URSS

Plan et marché à Cuba des années 1960 à aujourd’hui. (Réflexions sur la transition)

Ajout au 10/09/2019 >>>

Une autre réflexion complémentaire…

« Autogestion » ou Socialisme prolétarien ?

 

 

Plan et marché à Cuba des années 1960 à aujourd’hui

P. Del Castillo

Février 2019, les Cubains ratifient par référendum une Constitution qui reconnaît le rôle du marché dans l’économie. Les questions soulevées remontent au « grand débat économique » qui a marqué les premières années de la Révolution mais se posent dans un contexte bien différent. Retour sur les moments clés de cette histoire.

Une polémique d’envergure internationale

1963. La revue Revista Comercio Exterior publie un article d’Alberto Mora, ministre du Commerce Extérieur, sur la loi de la valeur dans l’économie cubaine. Che Guevara, alors à la tête du ministère de l’Industrie, réplique dans Nuestra Industria Económica. C’est le début d’une vaste discussion sur la nature des rapports entre planification et mécanismes de marché, qui prendra une envergure internationale. Pendant deux ans, deux lignes s’opposeront à coup d’articles : d’un côté, les défenseurs du calcul économique avec notamment Carlos Rafael Rodríguez et l’économiste français Charles Bettelheim, qui rejoignent Mora ; de l’autre, le Che, partisan du Système Budgétaire de Financement, reçoit le renfort du marxiste belge Ernest Mandel.

Les premiers estiment que les catégories marchandes, dans la mesure où les forces productives restent insuffisamment développées, continuent nécessairement de régir les rapports économiques à Cuba : les entreprises, qui doivent jouir d’une autonomie de gestion, échangent des marchandises ; la concurrence, l’offre et la demande et les stimulants matériels reversés aux travailleurs en fonction de leur productivité sont autant d’instruments permettant le développement de l’infrastructure économique. En somme, les lois du marché sont mises – temporairement en théorie – au service de la planification. Aussi, ces tenants du calcul économique sont-ils en phase avec les réformes khrouchtchéviennes, à une époque où l’autogestion financière socialiste des entreprises fait son entrée dans les manuels d’économie politique soviétiques.

S’ils ont des divergences, Mandel et Che ont en commun de concevoir l’économie socialiste comme une grande entreprise : dans le Système Budgétaire de Financement, les moyens de production appartiennent au peuple (représentés par l’État), les échanges entre entreprises se réduisent à de simples opérations comptables. Marché et plan sont deux pôles foncièrement contradictoires : la loi de la valeur, survivance des rapports capitalistes, perd son caractère régulateur de l’économie. L’augmentation de la productivité doit être encouragée par des stimulants moraux ; les stimulants matériels, susceptibles de favoriser les valeurs individualistes, doivent rester secondaires. En effet, les critiques du Che et Mandel visent les rapports entre développement de l’économie et facteur subjectif : le rôle accordé par le calcul économique aux intérêts individuels justifié par l’état de l’infrastructure, ratifie le niveau de conscience des masses.

Pour le Che, qui donne l’exemple en participant aux travaux volontaires, il s’agit au contraire d’édifier le socialisme en sortant les travailleurs de leur condition d’homo economicus. La planification – synonyme d’extension du domaine de la conscience dans l’économie – et la transformation de l’homme, à la fois fin et moyen, sont indissociables. Ce pari, qui a en sa faveur l’enthousiasme d’une révolution encore dans les langes, repose sur l’idée que le politique et l’idéologique pèsent de tout leur poids dans les rapports dialectiques avec l’infrastructure. Il suppose in fine une anthropologie optimiste.

Toujours est-il que cette exigence de hic et nunc, qui fait la force et la faiblesse de la position du Che, est en concordance avec l’audace voire la témérité qui a porté les guerrilleros au pouvoir.

Mouvements de balancier au « laboratoire du socialisme »

L’alternative du grand débat économique va se décliner en différentes stratégies adoptées au gré de la conjoncture internationale mais surtout selon les résultats obtenus.

Après les tâtonnements du début des années 1960 marqués par des choix sectoriels – industrie guidée par le Système Budgétaire de Financement, agriculture par le calcul économique, se dessine une stratégie radicale à contre courant des réformes Lieberman en URSS : l’« offensive révolutionnaire » de 1968 conduit à la nationalisation de tous les petits commerces. Effacement de la comptabilité, déconnexion entre travail et rémunération et tentative d’appliquer le principe du communisme : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins.

Les chiffres décevants (échec de la zafra de 1970) conduiront à son remplacement par le principe « à chacun selon son travail ». Après l’entrée dans la CAEM en 1972 , c’est en 1976 la mise en place du Système de direction et de Planification de l’Économie, largement emprunté au modèle soviétique, qui fait jouer la loi de la valeur. Si Cuba connaît une certaine prospérité, due en grande partie aux échanges avec les pays de l’Est, le bilan du nouveau système est entaché par l’anarchie dans les investissements, des distorsions dans les prix fixés par les entreprises, des excès liés au versement des primes…des travers dénoncés par Fidel Castro dans son célèbre discours de 1987, qui remet à l’honneur les conceptions du Che sur l’homme nouveau.

La « rectification des erreurs » qui s’ensuit est en partie avortée par l’effondrement de l’URSS : pour faire face à ses conséquences accentuées par le renforcement du blocus, l’État a recours aux investissements étrangers, donne naissance à un secteur privé et autorise la vente de produits agricoles selon l’offre et la demande.

À partir de 1998, le perfeccionamiento empresarial, une forme de gestion autofinancée expérimentée par les entreprises de l’armée à partir de 1987, est étendu à des entreprises d’État. Ces mesures, qui visent à encourager la productivité en intéressant les travailleurs aux résultats et en accordant plus d’autonomie aux entreprises seront approfondies et élargies suite aux VIe et VIIe Congrès du PCC (2011 et 2016). Elles ont donné lieu à une concentration des entreprises d’État – celles déficitaires étant fusionnées – et ont été accompagnées d’une extension du secteur coopérativiste (auparavant cantonné à l’agriculture) et du secteur privé.

Disparition du camp socialiste et insertion dans l’économie mondiale, émergence du secteur non-étatique, pénétration croissante du capital étranger : les données dans lesquelles se posent les problèmes des rapports plan/marché ont donc indéniablement changé depuis le grand débat et contribuent, conjointement au recul du marxisme chez les économistes et dirigeants cubains, à accorder plus de poids aux mécanismes mercantiles.

2019 : la nouvelle orientation gravée dans la Constitution

Que l’on reprenne les termes du grand débat des années 1960, et il faut convenir que le projet de l’homme nouveau a été délaissé au profit de l’autonomie des entreprises et des stimulants matériels. Les dissensions au sein de l’intelligentsia et des dirigeants cubains concernent aujourd’hui des questions comme le rythme des transformations ou encore le poids à accorder aux coopératives. Font figure de modèle des entreprises telles que Labiofam, fleuron de la biotechnologie cubaine, qui diversifie ses activités, exporte produits et services dans des dizaines de pays, commercialise des articles importés, pratique une politique de haut salaires en redistribuant directement ses bénéfices…. Les idées qui ont fini par l’emporter sont proches du calcul économique, à ceci près que, dépourvue de la boussole que constituait la théorie marxiste et la visée du communisme, l’orientation actuelle prend la forme d’un pragmatisme. Exit les étiquettes théoriques.

Si les partisans d’une planification véritablement centralisée ne sont guère audibles, les tensions entre libre jeu du marché et plan n’ont pas disparu pour autant. Elles se cristallisent à un échelon clé du modèle : les OSDE , censées chapeauter les entreprises étatiques d’un même secteur conjointement avec des commissions représentant l’État… tout en respectant l’autonomie de ces entreprises, renforcée par des décrets de 2017. Un certain flou juridique donne finalement une large latitude aux ministères, qui peuvent s’appuyer sur des habitudes centralisatrices, ce qui conduit certains directeurs d’entreprises à réclamer plus de flexibilité, accusant les OSDE d’être des mini-ministères. Malgré l’aggiornamento terminologique, le problème persiste.

Tout en réaffirmant le principe directeur de planification, la Constitution ratifiée au début de l’année 2019 reconnaît l’autonomie des entreprises, le rôle du marché et les formes de propriété non-étatiques, avec quelques années de retard sur les transformations économiques. Moins médiatique que les dispositions sur le mariage homosexuel, ce changement pourrait avoir un effet catalyseur sur le déplacement du centre de gravité vers le pôle marchand.

L’ampleur et la vitesse de ce basculement dépendront des politiques adoptées mais les annonces faites en avril au Parlement par Marino Murillo suggèrent une accélération du processus : extension des « schémas fermés » de financement, modèles d’autofinancement spécifiques au secteur des technologies et aux entreprises travaillant avec la Zone spéciale de Mariel, assouplissement de l’encadrement de l’intéressement et création d’une institution financière dont les contours sont encore flous. Depuis le début de l’année, le ministre de l’Économie a multiplié les déclarations sur l’élaboration d’un plan 2020 plus « participatif » ; quant au président Díaz-Canel, il a même été jusqu’à annoncer, lors du dernier Congrès de l’ANEC, que le plan « ne viendrait plus d’en haut ». Des propos à relativiser compte tenu de la force d’inertie des mécanismes économiques dans l’île où les mutations économiques se font en douceur depuis trois décennies… malgré quelques soubresauts comme en 2014, lorsque la direction de Labiofam avait été vertement critiquée par le gouvernement pour avoir baptisé deux de ses parfums des prénoms de Hugo Chavez et de Che Guevara. Un épisode à rapprocher des débats médiatiques récurrents sur la vente de vêtements et d’accessoires arborant le drapeau national ; comme si les résistances à la mercantilisation se situaient désormais dans le domaine symbolique.

 

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Quelques réflexions complémentaires

Pour resituer l’histoire économique de Cuba et en tirer les leçons encore utiles au mouvement communiste international

Un passage à la fois intéressant et caractéristique du confusionnisme sur ces questions :

« l’« offensive révolutionnaire » de 1968 conduit à la nationalisation de tous les petits commerces. Effacement de la comptabilité, déconnexion entre travail et rémunération et tentative d’appliquer le principe du communisme : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins.
Les chiffres décevants (échec de la zafra de 1970) conduiront à son remplacement par le principe « à chacun selon son travail ». Après l’entrée dans la CAEM en 1972 , c’est en 1976 la mise en place du Système de direction et de Planification de l’Économie, largement emprunté au modèle soviétique, qui fait jouer la loi de la valeur. »

Il est évident que le passage direct au communisme dans un pays aux forces productives encore limitées tel que Cuba à cette époque, et même encore, aujourd’hui, reste tout à fait une utopie et ne peut mener qu’à l’échec.

Le principe « à chacun selon son travail » reste celui de l’économie de transition, et nécessairement pour une période assez longue, et même tant que le socialisme n’est pas encore dominant sur la planète.

Ce principe repose sur la loi de la valeur, mais pas nécessairement sur la loi du marché, bien au contraire.

Il va même précisément de pair avec un équilibre économique entre besoins sociaux et forces productives.

C’est la définition des besoins sociaux collectifs qui est la mesure du plan, du point de vue de la loi de la valeur.

C’est ce que Marx nous explique dans la Critique du Programme de Gotha et que Staline a tenté de remettre en œuvre peu avant sa mort, à l’occasion du 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchévique.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/11/les-problemes-economiques-du-socialisme-en-urss.pdf

Ce qui est tout à fait différent de la conception révisionniste khrouchtchevienne, qui a voulu relier à nouveau loi du marché et loi de la valeur, tout à fait selon une conception trotskyste de l’économie :

« En acceptant ou en rejetant les marchan­ dises, le marché, arène de l’échange, décide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement nécessaire, détermine ainsi les quantités des différentes espèces de marchandises nécessaires à la société, et, par conséquent, aussi la distribution de la force de travail entre les différentes branches de la production. » Trotsky, Oeuvres, 1939

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/04/le-bloc-et-la-faille/

Ce qui était « cohérent », également, avec sa conception révisionniste de la NEP, en 1936…

« L’assainissement des relations économiques avec les campagnes constituait sans nul doute la tâche la plus urgente et la plus épineuse de la Nep. L’expérience montra vite que l’industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. Le plan ne saurait reposer sur les seules données de l’intelligence. Le jeu de l’offre et de la demande reste pour lui, et pour longtemps encore, la base matérielle indispensable et le correctif sauveur. » Trotsky, La Révolution Trahie, 1936

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/08/15/inedit-de-trotsky-une-page-d-histoire-particulierement-revelatrice-synthese/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/08/19/inedit-de-trotsky-un-echange-de-correspondance-suite-a-la-synthese-de-letude/

Alors qu’à l’époque de Khrouchtchev la NEP était déjà morte et enterrée depuis une trentaine d’années…

Au stade de développement où en est encore Cuba, il y a inévitablement une survie relative d’une économie de marché qui est nécessaire au niveau de petites entreprises, y compris agricoles, commerces et services. La question de savoir si l’on est encore dans une économie de transition dépend donc de la relation entre plan et marché.

Est-ce que le plan est établi en fonction des besoins sociaux collectifs ou en fonction d’une rentabilité financière espérée et estimée en fonction du marché ?

A noter que la réalisation du plan, établi en fonction des besoins sociaux, peut, et même doit, logiquement et y compris d’un point de vue comptable, en période de transition, faire appel au principe « à chacun selon son travail ».

Car dans ce cas, la mesure du travail, réparti selon le plan, est aussi celle des besoins sociaux et c’est cette correspondance qui reflète l’utilisation socialiste de la loi de la valeur, et non la loi du marché.

Pour rendre les deux secteurs compatibles, et même, complémentaires, l’État doit donc, et de manière autoritaire, au besoin, jouer un rôle régulateur important et même sans faille à l’égard des dérives mercantiles qui entraveraient l’équilibre économique.

Cuba reste un îlot remarquable de résistance anti-impérialiste, y compris par son rayonnement, mais son statut économique et social n’en reste pas moins incertain pour autant.

Lepotier

PS >>> concernant l’interaction entre loi de la valeur et loi du marché :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/07/marx-capital-livre-iii-chapitres-9-et-10.pdf

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https://nousnesommesriensoyonstout.wordpress.com/2019/09/08/plan-et-marche-a-cuba-des-annees-1960-a-aujourdhui-reflexions-sur-la-transition/

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Une autre réflexion complémentaire…

 

« Autogestion »

ou Socialisme prolétarien ?

Sur le fond, une précision complémentaire peut être utile pour mieux distinguer le concept ML d’utilisation socialiste de la loi de la valeur par rapport au concept d’ « autogestion » dans ses différentes formulations « de gauche », khrouchtchevienne/titiste, trotskyste/pabliste, etc…

 

Une entreprise socialiste peut et même doit, dans la mesure du possible, être autonome d’un point de vue comptable, au sens où elle produit au moins autant de valeur qu’elle en consomme.

 

Il est donc souhaitable qu’elle produise suffisamment de valeur d’échange pour répondre au moins aux besoins sociaux de l’ensemble de ses travailleurs.

 

Le mieux est même encore qu’elle produise suffisamment de survaleur pour contribuer au fond collectif nécessaire à l’équilibre global de l’économie socialiste. (Cf. Marx, CPG*)

 

C’est en ce sens qu’elle peut être considérée « rentable » au sens socialiste du terme.

 

La différence avec le concept révisionniste d’ « autogestion » c’est que sa production s’inscrit néanmoins dans le plan défini collectivement, et pas seulement, ni même, essentiellement, au niveau de chaque entreprise, pour faire correspondre l’ensemble de la production socialiste aux besoins sociaux définis démocratiquement, et là encore, bien évidemment, pas seulement au niveau de chaque entreprise, mais au niveau de l’ensemble de la société, dont chaque entreprise est un élément solidaire.

 

Alors que le concept révisionniste d’ « autogestion » implique pour chaque entreprise la liberté totale de décider de sa propre production, et donc nécessairement en fonction du « marché », si elle veut espérer survivre de manière financièrement autonome.

 

Autrement dit, et sauf pour le formalisme de la gestion interne, on est ici dans un processus purement capitaliste, quant au fond.

 

Il ne s’agit plus, à nouveau, que de répondre à des besoins solvables, et non à des besoins sociaux d’abord et avant tout identifiés comme tels.

 

Pratiquement, il y a donc différentes raisons qui peuvent amener à maintenir en activité des entreprises « non rentables », même au sens socialiste défini ci-dessus.

 

La principale étant la nécessité de développer des secteurs industriels stratégiquement essentiels pour la survie de l’ensemble de la société, et surtout, pour son développement.

 

Globalement, dans ce cas, effectivement, une partie de la survaleur produite par les secteurs les plus « rentables », au sens socialiste du terme, doit servir à compenser les pertes pour que l’ensemble reste en équilibre. Mais un équilibre qui a donc précisément une dynamique positive et constructive, et précisément à cause de cette compensation collective, et donc, paradoxalement, de ces déficits sectoriels !

 

Bien évidemment, cela n’exclut pas, bien au contraire, la « chasse aux gaspillages », indispensable pour tenir un tel équilibre global, et implique donc une gestion rigoureuse, y compris, et même surtout, dans les secteurs potentiellement déficitaires d’un point de vue strictement comptable, sur le plan local.

 

Luniterre

 

( * https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/    )

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Le Malthusianisme contre les « Routes de la Soie »: décrypter les discours officiels!

[  UNE NOUVELLE SUITE AU DÉBAT, EN MARGE DE:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/11/devoir-de-vacances-resume-ce-quil-faut-retenir/  ]

 

A propos de deux articles du canadien Matthew Ehret parus sur le « Saker francophone » et largement repris par la blogosphère gauchisante française…

Récemment cités dans un échange de posts en commentaires sur TML, voici l’ « explication de texte » que nous en avons proposé, et donc en marge de la publication de :

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/11/devoir-de-vacances-resume-ce-quil-faut-retenir/

 

 

 

 

Bonjour,

Les deux articles que vous citez:

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-loccident-a-t-il-detruit-sa-propre-base-industrielle

https://lesakerfrancophone.fr/poutine-defie-les-malthusiens-la-fusion-nucleaire-devient-une-priorite-nationale-pour-la-russie

sont du même auteur, Matthew Ehret, qui joue très clairement dans le camp du capitalisme chinois, et donc, il faut évidemment comprendre que les développements idéologiques qu’il nous propose sont au service des intérêts du capitalisme chinois.

D’un point de vue ML, c’est à dire du point de vue du matérialisme dialectique, il reste essentiel de comprendre les mouvements de la base économique, qui conditionnent ceux des superstructures idéologique, sans pour autant, négliger l’action en retour de celles-ci, dont ces articles sont un exemple. Le malthusianisme n’est lui-même que l’une des superstructures idéologiques du capitalisme, et qui « ressurgit » uniquement en fonction de ses propres besoins en termes de restructuration, et ici, éventuellement, ceux du capitalisme financier US.

Bien évidemment, Matthew Ehret nous présente l’alliance Chine-Russie comme une sorte de « partenariat équitable », et c’est bien ce que la Chine prétend promouvoir, officiellement, avec son système auto-centré des « nouvelles routes de la soie »…

Or les disproportions et les disparités, et même, les inégalités, sont énormes, entre ces deux grands pays. A tous points de vue, et en premier lieu, dans leurs histoires économiques ces dernières décennies, en dépit d’un passé formellement commun dans les références au ML.

Au stade actuel, la Russie est encore en train de se remettre, difficilement, des conséquences de l’effondrement de l’URSS, et d’abord, de son effondrement économique.

Une des caractéristiques de cette situation, c’est que la période comprador etlsinienne qui a suivi cet effondrement a été un échec total en termes de développement économique, même en termes de développement du capitalisme comprador.

Ce qui a permis à une fraction survivante de la bourgeoisie nationale bureaucratique de reprendre le pouvoir et de redémarrer une phase de développement d’un capitalisme essentiellement « national ». D’où l’émergence importante, et même massive, d’une nouvelle idéologie nationaliste, en Russie, reprenant même en compte une partie importante de l’ancien patriotisme de l’URSS, dans ses diverses composantes, y compris « stalinienne », notamment au titre de la Grande Guerre Patriotique.

En rapport de sa superficie, la Russie reste relativement peu peuplée et dispose par contre d’importantes ressources naturelles, mais de peu d’industrie de transformation en produits finis. Elle a donc une marge extensive pour se développer encore sur la base d’un capitalisme national, même pour répondre à ses propres besoins, sans nécessairement pour cela aiguiser les contradictions de classe au point de rupture.

Le développement démographique, dans ce cadre, et compte tenu de sa faiblesse actuelle, reste encore un élément moteur complémentaire et même nécessaire de ce type de développement économique.

C’est sur cette base économique qu’il faut comprendre le discours de Poutine. Mais sans perdre de vue que le rapport de proportion, sauf évidemment, en superficie territoriale, est à peu près dans tous les domaines, et notamment, financier, de 1 à 20 en faveur de la Chine.

En population, il est pratiquement de 1 à 10.

L’un des atouts majeurs de la Russie c’est qu’elle peut survivre, même avec un niveau de développement modeste, en quasi-autarcie, y compris sur le plan alimentaire.

Ce n’est pas du tout le cas de la Chine, qui, malgré son développement économique, perd son autonomie alimentaire et se trouve dépendante, non seulement pour son développement industriel, mais simplement pour son approvisionnement alimentaire, de son commerce extérieur, de ses exportation industrielles, de ses importations alimentaires, mais aussi de ses exportations de capitaux, notamment pour l’ achat de terres agricoles à l’étranger.

Le déficit agroalimentaire de la Chine, apparu au début des années 2000, tourne maintenant autour de 60 à 70 Mds de dollars et tend à se creuser.

Le projet de réseau économique autocentré des « routes de la soie » est donc vital pour le capitalisme chinois, alors que son développement ne peut qu’accentuer cette dépendance : la Chine doit nourrir 20% de la population mondiale avec moins de 10% des terres arables disponibles (seulement 8%, selon certaines études), et moins de 7% des ressources en eau. Et ce ratio tend nettement à empirer avec l’industrialisation continue.

Il y a une autre différence fondamentale et essentielle entre le capitalisme chinois et le capitalisme russe, également, dans leur rapport au capitalisme financier US.

Comme on l’a vu, la phase comprador eltsinienne a complètement échoué en Russie, et la pénétration des capitaux étrangers y reste réduite et n’est pas un facteur de dépendance.

En 2017, le flux d’IDE entrants en Russie était de 25 Mds de dollars, contre 136 en Chine… Et de plus, en baisse par rapport à 2016 (37 Mds) et il est à nouveau fortement en baisse en 2018 (10 Mds).

Alors que le développement du capitalisme chinois a nettement réussi sa mutation comprador dès 1972 et les accords Mao-Nixon, incluant, outre la collaboration stratégique antisoviétique, la pénétration des capitaux US via Hong Kong et le système des « Red Chips », toujours actuellement en fonction, même si ce n’est plus le canal essentiel d’investissements US en Chine.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

Depuis, l’interdépendance de ces deux économies capitalistes a évidemment bien évolué dans le sens d’un rééquilibrage en faveur de la Chine, tel que décrit dans différentes études parues sur TML, du reste (*), mais elle n’en a pas pour autant totalement disparu, ce qui permet de fait à la Chine d’avoir une marge de négociation assez extensible en termes économiques, avant d’en venir à une confrontation directe, éventuellement militaire.

Alors que la Russie, militairement de plus en plus encerclée, n’a précisément que ses moyens militaires, même comme arme de négociation :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/07/06/nouveaux-missiles-russes-la-paix-en-europe-est-elle-menacee-et-par-quoi-et-par-qui/

Lorsque Trump est arrivé au pouvoir il est clair qu’une fraction du capital US peu investie en Chine était à l’œuvre derrière lui et entendait jouer la carte de la Russie contre la Chine, un peu à la manière dont Kissinger avait initialement joué, et très habilement, la Chine de Mao contre l’URSS… Manifestement, l’idée d’une « ouverture à l’Ouest » pour désenclaver la Russie ne déplaisait pas à Poutine, mais les concessions qu’il était prêt à faire étaient sans aucun doute insuffisantes aux yeux du capital US, ce qui explique le revirement brutal, malgré l’enclenchement de la « guerre économique » avec la Chine… !

 

Luniterre

 

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/07/29/1385_chine_yuan_dollar_/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/10/chine-usa-2014-2019-chronique-dune-guerre-economique-annoncee/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/07/guerre-commerciale-la-chine-reajuste-le-yuan-a-la-baisse-pour-contrer-trump/ )

 

UNE SUITE AU DÉBAT…

 

POST EN RÉPONSE DU 17/08/2019:

 

« j’avais fait un copier coller de votre texte pour vous répondre alinéa par alinéa mais votre site n’acceptant pas les discrimination j’ai été conrtaint de revoir ma copie. Je vous transmets ci après le produit de me cogitations en espérant ne rien avoir oublié.

Le malthusianisme est ancré profondément dans la doctrine néolibérale sociale ou pas. La réduction drastique de nucléaire est en cours, les énergies renouvelables ne pourront satisfaire les besoins que de 1 à 2 milliards d’individu. Les barbecues géants ne sont pas près d’être éradiqués

Compte tenu de ce qui précède le progrès économique et par conséquent social va disparaître et la pression démographique nécessairement repartir. Il y aura de plus en plus un décalage entre les besoins et les crédits alloué par l’Etat pour les satisfaire et c’est déjà le cas.
Cela ne peut condamner les classes privilégiées c’est à dire ceux qui détiennent le capital et leurs alliés qui multiplient les génuflexions dans l’espoir de grappiller les miettes ?

En quoi la surpopulation reste-t-elle une question d’équilibre : Quelles fractions de notre environnement faut-il réserver à la végétation, au le monde animal, l’Humanité, aux équilibres naturels qui ont permis ce que nous sommes devenus à partir de l’observation et sans intervention de scientifiques découpant l’ADN en rondelles ( en spirales) pour le modifier ailleurs toujours pour un profit plus grands. S’il ne s’agissait que de le réparer pour soulager des souffrances je dirais allons y.

Les réductions drastiques doivent être réservées au luxe insolent affiché par les capitalistes et leurs valets cela nous ramène à la lutte des classes et à l’impôt, à la remise en cause d’une politique des revenus scandaleuse. Les ressources rares doivent être partagées équitablement dans l’intérêt collectif, on peut aller chercher ailleurs celles qui sont insuffisantes sur terre par exemple l’hélium 3 sur la lune. Il est aberrent de brûler des hydrocarbures au lieu de les réserver pour des industries de transformations alors que nous saurons dans quelques années en toute sécurité produire de l’électricité à partir de la fusion thermonucléaire. Les programmes sont en cours.

Toutes les potentialités de l’économie circulaire, c’est-à-dire le recyclage encore et encore, doivent être mises en œuvre. Les chinois ont commencé à le faire.

En complément il faut poursuivre les recherches pour trouver les solutions les mieux adaptées aux problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés en particulier pour maîtriser la fusion thermonucléaire, réduire les déchets de longue durée les utiliser pour produire de l’électricité et non pas les enfouir ou fabriquer des munitions tant avec le plutonium que de l’uranium appauvri.

Je ne m’identifie pas aux classes moyennes mais souhaite une solution globale pour une avancée et non un recul social. Mais si nous poursuivons dans la voie dans laquelle nous sommes engagés notre descendance se retrouvera dans des conditions proches de celles du moyen âge. De décroissance en décroissance du bulbe elle retournera au village primitif, c’est bien là notre plus gros problème à résoudre car il n’y a pire que celui qui ne veut savoir. L’ignorance n’appelle pas systématiquement le savoir, ce serait plutôt le contraire.

Vous imputez à l’auteur une propagande délibérée pour le nucléaire, afin d’amener subrepticement une propagande pour le capitalisme chinois, que je n’ai pas ressentie. C’est me semble-t-il un procès d’intention.

Tchernobyl est consécutif à une erreur ce procédure et ses conséquences à l’absence de confinement mais n’a pas eu les conséquences décrites par les médias et tous ceux qui militent en faveur de l’abandon du nucléaire. L’erreur, la faute sans doute, à Fukushima a été d’implanter des réacteurs dans une zone sismique.

Les centrales étasuniennes ont connu elles aussi quelques déboires mais je n’ai pas eu le temps d’aller voir mais le nombre des victimes du nucléaire civil est sans commune mesure avec celles des conflits qui ont ravagés la planète depuis plus d’un siècle.
Personnellement je le jauge le système chinois aux résultats obtenus en matière d’emploi de pouvoir d’achat et de protection sociale, qui sont accessibles à tous.

Vous lui reprochez d’avoir atteint le stade combiné du capitalisme financier et du capitalisme monopoliste d’État, que vous qualifiez stade de l’impérialisme, l’ensemble masqué sous un vocabulaire « marxiste-léniniste » dont il se drape encore, selon les besoins de sa propagande alors que j’ai lu sur votre site, je ne sais plus si vous en êtes l’auteu,r que pour être à même de nettoyer les écuries il fallait y entrer.

C’est comme si vous écriviez que la programme du CNR élaboré par Pierre Villon qui fut à la base des trente glorieuses était un programme capitaliste alors qu’il n’était qu’une étape en direction de la socialisation des moyens de production et d’échange qui hélas à été abandonné pour des raisons que vous savez.

Les proportions économiques sont de 1 à 20 entre la Russie et le Chine écrivez-vous ! Si vous comparez avec Cuba c’est encore pire mais ne prouve rien.

La Russie et la Chine n’ont pas d’ambitions impérialistes affichées, l’avenir nous dira ce qu’il en est réellement par contre ce qu’ils entreprennent, l’Inde, la Turquie, le Venezuela et quelques autres, leur soutien à la Syrie est de nature à freiner voire à annihiler les prétentions de l’impérialisme occidental à dominer sans partage les ressources et les peuples de la planète. En France que faisons-nous ?
Les révolutionnaires de salon ne font rien ou (et) ratiocinent, l’état de l’opinion est à l’avenant.

Je partage votre appréciation sur la direction actuelle du PCF incapable d’élaborer une pensée cohérente car elle ne se débarrasse pas de son anti stalinisme viscéral

et de ses utopies. J’ajoute simplement que ce doit être sur une base marxiste tout en compte tenant compte des enseignements du passé des échecs, des reculs, des renoncement et des avancées qu’il convient de mettre en exergue car elles sont tues par l’Histoire officielle. » [ Jack Freychet ]

 

UNE RÉPONSE TML:

Bonjour,

Le développement du capitalisme chinois est incontestable et rappelle, par bien des côtés celui de nos « trente glorieuses » d’après-guerre, avec effectivement les progressions sociales y afférentes.

En France, les « trente glorieuses » correspondent également au redéploiement de l’impérialisme français et au passage du colonialisme « à l’ancienne » au néo-colonialisme de domination essentiellement financière, avec le système « françafrique », toujours en vigueur, en faits.

Ce redéploiement n’a été possible que sur la base des accords de collaboration de classe promus par le thorezisme dans tous les domaines et prolongés sous Waldeck-Rochet et Marchais.

Vous dites que le programme du CNR était « une étape en direction de la socialisation des moyens de production et d’échange qui hélas à été abandonné pour des raisons que vous savez. »

C’est effectivement ce qu’il aurait du être si les clauses en avaient été sérieusement négociées d’un point de vue prolétarien.

Or l’histoire, dès le 8 Mai 1945 à Sétif (*), montre que ce n’était pas le cas et que la direction du PCF avait entériné la reconstruction de l’impérialisme français comme une contre-partie des concessions sociales accordées. Elle n’avait, en conséquence, prévu aucune possibilité, ni légale ni clandestine, de maintient des forces armées prolétariennes issues de la Résistance, qui se sont donc trouvées intégrées aux forces armées de l’impérialisme en voie de reconstruction ou dissoutes.

Il est donc évidemment possible de dire que le programme du CNR était un « programme capitaliste », et d’autant plus qu’il ne faisait aucune mention expresse d’une alternative socialiste possible.

Ce n’est donc pas pour autant ce qui aurait pu le rendre condamnable, si, en tant que programme de front uni de libération antifasciste il avait été correctement négocié, avec des clauses prévoyant le maintient et même la pérennisation des structures politiques populaires et prolétariennes issues de la Résistance, en lieu et place de leur dissolution au profit de la reconstitution de l’État impérialiste français. Et de fait, cela aurait donc du inclure le maintient et la pérennisation des organisations militaires issues de la Résistance, sous une forme ou une autre, genre « garde nationale », telle que sous la Commune de Paris.

A ces conditions, le rapport de force se serait trouvé certainement très différent lors des conflits sociaux de 1947-48 !!!

A ce sujet, le rapport Jdanov est sans ambiguité :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/doctrine-jdanov-les-bonnes-feuilles-commentees-selon-eduscol-du-rapport-jdanov-de-1947/

Et encore moins, en fonction des débats de la conférence du Kominform, en 1947, également :

The Cominform — Minutes of the Three Conferences 1947/1948/1949, édité par Giuliano Procacci, Feltrinelli Editore (Milan, 1994)

Concernant les stades de développement des capitalismes russes et chinois, il est évident que les rapports de proportions ne suffisent pas à caractériser leur différences, même s’il donnent une bonne indication, compte tenu qu’il s’agit de deux très grands pays d’importance géopolitique et géostratégiques comparables. Du reste, ma réponse précise leurs degrés de dépendances respectives vis à vis des capitaux financiers étrangers, et principalement US, en pratique. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une étude complète, abordée par ailleurs sur TML, et qui donne notamment la comparaison en termes d’exportation de capitaux, critère ML effectivement décisif en termes de caractérisation du stade impérialiste.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

Il en ressort que la Chine est devenue exportatrice de capitaux, et cela dans tous les domaines, alors que la Russie, outre la disproportion déjà évoquée reste importatrice, même si dérisoirement, ses rares exportations de capitaux étant de plus généralement du ressort de l’évasion fiscale et non pas réellement de l’investissement productif.

Selon ce critère et d’autres, il est donc approprié de distinguer deux stades de développement du capitalisme différents entre la Chine et la Russie, dont l’un est le stade impérialiste et l’autre le stade encore essentiellement « national ».

Il est donc politiquement juste d’en tenir compte dans les soutiens nécessaires aux différentes luttes de libération et/ou de résistance nationale, dont celle de la Russie, sans négliger la priorité que nous devons faire aux luttes sociales, comme celle pour la défense des retraites, en Russie, également.

Dans les circonstances actuelles, où le prolétariat industriel est essentiellement démobilisé et dépolitisé, en plus d’être socialement minoritaire, où les classes moyennes en voie de prolétarisation se révoltent sporadiquement, mais sur des bases de classe qui restent idéologiquement petites-bourgeoises, la question du front uni reste posée, et même si elle se pose différemment qu’aux époques précédentes, la priorité doit toujours combiner l’actualité des revendications sociales les plus unificatrices et l’autonomie politique et organisationnelle de l’avant-garde prolétarienne, qui reste encore, manifestement, à construire !

Luniterre

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/05/14/le-8-mai-1945-a-setif-kateb-yacine-se-souvient/ )

 

 

Encore une « fake history » occidentale démentie: 1939 – A Brest-Litovsk, pas de parade germano-soviétique!

 

 

Reçu de la part du camarade Margyuy Totonak, ce passionnant document historique, qui lui permet donc de faire face aux calomnies fascistes reprises, malheureusement, par nombre de « gauchistes », et même de « maoïstes » divers : vu l’évolution finale de Mao et la politique actuelle de la Chine, on comprend aisément pourquoi…

Pas de temps suffisamment, malheureusement, pour une traduction qui ne soit pas approximative, et il nous semble donc plus approprié d’en résumer l’essentiel…

Il en ressort que, inévitablement, troupes allemandes et russes se sont retrouvées au même moment et au même endroit, en vue de la passation de commandement de la forteresse de Brest-Litovsk, suite aux accords bien connus…

 

Il semble bien que les allemands aient voulu donner une certaine solennité à cette passation en vue d’intimider les puissances occidentales, dans un esprit de « guerre psychologique » préparant leur offensive dans cette direction.

 

Selon l’auteur, qui semble donc avoir fait des recherches sérieuses, cela ne s’est concrètement pas produit, suite à l’insistance du commandant soviétique, pour une simple formalité de passation, sans défilé commun, et cette « légende » résulte de montages abusifs de quelques photos de cette rencontre évidemment bien réelle entre responsables locaux des deux armées et de quelques éléments de troupes soviétiques présents.

 

De leur côté il semble que les allemands aient donc eux-même accrédité cette légende dans le but d’intox défini ci-dessus.

 

Mais la meilleure réponse aux crétins et néo-kollabos qui colportent ce genre de ragots, fussent-ils maoïstes, c’est le film de reconstitution historique de la résistance héroïque des soldats russes et de leurs familles, qui ont donc occupé cette forteresse, suite à ces accords, et l’ont défendue jusqu’au bout, face à l’offensive nazie de 1941!

 

 

 

Egalement ici >>> https://youtu.be/l7LjEdFbnTQ

 

 

Le film semble exister également en version française, sous le titre

« La Bataille de Brest-Litovsk »

mais je n’arrive pas à le localiser sur le net.

 

Quelques kollabos ont bien existé en ce temps, dont on voit les ravages en début du film, mais il y en avait aussi en France, et au plus haut niveau du PCF, à l’époque, sans parler de ceux déjà ouvertement déclarés.

 

Plus, malheureusement, diverses « compromission tactiques » plus que douteuses, et tout à fait au plus haut niveau, également:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/11/mounette-dutilleul-ou-la-memoire-effacee-comment-appeler-les-choses-par-leur-nom/

 

 

Concernant Mao Zedong, les traces de sa félonie sont à jamais enregistrées pour l’histoire, même si d’aucuns refusent toujours de les voir…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2013/12/08/mao_declassifie_1/

 

Le prix en dollar de cette kollaboration continue toujours d’être payé sous la forme des « Red Chips », malgré les tensions commerciales actuelles:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

 

Le combat continue… !

 

Luniterre 

 

Фейк о совместном параде

 

https://kungurov.livejournal.com/120156.html

Фейк о совместном параде

July 6th, 2015

В посте о тупорылости топовых блогеров я мимоходом упомянул, что апеллировать к геббельсовскому  и резуновскому вранью сегодня – это, мягко говоря, дурной тон. И как пример, привел живучий фейк о якобы состоявшемся 22 сентября 1939 г. в Брест-Литовске совместном параде советских и германских войск в честь разгрома Польши. Миф этот сляпан довольно халтурно, и уже многократно разобран по косточкам. Вопрос давно и однозначно разрешен – никакого совместного парада не было. Но, судя по обилию тупых высеров в коментах, оказалось, что интернет-планктон в массе своей продолжает оперировать штампами геббельсовско-либерастной пропаганды.

Я вот здесь обещал фанату Геббельса и Резуна escapistus его публично выпороть, к чему и приступаю. Для начала давайте разберемся, какие сведения мы должны найти и изучить:

  1. Если парад имел место, должен был быть согласован регламент. Потому что парад – это ритуал, где нет мелочей.
  2. Кто командовал парадом? Кто его принимал? Если исходить из того, что немцы Брест покидали, командовать парадом должен был командир XIX механизированного корпуса Гейнц Гудериан, а принимать – командир 29-й танковой бригады РККА Семен Кривошеин.
  3. Если парад был совместным, значит над трибуной должны быть подняты два флага – Германии и СССР. Поскольку парад был приурочен к передаче города советским войскам, возможен такой вариант: сначала под германским флагом маршируют солдаты Вермахта, потом немцы торжественно спускают свой флаг под звуки гимна, советский флаг торжественно поднимается под гимн СССР, далее начинается прохождение торжественным маршем советских частей.
  4. Если парад имел место быть, должны остаться фотосвидетельства события. В прессе обоих государств событие должно получить освещение в дружественном по отношению к «партнеру» духе.

Давайте по пунктам. ПЕРВОЕ. Регламента парада нет. Известно лишь упоминание намерения провести парад одним из пунктов протокола о порядке передачи Бреста под юрисдикцию Советского Союза:

«Брест-Литовск, 21.9.1939.
Договоренность о передаче города Брест-Литовк и дальнейшее продвижение русс.[ких] войск.

1.) немецкие войска уходят из Брест-Литовска 22.9 в 14:00.
В частности:
8:00 Подход русского батальона для принятия крепости и земельной собственности города Брест.

10:00 Заседание смешанной комиссии в составе:
с русской стороны: капитан Губанов
ком.[иссар] бат.[альона] Панов /Panoff/
с немецкой стороны: подп.[олковник] Хольм /Holm/ (коменд.[ант города]
подп.[олковник] Зоммер /Sommer/ (устный переводчик)

14:00 Начало прохождения торжественным маршем русских и немецких войск перед командующими с обеих сторон со сменой флага в заключение. Во время смены флага играет музыка национальных гимнов…»

Должности Панова и Губанова  не указаны (что более чем странно), но можно допустить, что это были представители штаба 4-ой армии (командующий Василий Иванович Чуйков). Как следует из документа, в 10:00 должно было состояться заседание смешанной комиссии, которая по идее и должна согласовать регламент «парада» и процедуру передачи города. Но первые части Красной Армии вошли в город не в 8:00, как планировалось, а лишь около 14:00 22 сентября, хотя к северной окраине Бреста они вышли еще 21 числа. Никаких данных о заседании смешанной комиссии в 10:00 нет. Утром в Брест прибыл в одиночку на машине немецкого коменданта города Хольма комбриг Кривошеин, однако это была его личная инициатива.

Перед отъездом он дал команду своим частям не входить в город ранее 14:00, ссылаясь на распоряжение штаба армии. Кривошеин получил приказ занять Брест, для чего в ночь на 21 число начал марш из района Пружан, и с германской стороной он контактировал лишь постольку, поскольку это диктовалось необходимостью исполнить приказ.

То есть к утру 22 сентября протокол от 21 сентября, если он и был подписан сторонами (подтверждений этому нет), уже утратил силу де факто. Не исключаю, что это вообще фальшивка. Некоторые источники сообщают, что капитан Губанов и комиссар Панов были направлены в штаб XIX моторизованного корпуса Гудериана комбригом Кривошеиным. Эти сведения неверны. Последний в своих мемуарах утверждает, что разведку, направленную в Брест, возглавил батальонный комиссар Боровицкий. Факт его присутствия в Бресте подтверждается фотографиями.

С Боровицким в штаб 29-й бригады прибыла немецкая делегация в составе нескольких солдат и офицеров. Это был первый контакт Кривошеина с немцами (см. фото).

Так что, повторюсь, представленная выше копия протокола (а где оригинал, где русский экземпляр?) может быть фальшивкой, подтверждений визита Губанова и Панова в Брест нет. В направлении Кобрин-Брест действовала 32-я танковая бригада, передовым отрядом которой командовал капитан Губанов, но 32-я бригада не получала приказа занимать Брест. Мог ли Губанов контактировать с немцами? Теоретически мог. Но практически 32-ой бригаде было не до парадов, они вовсю разбирались с польской группировкой «Полесье», Кобрин был взят под контроль только 22 сентября.

Гудериан пишет, что «в качестве вестника приближения русских прибыл молодой русский офицер на бронеавтомобиле, сообщивший нам о подходе их танковой бригады», что полностью согласуется с данными Кривошеина. Вот здесь приводится донесение Кривошеина, правда, без ссылки на первоисточник (фамилия комиссара тут дана с ошибкой или, возможно, Кривошеин ошибся, когда 25 лет спустя, писал мемуары):

«Высланная мною разведка установила связь с частями немецкой армии, двигавшимися с Брест-Литовска на С[е]мятичи. Обнаружена мотоколонна в количестве 400 машин. Войска немецких частей встретили моих разведчиков с большим восторгом и приветствиями. Батальонный комиссар т. Боровенский, находившийся в составе разведки, был приглашен в штаб, где его ознакомили с обстановкой и вручили карту. Вместе с тов. Боровенским ко мне прибыла делегация в составе 2 офицеров и 6 солдат. Встретил их с оркестром, накормил обедом. Просят направить в их штаб постоянного делегата».

По ВТОРОМУ пункту данных очень мало. Польский исследователь Е. Издебски разыскал в архивах и опубликовал (Izdebski J. Przekazanie Rosjanom przez Wehrmacht Brzescia Litewskiego. – Wojskowy Przegland Historyczny, № 3-4, 1991.) план церемонии, утвержденный командиром 20 моторизованной дивизии генерал-лейтенантом М. фон Викторином. В плане подробно расписан порядок прохождения немецких частей, однако участие в «параде» советских войск описано лишь как гипотетически возможное:

«4) Совместно с русскими подразделениями в торжественном прохождении участвует 20 разведывательный батальон, голова колонны которого затем останавливается на уровне лиц, принимающих прохождение. После прощания командующего корпусом с русским командующим, командующий корпусом и командир 20 моторизованной дивизии маршируют во главе 20 разведывательного батальона, который является последней немецкой частью». (источник).

Абсолютно точно можно сказать, что с советскими командирами фон Викторин не контактировал, потому что он даже не знал о наличии у Кривошеина оркестра, и потому предполагал, что немецким музыкантам придется исполнить «Интернационал» в момент подъема советского флага. План Викторина отражает желание немцев провести совместный парад, но не может являться доказательством, того, что он состоялся.

ТРЕТЬЕ. Во время «парада» над площадью развивался только флаг Германии. Уже одно это полностью исключает версию «совместного парада».

ЧЕТВЕРТОЕ. Снимков действительно много. Но что мы на них видим?

Вот трибуна, на ней стоят немецкие офицеры и комбриг Кривошеин. Если бы парад был совместным, командный состав 29-й бригады присутствовал бы на мероприятии в обязательном порядке. А так мы видим лишь то, что немцы пригласили на свой парад советского командира в качестве гостя.

Вот идут немцы.


Опять идут немцы

Проходит германская техника.

Прошла. Торжественный спуск германского флага.

Вот пошли советские танки…

Стоп-стоп! А почему Т-26 идут под германским флагом? И, самое главное, куда делась трибуна с Гудерианом и Кривошеиным? Где толпы зрителей? Совершенно очевидно, что этот снимок сделан еще ДО «ПАРАДА», потому что немцы торжественно спустили флаг в ходе этого мероприятия. На этом снимке мы видим вход в город танков 4-го батальона 29-й бригады, которые проследовали по центральной улице Унии Любелькой (ныне ул. Ленина) к цитадели и вокзалу. Об этом подробнее будет рассказано ниже.

Где ХОТЬ ОДНА фотография, запечатлевшая проход советских войск перед трибуной с Гудерианом и Кривошеиным? Нет их!


Вот этот кадр может быть снимком парада? Однозначно нет! Телега с сеном справа тоже участвует в параде? Мы видим, как советские танки входят в город. Парада мы здесь не наблюдаем. Башня (костел?) на заднем плане говорит о том, что место съемки находится далековато от площади. Из немецких отчетов известно, что прохождение торжественным маршем частей XIX мехкорпуса завершилось в 16:45. После церемонии замены флага Гудериан попрощался с Кривошеиным и тут же уехал. В городе для утряски мелких вопросов остался лишь бывший комендант города подполковник Хольм.

Если бы совместный парад имел место быть, об этом обязательно рассказал бы Гудериан в своих мемуарах. Однако он ни о каком совместном параде не упоминает, а пишет следующее:

«В день передачи Бреста русским в город прибыл комбриг Кривошеин, танкист, владевший французским языком; поэтому я смог легко с ним объясниться. Все вопросы, оставшиеся неразрешенными в положениях министерства иностранных дел, были удовлетворительно для обеих сторон разрешены непосредственно с русскими. Мы смогли забрать все, кроме захваченных у поляков запасов, которые оставались русским, поскольку их невозможно было эвакуировать за столь короткое время. Наше пребывание в Бресте закончилось прощальным парадом и церемонией с обменом флагами в присутствии комбрига Кривошеина».

По словам Гудериана, парад был не совместным, а ПРОЩАЛЬНЫМ. Из советских командиров на нем лишь присутствовал Кривошеин в качестве ГОСТЯ. Собственно, фотографии именно это и подтверждают. Что же о событиях 21 сентября 1939 г. вспоминал Семен Кривошеин? Он в своих мемуарах «Межиборье» пишет следующее:

«…— Сейчас я хотел бы, с Вашего позволения, уточнить вопросы о параде на улицах Бреста в честь германских войск, уходящих из города, в честь большой дружбы советского и германского народов.

Дружба наших народов, дорогой генерал, не подлежит никакому сомнению. Что же касается парада, о котором вы только что изволили сказать, мне не все ясно. Какой парад вы имеете в виду? — спросил я.

И тут же перед моими глазами промелькнула картина: генерал Гудериан выводит на парад полки, две недели отдыхавшие в Бресте. Солдаты и офицеры начищены до блеска, материальная часть сверкает, а я веду по городу утомленных, не успевших привести себя в порядок танкистов. Городские обыватели будут говорить: «Вот немцы — настоящая западная культура, у них порядок, дисциплина…» Нет, старый лицемер, на парад ты меня не подобьешь! — решил я.

Как какой парад? Парад немецких войск и ваших славных танкистов, — ответил Гудериан.

Простите, господин генерал, но я все же вас не понимаю. В моем представлении, парад войск — это экзамен их строевой сколоченности, подтянутости и блеска формы. Но посудите сами, генерал, разве я могу вывести на парад свою танковую бригаду после 120-километрового ночного марша? Парадная форма находится в тылу, а вы по своему опыту знаете, что тыловые части всегда далеко отстают от танкистов. «А ля гер ком а ля гер!» — «На войне как на войне!» — говорят французы. Я не могу вывести людей и танки без того, чтобы не привести их в должный вид.

Если я правильно вас понял, вы, генерал, хотите нарушить соглашение нашего командования с командованием немецких войск? — ехидно спросил меня Гудериан. «Ишь, куда гнет, гад!» — подумал я про себя, но, вежливо улыбаясь, ответил:

Нет, соглашение, заключенное моим командованием, для меня непреложный закон. Нарушать его я не собираюсь. Заключив соглашение, мое и ваше командование не имело в виду устраивать такой парад, в котором одна часть войск будет дефилировать после длительного отдыха, а другая — после длительного похода.

Пункт о парадах записан в соглашении, и его нужно выполнять, — настаивал Гудериан.

Этот пункт соглашения мы с Вами должны выполнить так, — в категорической форме предложил я, — в 16 часов части вашего корпуса в походной колонне, со штандартами впереди, покидают город, мои части, также в походной колонне, вступают в город, останавливаются на улицах, где проходят немецкие полки, и своими знаменами приветствуют проходящие части. Оркестры исполняют военные марши.

Гудериан долго и многословно возражал, настаивая на параде с построением войск на площади. Видя, что я непреклонен, он наконец согласился с предложенным мною вариантом, оговорив, однако, что он вместе со мной будет стоять на трибуне и приветствовать проходящие части».

Как видим, ни о каком совместном параде даже речи не идет. Договорились лишь о том, что Кривошеин поприветствует уходящие из Бреста части Вермахта. Встреча с Гудерианом закончилась около 14 часов, а в 16 часов Кривошеин уже стоял на трибуне с Гудерианом. Даже если бы Семен Моисеевич и договорился с Гудерианом о параде, то его невозможно было подготовить за два часа. В городе в это время находился лишь один танковый батальон из 29-ой танковой бригады. Однако ему было не до парада, советские танкисты получили приказ заблокировать железную дорогу, что они и сделали, не допустив вывоза немцами польского имущества из города. Кривошеин пишет об этом так:

«Колонна моих танков уже шла по улице. Остановив головную машину, я узнал, что идет четвертый батальон: Приказал лейтенанту Мальцеву вызвать по радио начальника штаба. Через пять минут он явился. Я приказал ему на выходных стрелках железной дороги поставить танки, а танкистам для вида копаться в моторах, кроме того, немедленно расставить посты, организовать патрулирование, «оркестр» и четвертый батальон приготовить для участия в параде».

Итак, единственный вошедший в город батальон был занят блокированием железнодорожных путей, охраной польских арсеналов в крепости и патрулированием. О каком «параде» тут может идти речь? В беседе с комиссаром бригады Илларионовым Кривошеин раскрывает тему «парада» весьма детально:

«Теперь займемся подготовкой людей к проводам немецких частей из города. Через полчаса Гудериан будет пропускать мимо вон той трибуны свои полки. Разыщи, пожалуйста, нашего капельмейстера, передай ему мое приказание, чтобы шумел не меньше немцев. Видишь, что фашисты выкомаривают.

По площади проходил немецкий оркестр, человек 80. Впереди солдат с начищенными до блеска трубами, выступавшими фридриховским шагом, шествовал невозмутимый капельмейстер с солидной, метровой палкой в правой руке.

Танковой бригаде оркестр по штату не положен. Но взвод регулировщиков у нас был обучен игре на духовых инструментах. Он и представлял собой наш оркестр».

Сохранилась фотография советского оркестра – все восемь музыкантов. Рядом с немцами смотрятся, конечно, бледно.

Сам «парад» в воспоминаниях Кривошеина представлен так:

«В 16.00 я и генерал Гудериан поднялись на невысокую трибуну. Нас окружили офицеры немецкого штаба и без конца фотографировали. Пошли головные машины моторизованных полков. Гудериан приветствовал каждую машину, прикладывая руку к головному убору и улыбаясь. За пехотой пошла моторизованная артиллерия, потом танки. На бреющем полете пронеслись над трибуной десятка два самолетов. Гудериан, показывая на них, пытался перекричать шум моторов:

Немецкие асы! Колоссаль!

Я не удержался и тоже крикнул в ответ:

У нас есть лучше!

О, да! — ответил Гудериан без особой радости.

Потом опять пошла пехота на машинах. Некоторые из них, как мне показалось, я уже видел. Очевидно, Гудериан, используя замкнутый круг близлежащих кварталов, приказал мотополкам демонстрировать свою мощь несколько раз.

Наконец парад окончился. Мы с Гудерианом стали прощаться».

Никаких упоминаний об участии в торжественном марше частей Красной Армии нет ни в советских источниках, ни в германских. Нет ни одного снимка прохождения перед Гудерианом и Кривошеиным советских частей.

Откуда же растут ноги у фейка о совместном параде? Все очень просто: 22 сентября в Бресте находились кинохроникеры немецкой пропагандистской службы Die Deutsche Wochenschau. Операторы сняли торжественный марш германских частей и входящие в город за два часа до «парада» без всякой торжественности танки 4-го батальона 29-ой танковой бригады Кривошеина (на фото выше кинооператор попал в кадр). Далее небольшое волшебство на монтажном столе – и на киноэкране дело представлено так, будто РККА и Вермахт плечом к плечу маршировали в Бресте. Германия осенью 1939 г. всячески пыталась представить дело так, будто у нее с СССР чуть ли не союзнические отношения, дабы оказать этим давление на Великобританию и Францию.

https://youtu.be/fvYdVSMWcMk
[ndlr>>>cette video n’est plus accessible…]

Смотреть с 1:35. То, что это склейка, отлично видно по фону: в первом случае тротуары пусты, во втором – запружены народом, то есть съемка велась в разное время. А откуда взялись советские танкисты рядом с немецкими музыкантами?

Ответ находим в журнале боевых действий XIX моторизованного корпуса, опубликованный Издебски (Izdebski. S. 251]  Izdebski J.  Wojskowy Przegland Historyczny. 1991. № 3/4. S. 246-251):

«11.15 – Прибыл командир находящейся на марше к Бресту русской танковой бригады – комбриг Кривошеин. Он принят командующим корпусом и начальником штаба. Производит впечатление человека хорошо воспитанного, сдержанного и уверенного в себе. Вторично подробно обсуждена принятая днем ранее договоренность относительно передачи города. Во время разговора относительно сценария публичного мероприятия русский генерал выразил пожелание, чтобы его танки не принимали участия в торжественном прохождении, поскольку из-за этого их экипажи не будут иметь возможности увидеть марш немецких частей. Это пожелание вызвало соответствующие изменения во всем ходе церемонии; решено, что прохождения русских танковых частей не будет, но оркестр и экипажи танков займут места рядом с оркестром 20-й моторизованной дивизии напротив генералов, принимающих парад». (источник).

Как видим, заранее было решено, что СОВМЕСТНОГО парада не будет. Советские танкисты присутствовали на торжественном мероприятии в качестве зрителей, а не участников. У кого-то еще есть вопросы?

Осталось спросить дебилов типа dolboeb и escapistus: вы на каком основании продолжаете пропагандировать геббельсовские фейки? Вопрос риторический, можете не отвечать. Позорно обосрались – лучше помалкивайте.

UPD. Каменты, как всегда, доставляют. Упоротые срут кирпичами: раз Кривошеин стял на трибуне – значит парад был совместным. А вы слыхали о совместном российско-натовском параде победы на Красной площади? Как же так? Ведь 9 мая 2010 г. на трибуне стоял целый ряд верховных главнокомандующих стран НАТО. Там и Меркель была, ручкой махала. Победу праздновала. Совместную победу, ога. Если бы не немцы, русские бы стопудово Берлин не взяли.

 

 

 

Nouveaux missiles russes : la Paix en Europe est-elle menacée ? Et par quoi et par qui?

https://img.aws.la-croix.com/2019/04/02/1201012881/LC-OTAN-ETATS-MEMBRES-V2-290319_0_729_405.jpg

 

 

https://www.medias-presse.info/wp-content/uploads/2018/03/Bases-US-contre-Russie.jpg

 

 

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Nouveaux missiles russes :

la Paix en Europe

…est-elle menacée ?

Et par quoi et par qui?

 

 

La Russie a une nouvelle fois refusé de détruire ses nouveaux missiles déployés en Europe, ce que l’OTAN prétend être en violation d’un traité conclu en 1987, comme l’a répété vendredi le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion du conseil Otan-Russie.

« Nous n’avons pas vu une quelconque indication de la volonté de la Russie de se mettre en conformité avec le Traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) en détruisant ces missiles avant le 2 août… » Date à la quelle les États-Unis menacent de se retirer, au terme d’un préavis de six mois.

 

En réponse à cette menace, Vladimir Poutine a ratifié, mercredi 3 juillet, la suspension de la participation russe au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Ce traité, signé en 1987, pendant la guerre froide, interdisait aux deux parties d’utiliser des missiles terrestres d’une portée de 500 à 5 000 km.

 

L’accord bilatéral conclu par Washington et Moscou en 1987 avait permis l’élimination des missiles balistiques et de croisière SS20 russes et Pershing américains déployés en Europe.

En février dernier, Washington a accusé Moscou de violer le traité et a pris la décision – qui deviendra effective le 2 août – de se retirer du traité FNI. La Russie avait déployé des nouveaux missiles Novator 9M729, en affirmant que leur portée n’était que de 480 km alors que l’OTAN et les Etats-Unis l’estiment à 1 500 km.

 

Jens Stoltenberg a reconnu que « les défenses actuelles ne sont pas en mesure d’abattre un missile de croisière tiré depuis la Russie ». Mais il a affirmé que « l’Europe n’a pas l’intention de déployer de nouveaux missiles armés de têtes nucléaires en Europe ».

L’Otan exige donc que la Russie détruise son nouveau système de missiles avant le 2 août, ultimatum fixé par l’OTAN pour renégociation selon ses nouvelles conditions ou liquidation du traité.

« Notre objectif est de sauver le traité. Il reste 4 semaines avant le 2 août », a-t-il insisté. « En 1987, la Russie a détruit des missiles de croisière en quelques semaines. Il suffit d’en avoir la volonté politique », a-t-il rappelé.

 

On se rappellera donc à ce propos que la signature de ce traité a précédé de peu la liquidation de l’URSS, en fin de compte, et donc par voie de conséquences la disparition quasi effective pour une décennie complète de la Russie sur la scène internationale en tant que nation souveraine apte à défendre ses droits.

Ce dont s’est souvenu l’écrivain et ancien diplomate, mais anticommuniste notoire, Fédorovski, à l’occasion du 25ème « anniversaire » de cet effondrement :

« N’oublions pas que ces oligarques ont agi avec la complicité des banques occidentales. Les sorties de capitaux étaient considérables: 120 milliards de dollars par an quittaient le pays chaque année dans un contexte où 50% de la population frôlait le seuil de pauvreté. La fin de l’URSS était un cadeau géopolitique immense pour l’Occident, mais au lieu d’associer la Russie au concert des nations européennes, elle a été marginalisée. Aujourd’hui, nous le payons.

_Nous payons donc des erreurs commises en 1991?

Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev.

Il faut préciser quelque peu la chronologie. J’étais aux réunions diplomatiques sous George Bush (père) et sous son secrétaire d’État James Baker, ils ne voulaient pas du concept de «cordon sanitaire» forgé par Zbigniew Brzeziński et qui n’a été appliqué qu’à partir de la présidence de Bill Clinton dans la deuxième moitié des années 1990. C’est sous l’influence du «Grand échiquier» de Brzeziński que l’on a commencé à parler de l’utilité pour les États-Unis d’une Russie faible et d’une Ukraine forte. Autant vous dire que cela a laissé des traces dans la mémoire contemporaine des Russes. Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev. Il se trouve que j’étais présent aux accords conclus sur ce point avec les Américains. Ils ont été complètement bafoués et les partisans de l’avancement de l’OTAN vont aujourd’hui jusqu’à nier l’existence même de ces accords. Ces accords ont bel et bien existé: le deal diplomatique concernait la réunification de l’Allemagne, que l’URSS acceptait. En échange, les Américains s’engageaient à respecter les intérêts géostratégiques de la Russie.

Tous ces événements sont pour les Russes un grand échec national. »

 

Mais aujourd’hui la Russie semble bien avoir tiré les leçons de cette catastrophe et être à nouveau capable de prendre des mesures pour défendre sa souveraineté et son indépendance :

« Les tentatives de rejeter la faute sur la Russie pour la disparition du traité INF sont injustifiées », a affirmé la représentation de la Russie auprès de l’Otan dans un communiqué.

« Nous avons attiré l’attention sur les risques réels d’aggravation de la situation militaire et politique en Europe », a-t-elle ajouté.

Si les Etats-Unis se retirent du traité, « nous avons confirmé ne pas avoir l’intention de déployer des systèmes de missiles correspondants en Europe et dans d’autres régions, à moins que des missiles américains à portée intermédiaire et à courte portée ne soient déployés », a-t-elle déclaré. « Nous avons demandé aux pays de l’OTAN de faire la même déclaration », a-t-elle précisé.

Le conseil Otan-Russie est l’instance de consultation créée en 2002 entre les deux blocs. Ses réunions se tiennent au niveau des ambassadeurs. Jens Stoltenberg n’a pas annoncé de nouvelle réunion avant le 2 août

 

La Russie a mis en garde lundi contre une crise des missiles comparable à celle de Cuba, en 1962, si les États-Unis s’avisent de déployer en retour en Europe des missiles nucléaires à portée intermédiaire. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a assuré mardi qu’une telle hypothèse n’était pas à l’étude.

L’ambassadrice américaine à l’Otan, Kay Bailey Hutchison, a déclaré de son côté que Washington envisageait seulement pour le moment de déployer des missiles conventionnels. « Toutes les options sont sur la table mais nous ne pensons qu’à des systèmes conventionnels, il est important que nos alliés européens le sachent », a-t-elle dit.

La plupart des pays européens ne sont pas favorables au déploiement de missiles nucléaires américains en Europe, une initiative qui rappellerait la course aux armements des années 1980 entre les États-Unis et l’Union soviétique.

Sources utilisées:

https://www.afp.com/fr/infos/334/moscou-refuse-de-detruire-ses-nouveaux-missiles-deployes-en-europe-affirme-lotan-doc-1id10z5

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/03/la-russie-sort-du-traite-sur-les-forces-nucleaires-intermediaires_5484979_3210.html

https://www.ouest-france.fr/europe/russie/l-otan-demande-la-russie-de-detruire-son-nouveau-missile-nucleaire-6415515

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/16/31002-20161216ARTFIG00255-vladimir-fedorovski-la-chute-de-l-urss-est-encore-un-traumatisme-national-en-russie.php

https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2011-3-page-85.htm

 

Conséquences géostratégiques :

 

Quelle menace réelle

pour la paix en Europe ?

 

La rhétorique de la communication occidentale, et surtout US/OTAN, tente de se justifier en traitant séparément la question des missiles de la question de l’équilibre général des forces en présences, et notamment et surtout, des forces dites « conventionnelles » et réellement susceptible d’intervenir sur le terrain, ce qu’elles font déjà concrètement, d’une manière ou d’une autre, depuis des décennies, et singulièrement, depuis la dissolution de l’URSS.

Ces interventions diverses, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de leurs alliés locaux, se fait principalement, sinon presque exclusivement, sur le territoire des anciennes républiques alliées de l’URSS, à l’époque. Cela s’est caractérisé par des conflits ouverts ( Serbie, Kosovo, Ukraine…), ou des implantations de forces militaires exogènes produisant une situation potentiellement explosive, comme en Pologne et dans les pays baltes, notamment.

Profitant de l’affaiblissement provisoire de la Russie, les USA et l’OTAN ont donc avancé partout leurs pions, sous formes de bases militaires, dans ces pays, et cela au mépris de leurs engagements.

C’est ce que montrent de façon on ne peut plus explicite les cartes représentant la situation de ces bases en Europe.

Mais la situation ne se résume pas non plus à un simple rapport de force Russie/OTAN. En effet, si l’OTAN est une alliance où les USA sont clairement la force principale et dominante, elle n’en est pas moins une alliance regroupant également désormais pratiquement tous les pays de l’UE, y compris les pays de l’Europe de l’Est, anciens alliés de l’URSS et donc de la Russie de l’époque.

C’est donc tout aussi clairement une extension de la domination de l’impérialisme US sur ces pays et l’utilisation, notamment géostratégique, par l’implantation militaire, que les USA font de cette domination peut difficilement être considérée comme un facteur de paix avec la Russie…

Mais ce n’est pas tout, ni même nécessairement, le plus inquiétant pour la paix en Europe. En effet, en dehors du cadre de l’OTAN, les USA disposent de bases militaire implantées en Europe, certaines depuis la deuxième guerre mondiale, et d’autres qui sont venues s’ajouter ensuite, notamment depuis la chute de l’URSS, et qui ne sont pas nécessairement soumises, pour leur utilisation, au consentement des autres membres de l’OTAN.

 

 

https://expresselevatortohell.files.wordpress.com/2013/01/us-military-reach.gif?w=910&h=495

https://www.geostrategia.fr/wp-content/uploads/2018/02/Capture-d%C3%A9cran-2.png

 

 

C’est ce qui permet de comprendre les « menaces » de Trump de retirer les USA de l’OTAN au cas où les autres puissances européennes refuseraient de financer suffisamment cette organisation, à son gré. Ce n’est en rien un gage d’indépendance qu’il s’apprêterait à offrir à l’Europe, mais bien au contraire, une menace d’agir et d’intervenir, y compris et surtout, en Europe de l’Est, sans même avoir à demander le simple avis de ses supposés « alliés » de l’Europe Occidentale.

Autrement dit, c’est la menace d’entreprendre directement et pour son propre compte une confrontation, sur le sol européen, avec la Russie !

Autrement dit, encore, les USA ont bel et bien les moyens de pression et de chantage pour plier, en fait, leurs « alliés » de l’Europe Occidentale à leur domination et à leur volonté de dominer également la Russie par un rapport de force qui n’exclut manifestement pas la confrontation militaire, et tout d’abord, de type « conventionnelle ».

C’est bien pourquoi ils espèrent obliger la Russie à détruire ses missiles, qui forment actuellement un rempart difficilement franchissable, de l’aveu même de l’OTAN, et surtout en considérant, paradoxalement, en apparence, que ces missiles peuvent très bien être utilisés sans têtes nucléaires, en tant qu’armes « conventionnelles », mais qui assureraient la défaite d’une tentative US de nouvelle extension vers L’Est… !

 

En conclusion, il serait donc suicidaire, pour la Russie, de renoncer à cette défense sans contrepartie significative de la part des USA et de ses alliés de l’OTAN, et on ne voit pas bien ce qu’elle pourrait être, sinon le retrait de leurs troupes et de leurs armements stratégiques en deçà d’une portée possible sur la Russie, c’est à dire, en fait, un retrait quasi total de l’Europe.

L’OTAN n’est que l’un des visages multiples de la domination impérialiste US et il ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, qui est la présence des forces armées US sur le territoire européen, où elles n’ont légitimement plus rien à faire, et cela depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, en réalité.

C’est le maintien de leur présence et la politique générale de domination US, notamment à travers le Plan Marshall, qui a entraîné une situation conflictuelle de tension permanente en Europe au cours de la deuxième moité du 20ème siècle, et c’est le maintien et l’accentuation de cette politique qui renouvelle et exacerbe les risques de guerre en Europe depuis le début du 21ème.

Certains partis et mouvements nationalistes et souverainistes appellent régulièrement au retrait de la France de l’OTAN. Certains partis qui se disent « de gauche », voire d’extrême-gauche », et même « marxistes-léninistes » réclament également ce retrait. Or ce retrait a déjà eu lieu, provisoirement, sous De Gaulle, et jusqu’à l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, réintégration entérinée effectivement en 2009.

Le retrait de la France de l’OTAN n’a en rien changé le rapport de force écrasant dont bénéficie l’impérialisme US vis à vis des nations qu’il cherche constamment à dominer, et à écraser carrément, sinon.

C’est donc un mot d’ordre parfaitement ridicule, sinon complice, objectivement, de l’impérialisme, français, d’abord, et US, in fine, vu le résultat.

La seule manière de faire avancer la paix en Europe, ce n’est donc évidemment pas un tel retrait, ni même simplement le démantèlement de l’OTAN, mais bien le retrait pur et simple, et sans conditions, de toutes les forces et dispositifs militaires US de tous les territoires européens.

 

Dans ces conditions, des négociations de paix pour le désarmement nucléaire et le démantèlement de tous les missiles en batteries sur le sol européen auraient enfin pleinement leur sens.

Luniterre

Pour la paix en Europe !

 

Retrait inconditionnel

de toutes les troupes US

du sol européen !

 

Négociations

de désarmement nucléaire

et conventionnel !

 

https://www.nextbigfuture.com/wp-content/uploads/2018/03/5046536ddd989c836f3178c86b89db2c.png

 

 

 

 

Непокорённый! – Indomptable Léningrad!

Непокорённый !

Indomptable

Léningrad !

 

 

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La traduction du clip de Kipélov, réalisé en vue de la commémoration de la levée du siège de Léningrad. Avec des illustrations d’Ivan Bilibine, grand artiste illustrateur de livres de contes pour les enfants, images qui ont malheureusement un rapport relativement direct avec cette époque, car cet artiste fait partie des nombreuses victimes de la barbarie nazie (Ce blocus, le plus long de la guerre avec ses 28 mois (872 jours), a entraîné la mort de 1 800 000 Soviétiques, dont plus d’un million de civils – https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_de_L%C3%A9ningrad ). Ivan Bilibine, dont la carrière artistique avait commencé dès la fin du 19ème siècle, a vécu un temps en France, avant de revenir en URSS, vivre et travailler à Léningrad). C’est donc également une occasion de lui rendre hommage.

Luniterre

 

Ci-dessous, à gauche, l’artiste portraitisé en 1901 par Boris Koustodiev, et à droite, « resitué » en quelque sorte, dans l’univers de ses contes par un autre artiste…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2a/1901._Portrait_of_Ivan_Bilibin_by_B._Kustodiev.jpg/800px-1901._Portrait_of_Ivan_Bilibin_by_B._Kustodiev.jpghttps://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/06/1628a-1-bilibin-1-anna-sokolova-giclee-art-print.jpg

Le Cavalier rouge, illustration pour « Vassilia la Belle »

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Непокорённый !

 

Небо Балтики давит свинцом,
Par un ciel de plomb sur la Baltique,
Город держит за горло блокада,
Le siège prend la ville à la gorge,
Медный всадник и ангел с крестом
Le Cavalier de Bronze, avec l’Ange à la croix,
Батальонам подвозят снаряды.
Apportent les munitions aux bataillons.
Львы из камня срываются с мест,
Les
Lions de pierre bondissent de leur socles,
Чтоб с бойцами подняться в атаку –
Pour se porter à l’attaque avec les combattants,
Непокорных жестокая месть.
Vengeance cruelle des rebelles.
Наступление. Крушение мрака.
Attaque. Déchirement de l’obscurité.

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre!

Пишет Жизнь слабой детской рукой
Par la main faible d’un enfant la vie écrit
Даты смерти на саване снегаю.
Sur le linceul de neige les dates de la mort.
Что тогда бы случилось с тобой?
Qu’en aurait-il alors été de toi  ?
Смог остаться бы ты человеком?
Aurait tu été capable de rester humain  ?
Не сдаваться и в голос не выть,
De ne pas te rendre, de ne pas hurler
Убивая за хлебные крошки?
En tuant pour des miettes de pain  ?
Свет надежды сумел бы хранить
Aurais-tu été capable de conserver la lumière de l’espoir
Под раскаты немецкой бомбежки?
Sous les grondements des bombardements allemands  ?

Непокоренный, прошедший сквозь ад,
Indomptable, ayant traversé l’enfer,
Непокоренный герой Ленинград,
Indomptable héroïque Leningrad,
Непокоренный на все времена
Indomptable pour l’éternité
Непокоренный город Петра!
Indomptable ville de Pierre!

Чернота. Хрупкий ладожский лед,
Noirceur. Glace cassante du Lac Ladoga
Уходящие дети под воду.
Engloutissant les enfants sous l’eau.
Метроном отобьет скорбный счет
Un métronome bat la mesure funeste
Всех погибших в блокадные годы.
De tous ceux qui sont tombés durant ces années de siège.
Нервы города – к сердцу земли,
Les nerfs de la ville, enracinés au cœur de la Terre,
Силы взять и к весне возродиться,
Y puisent des forces pour ressurgir au printemps,
Медный всадник к победе летит,
Le Cavalier de Bronze vole vers la victoire,
Неподвластной забвению птицей.
Oiseau rebelle contre l’oubli.

Кипелов

Ici, une situation qui explique la dernière scène du clip de Kipélov: à la fin du siège, les inscriptions murales avertissant les habitants des zones exposées aux tirs nazis sont effacées, action marquant le retour de la paix, comme un effacement du cauchemar. Quelques unes de ces inscriptions ont été oubliées, lors de cette opération, et sont aujourd’hui préservées comme témoignage historique.

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Ivan Bilibine, Vassilia la Belle

 

Марья_Моревна_2

Ivan Bilibine, Maria Morevna et Kochtcheï l' »immortel »

 

 

 

 

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Le Cavalier de bronze ou Le Cavalier d’airain (« Медный всадник » en russe) est une statue équestre monumentale de Pierre le Grand qui se trouve à Saint-Pétersbourg. C’est une commande de Catherine II de Russie à laquelle le sculpteur français Étienne Maurice Falconet travailla durant douze ans. La statue est érigée sur un monolithe de granite à peine travaillé, l’une des plus grosses pierres jamais déplacées par l’homme. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cavalier_de_bronze_(Falconet)  )

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…Неподвластной забвению птицей…

 

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En juin, ne fais pas tout ce qu’il te plait, que ce soit en Normandie ou ailleurs…

 A propos de « la face cachée des libérateurs », et y compris en réponse au récent article de M. Bibeau, Le jour J – « Le jour le plus long » de l’invasion de l’Europe, sur la mémoire de ces évènements…

 

 

 

Selon M. Bibeau : « Peu importe la ridicule polémique à propos de quel camp impérialiste – Soviétique ou d’Amérique – … », etc…, mais… « la Seconde Guerre mondiale prit fin définitivement avec l’effondrement de l’un des deux camps impérialistes et le commencement d’un nouvel affrontement entre le camp impérialiste atlantique et le capital des pays « émergents » d’un tiers-monde « libéralisé » et mondialisé. »

L’histoire est-elle une succession de « modes » intellectuelles ou bien un sujet important, et même, essentiel, d’analyses dialectiques qui permettent d’avancer ?

Dans sa volonté de confusionniste, M. Bibeau ne sait donc plus lui-même où il en est…

« Impérialisme atlantique » et « capital des pays « émergents »… ce n’est donc pas l’opposition de deux forces équivalente en termes de stade de développement économique, et c’est donc même une contradiction avec sa première affirmation d’un « impérialisme soviétique »…

Mais c’est aussi et surtout une contradiction dans sa propre théorie qui veut un développement élevé des forces productives par le capitalisme, avant de pouvoir considérer une alternative « communiste » possible.

Dans cette logique, il devrait au contraire attribuer un rôle progressiste au développement du capitalisme…

…fût-ce ce qu’il nous présente généralement comme le « capitalisme soviétique » !(*)

Tout étant relatif, au sens dialectique du terme, le développement du capitalisme à effectivement un aspect progressiste, par rapport aux modes de productions antérieurs.

Reste à déterminer jusqu’à quel point, selon les situations… Un exercice de dialectique qu dépasse largement le contenu d’un post, et, semble-t-il, les « dispositions » intellectuelles de M. Bibeau, quelles qu’en soient les causes.

Quoi qu’il en soit, le mythe du passage direct du capitalisme au communisme est le meilleur moyen de garantir la pérennité de ce système capitaliste en dénigrant le rôle révolutionnaire progressiste d’une phase de transition socialiste.

Les crimes de guerre commis par les uns ou les autres sont effectivement également entièrement et radicalement condamnables. Il n’y a pas de raisons, pour autant, qu’ils échappent à l’analyse dialectique.

Il est donc de bon ton, depuis peu, de déterrer publiquement les exactions US….

« Égaliser » au nom de son prétendu « anti-impérialisme », toutes les causes et les conséquences de ces exactions, c’est donc un bon moyen, pour M. Bibeau et ses semblables, de nier toutes les stratégies de luttes anti-fascistes et anti-impérialistes mises en œuvre sur le terrain, avec, c’est un fait, des compromis tactiques de diverses sortes, mais là non plus, pas tous équivalents et susceptibles d’analyses critiques dialectiques, ce qui le dépasse, évidemment, on le constate, et quelles qu’en soient les raisons et ses motivations réelles…

Comme exemple, le film « la face cachée des libérateurs » montre la progression du degré de violence des exactions US selon les territoires occupés, Grande-Bretagne, France, Allemagne…

Il y a donc là un effort de recherche et d’analyse dialectique qui vaut d’être souligné, et même si ce n’est pas d’une dialectique marxiste, c’est donc d’un apport positif considérable du point de vue de la recherche historique réelle et non galvaudée.

Dans le même ordre d’idée, il serait également utile de faire la même démarche concernant l’avancée des troupes soviétiques, de façon à cerner la réalité du problème dans ses véritables proportions et sans préjugés « idéologiques ». L’idéologie ML n’a son utilité que sur la base d’une analyse du réel, et dans le but d’en mettre en œuvre les leçons.

Et ce type de démarche reste également à faire concernant non seulement les exactions nazies, selon les pays occupés, mais aussi concernant la nature même des principes d’occupations mis en œuvre, très différents, notamment entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est, par les nazis.

Pour un timide « aperçu »… >>>

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hungerplan

https://fr.wikipedia.org/wiki/Generalplan_Ost#Des_expulsions_et_une_extermination_massives

Ceci-dit, en rappelant encore que cela explique en grande partie la violence de la résistance, puis de la répression soviétique, sans pour autant justifier les excès, dans aucun des cas.

Cela différencie aussi la cause des exactions, mais sans en justifier pour autant aucune, évidemment.

Luniterre

(* https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/05/17/marxisme-leninisme-marx-lenine-ml-en-deux-mots-cest-quoi-partie-1/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/05/17/marx-200-ans-quelle-signification-de-son-detour-russe/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss

-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/ )

 

PS : en outre, la violence US en Normandie est d’autant plus absurde et « inexcusable » à tous points de vues que toute l’Opération Overlord elle-même était tout à fait inutile d’un point de vue strictement stratégique, sauf considérée d’un point de vue purement politique et idéologique, anticommuniste et anti-soviétique.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/06/06/6-juin-1944-acte-i-de-la-societe-du-spectacle-une-boucherie-strategiquement-utile/

 

 

 

 

 

SUR AGORAVOX, UNE RÉPONSE DE M. BIBEAU…

 

Robert Bibeau 16 juin 15:45

@Luniterre

Comme pratique du confusionnisme (votre nouvelle marotte idéaliste) on ne saurait trouver mieux que votre post… vous tirez dans toutes les directions multipliant les accusations personnelles-personnalisées — ce qui est anti-matérialiste pour à la fin proposez qu’au lieu de tirer les apprentissages qui s’imposent face à ces deux guerres abominables — chacun devrait analyser dans le détail le nombre de bombes — de rockets — de tués — de blessés — d’exterminés — par pays — nationalité afin de découvrir quoi au juste ??? Pour quelle utilité face à la 3e guerre mondiale en préparation MAINTENANT ET ICI ???

cE FUT ET C’EST TOUJOURS LE PROBLÈME DES INTELLECTUELS GAUCHISANTS QUE DE DÉBLATÉRER SUR LE PASSÉ AFIN DE MASQUER LEUR LACHETÉ DANS LE PRÉSENT — MAINTENANT 

Vous écrivez ceci : « Quoi qu’il en soit, le mythe du passage direct du capitalisme au communisme est le meilleur moyen de garantir la pérennité de ce système capitaliste en dénigrant le rôle révolutionnaire progressiste d’une phase de transition socialiste.«   En effet, mes recherches m’ont amené à découvrir et comprendre que ce que la go-gauche appelle LA PHASE DE TRANSITION SOCIALISTE — ne fut que mystification bolchevique puis communiste et socialiste dans près de 40 pays dans le monde qui se sont dit »socialistes«  = j’ignore s’ils furent authentiquement »socialiste« ou non MAIS je constate tristement que tous ces pays sans aucune exception en ce 16 juin 2019 sont des pays intégrés au mode de production capitaliste à son stade impérialiste décadent 

Pour l’avenir de ma classe sociale prolétarienne c’est la seule et unique chose qui me préoccupe = il semble à l’évidence que la phase de transition »socialiste » mène invariablement quelque soient les méandres au capitalisme et jamais au communisme tant souhaité.

Nous devons donc en tirer les leçons et chercher une autre voie vers le communisme prolétarien 

Merci pour votre post monsieur

Robert Bibeau 


 

UNE RÉPONSE TML

Luniterre        16 juin 17:42

@Robert Bibeau

Le propre du confusionnisme c’est aussi et d’abord de déformer les écrits des autres pour en contourner le fond :

« chacun devrait analyser dans le détail le nombre de bombes — de rockets — de tués — de blessés — d’exterminés — par pays — nationalité afin de découvrir quoi au juste ??? Pour quelle utilité face à la 3e guerre mondiale en préparation MAINTENANT ET ICI ??? »

Ce n’est aucunement ce que j’ai écrit… A moins d’un réel problème de lecture de votre part…

S’il y a une leçon à tirer, c’est bien la capacité de résistance de l’URSS, à partir d’un système économique différent, même si cela n’exclut, pas, bien au contraire, une analyse critique dialectique, que vous refusez en tentant d’« égaliser » tout au rabot de votre gauchisme primaire et même simpliste.

De plus, cette capacité de résistance s’est exprimée face à un adversaire qui ne menait pas la même politique d’occupation, à l’Est et à l’Ouest, et cela n’est pas essentiellement une question de type d’armement ni de quantité de munitions et de bombes utilisées…

Des « subtilités d’analyses inutiles » me direz vous…>>>échappatoire bien commode, tout simplement… (…à propos de « lâcheté » !).

Sinon, personnellement, j’assume pleinement mes écrits, en essayant de les rendre aussi clairs que possible, et je ne tente pas de me cacher derrière une sorte de « neutralité d’auteur », qui n’existe nullement, et singulièrement dans le contexte actuel.

Luniterre

 

********************

 

REÇUE PAR E-MAIL, CETTE AUTRE CONTRIBUTION AU DÉBAT,

…ET UNE RÉPONSE TML A LA SUITE.

 

Bonsoir Camarade,

Je prend connaissance de votre article en réponse à Mr Bibeau ( que je qualifie toujours d’idiot utile ) sur La face cachée des libérateurs et notamment sur ce petit paragraphe « Les crimes de guerre commis par les uns ou les autres sont effectivement également entièrement et radicalement condamnables. Il n’y a pas de raisons, pour autant, qu’ils échappent à l’analyse dialectique »

Cher Camarade, comment osez-vous faire un amalgame de la très très très très juste colère et indignation des soldats de l’Armée rouge, des partisans soviétiques, des militants bolchéviques intègres qui étaient en tête des bataillons pour bouter le nazi hors de l’URSS  avec les réels et atroces crimes de guerre commis par les troupes du 3ème Reich, des américains, des anglais, and co, lors de la guerre impérialiste de 1940/1945 .

Vous « discutez » de la réalité, ou non, de la mise en œuvre d’une économie socialiste en URSS pour aller vers une économie communiste, dès 1917, MAIS vous oubliez tout simplement que l’URSS, jusqu’à la mort en 1953 de son grand dirigeant intègre, courageux Joseph Staline, fut sans cesse, une forteresse assiégée !

Je vous rappelle qu’à la mort de Lénine la Russie soviétique était encore un pays déchiré, affamé, arriéré, quasi moyenâgeux. Son dirigeant intègre Joseph Staline en fit la deuxième puissance mondiale qui se lança a l’assaut du cosmos, le pays où on lisait le plus de livres dans le monde et où, plutôt que de faire un tiercé, on jouait aux échecs. Dans des conditions– qu’il faut toujours avoir a l’esprit car « il faut juger alors avec les yeux d’alors » aurait dit Aragon – d’une violence et d’une dureté extrêmes, des circonstances historiques terribles et implacables, il fut l’homme, a qui nous devons notre liberté et notre vie et qui concrétisa le rêve de Spartacus : « je reviendrai et je serai des millions ».

Les nazis décimèrent, sans aucun état d’âme, les populations entières des villes et villages de l’URSS. Une majorité des populations de confession juive qui vivaient sur le sol russe depuis plus de cinq cents ans furent complètement éradiquées par les fascistes nazis.

Et vous avez le culot d’oser prétendre que les troupes soviétiques, le gouvernement soviétique auraient du faire preuve de mansuétude ??????????

Je vous rappelle quelques faits :

* Après l’invasion de l’U.R.S.S. par les nazis, le père Coughlin, chef du «Front chrétien » pro-nazi, déclarait le 7 juillet 1941 dans son journal Social Justice : La guerre de l’Allemagne contre la Russies est une bataille pour la chrétienté… Nous nous souvenons que le communisme athée a été conçu et est né surtout en Russie, par l’intermédiaire de juifs impies !!!!

Quel peuple, aurait pu à la fois résister aux tueries de la guerre civile après les tueries de la guerre de 14/18 et conserver un idéal dans son avenir ? Les peuples de Russie, désormais Union Soviétique, ne baissèrent pas les bras et continuèrent dans la voie du socialisme.


Un véritable enthousiasme de masse soulève les montagnes et finalement, c’est l’Union Soviétique, son Armée Rouge, son peuple ( femmes, hommes, enfants ) galvanisés par la pugnacité et la fidélité au Communisme et à l’être humain de son gouvernement conduit par Joseph Staline qui va écraser le 3ème Reich et sauver la civilisation au prix d’une saignée humaine de la population soviétique dont l’ampleur nous est inconcevable : 28 millions de morts…..et la quasi-totalité du territoire soviétique détruite. Ainsi sur les 196 divisions que comptait la Wehrmacht, 176 combattirent contre les Soviétiques sur le front de l’Est ( tout les peuples de l’Union Soviétique étaient entrés en Résistance contre l’occupant nazi, aux côtés des soldats de l’Armée Rouge, en mettant en œuvre la politique de la terre brûlée, avec les unités de partisans qui harcelaient sans répit les divisions allemandes, tous unis contre l’envahisseur barbare )

Je me répète : vous osez prétendre que l’Armée Rouge, le gouvernement soviétique auraient du faire preuve de mansuétude !!!!!!!!!!

Le gouvernement soviétique conduit par le grand Joseph Staline, savait très bien qu’Hitler, mis au pouvoir grâce aux concours des banquiers Allemands, Américains, Français, Anglais, Italiens. avait clairement exprimé ses visées par rapport à l’URSS, centre pour lui, du « judéo-bolchévisme ». Les soviétiques avaient depuis longtemps compris le message à savoir que le monde capitaliste allait aider Hitler à détruire l’URSS. En effet les puissances occidentales passaient accords secrets sur accords secrets sur le dos de l’URSS.
Sur la base de ces informations l’industrie lourde fut donc mise au service de la production d’armement. Les peuples de l’URSS rentraient dans une nouvelle période de difficultés, (ils sortaient à peine de la guerre de 14/18 et de la coalition des puissances capitalistes qui voulaient détruire le pouvoir des soviets de 1918 à 1924) dans la phase de préparation d’une nouvelle guerre défensive dont l’enjeu était tout autant la destruction de l’URSS qu’un nouveau partage du monde.

Et oui cette guerre impérialiste était commandée par une logique économique et géo-stratégique tellement forte qu’elle explique celles d’aujourd’hui qui sont en cours

Et vous osez laisser sous entendre que les soldats de l’Armée Rouge, le gouvernement soviétique, face à la barbarie des hordes du 3ème Reich, auraient commis des crimes de guerre !!!!!!!!!!!!

Et puique j’y suis je vous remémore qu’à la mort de Staline le peuple soviétique communie dans une immense douleur car tous savent ce qu’ils doivent a Staline, aucun n’a oublié le contenu de son discours du 3 juillet 1941 alors que les nazis sont à 30 kilomètres de Moscou et que les soi-disant pays démocratiques souhaitent voir l’URSS anéantie par la Wehrmatch « Soeurs, frères, camarades… Toutes les forces du peuple pour écraser l’ennemi !…… En avant vers notre victoire ! » ces mots qui allaient galvaniser et tremper la volonté de résistance du peuple. Ils savent, que s’ ils savent lire, a qui ils le doivent, ils savent que si leurs enfants sont ouvriers, ingénieurs, médecins, professeurs, a qui ils le doivent. Eux qui ont tant souffert savent qu’il a souffert et eu faim tout comme eux.

Après la mort de Staline en 1953 les renégats incrustés au sein du Parti Communiste de l’Union Soviétique ont tout mis en œuvre pour rétablir le capitalisme. Les adversaires de la dictature du prolétariat n’ont cessé d’affirmer que Staline incarnait, non pas la dictature des travailleurs, mais sa propre dictature autocratique. Le mot Goulag devint synonyme de «dictature stalinienne». Or, ceux qui étaient dans le Goulag du temps de Staline font maintenant partie de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Les exploiteurs, les traîtres, les soi-disant démocrates, les trotskistes ont crié victoire et encensé le premier des contre-révolutionnaires, Khrouchtchev et ensuite ceux qui l’ont suivi, les Brejnev, Gorbatchev et consorts. D’un pays en plein essor à la mort de Staline, malgré les ravages de la guerre due à l’intervention étrangère de 1917 à 1923 et de 1940 à 1945, les renégats ont réintroduit un capitalisme sauvage qui ne génère que chômage, misère, reculs de civilisation et où règnent en maîtres l’incompétence, la corruption, la prévarication, la prostitution et une mafia omnipotente.

Je suppose qu’en utilisant cet infâme amalgame vous pensez vous concilier les faveurs des crapules anti communistes et anti soviétiques.

 

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NOTRE RÉPONSE

 

Sur quelques points « cités ici en italiques »

 

 

« Et vous avez le culot d’oser prétendre que les troupes soviétiques, le gouvernement soviétique auraient du faire preuve de mansuétude ?????????? »

>>>Où avez vous lu une telle assertion?

« Je me répète : vous osez prétendre que l’Armée Rouge, le gouvernement soviétique auraient du faire preuve de mansuétude !!!!!!!!!! »

>>>même question…!

« Et vous osez laisser sous entendre que les soldats de l’Armée Rouge, le gouvernement soviétique, face à la barbarie des hordes du 3ème Reich, auraient commis des crimes de guerre !!!!!!!!!!!! »

>>>Je ne prétends rien du tout de tel, ni son contraire, du reste, n’ayant pas participé à ces évènements, vu mon « jeune âge » >>> bientôt 70 ans…

>>>vous semblez ne pas avoir regardé le film joint: il parle des viols perpétrés par les soldats US au cours de leurs périples, avec une intensité croissante en Allemagne.

>>>il ne fait qu’évoquer, vers la fin, les exactions similaires éventuellement commises par les soldats de l’Armée Rouge, notamment à Berlin. >>> c’est un sujet d’histoire qui n’a pas de raison d’être occulté, s’il recouvre, malheureusement, une réalité, et même dans le cas contraire, vu qu’il s’agirait donc de démonter ces accusations.

>>>c’est un sujet sur lequel je n’ai pas encore étudié, et donc sur lequel je ne me prononce pas >>>je propose simplement l’idée que c’est à éclaircir sans « tabou », dans un cas comme dans l’autre, car l’histoire a besoin de vérité, quelle qu’elle soit.

>>>en Occident, la réalité de ces viols est évidemment généralement considérée comme incontestable, et c’est plutôt sur l’ampleur du phénomène qu’il y a discussion.

>>>en Russie, certains médias, orientés « ouest » ont traduit et republié des passages du livre de l’historien britannique Beevor, qui en en a fait un thème important dans son livre sur la chute de Berlin.

>>>cela fait donc évidemment polémique et on trouve donc également désormais des tentatives d’historiens russes pour éclaircir le sujet. Mes capacités dans la langue russe sont encore insuffisantes pour retraduire des textes aussi longs en français.

>>>si vous avez de la documentation historique sérieuse sur le sujet, merci de nous la communiquer, pour publication, qui serait donc en démenti, si je considère que vous semblez penser que cela est une affabulation occidentale de plus!

« Je suppose qu’en utilisant cet infâme amalgame vous pensez vous concilier les faveurs des crapules anti communistes et anti soviétiques. »

>>>si vous suivez régulièrement TML, vous constaterez que je ne suis pas vraiment du genre « conciliant » avec qui que ce soit, et c’est même généralement plutôt le contraire qui m’est imputé…!

>>>en tant que matérialiste dialectique je ne m’intéresse, tant en histoire que dans les autres domaines, qu’à la réalité des faits, et à l’analyse que l’on peut en faire.

Bien à vous,

Fraternellement,

Luniterre

 

UNE PRÉCISION UTILE

D’une manière générale, les récents débats sont une occasion utile de préciser ce qu’est la méthode d’analyse dialectique et ce qu’elle implique comme approche historique, notamment sur toutes les questions concernant l’URSS, et singulièrement, concernant la période dite « stalinienne ». Une autre occasion s’est trouvée à propos d’un article(*) critiquant la politique de l’UE en la qualifiant de « répression stalinienne »…

« … à propos de « répression stalinienne », c’est effectivement donner dans le consensus anticommuniste et antisoviétique, et donc, d’une manière ou d’une autre, légitimer le capitalisme. Non pas qu’il faille opposer un panégyrique fétichiste de Staline, comme le font encore certains, au panégyrique fétichiste du capitalisme, même « anti-libéral », mais simplement une analyse matérialiste dialectique de l’histoire du socialisme en URSS, dont on puisse tirer des leçons utiles aujourd’hui, face aux problématiques insolubles que révèle l’analyse matérialiste dialectique de la présente crise du capital.»

Luniterre

 

(*  http://mai68.org/spip2/spip.php?article3862#forum3457  )

Kronstadt, 1921 : quelle approche historique?

https://i1.wp.com/omnomad.com/wp-content/uploads/2017/08/%D0%9A%D1%80%D0%BE%D0%BD%D1%88%D1%82%D0%B0%D0%B4%D1%82-%D0%BD%D0%B0-%D0%BA%D0%B0%D1%80%D1%82%D0%B5.jpg

 

Kronstadt, 1921 :

Quelle

approche historique?

 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ef/Map_of_St._Petersburg_%28Einseitige_Farbkarte%29.jpeg?uselang=ru

 

 

Par Laura Fonteyn (15 septembre 2006)

[Commenté et annoté par Luniterre (Mai 2019) ]

 

Selon Lénine, ce fut l’ « éclair qui a illuminé la réalité plus vivement que tout » (1). La rébellion de Cronstadt contre le gouvernement soviétique dirigé par les bolcheviks dura seulement un peu plus de deux semaines, mais elle recèle dans ses enjeux les questions essentielles que se posait le pouvoir bolchevik dans les premières années de la révolution. Cronstadt demeure par là même un sujet de discussion toujours brûlant entre trotskystes et anarchistes. Quelle appréciation, quelles conclusions tirer de cet événement aujourd’hui ? 

 

[NDTML >>>selon nous, aujourd’hui, en 2019, l’intérêt de republier cet article réside dans les nombreuses sources qu’il cite et qui dépassent largement le cadre des polémiques habituelles sur le sujet, pour tenter de fournir une véritable base de réflexion, à reconsidérer, donc, à la lumière du matérialisme historique et donc des fondamentaux du ML, qui ont ici une nouvelle occasion de montrer leur pertinence. Et leur actualité, de plus, malgré l’ancienneté du sujet, dans la mesure où les leçons de l’histoire de l’URSS restent encore à tirer, pour l’essentiel, et notamment, pour se dégager des poncifs idéologiques réactionnaires, mais aussi révisionnistes et trotskystes, malgré la qualité exceptionnelle de cet article, dans le genre!   ]

 

L’occasion de cet article nous est donnée par la publication de l’ouvrage récent de Jean-Jacques Marie, intitulé sobrement Cronstadt. (2) Ce livre est dense (482 pages), le plus souvent descriptif et précis, très fouillé. Il règle évidemment quelques comptes — avec les historiens bourgeois, avec les commentateurs anarchistes, voire avec la LCR (l’historien Jean-Jacques Marie est par ailleurs notoirement lambertiste, militant du Parti des travailleurs et de son courant CCI). Il laisse plus généralement pressentir les options politiques de l’auteur et son soutien à la répression de l’insurrection, même si, en historien écrivant pour l’éditeur Fayard, il tient ici à préserver une sorte de neutralité, bienveillante à l’égard des bolcheviks. Pour mener sa recherche, il a bénéficié de l’ouverture des archives russes, qui fit suite à la réhabilitation officielle, par Boris Eltsine, des marins insurgés de Cronstadt en 1994.

On croisera les descriptions et explications de Jean-Jacques Marie avec celles d’autres travaux consacrés au même thème, en particulier les livres d’historiens de sympathie anarchiste, l’un américain — Paul Avrich (3)  — l’autre français — Henri Arvon (4)  —, mais aussi certains documents (5) , dont les écrits de Trotsky.

De la révolution au communisme de guerre

Cronstadt se trouve sur une île minuscule du Golfe de Finlande, l’île de Kotline, à 30 kilomètres à l’ouest de Petrograd. C’est une forteresse, une ville-citadelle, dont la population est composée pour un tiers de travailleurs industriels (Cronstadt dispose notamment de chantiers de construction navale), pour un quart de paysans, pour un cinquième de marins et pour un autre cinquième d’artisans, employés, enseignants, fonctionnaires, dans ces premières années du XXe siècle. Les conditions de vie et de travail des matelots sont particulièrement rudes, à tel point qu’en 1905, ils avaient porté au tsar une pétition où ils disent refuser désormais d’être traités comme des serfs et des chiens. Cette dureté, mais aussi la qualification d’un bon nombre de matelots, expliquent sans doute que Cronstadt soit au faîte du combat révolutionnaire, tant en 1905 et 1906 (date à laquelle une révolte est écrasée dans le sang) qu’en 1917 : pendant la révolution de Février, le commandant de la forteresse et cinquante officiers sont exécutés ; un soviet de Cronstadt se constitue très vite, qui défie le gouvernement provisoire en niant sa représentativité. Le 3 juillet 1917, le mot d’ordre « Tout le pouvoir au soviet ! » y est avancé, sous l’influence des militants anarchistes, tandis que les bolcheviks présents sur place y sont alors réticents, parce qu’ils le considèrent comme prématuré à ce moment-là. Le lendemain, 10 000 marins débarquent à Petrograd pour manifester. En août, les matelots luttent énergiquement contre le putsch de Kornilov et sont aux premières lignes en Octobre.

Après la révolution d’Octobre, la guerre civile fait naître une terrible situation. De janvier 1919 à janvier 1920, un blocus total décidé par les puissances étrangères frappe la Russie tout entière, déjà profondément affaiblie et fragilisée dans son équilibre alimentaire et sanitaire. Par sa politique dite du « communisme de guerre », le gouvernement soviétique, dirigé par les bolcheviks, exige de mettre en place un rationnement très rigoureux, assorti de réquisitions des cultures agricoles. Lénine le soulignera plus tard : « L’essence du communisme de guerre était que nous prenions au paysan tout son surplus, et parfois non seulement son surplus, mais une partie des grains dont il avait besoin pour se nourrir. » Pour l’appliquer, des détachements de réquisition et de barrage sont instaurés, qui se révèlent souvent impitoyables et commettent de graves abus. Dès lors, l’automne et l’hiver 1920 sont marqués par de grandes révoltes paysannes : celles que conduit Nestor Makhno en Ukraine, celles qui ébranlent les campagnes de Tambov et de Tioumen. Les paysans protestent, dans la violence, contre les réquisitions et leurs excès. Selon Jean-Jacques Marie, les méthodes employées par les insurgés sont des plus barbares : non seulement les communistes sont fusillés en masse, mais encore les assassine-t-on parfois avec une extrême cruauté : déshabillés, on les laisse mourir gelés dans la neige ; on leur arrache les yeux ; on les éventre…

Les marins de Cronstadt : des matelots-paysans

Or, les marins de Cronstadt savent ce qui se passe dans les campagnes, et sont pour beaucoup directement concernés. Les trois quarts des 17 000 matelots sont ukrainiens ; l’Ukraine est alors fortement anti-bolchevik, comme le prouve la révolte de novembre-décembre 1920. L’antisémitisme n’est pas absent chez certains marins, il alimente leur virulence à l’égard de leurs bêtes noires, Trotsky et Zinoviev ; l’anarchiste Paul Avrich en convient : « Encore que, du même souffle, les rebelles se défendissent d’éprouver le moindre préjugé antisémite [mais ce point n’est pas démontré, NDR], il est indiscutable que l’hostilité aux Juifs était forte parmi les matelots de la flotte de la Baltique, dont nombre étaient originaires d’Ukraine et des régions frontalières, berceau traditionnel de l’antisémitisme le plus virulent en Russie. […] Traditionnellement, ils se méfiaient de tous les éléments “étrangers” qui pouvaient se mêler à eux et, la révolution ayant éliminé les propriétaires et les capitalistes, ils reportaient maintenant leur hostilité chauvine contre les communistes et les Juifs qu’ils avaient d’ailleurs tendance à assimiler. » (6)

La plupart de ces marins sont d’origine paysanne, fraîchement recrutés, même s’il convient de faire parmi eux des distinctions : les plus qualifiés, ceux qui travaillent sur les deux cuirassés, le Petropavlovsk et le Sébastopol, sont marins de longue date ; mais d’aucuns sont aussi d’anciens soldats blancs, comme le dernier contingent arrivé à Cronstadt, directement issu de l’armée blanche de Denikine. La garnison est composée d’hommes jeunes qui n’ont en général même jamais combattu, et qui sont, foncièrement, encore des paysans ; en témoignent en particulier, quant à leur mentalité, les cérémonies religieuses organisées pendant l’insurrection, évidemment étrangères au mouvement ouvrier révolutionnaire. Le plus grand nombre, donc, n’a plus rien à voir avec les marins qui, en 1917, avait porté haut le drapeau de la révolution. La plupart de ceux-ci, véritable fer de lance de l’Armée rouge, ont en effet péri dans les combats de la guerre civile, ou se trouvent désormais ailleurs : ils ont été envoyés sur tous les fronts de la guerre. Il est donc faux de laisser croire, comme le fait Paul Avrich, que les matelots de Cronstadt « se soulèvent contre le gouvernement bolchevique qu’ils ont eux-mêmes contribué à porter au pouvoir » (7) : ce ne sont plus les mêmes ! Ainsi, lors de leurs permissions, les matelots paysans de Cronstadt prennent conscience de la situation de leurs familles restées à la terre et qui, pour certaines d’entre elles, ont participé aux récentes insurrections paysannes.

Les révoltes paysannes viennent encore aggraver la famine qui ravage le pays, en réduisant les livraisons de blé. La situation est critique, la population meurt de faim ; Petrograd par exemple, perd le tiers de ses habitants. À Petrograd précisément, les grèves ouvrières se multiplient, face auxquelles le soviet de la ville riposte par la fermeture, provisoire, de certaines usines, dont l’usine Poutilov où avait germé la révolution de Février. Le soviet interdit aussi certains rassemblements ouvriers et des assemblées générales dans les usines. Mais le mouvement de grève s’étend, principalement à Petrograd et Moscou. L’état de guerre est décrété, le couvre-feu instauré ; aucun rassemblement ne peut se tenir sans autorisation militaire. Les rumeurs de toutes sortes prennent une acuité particulière au milieu d’un tel désarroi. On évoque une fusillade : les bolcheviks auraient fait tirer sur les ouvriers, le 24 février 1921 ; selon Jean-Jacques Marie — lequel s’appuie sur les « rapports secrets » qui « disent qu’il n’y a pas de victime » —, il s’agit d’un affrontement entre grévistes et élèves officiers, qui tirent en l’air. Les rumeurs se font insistante sur les privilèges dont bénéficieraient notamment les cadres du parti bolchevik : de fait, une ration spéciale existe pour plusieurs milliers de membres du gouvernement, hauts fonctionnaires et dirigeants syndicaux, ainsi que pour quelques centaines de savants. Dès lors, Lénine fait désigner une commission d’enquête sur les inégalités. Quant aux tchekistes (membres de la Tcheka, la police politique de l’État soviétique) qui se livrent à des pillages, certains sont fusillés sur ordre de Dzerjinski.

Mais il est certain que le parti bolchevik, cible de nombreuses critiques dans la population souffrant de la faim, dans la paysannerie révoltée et parmi ceux qui deviendront les insurgés de Cronstadt, a vu arriver dans ses rangs des ralliés de la treizième heure, parfois anciens opposants. Trotsky écrit ainsi dans La Révolution trahie : « Les représentants les plus remarquables de la classe ouvrière avaient péri dans la guerre civile, ou, s’élevant de quelques degrés, s’étaient détachés des masses. Ainsi survint, après une tension prodigieuse des forces, des espérances et des illusions, une longue période de fatigue, de dépression et de désillusion. Le reflux de la “fierté plébéienne” eut pour suite un afflux d’arrivisme et de pusillanimité. Ces marées portèrent au pouvoir une nouvelle couche de dirigeants. » De là naquit la corruption : Lénine fustige ceux qu’ils qualifient de « sovbourg », les « bourgeois soviétiques ».

 

 

https://www.restate.ru/attachment/8f26b1ae7ce3456167d06d5c273f08f3d8b1fb11/proportional/x500/%D0%BA%D1%80%D0%BE%D0%BD%D1%88%D1%82%D0%B0%D0%B4%D1%82.jpg

 

La résolution du 1er mars : les revendications de l’insurrection

Dans ce contexte, les marins de Cronstadt décident de s’informer de ce qui se passe à Petrograd et y envoient une délégation. Mais l’insurrection débute vraiment le 1er mars : ce jour-là, une assemblée de plusieurs milliers de marins se tient sur la place de l’Ancre. La résolution qui y est adoptée a été rédigée la veille par les équipages des deux cuirassés. Elle comporte treize points, qu’il faut bien citer pour comprendre les enjeux de la rébellion ; s’adressant en gouvernement, les marins déclarent :

« Étant donné que les soviets actuels n’expriment pas la volonté des ouvriers et des paysans, il faut :

1) procéder immédiatement à la réélection des soviets au moyen du vote secret. La campagne électorale parmi les ouvriers et les paysans devra se dérouler avec la pleine liberté de parole et d’action ;

2) établir la liberté de parole pour tous les ouvriers et les paysans, les anarchistes et les socialistes de gauche ;

[>>>terme imprécis, qui désignerait, selon l’auteure, L. Fonteyn, les SR de Gauche >>>voir plus loin >>>quoi qu’il en soit, cela ne fait donc aucune différence, les « SR de Gauche » étant également passés à la contre-révolution à partir de leur insurrection manquée de Juillet 1918 ! >>>étrange aberration de lecture…]

 

3) accorder la liberté de réunion aux syndicats et aux organisations paysannes ;

4) convoquer en dehors des partis politiques une conférence des ouvriers, soldats rouges et marins de Petrograd, de Cronstadt et de la province de Petrograd pour le 10 mars au plus tard ;

5) libérer tous les prisonniers politiques socialistes

[>>>à l’époque, terme générique qui désigne également les SR et mencheviks passés à la contre-révolution bourgeoise, sinon blanche, de fait]

ainsi que tous les ouvriers, paysans, soldats rouges et marins, emprisonnés à la suite des mouvements ouvriers et paysans ;

6) élire une commission chargée d’examiner le cas des détenus des prisons et des camps de concentration ;

7) abolir les « sections politiques », car aucun parti politique ne doit bénéficier de privilèges pour la propagande de ses idées, ni recevoir de l’État des moyens financiers dans ce but. Il faut les remplacer par des commissions d’éducation élues dans chaque localité et financées par le gouvernement ;

8) abolir immédiatement tous les barrages [c’est-à-dire les réquisitions, NDR] ;

9) uniformiser les rations pour tous les travailleurs, excepté pour ceux qui exercent des professions dangereuses pour la santé ;

10) abolir les détachements communistes de choc dans toutes les usines de l’armée et la garde communiste dans les fabriques et les usines. En cas de besoin, ces corps de garde pourront être désignés dans l’armée par les compagnies et dans les usines et les fabriques par les ouvriers eux-mêmes.

11) donner aux paysans la pleine liberté d’action pour leurs terres ainsi que le droit de posséder du bétail à condition qu’ils s’acquittent de leur tâche eux-mêmes, sans recourir au travail salarié ;

12) désigner une commission ambulante de contrôle ;

13) autoriser le libre exercice de l’artisanat sans emploi salarié. »

Et la résolution se conclut par les deux points suivants :

« 14) Nous demandons à toutes les unités de l’armée et aussi aux camarades « élèves officiers » de se joindre à notre résolution ;

15) Nous exigeons que toutes nos résolutions soient largement publiées dans la presse. »

Ce texte est voté, il faut le souligner, par l’écrasante majorité des militants bolcheviks présents, à l’exception de quelques-uns, dont les dirigeants Kalinine et Kousmine, qui traitent les marins de vauriens et les menacent de châtiments.

[>>>une lourde erreur tactique, manifestement, pour le moins…]

Le lendemain, 2 mars, une nouvelle assemblée doit désigner le nouveau soviet de Cronstadt. Mais un rebondissement survient, qui contrecarre ce programme ; une rumeur (sciemment provoquée ?) se propage : Cronstadt serait encerclée par des détachements de l’Armée rouge. Trois dirigeants communistes sont alors arrêtés. Au lieu du soviet, c’est un comité révolutionnaire provisoire qui est mis en place. Les informations divergent au sujet des modalités de sa désignation : Henri Arvon indique qu’il est élu à main levée ; Jean-Jacques Marie affirme au contraire qu’il est désigné par un présidium de cinq personnes (les témoignages divergent) ; d’après Paul Avrich, il s’est bien constitué « à partir du praesidium de cinq membres », mais un organisme plus important, Comité révolutionnaire élargi de 15 membres, a été élu le 4 mars par 200 délégués des usines et des unités militaires de Cronstadt (8). Quoi qu’il en soit, c’est là une provocation à l’égard du gouvernement en place et le premier acte véritable de l’insurrection, « le passage du Rubicon » selon l’expression de J.-J. Marie, de la contestation à la rébellion. Et dans cet acte réside un paradoxe que n’a pas manqué de relever et de reconnaître Henri Arvon : « Suprême ironie du sort ou peut-être inversion propre à toutes les révolutions qui font naître une réalité diamétralement opposée au but qu’elles se sont fixé au début, le meeting du 2 mars, convoqué pour délibérer au sujet de l’élection du nouveau soviet, loin de lui rendre la liberté que la pesée de plus en plus tyrannique du Parti lui avait fait perdre, le supprime carrément pour lui substituer un Comité révolutionnaire provisoire élu, séance tenante, à main levée et investi de pouvoirs dictatoriaux » (9). Selon le décompte de Jean-Jacques Marie, parmi les membres du Comité révolutionnaire provisoire, trois sont mencheviks, trois sont anarchistes, trois sont proches des SR (socialistes-révolutionnaires) de droite, et un autre (Lamanov, le rédacteur en chef des Izvestia de Cronstadt, journal qui paraîtra jusqu’à la fin de l’insurrection) est un SR maximaliste (cette extrême gauche du parti socialiste-révolutionnaire se prononce pour la terre aux paysans, les usines aux ouvriers et s’oppose aux réquisitions, aux fermes d’État et à la nationalisation des usines).

 

[Grosse ambiguïté, donc, sur la nature réelle du pouvoir exécutif à Kronstadt, tant en termes d’institution supposément « démocratique » qu’en termes de nature de classe !]

 

La fin des grèves à Petrograd : l’isolement de Cronstadt

La question cruciale pour les marins insurgés réside dans l’attitude que va prendre la population de Petrograd : comment les ouvriers, qui se sont pour certains tout récemment mis en grève, vont-ils soutenir la rébellion cronstadtienne ? La nature de leur réaction va dépendre de deux facteurs essentiels : l’opinion qu’ils ont des marins, d’une part ; les mesures prises par le soviet petrogradois, d’autre part. Or, quant au premier point, cette opinion ne semble pas être favorable aux matelots. Selon J.-J. Marie, les marins de Cronstadt sont mal vus parce que considérés souvent, à cette époque, comme des oisifs (de fait, ils n’ont pas à combattre et sont souvent désœuvrés) et des privilégiés (leur ration alimentaire est deux fois supérieure à celle des ouvriers). Ce préjugé négatif est encore accentué par la présence parmi eux, comme conseiller militaire, du général Koslovski, ancien major-général de l’artillerie pendant la Première Guerre mondiale. Il fait partie de ces anciens officiers blancs recrutés après Octobre par l’Armée rouge au titre de « spécialistes militaires ». Il commande alors l’artillerie de la forteresse de Cronstadt. S’il est effectivement un « conseiller militaire », il ne paraît pas diriger l’insurrection (ou en tout cas, on en reparlera, celle-ci lui échappe) ; mais les bolcheviks ne manquent pas de diffuser une vaste propagande assurant que Koslovski est le meneur de l’insurrection, ce qui aiguise encore la méfiance des ouvriers de Petrograd à l’égard des Cronstadtiens. En tout cas, il est faux d’affirmer, comme le fait pourtant Arvon, que « les marins de Cronstadt […] sont appuyés par une importante fraction de la population ouvrière de Petrograd » (10). Il semble que ce soit davantage la passivité qui prédomine dans la ville, lasse de la guerre civile et accablée par les difficultés du ravitaillement.

Celui-ci, et c’est le second facteur important, est toutefois facilité par une mesure prise dès le 27 février, par Zinoviev, président du Comité de défense de Petrograd, qui autorise la population à chercher du ravitaillement à la campagne et annonce l’achat de charbon et de blé par le gouvernement. Le 1er mars, au moment même où, à Cronstadt, la résolution décisive est votée, les barrages routiers sont levés, les détachements militaires retirés des usines et cela fait immédiatement cesser les grèves à Petrograd.

 

[>>>un contexte évident, mais le plus souvent oublié par les commentateurs anti-bolcheviks…]

 

Or, pour que l’insurrection réussisse, il faut qu’elle se propage sur le continent. Le Comité révolutionnaire de Cronstadt envoie à cet effet des délégués pour distribuer, sous forme de tracts, le texte de la résolution. Mais ils sont dès leur arrivée arrêtés par la Tcheka ; condamnés, ils seront fusillés deux semaines plus tard dans le cadre de la répression générale de l’insurrection. À Oranienbaum, la ville continentale qui fait face à Cronstadt au sud, ces émissaires cronstadtiens, au nombre de 250 selon Henri Arvon (« quelques dizaines » selon J-J. Marie), sont accueillis par des rafales de mitrailleuses selon le même H. Arvon (« interceptés », dit pour sa part J.-J. Marie). Toute possibilité d’établir une liaison avec le continent est donc réduite à néant pour les Cronstadtiens. Dès lors, les facteurs tant politiques que militaires se révèlent des plus défavorables aux insurgés, d’autant que ceux-ci ne sont pas résolus à mener une opération militaire contre Oranienbaum, ville depuis laquelle ils pourraient éventuellement prendre pied sur le continent et rejoindre Petrograd. Malgré l’insistance mise par les conseillers militaires, et en particulier le général Koslovski, sur la nécessité d’une telle offensive, les marins sont d’avance convaincus de son échec et la refusent, se préparant à la défense plutôt qu’à l’attaque.

 

Le 5 mars, depuis Petrograd, quatre anarchistes, Alexandre Berkman, Emma Goldman, Perkus et Petrovsky, écrivent au soviet de Petrograd pour lui proposer de constituer une délégation de cinq personnes dont deux anarchistes, qui se rendrait à Cronstadt afin de négocier pacifiquement la fin du conflit. Si Zinoviev n’y répond pas directement, il adresse le 6 mars aux Cronstadtiens un télégramme leur proposant l’envoi d’une délégation composée de membres du parti et de sans-partis. Mais les insurgés refusent cette proposition en l’état car, disent-ils, ils ne croient pas en la nature « sans parti » des sans parti évoqués par le soviet. Cette réponse, d’une « hauteur qui frise l’insolence », écrit Henri Arvon, est une « réponse incompréhensible qui équivaut à une fin de non-recevoir, voire à une véritable provocation » (11). L’ultimatum qu’avait lancé le soviet de Petrograd aux insurgés est dès lors levé et les hostilités proprement militaires vont commencer.

 

[>>>quelle raison à cette obstination, sinon l’anticommunisme???]

 

https://moika78.ru/news2/2019/03/kronshtadt.jpg

 

 

Combats entre l’Armée rouge et les insurgés, décisions du Xe Congrès

Le premier assaut de l’Armée rouge est donné le 8 mars, mais il est repoussé. Les conditions de l’avancée des troupes sont plus qu’éprouvantes : une tempête de neige s’est abattue sur la région, et les soldats sont contraints de marcher quasiment à l’aveugle, sur la mer gelée. « Contraints » est bien le terme approprié car ils sont suivis de détachements de la Tcheka qui les menacent de leurs mitrailleuses en cas de défaillance ou de recul. « Les meneurs démoralisateurs sont fusillés », constate Jean-Jacques Marie. Le moral de ces hommes n’est pas des meilleurs, c’est un euphémisme : peu motivés à l’idée d’aller combattre des marins qui restent des « frères » malgré leur position politique, ils éprouvent de surcroît la terreur de périr noyés, en cas de fonte des glaces. Cependant, la propagande bolchevik entend bien forger leur motivation ; J.-J. Marie mentionne le « bluff de Zinoviev » : celui-ci diffuse dans les journaux la rumeur selon laquelle des Blancs seraient venus par centaines pour aider les insurgés.

C’est aussi le 8 mars que s’ouvre le Xe Congrès du parti bolchevik. Dès l’ouverture, l’Opposition ouvrière dirigée par Alexandre Chliapnikov (ancien métallurgiste devenu commissaire du peuple pour le travail dans le premier gouvernement de Lénine) et Alexandra Kollontaï (première femme entrée au gouvernement, en tant que commissaire du peuple à l’Assistance publique) distribue aux congressistes une brochure demandant que la gestion de la production et de l’économie soit confiée aux comités ouvriers des usines. Une résolution du Congrès condamne le programme de l’Opposition ouvrière, caractérisé comme « déviation anarcho-syndicaliste ». Lénine comprend bien que la situation est critique : si le communisme de guerre se prolonge, c’est la révolution qui est en danger, les oppositions de toutes sortes se faisant jour. Deux orientations sont donc adoptées : d’une part, l’interdiction provisoire, prévue pour toute la durée de la NEP, de toute fraction à l’intérieur du parti : cela ne doit pas empêcher, toutefois, les discussions critiques ; mais celles-ci devront se mener, selon la résolution adoptée lors du Congrès, non en groupes séparés mais dans les réunions de tous les membres du parti. D’autre part, la NEP (nouvelle politique économique) est instaurée : les paysans obtiennent le droit de vendre leurs excédents de blé, une fois versé leur impôt en nature ; dès lors, c’est une revendication importante des Cronstadiens qui se révèle satisfaite : la liberté du commerce.

Comment réagissent les insurgés à ces mesures économiques ? Les Izvestia de Cronstadt affirment le 14 mars — c’est Henri Arvon qui en fait mention et non Jean-Jacques Marie : « Cronstadt exige non pas la liberté du commerce mais le véritable pouvoir des soviets. » Les textes publiés par le journal de Cronstadt mettent désormais en avant bien davantage les mots d’ordre politiques, et non plus les revendications économiques, auxquelles il a été répondu. Dès le 8 mars, l’article « Pourquoi nous combattons » avait caractérisé les communistes comme des « usurpateurs » : il avait évoqué « la peur des geôles de la Tcheka, dont les horreurs dépassent de beaucoup les méthodes de la gendarmerie tsariste » ; il avait qualifié d’ « esclavage spirituel » la vie des travailleurs imposée selon lui par les communistes. « De fait, assurait-il encore, le pouvoir communiste a substitué à l’emblème glorieux des travailleurs — la faucille et le marteau — cet autre symbole : la baïonnette et les barreaux. » Il concluait en rejetant tout aussi bien « la Constituante avec son régime bourgeois », prônée par les Cadets — ceci pour démontrer que les insurgés ne sont pas sous influence contre-révolutionnaire — que « la dictature du parti communiste avec sa Tcheka et son capitalisme d’État qui resserre le nœud autour du cou des travailleurs et menace de les étrangler ». Le 16 mars, les Izvestia de Cronstadt expliquent encore que, « d’esclave du capitalisme, l’ouvrier fut transformé en esclave des entreprises d’État » (cet article est lui aussi cité par H. Arvon, mais non par J.-J. Marie).

Pour encourager les soldats et combattre l’insurrection, 279 délégués du Congrès (soit un quart) sont envoyés à Cronstadt ; parmi eux, beaucoup de militants de l’Opposition ouvrière, qui se sont portés volontaires (12). Dans le même temps, l’aviation largue des milliers de tracts sur Cronstadt en plus de bombes qui, d’après J.-J. Marie, « font peu de dégâts ». Le Comité de défense de Petrograd a pris en otages les familles de marins cronstadtiens (13) habitant la capitale, en représailles contre l’arrestation et l’incarcération à Cronstadt des communistes arrêtés (les trois dirigeants, puis 70 délégués et bientôt quelque 300 communistes) ; certains tracts jetés depuis les avions informent la population de ces arrestations.

Les soldats chargés de reprendre Cronstadt, commandés par Toukhatchevski, sont quelque 40 000. Face à eux, les insurgés pourraient théoriquement aligner 18 000 hommes, mais ils sont dans la réalité, et selon les estimations de J.-J. Marie, plutôt 5 ou 6 000 , ce qui signifie qu’une partie importante des matelots demeure à l’écart de l’insurrection. Les combats font rage. Les obus lancés depuis Cronstadt trouent la glace sur laquelle avancent les soldats, qui sont nombreux à se faire engloutir. À Cronstadt même, « chaque rue, chaque maison font l’objet de combats acharnés à la baïonnette et à la grenade ». Les membres du Comité révolutionnaire provisoire fuient Cronstadt en traîneau — départ « peu glorieux pour des hommes qui n’avaient cessé de proclamer qu’ils allaient vaincre ou mourir », écrit H. Arvon (14) — ce qui accélère la défection des autres insurgés, voyant la démission de leurs chefs. Près de 7 000 d’entre eux parviennent à s’enfuir en Finlande, où ils sont aussitôt parqués par les autorités dans des camps où ils souffriront de très mauvaises conditions de survie.

[>>>à souligner, même sans commentaire…!]

 

 

File:Kronstadt attack.JPG

 

 

Bilan des combats et répression de l’insurrection

Jean-Jacques Marie pose un regard critique sur les chiffres avancés par les diverses sources disponibles sur le bilan humain de ces combats. Il insiste sur le caractère « fantaisiste » des chiffres « produits des deux côtés, y compris celui de la Tcheka qui annonce des pertes de l’armée [rouge] à 200 ou 300 hommes » ; celle-ci a voulu minimiser les chiffres, et a considéré comme « disparus » des hommes qui de toute évidence avaient été engloutis par les eaux. En fait, selon J.-J. Marie, du côté de l’Armée rouge, 1 600 soldats et officiers seraient morts ; parmi eux, figurent 17 des 270 délégués du Xe Congrès. Cependant, l’auteur ne propose pas d’évaluation sur les insurgés morts durant les combats eux-mêmes. De son côté, Paul Avrich, tout en indiquant qu’on ne dispose pas de chiffres sûrs, cite l’un des récits sur Cronstadt qui évoque 600 tués et plus de 1 000 blessés (15).

J.-J. Marie avance en revanche des chiffres précis sur la répression qui suit : sur 6 528 insurgés arrêtés, 2 168 sont fusillés (dont 4 femmes), 1 272 sont libérés et 1 955 condamnés à des peines de travaux forcés. L’auteur démontre à ce propos l’incohérence régnant lors de la répression, organisée par une « troïka extraordinaire » mise en place par la Tcheka, « qui interroge et juge en quelques heures des fournées d’insurgés ». Dès lors, « certaines condamnations à mort laissent pantois » ; pour exemple, un jeune élève officier de 22 ans qui a déserté les rangs des insurgés pour rejoindre l’Armée rouge est condamné à mort « pour avoir activement pris part à l’insurrection » ; un communiste de 21 ans ayant voté pour la résolution de Cronstadt, ayant assisté à l’élection du Comité d’action et ayant tenu le procès-verbal de l’élection des délégués est condamné à mort et fusillé, alors que d’autres, qui ont commis l’équivalent, sont condamnés à des travaux forcés. Parmi les communistes de Cronstadt, sont condamnés à mort les « démissionnaires qui ont agi activement contre le parti et ont été arrêtés armés ; les personnes qui ont rédigé des déclarations haineuses, qui ont encouragé les espoirs du comité révolutionnaire insurgé, et conforté son autorité ». Ont également été jugés, condamnés et fusillés les déserteurs et transfuges de l’Armée rouge.

À lire ces lignes, on peut spontanément se dire qu’une telle répression est particulièrement violente et brutale, au-delà même de ses déséquilibres. Mais il ne faudrait pas oublier la place de la violence en général dans le contexte, non seulement de la Russie pendant la guerre civile, mais de l’Europe de ces années 1910-1920, avec dix millions de morts pendant la guerre mondiale. La guerre civile russe ne s’est pas menée qu’à coups de fusils. J.-J. Marie l’illustre par quelques rappels : le général blanc Kornilov déclare au lendemain de la révolution d’Octobre : « Si nous devons brûler la moitié de la Russie et tuer les trois quarts de la population pour sauver la Russie, nous le ferons. » Il ordonne de ne pas faire de prisonniers. Les soldats de l’Armée rouge pris les armes à la main sont abattus à coups de sabre pour économiser les munitions. « En Ukraine, des cosaques jettent dans des chaudrons des communistes juifs capturés, les font bouillir et invitent les survivants, sous peine de subir le même sort, à boire cette “soupe communiste” ». Du côté de l’Armée rouge, des milliers de soldats ont cloué leurs épaulettes dans les épaules des officiers blancs en enfonçant les clous à coups de crosse. De fait, ce rappel est nécessaire pour comprendre qu’on est bien là dans un contexte de guerre permanente et d’une violence extrême, qui n’est nullement l’apanage du pouvoir bolchevik.

 

[>>>à cela il faut peut-être oser ajouter que l’expression « ne rien lâcher » n’a pas forcément de traduction russe autre que dans la nature même ce cette grande culture, dans l’ « inconscient collectif », pourrait-on dire, sinon carrément dans les gênes…, et donc, quand deux personnes ou deux groupes veulent vraiment la même chose, au point de rentrer en conflit, il y en a assez inévitablement un qui reste sur le carreau… Ce qui explique en partie certains aspects de l’histoire… et pas seulement de cette époque. La voie du compromis n’est donc pas forcément la plus évidente…]

 

 

Enfin, il faut dire un mot sur la responsabilité de Trotsky dans l’écrasement de l’insurrection, car c’est l’un des thèmes favoris des anarchistes et des ultra-gauchistes dans toute discussion sur Cronstadt, avec l’idée d’un Trotsky comme « Staline manqué ». Rappelons que le futur dirigeant de l’Opposition de gauche est à ce moment-là commissaire à la Guerre, c’est-à-dire chef de l’armée rouge, et il revient de Sibérie orientale où il a dirigé les opérations militaires contre les insurrections paysannes. Pourtant, Trotsky affirmera, en août 1928 : « Le fait est que je n’ai pas pris la plus petite part personnelle à la pacification du soulèvement de Cronstadt. » Il assure n’avoir pas quitté Moscou pendant l’insurrection (en 1937, il dira qu’il ne se souvient plus s’il s’est rendu ou non à Petrograd, ce qui est en effet possible, quatorze ans après). En fait, indique J.-J. Marie, « lors de l’insurrection de Cronstadt, Trotsky n’a fait qu’une brève apparition à Petrograd le 5 mars au soir et est reparti le 6 au matin, après un échange avec Zinoviev au cours de la nuit, dont aucun n’a jamais dit mot ». De plus, « le 5 mars au soir, de son train qui l’amène à Petrograd, Trotsky câble à son adjoint Slianski une liste des mesures nécessaires pour liquider la crise ouverte. […] Il arrive à Petrograd avec Serge Kamenev et Toukhatchevski quelques heures plus tard. Il rencontre Zinoviev et le commandant des troupes du district de Petrograd, Avrov, éperdu et désorienté. » En un mot, résume J.-J. Marie, « Trotsky affirme n’avoir pris aucune part à l’écrasement de l’insurrection, ni à la répression qui suivit, ce qui n’a à ses yeux aucune signification politique, puisque, membre du gouvernement, il a jugé nécessaire la liquidation de la révolte, a participé à la décision d’y procéder si les négociations et l’ultimatum lancé restaient sans résultat et en assume donc la responsabilité politique » (p. 446). De fait, la responsabilité politique de l’écrasement de l’insurrection n’incombe à aucun dirigeant bolchevik en particulier, mais à l’ensemble de la direction, Opposition ouvrière incluse.

 

[>>>un simple constat, dont il faut faire l’analyse, et non pas charger tel ou tel dirigeant selon les inutiles besoins sectaires du moment…]

Pourquoi les bolcheviks ont-ils décidé d’écraser l’insurrection ?

Liberté du commerce et revendications politiques

Selon Jean-Jacques Marie, « l’une des revendications centrales de la résolution du 1er mars est la liberté pour les paysans de commercer, donc le respect de la propriété privée et de l’ordre » (p. 397) ; or la petite propriété engendre le capitalisme : « Les terres que les paysans s’étaient partagées seraient retournées dans le cycle de formation de grandes propriétés privées et de latifundia. Le programme de Cronstadt visant à défendre la petite propriété familiale assurant au paysan la libre disposition des fruits de son travail aurait tenu l’espace d’un matin » (p. 398).

 

[>>>cet argument est valable, quant au fond : c’est exactement ce qui s’est passé sous la NEP avec le développement des Koulaks.

>>>néanmoins, il ne milite pas en faveur des trotskystes, du reste, puisqu’ils ont soutenu l’idée d’un prolongement de la NEP]

 

H. Arvon, en revanche, conteste que la liberté du commerce soit la revendication principale et assure que les mots d’ordre sont essentiellement politiques. Le débat porte alors sur l’importance à accorder respectivement à la résolution du 1er mars, adoptée par une assemblée de plusieurs milliers de marins, et les articles des Izvestia, plus politiques en effet.

Pour J.-J. Marie, ces articles, et en particulier le texte que nous avons cité, intitulé « Pourquoi nous combattons », n’est nullement représentatif des insurgés, puisqu’il a été rédigé par un homme, Lamanov, SR maximaliste. En outre, insiste le même auteur, ce texte ne propose nulle perspective politique, nulle définition de ce que serait le « vrai » socialisme selon les insurgés, nul programme concernant les formes de la propriété. De fait, les Cronstadiens ne semblent pas avoir de programme. Les tendances politiques en leur sein sont diverses, principalement anarchistes, même si aucun des principaux dirigeants de l’insurrection ne s’en revendique expressément. On comprend mal cependant que J.-J. Marie n’accorde pas davantage d’attention aux autres revendications des insurgés, comme si elles n’avaient aucun poids face au mot d’ordre de liberté du commerce pour les paysans.

On relèvera d’ailleurs que le raisonnement de Jean-Jacques Marie gêne parfois, par certains raccourcis. C’est le cas lorsqu’il affirme : « La résolution des marins, soldats et ouvriers de Cronstadt envisageait certes la légalisation des seuls partis dits socialistes ; mais les SR de droite, plus d’une fois alliés aux blancs, et les mencheviks considéraient que la révolution russe devait seulement libérer le développement du capitalisme des entraves de la monarchie féodale. Ils étaient donc favorables au rétablissement massif, sinon généralisé, de la propriété privée des moyens de production qui signifiait inéluctablement le retour du capital étranger, y compris dans l’agriculture. » (p. 398) Le problème posé par ce passage, c’est qu’il repose sur une prémisse fausse, dans la mesure où à aucun moment la résolution ne parle de « socialistes » tout court, mais bien des seuls « socialistes de gauche », ce qui exclut manifestement les SR de droite (sinon à quoi servirait de préciser « socialistes de gauche » ?).

 

[>>>ici, grossière erreur de lecture de la part de l’auteure L. Fonteyn >>>la résolution du 1er Mars, en russe, je l’ai vérifié, parle bien en termes génériques et de « socialistes de gauche» et de « socialistes » tout court, sans plus de spécification, ce qui, dans le contexte, ne signifie rien de précis, à une époque où tout politicien désireux de survivre se déclare socialiste, comme on se déclarait « républicain » après Septembre 1792 en France…]

 

En fait, Jean-Jacques Marie reprend la position des bolcheviks. Pour Lénine, en effet, ce qu’il faut combattre à Cronstadt, ce sont ces tendances anarchistes qui visent à la restauration de la liberté du commerce. J.-J. Marie indique : « Il analyse l’insurrection en termes de contre-révolution paysanne et estime que le point central des revendications est la liberté du commerce, ce qui reviendrait à la restauration du capitalisme. » De même, rappelant le contexte des révoltes paysannes de la fin de l’année 1920 et du début de l921, Trotsky caractérisera en 1937 la « mutinerie » de Cronstadt comme une « réaction de la petite-bourgeoisie contre les difficultés et privations imposées par la révolution prolétarienne ». « En fait, note-t-il encore en janvier 1938, c’était la lutte du petit propriétaire exaspéré contre la dictature prolétarienne. » Pourtant, c’est bien cette liberté du commerce qui est instaurée au même moment par le Xe Congrès. Selon Lénine, « la liberté des échanges, c’est la liberté du commerce, et la liberté du commerce, c’est le retour au capitalisme. Est-il possible de rétablir dans une certaine mesure la liberté du commerce, sans saper pour cela même le fondement du pouvoir politique du prolétariat ? Oui, c’est possible : c’est une simple question de mesure. » Deux propositions revenant à une variante de la NEP avaient été formulées auparavant, l’une par l’ancien menchevik Larine en janvier 1920, l’autre par Trotsky en mars de la même année. Lénine, qui à chaque fois s’y était opposé, finit par s’y résoudre un an plus tard. En fait, ce n’est donc pas parce que les insurgés revendiquent la liberté du commerce qu’il faut les réprimer.

 

[>>>autre « erreur » historique typiquement trotskyste >>> les principes économiques de la NEP sont quasi intégralement déjà tous dans un texte de Lénine remontant à Mai 1918 :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/05/05mai1918_lenine_sur-linfantilisme-de-gauche.pdf ]

 

 

Est-ce pour autant parce qu’ils s’opposent au pouvoir bolchevik et veulent réélire les soviets, comme l’affirment les anarchistes ? Il est indéniable que, après trois ans de « communisme de guerre » imposé par la guerre civile et l’intervention contre-révolutionnaire des puissances impérialistes, les bolcheviks se savaient minoritaires dans le pays : les paysans, ultra-majoritaires, avaient subi les réquisitions forcées et étaient naturellement devenus hostiles au pouvoir (alors qu’ils l’avaient soutenu dans un premier temps car il leur avait reconnu la propriété privée de la terre, contre les grands propriétaires du tsarisme). Plus généralement, le gouvernement était le bouc émissaire des difficultés indescriptibles de la vie quotidienne, dans un pays dévasté par plus de sept ans de guerre ininterrompue. Dans ces conditions, les bolcheviks considéraient, à juste titre, que la convocation d’élections générales aurait conduit à leur défaite, à la victoire des forces petites-bourgeoises, à un retour des forces bourgeoises et réactionnaires et, indissociablement, à un redémarrage de l’intervention impérialiste qui n’avait pu être vaincue que par la rigueur du communisme de guerre. Comme l’écrira Trotsky en janvier 1938, « les matelots paysans, guidés par les éléments les plus anti-prolétariens, n’auraient rien pu faire du pouvoir, même si on le leur avait abandonné. Leur pouvoir n’aurait été qu’un pont, et un pont bien court, vers le pouvoir bourgeois. » De ce point de vue, « les matelots en rébellion représentaient le Thermidor paysan ». De fait, il eût été suicidaire, pour les bolcheviks, d’abandonner le pouvoir en répondant favorablement à des exigences démocratiques certes compréhensibles, mais manifestement irréalisables à ce moment-là. Pour autant, en conclure à une hostilité de principe des bolcheviks à l’égard de soviets réellement démocratiques trahit un raisonnement formel qui relève plus de préjugés anti-marxistes que d’une véritable analyse de la situation objective.

 

[>>>à ce stade de la révolution, l’économie russe était exsangue et la population affamée n’aspirait qu’à la paix et un peu de stabilité, et une amélioration rapide des conditions économiques, et non une nouvelle guerre civile, même avec une tierce partie anarchiste entre les blancs et les rouges.]

 

 

 

 

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Enjeu militaire, danger contre-révolutionnaire

En fait, la raison objective et décisive pour laquelle les bolcheviks ont décidé de mettre fin par tous les moyens à l’insurrection de Cronstadt, est qu’elle menaçait directement le pouvoir. Non par ses revendications elles-mêmes, mais parce qu’elle risquait de tomber aux mains des Blancs et des impérialistes, et de servir ainsi de tête de pont à une nouvelle offensive de la contre-révolution, quelques semaines seulement après la victoire militaire des bolcheviks. Cronstadt, rappelons-le, n’est pas une ville comme les autres ; c’est une forteresse, celle qui protège Petrograd, laquelle est elle-même la ville-capitale de la révolution. Paul Avrich l’admet lui-même : « Le gouvernement devait faire face à une mutinerie dans sa propre marine, à un avant-poste de la plus grande importance stratégique puisqu’il gardait les abords occidentaux de Petrograd. Cronstadt risquait d’être […] la base de départ d’une nouvelle invasion anti-soviétique. » (16) Sur le plan de la tactique militaire, le temps presse : la fonte annuelle des glaces intervient généralement à partir de la mi-mars. Or, si la glace fond, Cronstadt ne sera plus accessible depuis le continent par l’Armée rouge ; en revanche, elle le sera par les troupes blanches et leurs bateaux, depuis la Finlande notamment. Il y a là un danger majeur.

Et un danger des plus plausibles. Ce n’est pas dans le livre de Jean-Jacques Marie mais dans ceux des anarchistes Paul Avrich et Henri Arvon que l’on trouve le plus d’éléments à ce sujet. D’une part, Arvon mentionne des articles de la presse bourgeoise, française et américaine notamment (Le Matin, L’Écho de Paris, le New York Times…), parus dès février 1921, donc avant même l’insurrection, qui en gros la racontent à l’avance ! Ces articles répandent des fausses nouvelles, nées en particulier dans les milieux de l’émigration russe blanche. En outre et surtout, Paul Avrich a découvert un document extrêmement important dans les archives du Centre national (russe), organisme créé par des socialistes-révolutionnaires à Paris et qui maintient pendant l’insurrection des relations étroites avec le ministère français des Affaires étrangères. Ce manuscrit non signé, muni de la mention « ultra secret » et intitulé Mémorandum sur la question de l’organisation d’un soulèvement à Cronstadt, peut être daté de janvier ou début février 1921. Or, il annonce, de manière extrêmement précise et détaillée, une insurrection, et demande un soutien extérieur pour assurer son succès.

Il est absolument certain que dans diverses chancelleries et en particulier au sein du gouvernement français, on s’attendait à un soulèvement et on s’apprêtait à envoyer des renforts contre-révolutionnaires à Cronstadt. Le Daily Herald, le 14 mars 1921, publie un texte de son correspondant diplomatique qui indique : « Je suis en mesure d’affirmer que le gouvernement français participe à l’affaire de Cronstadt et qu’une forte somme d’argent destinée aux mutins a été envoyée par ses soins à un certain professeur Viburg. Des approvisionnements sont également acheminés par l’intermédiaire et sous le couvert de la Croix Rouge ». La contre-révolution, aux armes fourbies par les Blancs en exil, par les Blancs «  de l’intérieur » et par les gouvernements occidentaux, était aux portes de la Russie, comme elle n’avait jamais cessé de l’être depuis Octobre. Une interview accordée par le principal dirigeant de l’insurrection de Cronstadt, Stepan Petritchenko et publiée dans le New York Times dès le 31 mars 1921, le confirme : il y reconnaît avoir offert ses services aux Blancs. Deux mois après, en mai, alors qu’il est réfugié au camp de fort Ini en Finlande, le même Petritchenko adresse avec quelques autre une lettre au général blanc Wrangel, où il dit vouloir collaborer avec ses troupes, alors réfugiées en Turquie. « Il propose de préparer une nouvelle campagne contre les bolcheviks afin de reconquérir les “acquis de la révolution de [Février] 1917” » (17). Au sein même de l’insurrection, des forces contre-révolutionnaires se sont probablement infiltrées parmi les marins de Cronstadt : « Tout indiquait que les émigrés tentaient d’aider l’insurrection pour la capter à leur profit. » (18)

 

[>>>dans tout ce passage sur les accointances contre-révolutionnaires des insurgés de Cronstadt, l’auteure L. Fonteyn reprend des sources qu’il est donc possible de vérifier, par une recherche complémentaire, ce qu’il serait utile de faire pour les confirmer néanmoins. L’épisode « Croix rouge » est déjà attesté par quasiment toutes les sources, par exemple.]

 

Cela ne remet cependant nullement en cause le caractère globalement spontané de l’insurrection. Tout le montre. Les Izvestia lancent des appels à la méfiance à l’égard des tentatives de récupération blanche (preuve aussi qu’elles existent et que les insurgés en ont conscience). Surtout, le moment est des moins propices pour les insurgés : la glace n’a pas encore fondu, aucune provision d’armes et de munitions n’a été réalisée, aucune précaution n’a été prise non plus pour le ravitaillement alimentaire de l’île en cas de siège : tout indique l’improvisation du soulèvement. Le Mémorandum du Centre national tablait sur une insurrection au printemps, donc après la fonte des glaces. Or, la rébellion a lieu quelques semaines plus tôt, quelques semaines trop tôt pour la réussite de tels plans. Il est donc probable que les forces contre-révolutionnaires qui comptaient sur ce soulèvement ne sont pas parvenues à le conduire ni à le maîtriser une fois enclenché. D’ailleurs, les anciens généraux tsaristes, qui conseillent vivement aux insurgés de passer à l’offensive et de marcher sur Petrograd, ne sont pas écoutés ; les insurgés préfèrent s’enfermer dans leur île, alors même qu’ils ont peu de chance d’en sortir vainqueurs. Même Henri Arvon, qui leur est favorable, écrit : « Ils sont coupables, certes, les marins de Cronstadt, d’être entrés, tant soit peu, dans le jeu de la contre-révolution, à leur insu sans doute » (19).

 

[>>>  « A l’insu de leur plein gré », dirait-on aujourd’hui, selon la formule du coureur cycliste « dopé malgré lui »…!]

 

La fin et les moyens

L’approche de la fonte des glaces et le danger réel d’une récupération de l’insurrection par les Blancs et les impérialistes pour relancer la guerre civile rendaient donc nécessaire, du point de vue bolchevik, d’en finir au plus vite avec cette insurrection. Mais, pendant une semaine entière, du 1er au 8 mars, les bolcheviks ont recherché une solution pacifique. C’est le sens de la proposition du 6 mars, rejetée avec condescendance par les Cronstadtiens, comme nous l’avons vu. Cette solution négociée se révélant impossible, les bolcheviks ont choisi la force. Dès lors, celle-ci ne pouvait qu’être déterminée. Ici, la condamnation de l’usage de la « violence » ne saurait relever que d’une vision pacifiste petite-bourgeoise, inconsciente de ce que l’histoire avance nécessairement par des rapports de force, qui se soldent souvent dans le sang. À cet égard, la formule employée par Trotsky au sujet de la répression de Cronstadt apparaît des plus justes : pour les bolcheviks, qui voulaient préserver à tout prix le premier État ouvrier comme marchepied de la révolution mondiale, il y eut bien là « nécessité tragique ». De ce point de vue, les communistes révolutionnaires ne peuvent qu’approuver la décision de mettre fin à l’insurrection de Cronstadt, dans l’intérêt supérieur de la révolution mondiale dont l’État ouvrier soviétique, quelles que soient ses limites, dues en grande partie à la situation objective, était à cette époque le plus précieux des acquis.

 

[>>>ici le blabla gauchiste/troskyste sur une pseudo « révolution mondiale » imminente n’est pas vraiment utile, c’est le moins que l’on puisse dire…

C’est bien de la survie de la révolution soviétique russe qu’il s’agit, pour l’essentiel. Cette survie était-elle possible et souhaitable, c’est la seule question concrète qui vaille, à ce moment, pour le parti bolchevik, toutes tendances confondues.

Aujourd’hui, chacun peut y répondre à sa manière, à condition d’en accepter les conséquences évidentes : l’effondrement du pouvoir bolchevik aurait signifié la fin de la révolution soviétique à brève échéance, et rien d’autre

>>>il faudrait être honnête avec soi-même et les autres quand on développe ce genre de théorie.

>>>un point, éventuellement, pour M. Bibeau, ici, qui aurait probablement balancé le tout au nom de la lutte contre le « totalitarisme » des bolcheviks!]

 

Reste un certain nombre de questions, qui concernent les méthodes employées par les bolcheviks. Comment Zinoviev, présidant le comité de défense de Petrograd, pouvait-il prétendre négocier quoi que ce soit, en envoyant aux Cronstadtiens, le 4 mars, un texte non seulement menaçant, mais méprisant : « Vous êtes entourés de tous côtés. Dans quelques heures vous serez contraints de vous rendre . Cronstadt n’a ni pain ni combustible. Si vous persistez on vous canardera comme des perdrix » ? Plus généralement, la proposition de négociations adressée par le gouvernement bolchevik aux insurgés aurait sans doute dû s’accompagner, pour avoir des chances d’aboutir, d’une réelle prise en compte de certaines des revendications politiques des insurgés. Il aurait été possible, par exemple, de s’engager à établir un calendrier pour l’organisation d’élections à moyen terme, pour la mise en place rapide de commissions ouvrières pour le contrôle et la démocratisation du pouvoir, etc. Or il ne s’agissait pas seulement de mettre fin à une insurrection dangereuse, mais aussi de reconnaître le fond de vérité que contenaient les revendications des insurgés, rejoignant d’ailleurs, sur la question de la démocratie ouvrière, des exigences formulées de leur côté par certains bolcheviks, comme ceux de l’Opposition ouvrière. Deux ans et demi plus tard, dans Cours nouveau (automne 1923), Trotsky estimera la situation socio-économique assez mûre pour reprendre à son compte les critiques les plus virulentes contre l’absence de démocratie dans le pays et dans le parti lui-même, contre la bureaucratisation extrêmement rapide du pouvoir…

 

[>>>ici commence un autre débat, vu la manière dont s’est développée la NEP, qui a très vite rencontré ses premières limites, puis sa limite quasi finale avec la « crise des grains », en 1928.

Ceci dit, toute bureaucratie est à combattre, dans la mesure du possible, et autrement que par des formules. Il est évidemment absurde de penser que les bolcheviks, avaient une propension particulière pour la bureaucratie, et notamment pas Staline qui s’est au contraire ingénié à y créer une instabilité nécessaire pour limiter son inertie, à défaut de pouvoir l’éradiquer totalement. L’un des paradoxes de l’époque est la prise de position de Trosky contre la réforme constitutionnelle de 1936.

De plus, et de fait, avec la montée du fascisme déjà effective en Allemagne, l’urgence n’était déjà plus aux réformes démocratiques, de toutes façons, en 1936, mais à la consolidation du développement économique et social, à la construction d’une armée moderne capable de résister.

>>> tout cela se déroule en deux décennies, soit très peu de temps en réalité, pour autant de transformations fondamentales.

>>> à comparer avec l’évolution sociale, économique et « démocratique » sur les deux dernières décennies que nous venons de vivre, et même le demi siècle, depuis 1968, tiens donc, par exemple !!!]

 

En mars 1921, en tenant compte tactiquement, à juste titre, des revendications paysannes (dont les insurgés de Cronstadt ne fournissent qu’une des nombreuses expressions contemporaines), mais sans accorder de réelle importance à leurs revendications politiques, Lénine, Trotsky et tous les dirigeants bolcheviks ont sans doute sous-estimé l’aspiration des masses à une plus grande démocratie ouvrière et l’importance cruciale de cette question pour l’avenir de l’État ouvrier et de la révolution. Nous reviendrons dans un prochain article sur le processus de bureaucratisation et de « stalinisation » du pouvoir soviétique. Mais on peut dire d’ores et déjà que la nécessité militaire immédiate de réprimer l’insurrection ne dispensait pas d’engager une réflexion et des mesures progressives sur la démocratie dans l’État ouvrier dès lors que se refermait la période de l’inévitable « communisme de guerre ». Lénine, Trotsky et bien d’autres ne le comprendront qu’un peu plus tard, à un moment où la bureaucratie avait déjà conquis une place hégémonique dans tout l’appareil d’État et dans le Parti, et où une bonne partie des masses avait, quant à elle, sans doute déjà renoncé à l’espoir d’une véritable démocratisation…

De ce point de vue, la « tragédie de Cronstadt », c’est que les insurgés ont posé de vraies questions politiques, mais leurs termes frontalement anti-bolcheviks et surtout leur acte insurrectionnel lourd de danger contre-révolutionnaire après trois ans de guerre civile et des mois de révoltes paysannes dans tout le pays, ne pouvaient qu’empêcher les dirigeants bolcheviks de les entendre.

 

[>>>assez bonne conclusion qui pose le problème de la difficulté de combiner transformation sociale, économique, et formalisme démocratique.

>>> la vraie démocratie n’est pas une forme abstraite, indépendante des conditions économiques et des rapports de production.

>>>elle doit servir concrètement à faire correspondre la production et l’organisation des services avec les besoins sociaux des masses prolétariennes et populaires.

>>>il y a donc bien un but, un projet collectif à définir et une gestion collective des moyens à mettre en œuvre pour le réaliser. En tant que superstructure, le projet se reflète dans la culture et l’idéologie qu’il lui insuffle, inévitablement et même, nécessairement. Ce n’est qu’en ce sens que le ML devient une idéologie vivante. En dehors du projet social, il n’est, au mieux, qu’un outil d’analyse, ce qui n’est déjà pas si mal, et en tous cas, également nécessaire. Mais autrement, dans tous les autres cas, en l’absence d’un programme économique et social reposant nécessairement sur le développement d’une infrastructure en rupture radicale avec le capitalisme, il n’est plus qu’un dogme abstrait, vite galvaudé en fonction de besoins sectaires, et donc révisionnistes par nature ! C’est ce que l’on voit aujourd’hui chez la plupart de ceux qui s’en réclament encore, quand ce n’est pas le pur fard d’une Kollaboration de classe avec le nouvel impérialisme chinois.]

 

 


Note complémentaire sur Petrichenko :

(Selon wikipédia – extraits)

Après la répression du soulèvement par l’armée rouge commandée par Trotski, Petritchenko s’enfuit en Finlande où il travaille comme charpentier et continue sa lutte contre les bolchéviks.

En 1945, il est arrêté en Finlande et livré à l’Union soviétique, où il est incarcéré à la prison de Vladimir près de Moscou. Il y meurt en 1947.

Selon l’historien Marcel Liebman, « après l’écrasement du soulèvement, le « Comité révolutionnaire provisoire de Kronstadt », ou ce qu’il en restait, conclut un accord avec les « blancs » de Paris, et son principal dirigeant, le marin Petritchenko, homme au passé politique douteux, se mit au printemps 1921, activement au service du « Centre national russe » parisien, se livrant alors pour ce dernier à des activités contre-révolutionnaires à Pétrograd. »

Selon Paul Avrich, en mai 1921, il aurait proposé ses services au général Wrangel (général des armées blanches)

 

NOTES ORIGINALES DE L’ARTICLE:

1) Lénine, Œuvres complètes, Éditions sociales/Éditions en langues étrangères, Paris/Moscou, tome 32, p. 295.

2) Jean-Jacques Marie, Cronstadt, Paris, Fayard, 2005.

3) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, [1970], éd. fr. Paris, Seuil, 1975.

4) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, Bruxelles, Complexe, 1980.

5) Voir Cronstadt 1921. Documents, Les Cahiers du CERMTRI, n°110, juin 2003.

6) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 171-172.

7) Idem, p. 11.

8) Paul Avrich, op. cit., p. 152.

9) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 59.

10) Idem, p. 14.

11) Idem, pp. 72-73.

12) On notera au passage que, pendant le Congrès, Lénine a fait sortir les sténographes au moment de la discussion sur l’insurrection, alors que Trotsky n’était pas d’accord et voulait que les débats soient pris en notes « pour l’histoire ».

13) H. Arvon parle de famille de « marins » (La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 64), J.-J. Marie de familles d’ « officiers » (Cronstadt, op. cit., p. 217).

14) Idem, p. 85.

15) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 200.

16) Paul Avrich, La Tragédie de Cronstadt 1921, op. cit., p. 13.

17) Henri Arvon, La Révolte de Cronstadt, op. cit., p. 114.

18) Paul Avrich, op. cit., p. 13.

19) Henri Arvon, op. cit., p. 125.

 

SOURCE DE L’ARTICLE DE L. FONTEYN : https://tendanceclaire.org/article.php?id=575

 

 

 

 

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Marxisme-Léninisme, Marx, Lénine, ML, en deux mots, c’est quoi? (Partie 1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marxisme-léninisme,

Marx, Lénine, ML,

en deux mots, c’est quoi ?

(Partie 1)

 

 

 

 

L’idée même du communisme n’a jamais été autant dépréciée qu’elle ne l’est à notre époque, et surtout en Occident.

Néanmoins, ce n’est pas le cas systématiquement dans bien d’autres régions du monde, à commencer par celles qui ont vu s’établir des régimes politiques s’en réclamant, et qui, dans une grande puissance comme la Chine, s’en réclament encore…

La plupart de ces pays, à commencer par l’URSS, se sont également réclamé du marxisme-léninisme, comme idéologie fondatrice du mouvement communiste moderne en général, et du parti communiste en particulier.

Pourtant, aujourd’hui, si très peu de partis communistes d’importance ont survécu, la plupart, en outre, ont renoncé, et le plus souvent, très officiellement, au marxisme-léninisme.

Ce n’est pas le cas du Parti Communiste Chinois, qui a même pendant un temps prétendu ajouter un prolongement « maoïste » au marxisme-léninisme.

Un parti qui joue non seulement le rôle dirigeant essentiel en Chine mais qui, de ce fait, influe sur les rapports de force entre puissances mondiales, et sur l’ensemble des forces politiques qui s’y expriment.

Il n’est donc pas sans importance de définir ce que nous entendons par Marxisme-Léninisme ! Il s’agit donc, entre autres conséquences, de définir la nature économique et sociale, la nature de classe, bourgeoise ou prolétarienne, de la deuxième puissance mondiale. Et donc de situer le rôle de son influence dans les luttes économiques, politiques, sociales et idéologiques, à l’heure actuelle!

Il est clair que les conceptions idéologiques développées par ce parti sont promues avec tous les moyens d’influence, de communication et de propagande de cette grande puissance. Non pas forcément dans un but de prosélytisme au premier degré, mais dans le but de faire rayonner son influence dans tous les cercles politiques, culturels, économiques des pays entretenant des relations avec la Chine.

Cette influence chinoise est l’un des vecteurs par lequel revient, sous diverses formes, l’idée que le marxisme-léninisme n’est pas réellement devenu une idéologie obsolète.

De plus, avec la crise de 2008 et aussi avec la problématique de la robotisation de l’industrie, est revenue sur le devant de l’actualité la perspicacité des analyses et des prospectives développée voici déjà un siècle et demi par Karl Marx.

Une partie importante de l’intelligentsia de la gauche occidentale s’est donc sentie à nouveau portée à se référer au marxisme, et avec le rayonnement « attractif » de la puissance économique chinoise, d’aucuns se sont référé à nouveau au léninisme pour, en quelque sorte, et à plus d’un titre, « bénéficier de ce rayonnement » !

Mais l’objet de cet article n’est pas non plus de faire un tri systématique de ces divers « rayonnements et influences », mais bien plutôt de revenir à ce que sont les fondamentaux du marxisme-léninisme et de laisser le lecteur juger lui-même de la réalité des choses.

Il ne s’agit pas non plus de partir d’un préjugé dogmatique selon lequel tous propos de Marx et de Lénine seraient des vérités éternelles et intangibles.

Comme on l’a vu, si ces propos reprennent de l’influence, c’est bien parce qu’ils s’avèrent être encore des outils opérationnels pour comprendre le monde d’aujourd’hui et les difficultés auxquelles il est confronté.

Toutefois, tracer la limite entre l’opérationnel et ce qui pourrait effectivement être obsolète, dans un ensemble d’œuvres aussi vaste, ce n’est pas chose aisée et ne peut se faire qu’à mesure de la confrontation entre l’outil et la matière économique, sociale et politique, à traiter.

Et il ne s’agit ici que de tenter une approche résumée. On s’en tiendra donc à ce que ces deux auteurs ont eux-même tenu pour fondamental et trans-historique, dans leurs œuvres. Évidemment, cette démarche nous semble validée par les différents travaux d’études, de recherches et d’analyse déjà effectués et qui ont prouvé, au fil des années, la validité de ces fondamentaux eux-mêmes.

Autrement dit, le constat de base est bien que rien n’oblige donc évidemment personne à se réclamer du marxisme-léninisme, mais que ceux qui le font ne peuvent s’exonérer d’une démarche de recherche de validation de leurs écrits, travaux et proclamations diverses, à l’aune de ces fondamentaux !

L’honnêteté exige que les mots aient un sens, et surtout, de préférence, en matière de communication politique !

Comme on va le voir, ce n’est donc pas si compliqué, et les lignes de démarcation apparaîtront très vite au lecteur, et lui permettront, s’il sait comprendre les interactions entre les diverses aspects de la question, de se forger sa propre approche, sa propre évaluation.

 

Le nom de Marx et le concept de marxisme sont d’abord culturellement identifiés au concept de lutte sociale, de lutte de classe… Une des raisons provient évidemment du Manifeste du Parti Communiste, qui, dès 1847, ouvrait sur cette célèbre phrase :

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes. »

 

 

 

Mais plus important que la lutte elle-­même est le but de la lutte, ce qu’il devait préciser quelques années plus tard :

« Maintenant, en ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert l’existence des classes dans la société moderne, pas plus que la lutte qu’elles s’y livrent. Des historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi l’évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l’anatomie économique. Ce que j’ai apporté de nouveau, c’est :

    1. de démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases historiques déterminées du développement de la production ;
    2. que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat ;
    3. que cette dictature elle-­même ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et vers une société sans classes. »

__K. Marx, Lettre à J. Weydemeyer, 5 mars 1852 

 

Le concept de dictature du prolétariat, c’est évidemment le mot qui fâche, qui bloque et renvoie à l’image désastreuse que la bourgeoisie a réussi à forger du communisme en général et du marxisme-léninisme en particulier. Le fait est qu’aucun des pays s’y étant référé ou s’y référant encore n’a réellement franchi l’étape de transition menant à une société sans classe. Néanmoins, l’évidence et le bon sens indiquent qu’une transformation vers une société sans classes, ou même simplement avec un nivellement réel des différences de classe, ne peut se faire sans transition.

Le fait que la classe révolutionnaire prolétarienne doive s’organiser comme classe capable d’imposer une telle transformation à l’ancienne classe dominante et à ses zélateurs de tous ordres et fonctions, c’est aussi une évidence, et aussi de celles qui fâchent…

 

Pour l’instant historique que nous vivons encore, c’est donc le degré de transformation et la nature des changements opérés qui sont le critère d’évaluation, à défaut d’aboutissement du processus.

 

Un bilan comparatif des diverses tentatives n’est évidemment pas l’objet de cet article, mais bien plutôt de donner au lecteur les clefs, les outils essentiels qui lui permettront de faire lui-même sa propre évaluation.

 

Il importe donc particulièrement, et même, essentiellement, de comprendre ce que Marx et Lénine entendaient par « phase de transition », mais on ne peut pas faire l’impasse sur le concept de dictature du prolétariat :

 

« Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. À quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. »

___K. Marx, 1875, Critique du Programme de Gotha.

 

« L’essentiel, dans la doctrine de Marx, c’est la lutte des classes. C’est ce qu’on dit et c’est ce qu’on écrit très souvent. Mais c’est inexact. Et, de cette inexactitude, résultent couramment des déformations opportunistes du marxisme des falsifications tendant à le rendre acceptable pour la bourgeoisie. Car la doctrine de la lutte des classes a été créée non par Marx, mais par la bourgeoisie avant Marx; et elle est, d’une façon générale, acceptable pour la bourgeoisie. Quiconque reconnaît uniquement la lutte des classes n’est pas pour autant un marxiste; il peut se faire qu’il ne sorte pas encore du cadre de la pensée bourgeoise et de la politique bourgeoise. Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c’est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie. Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat. C’est ce qui distingue foncièrement le marxiste du vulgaire petit (et aussi du grand) bourgeois. C’est avec cette pierre de touche qu’il faut éprouver la compréhension et la reconnaissance effectives du marxisme. »

___Lénine, 1917, L’État et la Révolution, Chap II.

Le but de la transition, l’aboutissement à une société sans classes, cela ne peut se faire sans abolition du capitalisme et c’est bien là le but fondamental de la transition. Une société de transition ne commence clairement qu’avec une rupture d’avec le capitalisme. C’est un processus qui vise à réduire, et le plus rapidement et le plus complètement possible le capitalisme, c’est à dire l’emprise du capital et du capitaliste sur la société, jusqu’ à les faire disparaître, en tant que fonction économique et en tant que classe sociale.

 

Quel est le processus de rupture anticapitaliste entrepris et quel est le niveau de son développement, voilà ce qui permet de distinguer ce qui ressort du socialisme ou non, comme phase de transition et première phase du communisme, et donc ce qui doit donc être le contenu caractéristique de la dictature du prolétariat.

 

Bien évidemment, le degré de transformation d’une société ne peut s’apprécier qu’à partir de l’évaluation d’une situation au départ de la transformation révolutionnaire. De plus, et tout aussi évidemment, ce n’est qu’à partir d’une compréhension approfondie de cette situation que l’on peut envisager les transformations adéquates. C’est pourquoi l’œuvre de Marx repose essentiellement sur une telle compréhension. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, Le Capital est considéré comme l’œuvre majeure de Marx, ce qui correspond effectivement au but principal qu’il avait fixé à son travail, dans la perspective d’une transformation révolutionnaire.

 

Mais c’est clairement aussi là ce qui distingue le marxiste-léniniste de l’économiste bourgeois. Tout en poursuivant cette œuvre majeure de décryptage du système économique capitaliste, Marx restait à l’affût des moindres prises possibles par lesquelles le prolétariat pouvait commencer d’entreprendre une transformation révolutionnaire et abolir ce système.

 

Il n’en va évidemment pas de même de l’économiste bourgeois lorsqu’il tente d’utiliser la somme impressionnante de connaissance économique contenue dans cette œuvre pour ses propres fins de capitaliste. La propension de certains dans cette utilisation les pousse encore assez souvent à se déclarer « marxistes », pour se donner une contenance communicative « progressiste », ou parfois « marxiens », pour éviter d’indisposer leurs pairs libéraux en duplicité…

 

Avec l’évolution actuelle du capitalisme, et non seulement à cause de son développement sur les ruines des anciens pays socialistes, mais aussi par la survivance de leur influence idéologique dans certains pays, c’est l’idéologie marxiste-léniniste elle-­même qui est très souvent victime du même processus de référence abusive, à des fins tout à fait contraires à ses buts initiaux et réels.

 

Les deux démarches idéologiques, qu’elles soient pseudo « marxiste » / « marxienne » ou pseudo « marxiste-léniniste » sont cependant profondément de même nature de classe, bourgeoise et réactionnaire, et, par rapport aux fondamentaux, de l’ordre du révisionnisme.

 

Néanmoins il reste important et même fondamental, pour le marxiste-léniniste contemporain, de comprendre les processus par lesquels s’accumule le capital et pourquoi, en dépit de la tournure exponentielle qu’à pris cette accumulation, depuis quelques décennies déjà, non seulement aucun des problèmes économiques, sociaux et écologiques auxquels le monde actuel se trouve confronté ne sont en voie de résolution, mais de fait aussi pourquoi la « solution », provisoire, précaire et plus apparente que réelle, d’une phase de crise aiguë, n’est que le prélude à une autre phase de crise aiguë, et très probablement encore pire, de l’avis des « experts » bourgeois eux-mêmes !

 

Ces processus d’accumulation exponentielle, quasiment généralisés à travers la planète et encore accentués avec les processus de la mondialisation, n’en sont pas moins très inégaux entre eux, entre les nations et les régions du globe. Ils donnent lieu à des luttes féroces et même systématiquement impitoyables entre nations, groupes de nations et pôles d’intérêts financiers. Cela peut paraître un truisme et une évidence à priori peu utile à rappeler, sauf si l’on considère précisément l’origine de la richesse des nations émergentes, des puissances qui montent par rapport à celles qui déclinent : c’est leur développement économique qui en est la source, et il repose essentiellement sur le développement de leur industrie et donc sur le travail du prolétariat industriel.

 

Aujourd’hui comme hier, et même en tenant compte de tous les progrès de la technique et de la robotisation, c’est le travail humain, et singulièrement, celui du prolétaire industriel, qui reste la source essentielle de la richesse et de la puissance des nations. Et donc, en réalité, dans le système actuel, de l’accumulation du capital !

 

C’est ainsi qu’une évidence triviale, assez médiatiquement répandue par l’économiste et l’idéologue bourgeois et petit-bourgeois permet en fait d’en dissimuler une autre, beaucoup plus fondamentale, en réalité.

 

Le processus d’accumulation du capital par le travail, c’est donc, en fait et ni plus ni moins, le processus d’accaparement de la plus-value crée par le travail du prolétaire.

Cette plus-value est elle-­même une partie de la valeur globalement créée par le travail, au delà du travail déjà accumulé dans les moyens de production et de la partie du travail rémunérée sous forme de salaire et équivalente à ce qui est nécessaire à la reproduction de la force de travail du prolétaire.

Ce salaire est donc la valeur d’échange par laquelle le capitaliste s’approprie la force de travail du prolétaire, tandis que la plus-value résulte de la différence avec le produit global de cette force de travail, qui est sa valeur d’usage, intégralement acquise au capitaliste par le contrat de travail, qu’il soit écrit ou de fait, par simple engagement oral.

 

Cette différence est donc un effet concret des lois économiques du capitalisme telles qu’observées, analysées et décryptées par Marx.

Et principalement, de la loi de la valeur. La loi de la valeur est la loi économique principale à la base de l’étude des processus économiques par Marx. C’est celle qu’il a mis lui-même à la base de son œuvre majeure, Le Capital, et cela dès le Chapitre 1 du Livre I.

 

Il est donc impossible, en réalité de se dire marxiste, ou même de se référer au marxisme, sans une connaissance suffisante de cette loi, sans une étude sérieuse des premiers chapitres du Capital. De même, en lien avec cette loi, le concept de plus-value ne peut se comprendre sans une étude suffisante des passages de l’œuvre de Marx le développant.

 

Avec les moyens modernes, l’œuvre de Marx est désormais en accès gratuit et une lecture thématique est particulièrement simplifiée par ces moyens. Il n’est donc pas question d’en faire ici un résumé, au demeurant tout à fait inutile, mais simplement de pointer les principaux thèmes de lecture qui peuvent guider la recherche du novice.

Ce qui était possible à des militants ouvriers autodidactes, il y a déjà plus d’un siècle, l’est encore bien davantage, aujourd’hui.

 

Comme on le voit ici, dès les premières pages de ce modeste article de présentation, plusieurs lignes de démarcations sont déjà apparentes entre ce qui permet de se considérer marxiste ou non, entre pseudos- « marxistes », opportunistes et révisionnistes, en réalité, et marxistes-léninistes réellement révolutionnaires.

 

Mais ce n’est pas encore là l’essentiel, qui est évidemment le contenu révolutionnaire lui-même que l’on veut donner à la phase de transition, à la dictature du prolétariat.

 

Marx, nécessairement, s’est peu étendu sur les principes économiques de la phase de transition. En effet, s’il avait huit siècles de développement de la société bourgeoise à étudier, depuis son émergence sous la féodalité, il n’avait pas même un siècle d’émergence et de développement du mouvement ouvrier à étudier et tout au plus quelques semaines, avec la Commune de Paris, d’une ébauche d’alternative au capitalisme.

 

Pour autant, on ne peut pas dire qu’il ait éludé le sujet, chaque fois qu’il s’y est trouvé confronté, et son œuvre la plus caractéristique, sur ce thème, est certainement la Critique du Programme de Gotha, où il expose ses idées à ce sujet, en contre-proposition par rapport au projet de programme du parti social-démocrate allemand.

 

Il y expose des principes économiques qui sont dans le prolongement direct de ceux exposés à propos de la loi de la valeur telle qu’à la base de son œuvre majeure, dès le Chapitre 1 du Livre I du Capital. On ne saurait donc lui reprocher un manque de cohérence sur ce sujet essentiel, malgré le petit nombre d’occurrences, effectivement, dans l’ensemble de son œuvre.

 

Mais de plus, et indépendamment de l’espacement dans le temps de ces diverses occurrences, ou même, plutôt, à cause même de cet espacement, ce qui est également frappant, c’est la très grande cohérence entre ces occurrences elle-­même.

 

Et cela dès l’origine de la conception même de son œuvre majeure, dont une partie des bases est généralement considérée comme étant le texte dit des Grundrisse, en 1857-58. Dans le célèbre « Fragment sur les machines », Marx y aborde la question du rapport entre capital, travail et temps libre, encore un sujet étonnamment, mais au fond, assez logiquement, terriblement d’actu…

« Le capital ajoute ceci, qu’il augmente le temps de surtravail de la masse par tous les moyens de l’art et de la science, parce que sa richesse consiste directement en l’appropriation de temps de surtravail ; étant donné que son but est directement la valeur, non la valeur d’usage. Il contribue ainsi, malgré lui, activement à la création des moyens du temps social disponible, tendant à réduire le temps de travail pour la société tout entière à un minimum décroissant et à libérer ainsi le temps de tous aux fins de leur propre développement. Mais sa tendance est toujours de créer d’un côté du temps disponible, et, d’un autre côté, de le convertir en surtravail. S’il réussit trop bien dans la première entreprise, il souffre alors de surproduction et le travail nécessaire se trouve interrompu faute de ce que du surtravail puisse être valorisé par le capital. Plus cette contradiction se développe, plus il s’avère que la croissance des forces productives ne peut plus être enchaînée à l’appropriation de surtravail d’autrui, mais qu’il faut que ce soit la masse ouvrière elle-même qui s’approprie son surtravail. Lorsqu’elle a fait cela – et que, par là, le temps disponible cesse d’avoir une existence contradictoire, alors, d’un côté, le temps de travail nécessaire aura sa mesure dans les besoins de l’individu social, d’un autre côté, le développement de la force productive sociale croîtra si rapidement que, bien que la production soit désormais calculée pour la richesse de tous, le temps disponible de tous s’accroîtra. Car la richesse réelle est la force productive développée de tous les individus. Ce n’est plus alors aucunement le temps de travail, mais le temps disponible qui est la mesure de la richesse. »

En quelques lignes il nous brosse ainsi les grandes lignes de ce que devient l’évolution de la loi de la valeur à travers les grandes phases historiques modernes, du capitalisme finissant à la naissance du communisme dans sa phase supérieure, et donc en résumant de manière on ne peut plus précise et appropriée ce qui est le principe même d’une économie de transition, et en précisant même ses deux aspects majeurs : la réappropriation collective de la plus-value (surtravail), et l’équilibre des échanges entre temps de travail et besoins sociaux.

Ce sont ces deux idées, liées indissolublement l’une à l’autre, qui définissent ce qu’est une économie de transition, quelle qu’en soit la forme concrète, et qu’il reprendra et développera, dix huit ans plus tard, dans la Critique du Programme de Gotha. Dans ce développement, la forme concrète est évidemment beaucoup plus détaillée, en fonction du contexte de l’époque, et certains aspects, comme la forme « bons de travail », peuvent paraître obsolètes, mais ce qui est important est le principe de fond, identique à celui ébauché dès les Grundrisse, alliant fond commun de collectivisation du surtravail (plus-value) et répartition individuelle selon les quantums de travail (valeur-travail), directement basée sur une réutilisation socialisée de la loi de la valeur, telle que définie à la base du Capital.

« Si nous prenons d’abord le mot « produit du travail » (Arbeitsertrag) dans le sens d’objet créé par le travail (Produkt der Arbeit), alors le produit du travail de la communauté, c’est « la totalité du produit social » (das gesellschaftliche Gesamtprodukt).

Là-dessus, il faut défalquer :
Premièrement : un fonds destiné au remplacement des moyens de production usagés;
Deuxièmement : une fraction supplémentaire pour accroître la production;
Troisièmement : un fond de réserve ou d’assurance contre les accidents, les perturbations dues à des phénomènes naturels, etc.

Ces défalcations sur le « produit intégral du travail » sont une nécessité économique, dont l’importance sera déterminée en partie, compte tenu de l’état des moyens et des forces en jeu, à l’aide du calcul des probabilités; en tout cas, elles ne peuvent être calculées en aucune manière sur la base de l’équité.

Reste l’autre partie du produit total, destinée à la consommation.

Mais avant de procéder à la répartition individuelle, il faut encore retrancher :

Premièrement les frais généraux d’administration qui sont indépendants de la production.
Comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, cette fraction se trouve d’emblée réduite au maximum et elle décroît à mesure que se développe la société nouvelle.

Deuxièmement : ce qui est destiné à satisfaire les besoins de la communauté : écoles, installations sanitaires, etc.
Cette fraction gagne d’emblée en importance, comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, et cette importance s’accroît à mesure que se développe la société nouvelle.

Troisièmement : le fonds nécessaire à l’entretien de ceux qui sont incapables de travailler, etc., bref ce qui relève de ce qu’ on nomme aujourd’hui l’assistance publique officielle.

C’est alors seulement que nous arrivons au seul « partage » que, sous l’influence de Lassalle et d’une façon bornée, le programme ait en vue, c’est-à-dire à cette fraction des objets de consommation qui est répartie individuellement entre les producteurs de la collectivité.

Le « produit intégral du travail » s’est déjà métamorphosé en sous-main en « produit partiel », bien que ce qui est enlevé au producteur, en tant qu’individu, il le retrouve directement ou indirectement, en tant que membre de la société.

De même que le terme de « produit intégral du travail » s’est évanoui, de même nous allons voir s’évanouir celui de « produit du travail » en général.

Au sein d’un ordre social communautaire, fondé sur la propriété commune des moyens de production, les producteurs n’échangent pas leurs produits; de même, le travail incorporé dans des produits n’apparaît pas davantage ici comme valeur de ces produits, comme une qualité réelle possédée par eux, puisque désormais, au rebours de ce qui se passe dans la société capitaliste, ce n’est plus par la voie d’un détour, mais directement, que les travaux de l’individu deviennent partie intégrante du travail de la communauté. L’expression : « produit du travail », condamnable même aujourd’hui à cause de son ambiguïté, perd ainsi toute signification.

Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. Le producteur reçoit donc individuellement – les défalcations une fois faites – l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme.

C’est manifestement ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises pour autant qu’il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d’autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que des objets de consommation individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets entre producteurs pris individuellement, le principe directeur est le même que pour l’échange de marchandises équivalentes : une même quantité de travail sous une forme s’échange contre une même quantité de travail sous une autre forme.

Le droit égal est donc toujours ici dans son principe… le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s’y prennent plus aux cheveux, tandis qu’aujourd’hui l’échange d’équivalents n’existe pour les marchandises qu’en moyenne et non dans le cas individuel.

En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni; l’égalité consiste ici dans l’emploi DU TRAVAIL comme unité de mesure commune.

Mais un individu l’emporte physiquement ou moralement sur un autre, il fournit donc dans le même temps plus de travail ou peut travailler plus de temps; et pour que le travail puisse servir de mesure, il faut déterminer sa durée ou son intensité, sinon il cesserait d’être unité. Ce droit égal est un droit inégal pour un travail inégal. Il ne reconnaît aucune distinction de classe, parce que tout homme n’est qu’un travailleur comme un autre; mais il reconnaît tacitement l’inégalité des dons individuels et, par suite, de la capacité de rendement comme des privilèges naturels. C’est donc, dans sa teneur, un droit fondé sur l’inégalité, comme tout droit. Le droit par sa nature ne peut consister que dans l’emploi d’une même unité de mesure; mais les individus inégaux (et ce ne seraient pas des individus distincts, s’ils n’étaient pas inégaux) ne sont mesurables d’après une unité commune qu’autant qu’on les considère d’un même point de vue, qu’on ne les saisit que sous un aspect déterminé; par exemple, dans le cas présent, qu’on ne les considère que comme travailleurs et rien de plus, et que l’on fait abstraction de tout le reste. D’autre part : un ouvrier est marié, l’autre non; l’un a plus d’enfants que l’autre, etc., etc. A égalité de travail et par conséquent, à égalité de participation au fonds social de consommation, l’un reçoit donc effectivement plus que l’autre, l’un est plus riche que l’autre, etc. Pour éviter tous ces inconvénients, le droit devrait être non pas égal, mais inégal.

Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l’état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond.

Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! »

 

En résumé, ce qui ressort du principe économique marxiste de transition, c’est que l’échange entre producteurs reste formellement « marchand », basé sur les quantums de travail, et donc en partie sur la loi de la valeur, mais que la notion de valeur d’échange est réduite à la notion de répartition en fonction des besoins sociaux, tant collectifs qu’individuels, et non plus soumise à la loi de l’offre et de la demande, la loi du marché. C’est en ce sens que l’économie de transition cesse d’être une économie de marché pour, précisément, devenir une économie socialiste.

En Septembre 1917, c’est à dire très concrètement et presque littéralement, à la veille de la Révolution d’Octobre, c’est expressément à ce texte de Marx que Lénine se réfère, dans « L’Etat et la Révolution », pour définir la base économique de l’Etat socialiste futur (Chapitre V).

Pourtant l’histoire nous apprend effectivement que ce n’est pas ce qui s’est produit, sur le terrain, mais près de quatre ans de guerre « civile » en réalité essentiellement attisée par les puissances impérialistes occidentales. Une guerre, qui, après celle de 1914-1917, contre l’Allemagne, a achevé de ruiner l’économie en Russie. Dans ces conditions ce n’est qu’une forme encore bien plus rudimentaire de socialisme, basé essentiellement sur les réquisitions, qui a pu se mettre en place. A la guerre civile vont succéder les huit années de la NEP (Nouvelle Economie Politique), avant la collectivisation réelle de l’ensemble des moyens de production.

 

La NEP comprend effectivement à nouveau un secteur économique marchand, soumis à la loi de l’offre et de la demande, et qui concerne essentiellement le domaine agricole. La terre, bien qu’entièrement nationalisée en Octobre 17, reste donc néanmoins, pour sa plus grande part, allouée individuellement aux agriculteurs.

 

Le secteur économique socialiste comprend l’essentiel de l’industrie, et surtout, de l’industrie lourde, mais aussi déjà quelques fermes d’Etat collectives (Sovkhozes) et quelques coopératives (Kolkhozes). Les Stations Machines Tracteurs, base de la mécanisation de l’agriculture et de la synergie économique entre industrie et agriculture socialistes naissent déjà par initiative spontanée de l’interaction Sovkhozes/Kolkhozes/Industrie Lourde.

 

Le secteur Capitaliste d’Etat comprend les entreprises d’économie « mixtes » à capitaux à la fois publics et privés, incluant les « joint-ventures », concessions à capitaux en partie étrangers.

 

En « mixte » ou en « privé » les concessions étrangères ne représenteront jamais qu’une part dérisoire des forces productives, et il n’y a plus aucune forme de capital financier en Russie (Pas de Bourse).

 

Le Capitalisme d’Etat, sous la NEP, ne représente au total qu’une part ultra-minoritaire des forces productives, et ne peut en rien caractériser la nature de classe de l’Union Soviétique à cette époque, où l’Etat prolétarien conserve le contrôle des prix et où le secteur socialiste reste dominant dans l’industrie.

 

Néanmoins, l’influence néfaste du marché reste importante, et après une amélioration du développement, les premières années, entraîne déjà une succession de crise, « crise des ciseaux », « crise des grains », qui ruinent à nouveau le pays et obligent à mettre fin à la NEP, à partir de 1928. C’est l’échec de la NEP qui est la cause de la crise, et non la collectivisation, qui, au contraire, dès le début des années 30, apporte un nouveau développement économique, exponentiel et durable, qui permettra d’arrêter les armées nazies aux portes de Moscou, une douzaine d’années plus tard !

 

Tant la NEP que la période de collectivisation, même si, de part la contrainte des circonstances historiques, elles n’ont pu suivre le principe économique de transition stricto sensu, n’en sont pas moins deux formes concrètes d’économie de transition socialiste.

 

Au cours des années 20 la polémique faisait rage, en Union Soviétique, entre les économistes, au sujet des principes économiques actifs ou à mettre en œuvre.

La majorité d’entre eux, influencés par les idées gauchistes, pensaient que la loi de la valeur devenait caduque dans le secteur socialiste et refusaient donc d’en tenir compte. Cette tendance est restée majoritaire jusqu’au début des années 50, contrairement à une idée reçue à ce sujet.

Tout aussi paradoxalement, en rapport des idées reçues, Trotsky, bien qu’il se soit positionné en leader de l’ « Opposition de gauche », s’est toujours positionné en faveur de l’influence du marché sur l’économie, y compris concernant le secteur économique étatique « socialiste », qui, dès lors, aurait donc cessé de l’être… :

« L’assainissement des relations économiques avec les campagnes constituait sans nul doute la tâche la plus urgente et la plus épineuse de la Nep. L’expérience montra vite que l’industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. Le plan ne saurait reposer sur les seules données de l’intelligence. Le jeu de l’offre et de la demande reste pour lui, et pour longtemps encore, la base matérielle indispensable et le correctif sauveur. »

___Léon Trotsky, La Révolution trahie, 1936

Tout aussi en contradiction avec les idées reçues, c’est Staline qui tente, dès la fin des années trente, de ramener les économistes soviétiques à plus de raison, lors du projet de rédaction d’un manuel d’économie. Mais à nouveau en raison de la guerre, ce projet ne reverra donc le jour qu’au début des années cinquante et ce débat trouvera une synthèse dans « Les problèmes économiques du socialisme en URSS », texte qui en résume les principaux éléments, tout en faisant à nouveau clairement référence aux principes de la Critique du Programme de Gotha .

Toutefois, la contre-révolution khrouchtchevienne, à partir de 1953, mettra un terme à ce projet de réforme révolutionnaire et introduira, au contraire, des réformes contre-révolutionnaires favorables à la renaissance de l’économie de marché, notamment en démantelant les Stations Machines Tracteurs, entraînant une nouvelle crise agricole.

Ainsi, en pratique, la période socialiste de l’URSS se termine au milieu des années cinquante. A partir de Khrouchtchev l’URSS continue de résister à l’impérialisme US, mais sur une base nationale bureaucratique bourgeoise, et non plus socialiste.

A la même époque, la Chine de Mao Zedong se constitue elle aussi en Etat national bureaucratique bourgeois et pseudo- « socialiste », sur un modèle économique « communaliste » (Communes populaires), encore plus désastreux sur le plan économique et social (« Grand bond en avant », 16,5 millions de morts officiellement reconnus en Chine). A partir de 1972 Mao passe carrément du côté de l’impérialisme US et les dollars commencent à affluer en Chine. Près d’un demi-siècle d’économie kollabo-comprador permettront néanmoins à la Chine d’accéder au rang de seconde puissance mondiale, là où il avait suffit d’une douzaine d’années à l’URSS, tout en restant indépendante et en mettant à terre la puissance nazie.

 

Seconde puissance économique mondiale, la Chine est aussi la seconde puissance mondiale en termes de capitalisme financier, et pourtant elle ne dédaigne pas de se réclamer du socialisme et même, du marxisme-léninisme : « économie de marché socialiste », ce qui doit donc se lire, concrètement, « capitalisme financier socialiste », un oxymore qui prête à sourire mais que cette même puissance financière et son « rayonnement bénéfique » permettent assez facilement d’ « accréditer » auprès d’une partie de plus en plus importante de la gauche française, entre autres…

 

Mais la problématique du capitalisme financier et de l’impérialisme, c’est ce que nous aborderons dans la partie suivante…

[ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/05/19/marxisme-leninisme-marx-lenine-ml-en-deux-mots-cest-quoi-partie-2/]

 

Luniterre

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui a VRAIMENT intérêt à effacer la véritable mémoire historique du Goulag?

 

 

Disparition des radars « scientifiques » du CNRS de la source historique concernant les vrais chiffres des victimes du Goulag

 

 

En cliquant sur le lien…

 

 

 

 

 

 

Qui a VRAIMENT intérêt à effacer la véritable mémoire historique du Goulag?

 

 

Manque de chance pour les « historiens » faussaires professionnels appointés avec les deniers du contribuable, on a conservé, sur TML, une copie de ce doc désormais introuvable en versionPDF, autrement sur le net…

(NDLR: le doc existe encore en version « images », page par page, accessibles sur JSTOR, ou il est assez simple d’obtenir un compte)

 

 

Victims of the Gulag

 

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/05/victims-of-the-gulag.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

… D’AUTRES EXTRAITS CONTENANT DES DIAGRAMMES SIGNIFICATIFS, QUOI QU’ON EN PENSE…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SUR LE MÊME THÈME, histoire de l’URSS, voir aussi:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/11/06/en-reponse-au-mensonge-mediatique/

ET

https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

 

 

 

 

 

 

https://lhistoirenmarche.wordpress.com/2018/10/09/louis-aragon-epilogue-1960/