Ian Donovan sur « Socialist Fight »: une thèse sur le conflit Israël-Palestine

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Ian Donovan

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sur  « Socialist Fight » :

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une thèse sur le conflit

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Israël-Palestine

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Palestine 2000 

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Ce texte, initialement publié sur le blog anglais Socialist Fight, nous est proposé à la publication par le camarade Viriato, qui en a assuré la traduction.

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De tous les pays capitalistes et/ou impérialistes avancées d’aujourd’hui, Israël vient en second lieu, après seulement les États-Unis, dans la menace qu’il représente pour l’avenir de l’humanité. Israël est une entité impérialiste artificielle introduite au Moyen-Orient de l’extérieur, et consolidé par l’expulsion de la majorité de la population autochtone arabe palestinienne. En conséquence, il est dans un état de conflit permanent avec les Palestiniens, qui ont une conscience nationale double : à la fois comme Palestiniens et aussi dans le cadre des aspirations nationales des peuples arabes de l’ensemble du Moyen-Orient.


Israël a été entièrement construit sur le territoire volé par la force à une population indigène qui se trouve sur un niveau culturel beaucoup plus élevé que les victimes autochtones des précédents états de colons associés de la colonisation européenne, comme les États-Unis et l’Australie. Israël est en conflit avec des arabes qui ont une conscience nationale moderne et une plus grande cohésion que la plupart des autres populations autochtones complètement dépossédées. Israël s’est donc armé jusqu’aux dents et il est devenu un État garnison, stockant probablement des centaines d’armes nucléaires, et menace de destruction la population des États semi-coloniaux arabes qui l’entourent quand il croira perdre sa suprématie.


2. Ce qui distingue Israël est que, contrairement aux précédents états de colons peuplées par des colonialistes issus de nations impérialistes et qui les ont conquis dans le cadre d’un projet impérial, Israël n’a pas de «mère-patrie». Il a été peuplée par une partie de la population juive de plusieurs pays, dans le cadre d’un accord entre le mouvement sioniste et le colonialisme britannique pendant la Première Guerre mondiale. Le mouvement sioniste était un mouvement nationaliste unique, politiquement dirigée par une partie de la bourgeoisie juive dans plusieurs pays capitalistes avancés. Cet accord a conduit pendant plus de trois décennies à une guerre réactionnaire d’indépendance nationale partiellement contre les Britanniques, mais principalement contre la population arabe et a été accélérée progressivement par l’immigration juive, dans le contexte de l’assassinat en masse des Juifs d’Europe par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.


Avec les États coloniaux classiques, qui ont une «mère-patrie», le caractère de son pouvoir joue un rôle majeur dans la détermination de la nature de l’État des colonies qui s’en dégage par la suite. Mais dans un sens, «la mère patrie» d’Israël est le mouvement sioniste lui-même, pas la Grande-Bretagne, qui a seulement joué un rôle favorable dans la fondation d’Israël en agissant comme un tiers parti. Par conséquent, le caractère du mouvement sioniste lui-même est décisif pour déterminer le caractère d’Israël.


Il est crucial pour les communistes en particulier dans les pays impérialistes occidentaux, des pays qui sont les soutiens d’Israël en termes d’aide, et ses armuriers, d’avoir une idée claire des forces dans le monde qui soutiennent Israël dans sa guerre contre les Palestiniens. Ceci, parce que, contrairement aux dictatures alliées de l’Occident, dont les classes dirigeantes sont obligés de maintenir une certaine distance politique, Israël est ouvertement mis dans leur giron comme une soi-disant «démocratie» et traitée comme une partie de la «famille» des nations «civilisées». Cela signifie ignorer que la «démocratie» juive d’Israël a été obtenue en expulsant la majorité de sa population arabe; sans cette expulsion, un État juif serait impossible.


Pour les internationalistes communistes, aucune pierre ne peut être laissé sans être retournée ou considérée comme tabou, lorsqu’on démasque les bases réelles de soutien à l’oppression des Palestiniens dans les pays occidentaux. Ne pas le faire est trahir l’internationalisme et les Palestiniens.


3. L’observation empirique montre que seul Israël a organisé des bases de soutien dans les classes dirigeantes de plusieurs pays impérialistes, principalement aux États-Unis, et en Europe occidentale (y compris au Royaume-Uni). Aux États-Unis, l’AIPAC (Comité d’action politique américano-israélienne) fonctionne en exerçant une grande influence dans les deux partis politiques principaux; au Royaume-Uni, on trouve de puissantes factions «d’amis d’Israël» dans les trois grands partis; les Amis conservateurs d’Israël en particulier englobent 80% des députés conservateurs. Ceci constitue un niveau impressionnant de parrainage du principal parti de la classe dirigeante britannique; il trouve écho dans les autres partis et cette idéologie pro-Israël a un niveau similaire parmi la classe dirigeante, à ce qu’était l’hégémonie de l’anticommunisme pendant la guerre froide.


Ce soutien de la classe dirigeante a une base matérielle, et pas seulement en termes de l’ancienne realpolitik impérialiste. Comme le regretté Israël Shahak, survivant du génocide et pendant plusieurs décennies longtemps défenseur des droits des Palestiniens en Israël, l’a écrit dans un travail très important sur la question juive:


« Le soutien américain à Israël, ne peut pas être considéré dans l’abstrait, mais dans les détail concrets, ne peut être suffisamment expliqué que comme résultat des intérêts impériaux américains. La forte influence exercée par la communauté juive organisée aux États-Unis, à l’appui de toutes les politiques israéliennes, doit être prise en compte afin d’expliquer les politiques au Moyen-Orient des administrations américaines. Ce phénomène est encore plus marqué dans le cas du Canada, dont les intérêts au Moyen Orient ne peuvent pas être considérés comme importants, mais dont le dévouement loyal envers Israël est encore plus grand que celui des États-Unis. Dans les deux pays (et aussi en France, Grande-Bretagne, et de nombreux autres Etats) les organisations juives soutiennent Israël avec la même loyauté que les partis communistes ont accordé à l’URSS pendant si longtemps. Aussi, de nombreux Juifs qui semblent être actifs dans la défense des droits humains et qui adoptent des points de vue non conformistes sur d’autres questions, dans les cas touchant Israël, affichent un remarquable degré de totalitarisme et sont à la pointe de la défense de toutes les politiques israéliennes. Il est bien connu en Israël que le chauvinisme et le fanatisme affichée par les Juifs de la diaspora, qu’ils déploient en soutenant Israël, est beaucoup plus grand (surtout depuis 1967) que le chauvinisme montré par le juif Israélien moyen … « 

(Histoire juive, religion juive: le poids de trois mille ans , 1994, p102).


L’influence que les organisations juives sont capables d’exercer dans la politique impérialiste ne sont pas le produit du «vote juif» ou même d’un certain «pouvoir de lobbying» mystérieux à leur disposition, comme est dit pudiquement par certains critiques qui craignent d’être faussement accusés de racisme. Le vote juif dans les pays impérialistes est électoralement minuscule. Aux États-Unis autour de 2% de la population est juive, et il n’y a aucune raison, en termes strictement numériques, pour qu’un «lobby» basé sur un si petit pourcentage de la population doive avoir le pouvoir non seulement de forcer le gouvernement américain à adopter le soutien le plus servile aux actions très brutales d’Israël, mais aussi d’être capables de détruire les carrières des politiciens qui s’opposent à de telles actions.


4. C’est toutefois expliqué par un fait saillant: la surreprésentation juive dans les classes dirigeantes des États-Unis et dans d’autres pays. Pour les États-Unis, qui sont l’état le plus puissant dans l’histoire humaine, vous pouvez facilement trouver des sources juives éclairés qui placent la représentation des Juifs parmi les milliardaires, les éléments les plus puissants de l’élite capitaliste, entre 40 et 48% – près de la moitié

( voir par exemple http://www.jewishworldreview.com/joe/aaron101007.php3  ).


Ceci est la seule explication logique et cohérente de la puissance d’un tel lobby. Ce fait doit être envisagé sans crainte par les marxistes, indépendamment de tout malaise qui peut résulter de la confrontation des préjugés largement répandus en ce respect (parce que s’en est ainsi). De tels préjugés prétendent, au contraire, qu’essayer d’analyser de telles questions factuelles est en quelque sorte du racisme. Les ignorer de cette manière est en soi un acte de trahison contre ceux qui subissent les crimes qui résultent de cet état de choses, et en ce sens c’est une position chauvine.


Une analyse matérialiste du pourquoi cela arrive est crucial. Ceci est une question très complexe et difficile, et il y a d’énormes pressions sociales exercées sur ceux qui voudraient essayer de l’analyser. L’histoire du génocide contre les Juifs dans la première moitié du 20e siècle est impitoyablement utilisé par les propagandistes du projet sioniste pour justifier les crimes d’aujourd’hui contre les Palestiniens. Non seulement cela, mais dans la période antérieure les antisémites ont exploité la structure sociale atypique des Juifs – leur surreprésentation dans les affaires et la finance – comme une composante importante de l’idéologie paranoïaque, raciste qui a conduit au génocide nazi en Allemagne et en Europe. Cette histoire est également exploitée aujourd’hui contre les critiques de ce phénomène. Cependant aussi difficile qu’il soit de répondre aux problèmes d’aujourd’hui à cet égard, le défi de produire une analyse matérialiste cohérente ne peut être esquivé. Aujourd’hui, alors que les Palestiniens sont confrontés aux massacres unilatéraux réguliers et aux menaces d’expulsions massives de leur population, et que les états arabes du Moyen Orient se trouvent en face d’une possibilité réelle d’un génocide nucléaire aux mains d’Israël, la résolution de ce problème idéologique et politique très délicat est peut-être la tâche stratégique la plus cruciale, que les communistes ont à résoudre. Si nous ne pouvons pas faire face à cela, nous pouvons tout aussi bien abandonner toute prétention au communisme et à la révolution.


5. Heureusement, il existe une tradition matérialiste, marxiste et nous pouvons nous inspirer dans l’analyse des origines de cette question. Dans sa forme la plus développée il a été développé par Abraham Léon, un jeune juif marxiste, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Son travail « La question juive, une interprétation marxiste » est l’étude marxiste classique de l’histoire juive, en fondant son point de départ sur le croquis antérieur de Karl Marx sur cette question. Commençant dès l’antiquité, le travail de Léon concerne plus directement à la période allant du début du Moyen Âge à celle du début du capitalisme impérialiste. Son analyse détermine les Juifs comme un «peuple-classe», dont la survie en tant que peuple depuis l’antiquité a été liée à leur rôle en tant que dépositaire du capital marchand, de la distribution des produits de base et du commerce, donc, de cette façon, étranger à la société fondamentalement féodale, où le mode dominant d’exploitation implique la production des valeurs d’usage, pas des valeur d’échange. Le commerce a donc été considérée comme une activité distincte, en dehors de la norme sociale, qui pouvait le mieux être limité aux pratiquants d’une religion «étrangère».


Ceci est quelque peu différent de la question de l’usure, qui ne devint dominante parmi les Juifs qu’avec le déclin du féodalisme et la hausse de l’échange marchand, s’établissant de plus en plus comme la norme. Ceci a provoqué la montée des « marchands indigènes « , ce qui a poussé les Juifs à la marge de l’échange des marchandises sous la forme de l’usure, qui était considéré comme une activité socialement odieuse.


Léon a noté que dans la première période de la féodalité, les Juifs étaient en fait souvent très privilégiés en raison de leur rôle commercial spécialisé. Plus tard, quand leur rôle s’est déplacé à l’usure, l’impôt-foncier, etc., ils sont devenus des intermédiaires de l’exploitation et ont été souvent détestés par la paysannerie exploitée. Plus d’une fois, des événements qui ont été souvent considérés comme des pogroms étaient en fait des révoltes paysannes contre l’exploitation. Dans la période féodale tardive cela a pris une dynamique qui a conduit à la retraite des juifs dans des ghettos et / ou à être conduits d’un pays à l’autre à mesure que leur rôle économique devenait de plus en plus superflu. Ce qui est arrivé à différents moments en Europe Occidentale et en Europe de l’Est. Donc il y a un enchevêtrement tout à fait complexe d’événements qui ont besoin d’être compris. En Europe de l’Est, cette période de déclin et d’oppression des juifs a coïncidé avec le début de la décadence du capitalisme.


Dans la période capitaliste du début, une réalisation majeure des révolutions bourgeoises a été l’ouverture des ghettos, et un commencement a eu lieu pour l’assimilation des Juifs, l’aboutissement logique de la double place de cette classe de négociants médiévaux. Cependant, avec la fin de l’époque du capitalisme progressif, il s’est produit un arrêt et alors s’est produite la montée du sentiment
racialiste anti-juif . Léon a été témoin de la croissance de cette haine, et de la montée du nazisme, et prévoyait que les Juifs resteraient des parias, et ce statut ne serait terminé que par le renversement du capitalisme.


Malheureusement Léon n’a pas vécu pour voir la fondation de l’État d’Israël, et donc pour être en mesure d’analyser la question juive dans la période de post-Seconde Guerre mondiale. Il périt à Auschwitz en 1944, à l’âge de seulement 26 ans. Ses écrits sur l’histoire étaient sur place; ses spéculations sur les développements futurs ne se réalisèrent pas, puisque les Juifs ne sont plus des parias, mais ont été réabsorbées par l’impérialisme plus tard lors d’une situation politique différente. Mais étant donné que son analyse historique était correcte, il devrait être possible de reprendre le fil à l’endroit où il l’avait laissée et, en utilisant la même méthode, d’analyser correctement la situation actuelle.


6. L’inutilité (historique, économique) de toute classe sociale, y compris d’un peuple-classe, se traduit par sa dissolution et par l’absorption de ses membres dans d’autres classes. Ce processus a commencé avec l’émancipation des Juifs après les révolutions bourgeoises telles que définies par Léon et mentionnées ci-dessus. Les membres de l’ancien peuple-classe ont été absorbés dans la bourgeoisie, dans la classe ouvrière (notamment un artisan-prolétariat), et dans diverses couches de la petite bourgeoisie urbaine. En tant que peuple avec des siècles d’expérience dans le commerce des marchandises – c’est à dire, le maniement du capital marchand – avant l’ère capitaliste proprement dite, ils avaient des avantages culturels majeurs pour opérer au sein de la bourgeoisie. Ils avaient accumulé plus de «capital culturel» dans les domaines notamment du commerce et de la finance que la majorité bourgeoise «indigène» dans les nations qu’ils commençaient à intégrer.
Dans les premiers stades du capitalisme, cela n’a pas eu d’importance, car le système se développait si fortement qu’il y avait de la place pour beaucoup de monde dans les classes capitalistes en développement qui dominaient ce qui sont devenus les pays occidentaux. La bourgeoise juive a prospéré avec d’autres bourgeois et l’assimilation semblait être en bonne voie. Mais avec le début du déclin du capitalisme à la fin du 19e siècle, tout à coup cela n’a pas été tout aussi rose. Avec le rétrécissement de la croissance capitaliste, l’avènement de la dépression, quelque chose de semblable récidiva de ce qu’était arrivé dans la période mi-médiévale.
A l’époque du mi-médiévale les Juifs étaient considérés comme des concurrents insidieux par une classe des marchands «natifs» montante et qui ont entrepris de les chasser du champ mercantile dans le champ dégradé de l’usure. Dès la fin du 19e siècle, les capitalistes juifs ont été vus d’une manière similaire par de nombreux capitalistes «indigènes» en Europe, et même s’ils n’ont pas été chassés de la même manière, cette hostilité est devenue l’un des composants de l’antisémitisme moderne.


Cette hostilité se serait probablement éteinte dans le temps si n’était  apparueune autre composante de ce même antisémitisme – l’hostilité bourgeoise au rôle des Juifs dans le mouvement ouvrier. Parce que les Juifs avaient été une classe de parias opprimés sous la fin du féodalisme, les sections de l’ancien peuple-classe qui n’ont pas réussi la transformation en bourgeoisie proprement dite sont devenus parmi les principaux publicistes et les sujets d’une radicalisation progressiste véritable de la classe ouvrière. Tant les travailleurs juifs et les intellectuels juifs ont joué un rôle crucial dans l’aile révolutionnaire du mouvement ouvrier dans de nombreux pays.
Il suffit de mentionner Marx, Trotski, Luxemburg, Jogiches, Joffe, Zinoviev, Kamenev, Abram Léon, et de nombreux dirigeants le plus éminents de la classe ouvrière qui étaient d’origine juive. Ainsi, les juifs révolutionnaires étaient haïs par la bourgeoisie en même temps que les Juifs qui sont devenus des bourgeois et considérés par beaucoup comme des dangereux parvenus par les bourgeois ‘indigènes’ qui pensaient qu’ils avaient trop réussi dans les affaires à leur goût.


Ensuite, vous pouvez ajouter un troisième volet à ceci: le fait que les Juifs avaient joué un rôle important, quoique secondaire, dans des événements émancipateurs antérieurs telles la Révolution française, ce qui leur a valu l’inimitié de forces qui existaient encore et qui étaient hostiles à l’héritage de la révolution bourgeoise elle-même, tels que notamment le régime tsariste en Russie, ainsi que des éléments de la classe aristocratique des Junkers en Allemagne.
Puis il y avait encore une quatrième composante, qui était alors subordonnée, mais qui est devenue beaucoup plus important aujourd’hui avec l’existence d’Israël et son rôle dans le monde. Il y a un élément indéniable de haine anti-gentil et de sectarisme parmi un bon nombre de juifs qui est symétrique à l’antisémitisme, une croyance que les non-juifs n’ont pas été «choisis» et donc sont inférieures et peuvent être traités avec mépris. Cela vient des enseignants rabbiniques et certaines Écritures. Évidemment, les progressistes, les Juifs révolutionnaires ne propageaient pas cela, mais cela existait parmi les rabbins et les éléments juifs les plus conservateurs, et pouvait être caricaturé par les tenants de l’antisémitisme à peu près de la même manière que les islamophobes aujourd’hui caricature certains des plus stridentes passages du Coran, les Hadiths, etc. pour diaboliser les musulmans.


Ce sont les quatre principaux facteurs qui ont donné à l’antisémitisme sa puissance à partir de la fin du 19e siècle. Pour couper court à une longue histoire, la composante prolétarienne de ce que les antisémites classiques considéraient comme la conspiration conjointe des Juifs révolutionnaires et des bourgeois juifs et a été anéantie en Europe par les nazis et leurs partisans dans d’autres pays, en particulier en Europe de l’Est. En Allemagne, les bourgeois juifs ont été en grande partie anéantis aussi, mais pas dans le reste du monde, et pas particulièrement aux États-Unis, où la bourgeoisie juive était déjà très influente et est devenue beaucoup plus à mesure que le temps passait, en particulier depuis la Seconde Guerre mondiale.
Il n’y a pas de jugement moral dans l’observation que les Juifs sont surreprésentés dans la bourgeoisie des États-Unis et d’autres pays avancés. C’est tout simplement un fait important avec certaines implications en politique. S’il n’y avait pas de conscience quasi-nationaliste, ni aucun sens d’objectif commun, cela n’aurait aucune importance. Ce qui le rend important est qu’ils ont un tel but commun aujourd’hui, et aussi un projet commun, qui se manifeste par Israël et le sionisme. Ceci est important pour ceux qui subissent l’oppression israélienne, et pour leurs sympathisants.


7. Pratiquement tous les comptes rendus sur la naissance du sionisme au 19ème siècle, dont ceux des supposés marxistes, parlent du sionisme comme d’une simple réaction à la naissance de l’antisémitisme, et n’analysent pas sérieusement la nature de classe du projet sioniste. Ceci n’est pas précisé; la naissance du sionisme est simplement imputée à des «juifs» indéfinis, en général, ce qui implique une réponse erronée et qui a des implications réactionnaires face à l’antisémitisme.
Cela ne suffit pas en termes d’analyse. Le fait est que le sionisme a toujours été un mouvement semi-national de la bourgeoisie juive, qui avait d’abord réussi à obtenir une part importante des fruits de l’expansion du capital dans l’ère du capitalisme progressif sans accrocs, pour voir cela menacé, seulement quand l’époque impérialiste a commencé. Le problème est que cette bourgeoisie n’avait pas de territoire pour construire une nation autour. Et en tout cas, elle n’était pas nécessairement en faveur de la migration et de couper ses racines dans d’autres pays, même si un territoire leur eut été miraculeusement donnée. Mais le sionisme a estimé qu’il avait besoin d’une assise territoriale, d’une base qu’il pouvait nommer sienne même s’ils ne voulait pas y résider tout le temps. Ceci est facilement compréhensible en termes de conscience bourgeoise et d’une compréhension marxiste de la question nationale, ceci demande juste un degré de flexibilité dans la compréhension et l’application d’outils marxistes d’analyse, un outil qui peut être plus facilement appliquée à d’autres questions nationales plus claires.


Dans la première période du sionisme, évidemment, ce projet quasi-national semblait problématique et il n’y avait pas d’unité au sein de la bourgeoisie juive pour savoir s’il était viable ou non. Mais le projet était bourgeois, et a été largement financé par une partie de la bourgeoisie juive à l’étranger, notamment celle des Etats-Unis. Le manque de soutien de la bourgeoisie juive unanime pour le projet sioniste dans la période antérieure, a signifié qu’il a dû compter sur l’appui de divers courants sionistes de pseudo-gauche développant des déviations nationalistes contraires aux idéaux révolutionnaires qui motivaient les éléments authentiques du mouvement communiste et socialiste d’origine juif.


Ainsi, lorsque Israël a été fondé, ses dirigeants originaux ont été dominées par la tendance nationaliste de la fausse-gauche. Mais malgré cela, la vraie nature du projet sioniste était bien bourgeoise et réactionnaire; et la disjonction entre la conscience et la réalité a depuis longtemps été résolue par la désintégration des sionistes de la fausse-gauche et par la domination de la droite ouverte. La «gauche» a toujours servi de couverture pour la droite, mais maintenant ils ne sont qu’une feuille de vigne pathétique pour aider la droite.
Les juifs ne sont pas une nation, mais ils ont une bourgeoisie pan-national qui avait des aspirations nationales et voulait un atout territorial pour donner une expression à cela. Une fois que ce territoire a été effectivement créé, par des manœuvres avec les puissances impérialistes, cela a conduit à une transformation de la situation. La «Loi du retour» d’Israël donne à tous les juifs qui répondent aux critères d’Israël de qui est un Juif, n’importe où dans le monde, automatiquement les droits de citoyenneté. Ce droit à la citoyenneté israélienne est une force matérielle, et donne à certaines personnes du pouvoir et une préséance sur d’autres personnes. Il donne aux juifs de l’étranger le pouvoir implicite sur les habitants arabes de la Palestine. Il ne fait pas des juifs une nation dans le sens de la célèbre définition de Staline d’une nation dans « Le marxisme et la question nationale », qui contient encore, sans doute, la définition marxiste correcte d’une nation. Mais c’est un changement important qui confère des droits juridiques, nationaux. Cela signifie donc que les Juifs, sous l’hégémonie de leur propre bourgeoisie, comme la plupart des autres peuples du monde vivant sous l’hégémonie de leur propre bourgeoisie, constituent une semi nation sous cette hégémonie.


8. Il y a un projet ethnocentrique commun entre de la classe dirigeante d’Israël et les différentes organisations juives hégémoniques pro-israéliennes bourgeoises dans un certain nombre de pays impérialistes, principalement aux États-Unis. Ce bloc pan-sioniste impérialiste au sein de la bourgeoisie joue un rôle actif dans l’oppression des Palestiniens. Ce courant bourgeois, qui commence dans la classe dirigeante d’Israël, pénètre profondément dans la classe dirigeante américaine (et dans une moindre mesure dans les classes dirigeantes de plusieurs pays impérialistes européens aussi), a certains des attributs d’une formation bourgeoise nationale sans un seul territoire exclusif à elle-même.


Il est donc à la fois une formation impérialiste puissante, et profondément instable. En cette époque de capitalisme en déclin, il joue le rôle d’une sorte «d’avant-garde de la bourgeoisie» – pas tout à fait comme antithèse de l’image marxiste, mais avec des aspirations de ce style. Il a contribué à pousser les bourgeoisies impérialistes limitées à l’échelle nationale à transcender partiellement leurs propres particularismes nationaux. C’est pourquoi la bourgeoisie impérialiste «traditionnelle», fondée sur l’État-nation, ayant surmonté sa peur précédente du rôle prétendument internationaliste prolétarien des juifs à la fin de la Seconde Guerre mondiale, regarde maintenant le «cosmopolitisme» juif et son semi-internationalisme bourgeois comme une bonne chose, et à un degré considérable supporte et suit la direction de la bourgeoisie juive sioniste.


Mais cela est instable, et dépend pour sa cohérence du maintien d’Israël comme un Etat juif. Sans cette entité ethnocentrique dans le Moyen-Orient, les couches juives dans les classes dirigeantes des pays impérialistes se trouveraient sans un noyau pour les unir; leur «internationalisme» (en réalité, leur tribalisme) s’effondrerait, et la bourgeoisie juive aurait tout simplement disparue au fil du temps par l’assimilation dans les classes dirigeantes nationales des pays impérialistes. Cette caricature bourgeoise de l’internationalisme se serait effondré.


D’où le soutien enragé d’Israël par les fractions juive-ethnocentriques bourgeoises dans les pays impérialistes, leur capacité à maintenir un soutien bourgeois plus large, et l’échec des voix en apparence plus rationnelles de la classe dirigeante pour prévaloir sur eux. Ce soutien représente une sorte d’instinct de classe bourgeois de ses intérêts contre le prolétariat, en lui donnant des armes politiques supplémentaires contre les aspirations véritablement internationalistes du mouvement de la classe ouvrière. Malheureusement, en raison du leadership politique inadéquat, la gauche a jusqu’à présent échouée à traiter correctement ce problème.
9. Qu’il soit clair alors, que maintenir le statut d’Israël comme ethnocratie juive est une nécessité stratégique pour la stabilité du capitalisme mondial. Inversement, pour les mêmes raisons, la dissolution de cette tyrannie ethnique et l’assimilation de sa population juive dans un état de choses où tous ses habitants et les réfugiés ont des droits politiques égaux dans toute la Palestine historique est une priorité pour la classe ouvrière dans le monde entier.


10. Il n’y a pas «problème juif» dans le sens que les mouvements racistes de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle ont tenté de le faire croire. Il y a cependant, par l’activité de la bourgeoisie juive un facteur supplémentaire de complexité dans les relations entre les classes dirigeantes impérialistes qui, d’une manière précise, menace le monde avec une barbarie sous une forme nouvelle et inattendue. Voilà pourquoi, à bien des égards, la question Israélo-Palestinienne est actuellement la question la plus cruciale et stratégique de la politique mondiale.

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Ian DONOVAN

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Source:

http://socialistfight.com/2016/01/07/draft-theses-on-the-jews-and-modern-imperialism-by-ian-donovan-6-9-2014/

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