она осталась жива. И дожила до 1999 года. А он умер в конце 1998-го.

После снятия блокады они переехали на родину их родителей, в Тверскую губернию, и до конца войны жили там. Семья у отца была довольно большой. У него же было шесть братьев, и пятеро погибли. Это катастрофа для семьи. И у мамы погибли родные. И я оказался поздним ребенком. Она родила меня в 41 год.

И не было же семьи, где бы кто-то не погиб. И, конечно, горе, беда, трагедия. Но у них не было ненависти к врагу, вот что удивительно. Я до сих пор не могу, честно говоря, этого до конца понять. Мама вообще была у меня человек очень мягкий, добрый… И она говорила: «Ну какая к этим солдатам может быть ненависть? Они простые люди и тоже погибали на войне». Это поразительно. Мы воспитывались на советских книгах, фильмах… И ненавидели. А вот у нее этого почему-то совсем не было. И ее слова я очень хорошо запомнил: «Ну что с них взять? Они такие же работяги, как и мы. Просто их гнали на фронт».

Вот эти слова я помню с детства. 

http://ruspioner.ru/cool/m/single/4655

 

 

 

 

 

 

This article originally appeared at Russian Pioneer  Translated by Kristina Aleshnikova


Frankly, my father did not even like to touch on the subject of the war. It was more like I was simply nearby when the adults were discussing or recalling things among themselves. All my knowledge about the war – about what happened to my family – arose out of those overheard conversations between adults. Still, there were times when they spoke to me directly.

My father was a sailor. He was called up in 1939 and served in a submarine squadron in Sevastopol. On his return, he worked in a factory in Peterhof where he lived with my mother. I think they even built some kind of little house there.

When war broke out he was working in a military company, which entitled him to an exemption from conscription. However, he applied first to join the party and then again to be sent to the front. He was dispatched to a NKVD sabotage squad. It was a small contingent of 28 people who were sent into the nearby rear to carry out acts of sabotage – blowing up bridges, railway tracks, etc. Almost immediately they ran into an ambush – someone betrayed them. They entered a certain village, then left it, and when they returned some time later the Nazis were already waiting for them. They were chased through the woods. My father survived by hiding in a swamp where he spent hours under water breathing through a reed. I remember this from his story. He said that while he was in the swamp breathing through the reed, he could hear the German soldiers passing by, just a few steps away from him, and how the dogs were yapping…

On top of that, it was already presumably early autumn, which is to say it was already cold. I also remember well how he told me that the head of their group was a German. A Soviet citizen, but German nonetheless.

Interestingly, a couple of years ago I was handed a dossier on this group from the archives of the Defense Ministry. I still have it at my home in Novo-Ogaryovo. There is a list of the group – surnames, first names, patronymics and brief descriptions. It was indeed 28 people and their leader was a German, exactly as my father had said.

Of the 28 people, only 4 crossed the front line back to our side. The other 24 were killed.

They were then reassigned into the active army and sent to the Nevsky Pyatachok. It was probably the most violent spot during the whole of the Leningrad Blockade. Our troops held a small bridgehead four kilometres in width and some two kilometres in depth. It was supposed to be a springboard for the future breaking of the blockade, but it never got used for this purpose. They broke through the blockade elsewhere. Still, the spot (Nevsky Pyatachok) was held for a long time and there was exceptionally heavy fighting there. There are commanding heights above and all around and it was shot at throughout. Of course the Germans were also aware that it was the most likely place for a breakthrough and tried simply to erase the Nevsky Pyatachok from the face of the earth. There is data about how much metal there is in each square meter of this land. To this day it’s solid metal.

My father told me how he was wounded there. The wound was severe and he lived the rest of his life with shrapnel in his leg as not all the fragments could be removed. His leg always ached and he could never straighten his foot properly afterwards. They chose not to touch the small fragments to avoid shattering the bone. And thank God, they kept his leg when they could have amputated – he had a good doctor. He was assigned group II disability. As a disabled veteran, he was eventually given an apartment. It was our first separate apartment – a small two-room place. (Note: Before that the Putins lived in a communal apartment, where several families share the facilities, corridor and kitchen, and sleep in separate rooms.) Before we were given the apartment, we lived in the city centre and now we had to move, not quite to the outskirts, but to a newly-built area. That did not happen immediately after the war, but when I was already working at the KGB. I was not given an apartment then, but my father finally got his, and it was cause for great happiness. His account of how he was wounded was as follows:

He, together with a comrade, carried out a little sortie into the rear of the Germans, crawling, crawling, and then it becomes both funny and sad at the same time. They reached a German bunker, from which a huge guy emerged and looked straight at them. They could not get up because they were under the machine gun sight. “The man looked at us very carefully,” said my father, “took out one grenade, then another and threw those grenades at us. Well and ….”  Life is such a simple thing, yet cruel.

What was his biggest problem when he regained consciousness? The fact that it was already winter. The Neva was icebound, and he had somehow to get to the other side to get help and skilled medical care. However, he was in no condition to walk.

True, he did manage to regain his people on this side of the river. But there weren’t many who were willing to drag him to the other side because that stretch of the Neva was exposed to artillery and machine-gun fire. There was little chance of reaching the opposite bank. However, purely by chance a neighbor of his from the house in Peterhof appeared. And this neighbor didn’t hesitate to drag him across and indeed dragged him all the way to the hospital. They both made it there alive. The neighbor waited at the hospital, made sure that he was operated on and said, “Well, now you are going to live, but I’m off to die.” And off he went.

I later asked my father if that man really did die. He said that he had never heard from him again and believed he was in fact killed. He was never able to forget that episode and it tormented him tremendously. I remember that sometime in 1960s (I don’t remember the exact year as I was still very young then), but sometime in the early 60’s, he suddenly came home, sat down and began to weep. He had run into his saviour in a shop in Leningrad. Like their earlier encounter, it was purely by chance, a one-in-a-million coincidence that both men were in the same store at the same time. They would meet again later at our home. My mother told me how she visited my father at the hospital where he lay after he was wounded. They had a small child who was only three years old at the time – that time of blockade and hunger. My father smuggled his hospital rations to her and she in turn took them home and fed their child. When he began fainting from hunger in the hospital, the doctors and nurses figured out what was going on and prevented my mother from visiting him again.

Then her child was taken from her. It was done with no prior notice, as she later recalled, in an attempt to save small children from starvation. The children were brought to orphanages for subsequent evacuation. The parents weren’t even asked.

He fell ill there – my mother said it was diphtheria – and didn’t survive. My parents were not even told where he was buried, and they never did find out. Just last year, some people I don’t know, working on their own initiative, searched through the archives and found documents about my brother. And it really was my brother, because I knew that after fleeing Peterhof from the advancing German troops, they lived with one of their friends – and I even knew the address. They lived on the so-called “Water Channel” (Vodnyj Kanal). It would be more accurate to call it a “Bypass Channel” (Obvodnyj Kanal), but in Leningrad it’s called the “Water Channel”. I know for sure that they lived there. Not only did the address where he was taken from match, but the name, surname, patronymic, and date of birth matched as well. It was, of course, my brother. The place of burial was Piskaryovskoye Cemetery. Even the exact site was specified.

My parents were told nothing of this. Obviously, other things were of higher priority back then.

So everything that my parents told me about the war was true. Not a single word was invented. Not a single day was moved. Everything told to me about my brother, the neighbor, and the German group commander – everything matched, all confirmed in an incredible way. After my brother was taken away and my mother left all alone, my father was finally able to walk with crutches and returned home. When he made his way to his building, he saw that there were orderlies carrying bodies out of the entrance. He identified one of them as my mother. He approached them and it seemed to him that she was breathing. He told the orderlies: “She’s still alive!” “She’ll pass away along the way”, they said. “She’ll not survive now.” He then attacked them with his crutches and forced them to carry her back into the apartment. They told him: “Well, we’ll do as you say, but know that we will not come here for another two, three, or four weeks. You’ll have to deal with things yourself then.” My father nursed her back to life. She survived. She lived on until 1999. My father died in late 1998.

After the blockade was lifted, they moved to the Tver province, their parents’ homeland, and lived there until the end of the war. My father’s family was quite large. He had six brothers, five of whom were killed in the war. This was a disaster for the family. My mother’s relatives also died. I was a late child as my mother gave birth to me when she was 41 years old.

Our situation was not unique. There was, after all, no family from which someone didn’t die or which didn’t suffer grief, misfortune, and tragedy. However, my parents still harbored no hatred for the enemy, which is simply amazing. To be honest, I still cannot fully understand it. Mama was generally a very kind and gentle person. I can remember her saying: “Well, what kind of hatred can one have toward these soldiers? They are simple people and they also die in the war.” It’s amazing. We were brought up on Soviet books and movies… and we hated. But she somehow did not have it in her. I can still clearly remember her words: “Well, what can you have against them? They are also hard workers, just like us. They were simply forced to go to the front.”

These are the words that I remember from my childhood. »

 

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Mémoire du siège :

Survivre à Leningrad…

 

 

 

 

«Непокорённый Герой-ЛЕНИНГРАД»

Небо Балтики давит свинцом,
Город держит за горло блокада,
Медный всадник и ангел с крестом
Батальонам подвозят снаряды.
Львы из камня срываются с мест,
Чтоб с бойцами подняться в атаку –
Непокорных жестокая месть.
Наступление. Крушение мрака.

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Непокоренный герой Ленинград,
Непокоренный на все времена
Непокоренный город Петра!

Пишет Жизнь слабой детской рукой
Даты смерти на саване снега.
Что тогда бы случилось с тобой?
Смог остаться бы ты человеком?
Не сдаваться и в голос не выть,
Убивая за хлебные крошки?
Свет надежды сумел бы хранить
Под раскаты немецкой бомбежки?

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Непокоренный герой Ленинград,
Непокоренный на все времена
Непокоренный город Петра!

Чернота. Хрупкий ладожский лед,
Уходящие дети под воду.
Метроном отобьет скорбный счет
Всех погибших в блокадные годы.
Нервы города – к сердцу земли,
Силы взять и к весне возродиться,
Медный всадник к победе летит,
Неподвластной забвению птицей.

[NDLR >>> TRADUCTION EN COURS…]

Источник: https://reproduktor.net/gruppa-kipelov/nepokorennyj/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/22/%D0%BD%D0%B5%D0%BF%D0%BE%D0%BA%D0%BE%D1%80%D1%91%D0%BD%D0%BD%D1%8B%D0%B9-indomptable-leningrad/

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https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/22/непокорённый-indomptable-leningrad/

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Небо Балтики давит свинцом,
Par un ciel de plomb sur la Baltique,
Город держит за горло блокада,
Le siège prend la ville à la gorge,
Медный всадник и ангел с крестом
Le Cavalier de Bronze, avec l’Ange à la croix,
Батальонам подвозят снаряды.
Apportent les munitions aux bataillons.
Львы из камня срываются с мест,
Les Lions de pierre bondissent de leur socles,
Чтоб с бойцами подняться в атаку –
Pour se porter à l’attaque avec les combattants,
Непокорных жестокая месть.
Vengeance cruelle des rebelles.
Наступление. Крушение мрака.
Attaque. Déchirement de l’obscurité.

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre.

Пишет Жизнь слабой детской рукой
Par la main faible d’un enfant la vie écrit
Даты смерти на саване снегаю.
Sur le linceul de neige les dates de la mort.
Что тогда бы случилось с тобой?
Qu’en aurait-il alors été de toi  ?
Смог остаться бы ты человеком?
Aurait tu été capable de rester humain  ?
Не сдаваться и в голос не выть,
De ne pas te rendre, de ne pas hurler
Убивая за хлебные крошки?
En tuant pour des miettes de pain  ?
Свет надежды сумел бы хранить
Aurais-tu été capable de conserver la lumière de l’espoir
Под раскаты немецкой бомбежки?
Sous les grondements des bombardements allemands  ?

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre.

Чернота. Хрупкий ладожский лед,
Noirceur. Glace cassante du Lac Ladoga
Уходящие дети под воду.
Engloutissant les enfants sous l’eau.
Метроном отобьет скорбный счет
Un métronome bat la mesure funeste
Всех погибших в блокадные годы.
De tous ceux qui sont tombés durant ces années de siège.
Нервы города – к сердцу земли,
Les nerfs de la ville, enracinés au cœur de la Terre,
Силы взять и к весне возродиться,
Y puisent des forces pour ressurgir au printemps,
Медный всадник к победе летит,
Le Cavalier de Bronze vole vers la victoire,
Неподвластной забвению птицей.
Oiseau rebelle contre l’oubli.

Кипелов

 

 

 

Кипелов – Непокоренный (Official video)

3 591 060 vues

 

 

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A St Petersbourg, Leningrad commémoré en Janvier 2019…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et en Yakoutie (Sibérie) aussi… !!!

 

 

 

 

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http://yakutia.info/article/187012

 

http://ysia.ru/v-yakutske-otmechayut-75-letie-snyatiya-blokady-leningrada/

 

 

 

 

Партизаны Великой Отечественной войны война, история, ссср

 

 

 

Retour sur la « perestroïka » de Gorbatchev : une fausse contre-révolution!

 

 

 

 

 

Retour sur la perestroïka de Gorbatchev…

 

Mutation du capitalisme en crise ou « contre-révolution » ?

 

En réponse à un texte de Jean-Marie Chauvier, datant de 2016, et récemment republié sur VLR :

http://mai68.org/spip2/spip.php?article3326

http://mai68.org/spip2/IMG/doc/Qui-a_tue-URSS.doc

« QUI A TUE L’URSS, QUI EST RESPONSABLE, ET DE QUOI EST-ELLE MORTE ? »                            [ >>> En doc PDF]

 

En effet, de quoi nous parle-t-il ? De la fin de l’URSS ? Formellement, oui, en apparence…

En réalité il tente surtout de faire une défense de Gorbatchev et de sa perestroïka, ce qui n’est pas la même chose…

Il joue au départ sur le terme « communisme » pour introduire le confusionnisme entre les périodes de l’histoire de l’URSS, qui n’a jamais réellement prétendu être arrivée au stade du communisme, mais se prétendait encore néanmoins « socialiste » sous Gorbatchev.

Or l’auteur lui-même conteste la qualification « socialiste » de l’URSS Gorbatchevienne… Et dans ce cas, à quoi bon la défendre, si ce n’est pour défendre une forme particulière de capitalisme ???

Donc, c’est de la fin de cette forme de capitalisme, qu’il veut nous parler, en réalité, et non pas de la fin de l’URSS…

Formellement, ce qu’il nous présente comme la « fin de l’URSS », selon lui, c’est donc le passage d’une forme de capitalisme « gorbatchevien », qu’il tente de nous présenter comme une sorte de « modèle inachevé », à une forme de capitalisme plus « libéral », et même ultra-libéral, en fait !

Gorbatchev aurait été en quelque sorte le promoteur d’un nouveau modèle économique fondé sur un capitalisme « démocratique » fondé sur l’autogestion… En réalité, et très formellement, un modèle déjà idéalisé en occident par la petite bourgeoisie « progressiste » depuis la fin des années 60.

Or, de son aveu même, sur le terrain, qu’il semble connaître assez bien, c’est juste une chimère pour duper la classe ouvrière et rien d’autre… Un moyen de lui faire accepter des « réformes » qui ne sont que l’officialisation d’une forme de capitalisme de fait, déjà restauré depuis longtemps, mais qui n’avait pas la capacité idéologique de s’assumer, au pays des soviets, et pour cause…

En URSS comme partout, c’est la base économique qui commande les changements de la superstructure politique et idéologique, et non l’inverse. Et donc à quoi bon tout ce baratin dégoulinant d’hypocrisie sur la vie sociale et culturelle dans l’URSS « finissante » pour tenter d’expliquer et de justifier la « perestroïka » qui n’est que la liquidation formelle de ce qui était déjà liquidé depuis longtemps en termes de base économique. Certes la faillite économique la plus spectaculaire et la plus cruelle pour le prolétariat russe s’est effectivement produite dans les toutes dernières années de la perestroïka et surtout pendant le règne d’Eltsine. Mais il en va de ce krach économique capitaliste comme de tous les autres, point barre. Il ne se produit qu’à la suite d’un cycle qui voit une accumulation de facteurs de crise atteignant à un moment donné le point de rupture d’un équilibre précaire devenu intenable. Or c’est bel et bien sous Gorbatchev que cette accumulation a atteint ce point de rupture.

Et elle n’a pu l’atteindre que parce que ce cycle de crise en gestation avait commencé bien avant lui. Il n’a fait, au plus, qu’accélérer son mûrissement et ce serait donc là son mérite ? Alors qu’en réalité il n’a précisément fait que balayer les dernières « résistances » face au développement d’un capitalisme des plus classiques, et même des plus primitifs et archaïques, carrément mafieux, et qui n’osait pas dire son nom, de peur d’être rejeté par le prolétariat et le peuple.

C’est cela la seule justification de tout ce baratin idéologisant. C’est cela la seule « réussite » de Gorbatchev, et en réalité, son seul « mérite » aux yeux de l’auteur : il a précisément réussi à endormir le prolétariat et le peuple pour lui faire avaler la perte de ses derniers acquis sociaux au nom de la « perestroika »… De « socialisme » il n’y en avait déjà plus depuis longtemps…

Les « résistances » qu’il voit à ce processus sont simplement celles d’une partie « sincère » de la société soviétique, qui croyait encore en ses propres valeurs. Une partie qui avait déjà perdu le contrôle depuis des décennies mais servait encore malgré elle de paravent au capitalisme mafieux instauré par la bureaucratie khrouchtchevienne et ses avatars ultérieurs.

Historiquement, c’est bien sous Khrouchtchev que s’opère la « mutation », contre-révolution en réalité, de la société sovietique. C’est bien sous Khrouchtchev que sont initiées toutes les « réformes » que Gorbatchev ne fera que parachever. Entre les deux Brejnev n’a fait que « temporiser », simplement pour reculer le point de rupture économique qu’il voyait clairement venir. Non pour « restaurer » quoi que ce soit du socialisme, mais simplement pour préserver la puissance de l’URSS dont se prévalait la bourgeoisie bureaucratique au plan international. Simplement un réflexe de bourgeoisie nationale bureaucratique, et qui se donnait donc un vernis social-chauvin pour duper le peuple, comme tant d’autres en Occident, du reste. Et simplement aidée en cela par le « boom » pétrolier qui lui permettait de masquer son incurie économique.

Même s’il y a nécessairement un décalage entre les graphes, on voit bien que le recul du développement économique en URSS suit la courbe du prix du pétrole dont il dépend.

 

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/03/pib-urss-russie.png

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https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/08/titre-petrole.jpg

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Un autre graphe particulièrement révélateur est celui de la cassure démographique en URSS, qui a bien son origine dans la contre-révolution khrouchtchevienne, et non pas dans la transition Gorbatchev-Eltsine, contrairement à ce qu’avancent les défenseur de la « perestroika »…

 

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/07/graphe-duree-de-vie-urss-russie.jpg

 

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La stratégie d’effondrement des cours du pétrole pratiquée à l’époque de la transition Brejnev/Gorbatchev par l’impérialisme US se retrouve, du reste, actuellement, contre la Russie de Poutine et ses alliés.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

La liquidation de la base économique socialiste, et notamment agricole, elle a bien lieu sous Khrouchtchev, et non pas sous Gorbatchev ou même sous Brejnev, contrairement à ce que sous-entend l’auteur.

On ne peut pas rependre en un post chacun des problèmes économiques évoqués par l’auteur, mais ce point est particulièrement révélateur parce qu’on en a des traces écrites suffisamment évidentes de diverses sources…

__Selon l’auteur :

« L’agriculture est le « talon d’Achylle » de l’économie soviétique depuis la collectivisation. Les moyens techniques mis à sa disposition sont insuffisants – en matière de « chimisation » et d’intensification, l’URSS est largement en retard sur les pays industrialisés. Ils ne compensent pas la destruction des savoirs paysans et l’absence d’autonomie réelle des kolkhozes (fermes collectives) et sovkhozes (fermes d’état). Malgré des investissements massifs depuis 1965, dans le monde rural vidé de ses migrants et de ses villages « non perspectifs », la production agricole baisse : d’une moyenne de +3% dans les années 1960 elle tombe à +1% dans la décennie suivante. Les récoltes moyennes de céréales passent de 149,5 millions de t en 1960-70 à 184,5 en 1976-80. La population urbaine ayant augmenté de cent millions dans cette même période, il faut importer des céréales, l’autosuffisance alimentaire n’est plus assurée. La stabilité des prix était à la base du compromis social établi au lendemain des hausses de 1962 et des émeutes qu’elles avaient provoqué à Novotcherkassk. »

[Novotcherkassk >>> en réalité une grève et une révolte prolétarienne parties d’une usine modèle de locomotives et que Khrouchtchev fait écraser dans le sang.]

Pour justifier sa thèse, l’auteur en est réduit à inverser les causes et les effets. Si la désertification des campagnes se produit à cette époque, ce n’est pas à cause de la collectivisation, déjà vielle de plusieurs décennies, mais bien à cause de la faillite agricole générée par la politique de Khrouchtchev.

Selon Wikipédia :

« Khrouchtchev voulut abolir les Stations de Machines et de Tracteurs (SMT) qui possédaient les plus grands engins agricoles comme les moissonneuses-batteuses et les tracteurs et assuraient le labourage en transférant leurs équipements aux kolkhozes et aux sovkhozes (fermes d’état). Après un test réussi dans lequel les SMT approvisionnaient un seul grand kolkhoze chacun, Khrouchtchev ordonna une transition graduelle mais demanda ensuite à ce que les changements aient lieu plus rapidement. En moins de trois mois, plus de la moitié des SMT avaient été fermés et les kolkhozes avaient l’obligation d’acheter les équipements sans réduction de prix pour les machines vieillissantes ou usées. Les employés des SMT, ne souhaitant pas s’associer aux kolkhozes et perdre leurs avantages salariaux et le droit de changer de travail, partirent pour les villes ce qui entraîna une pénurie d’opérateurs qualifiés. Le coût des équipements, des bâtiments de stockage et des réservoirs de carburant appauvrit de nombreux kolkhozes. Sans les SMT, le marché pour les équipements agricoles soviétiques s’effondra car les kolkhozes n’avaient ni l’argent ni les spécialistes pour acheter de nouveaux équipements. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikita_Khrouchtchev

C’est bien le résultat de la politique agricole khrouchtchevienne, sur les SMT comme sur le reste, même selon Wikipédia, qui a entraîné la rupture de l’autosuffisance alimentaire de l’URSS. Malgré toutes les difficultés, qui sont indéniables, il est impossible d’expliquer, autrement, comment l’URSS, ruinée deux fois par les impérialistes, une première fois durant la guerre « civile », et une deuxième fois, par les nazis, a pu néanmoins se hisser au rang de seconde puissance mondiale en une dizaine d’années à chaque reprise, 1931-1941, après la « dékoulakisation », et 1945-1955, après la « dénazification »…

La politique appliquée par Khrouchtchev avait cependant déjà été préconisée par les révisionnistes dès 1952, au 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchévique.

 

Ci-dessous, en PDF, la réponse de Staline :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2016/11/j-staline-reponse-a-sanina-et-venger.pdf

 

Ce que Staline a combattu, ce ne sont pas les prétendues fantasmagories paranoïaques alléguées par les « historiens » occidentaux, mais bien les tentatives bien réelles, de la part des révisionnistes, de liquider le socialisme en URSS . Ce qu’ils ont réussi avec Khrouchtchev, et que Gorbatchev n’a fait que parachever, avec le soutien de la plupart des idéologues « de gauche » occidentaux, dont l’auteur de cette « étude », particulièrement révélatrice, si on sait la décrypter :

« Des réformes « marchandes » ont été impulsées, en 1965 par le premier ministre Alexei Kossyguine (il faudrait aussi revenir sur ces réformes !) et le conservateur Léonid Brejnev a au moins tenté un réinvestissement massif dans l’agriculture. La réforme Kossyguine a été abandonnée au vu des développements politiques qu’elle avait produit en Tchécoslovaquie. Des expériences se sont poursuivies dans les années 1970, de gestion plus « libérale » dans un cadre limité d’entreprises ou de kolkhozes. Elles ne pouvaient se répandre en raison du « dogme » de la fixation centralisée des salaires (donc de leur nivellement) et de l’interdiction des licenciements collectifs. Les entreprises étaient poussées à la rentabilité, et leurs cadres récompensés en conséquence, mais leurs directeurs n’étaient pas « de vrais patrons » libres d’agir pour devenir compétitifs. N’empêche : une activité informelle – troc, marché gris, marché noir- « libérait l’initiative », accumulant du capital « illégal » et favorisant la corruption et le vol des biens publics, la formation de sortes de « mafias » à la fois souterraines et disposant de relais au sein de l’appareil d’état. »

Conclusion : oui, l’auteur sait de quoi il parle, et il fait délibérément l’apologie du capitalisme, et même du capitalisme mafieux (*), même s’il nous l’emballe sous l’hypocrisie dégoulinante « autogestionnaire » de la petite bourgeoisie « de gôche ».

Luniterre

 

 

 

(* https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/10/lenfer-des-gangs-de-la-fin-de-lurss-a-la-russie-actuelle.pdf  )

 

 

SUR LE MÊME THÈME, D’AUTRE ARTICLES DE FOND:

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/05/17/marx-200-ans-quelle-signification-de-son-detour-russe/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/economie-politique-du-socialisme/

 

 

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Aaah ! Ces horribles scènes de la vie moscovite sous Staline ! ( …Photographiées par un espion US)

 

 

 

 

 

Aaah ! Ces horribles scènes

de la vie moscovite

sous Staline !

 

( . . . Photographiées par un espion US)

 

 

https://docs.rferl.org/Infographics/2017/2017_03/2017_03_Manhoff/assets/img/4/2-2.jpg

 

https://docs.rferl.org/Infographics/2017/2017_03/2017_03_Manhoff/assets/img/4hq/id_front.jpg

 

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Ces photos prises par le Colonel Manhoff, ainsi que de nombreux films sont donc restées sa possession personnelle,indépendamment du fait qu’il ait cessé de travailler pour la CIA. Expulsé d’URSS en 1954, il reste aujourd’hui encore impossible de confirmer qu’il ait réellement communiqué d’autres documents à ses supérieurs.

Un règlement de compte diplomatique semble être une explication tout aussi plausible, sinon plus…

Le fait qu’il ait été un anticommuniste convaincu ne fait pourtant pas de doute, d’après ce qui reste de sa correspondance.

Ces documents, abandonnés dans le bric-à-brac de sa demeure durant plus d’un demi-siècle, constituent désormais l’essentiel du « fond Manhoff ».

Au delà des préjugés de l’ « occidental » provisoirement exilé à Moscou, il nous reste son talent incontestable de photographe, qui semble nettement les contredire…

 

Luniterre