Démocratie prolétarienne et planification socialiste : le rôle de l’informatique et de l’interactivité.

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Démocratie prolétarienne

et planification socialiste :

le rôle de l’informatique

et de l’interactivité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Équilibrer une économie socialiste, cela signifie faire correspondre l’organisation et le développement des forces productives aux besoins sociaux réels de la population, en commençant par ceux qui sont absolument vitaux, et cela inclut aussi la détermination et le choix des besoins collectifs, dans tous les domaines.

Évidemment, c’est l’ensemble qui doit tenir compte des ressources disponibles, qui ne sont pas illimitées. Il y a donc des choix à faire, des choix collectifs, bien évidemment, mais qui doivent aussi tenir compte des besoins pour la consommation individuelle.

En ce qui concerne les besoins collectifs, le recensement paraît plus évident à faire. Avec les moyens modernes de l’informatique et de l’interactivité, ils peuvent clairement être déterminé de manière directe et démocratique, ce que le capitalisme ne saurait évidemment faire, borné qu’il est par ses critères de « rentabilité », y compris, désormais, dans le service public, soumis à la concurrence du « privé ».

On voit bien, par exemple, la dégradation qui s’opère dans les services de santé, le système restant également incapable de mettre un frein aux abus et escroqueries opérées parfois à grande échelle…

En ce qui concerne l’évaluation des besoins de la consommation individuelle, le problème paraît à priori plus compliqué… En réalité, il ne l’est pas forcément. Tout est une question d’organisation et de circulation de l’information.

Ce qui tenait de la gageure, mais n’a pas empêché l’URSS de se développer, tant qu’elle a tenté de s’en tenir aux fondamentaux du socialisme,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

tout cela peut être désormais grandement facilité par les nouvelles technologies et le développement de l’interactivité qui fait de la démocratie directe une application pratique…

La cohérence des principes fondamentaux du marxisme pour la phase de transition avec ces développements technologiques, c’est le thème principal de nos études, ici, sur TML, depuis l’échec des luttes contre la Loi El Khomri, et les leçons que nous avons tenté d’en tirer… Un message difficilement reçu par la plupart des pseudos- »marxistes », plutôt désireux de protéger leur petit cocon gaucho-utopiste et idéaliste bourgeois, en réalité.

Pourtant, une telle réflexion avait déjà été tentée, dès les années 90, et assez paradoxalement, en Grande Bretagne, par un économiste (Cockshott) et un informaticien (Cottrell), restés associés depuis, pour ce combat !

C’est ce que notre camarade WH nous avait signalé, dans une correspondance récente, à propos d’un article datant de 2015 et évoquant ce sujet.

Le défaut de l’article en question est de centrer essentiellement la question sur son aspect technologique et de ne pas faire apparaitr suffisament la différence entre planification réellement socialiste et planification conçue comme élément possible d’un capitalisme national-bureaucratique, tel qu’il avait précisément survécu jusqu’au tournant de années 90 en URSS.

Or récemment, au hasard de nos recherches sur le thème général de la planification, nous avons pu enregistrer un document émanant directement de ces chercheurs britanniques eux-mêmes, et l’on peut voir qu’ils étaient, en réalité, très proches des conceptions que nous avons développé ici, sur TML.

Bien évidemment, cependant, et pour lever toute ambiguïté sur l’interprétation que l’on peut en faire, le débat qui peut en découler doit porter sur le développement de la démocratie directe, par l’interactivité, pour un fonctionnement optimum de ce processus. Afin de nourrir la réflexion et le débat sur ce sujet, nous republions donc l’intégralité de l’article de 2015, en soulignant la présentation des éléments économiques essentiels, et à la suite, la présentation et l’introduction que Cockshott et Cottrell font eux-même de leur travail, avec un lien vers l’intégralité, en doc PDF, de leur excellent  article de 1998…!!

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L’économie planifiée et l’informatique

Publié le janvier 2, 2015 par Progrès Humain

Certes, la maîtrise de l’économie pour un planificateur, comme la maîtrise de n’importe quelle technique pour un ingénieur, n’est pas une tâche simpliste, mais ceux qui osent se réclamer du socialisme et qui rejettent la planification centralisée ne sont que des défaitistes qui baissent les bras au moindre effort et qui par là sont prêts à accepter n’importe quel compromis avec la bourgeoisie et son idéologie.

L’informatique est devenu un élément central et naturel dans la planification. Elle contribue à montrer toute l’actualité de l’économie planifiée, l’information circulerait de manière instantanée, fluide et symétrique entre les différentes unités de production et l’organe de planification, avec la possibilité de connaître au jour le jour le bon déroulement du plan… sans parler des simulations informatiques et des divers procédures mathématiques nécessaires réalisées à une vitesse inimaginable quelques décennies auparavant.

Dans les années 1990 deux universitaires britanniques, Paul Cockshott et Allin Cottrell, un économiste et un spécialiste en informatique, ont montré mathématiquement la viabilité et la supériorité d’une économie centralisée, notamment dans leur ouvrage commun Towards a new socialism (Nottingham, 1993).

On disait autrefois que le calcul central des valeur-travail de toute une économie serait possible que pour le monde de Robinson Crusoé… Aujourd’hui, nous disent les deux auteurs cités, cela serait tout-à-fait faisable grâce à l’informatique moderne. Dans leur livre cité ils ont calculé que la recherche d’une solution en valeur-travail pour 10 millions de produits avec la solution gaussienne, la méthode classique pour résoudre des équations qui calcule la solution exacte, serait beaucoup trop longue. Mais si on prend compte de l’ « éparpillement » de la matrice (compte tenu de la proportion élevée d’entrées zéro) le problème devient plus maniable, l’on peut simplifier davantage en utilisant les techniques itératives et des approximations successives, la répétition du processus rendra les solutions de plus en plus précises jusqu’à obtenir une précision souhaitée. Avec celle-ci le temps de calcul serait réduite à à peine quelques minutes (avec des super-ordinateurs des années 1990) [1]. Ainsi, « avec les ordinateurs modernes, on peut envisager de calculer une liste de valeurs-travail quotidiennement et de préparer un plan de perspective chaque semaine. C’est en quelque sorte plus rapide que ce qu’une économie de marché peut réaliser » [2].

 

On utilise la même méthode pour résoudre les équations simultanées que nécessite la coordination de l’ensemble des inputs et des outputs de l’économie selon les objectifs de production et l’écoulement des divers produits. Selon les calculs des deux auteurs en 1993, sur 10 millions de produits, les calculs nécessaires peuvent être faits en un quart d’heure avec un superordinateur ayant une vitesse de 10 milliards d’opérations par seconde [3].

Aujourd’hui les superordinateurs sont encore plus puissants : « Nous nous rapprochons de la simulation du monde réel… La latence des calculs est si faible que, à toutes fins pratiques, il est en temps réel » disait Bijan Davari, vice-président d’IBM pour les systèmes informatiques de la prochaine génération, en 2008 après la mise sur pied d’un nouveau superordinateur capable de procéder à un million de milliards (un billion) de calculs par seconde [4] ! De nos jours la capacité de traitement des ordinateurs double tous les 18 mois. Cela surpasse de manière extrêmement large les capacités techniques de l’époque soviétique. Grâce au système informatique moderne un plan optimal, ou du moins un plan correct et détaillé, peut désormais être réalisé en un rien de temps.

 

Les auteurs de Classical econophysics, parmi lesquels Cockshott et Cottrell, ont montré que le coût de communications, la fluidité et la rapidité d’une économie centralisée sont supérieurs à l’économie de marché : « Ici la question de savoir s’il faut centraliser l’information est très pertinente. Il est une propriété fondamentale de l’univers qu’aucune partie de celui-ci ne peut affecter une autre en moins de temps qu’il n’en faut à la lumière pour se propager entre elles. Supposons que l’on avait toutes les informations nécessaires réparties autour d’un réseau d’ordinateurs à travers le pays. Assumons que n’importe lequel pourrait envoyer un message à n’importe quel autre. Supposons que ce réseau soit désormais chargé de simuler les états possibles de l’économie afin de rechercher des optimums. L’évolution d’un état simulé à un autre pourrait procéder aussi rapidement que les ordinateurs pourraient échanger des informations concernant leur propre état actuel. Étant donné que les signaux électroniques entre eux se déplacent à la vitesse de la lumière cela serait beaucoup plus rapide que ce que peut réaliser l’économie réelle. Mais la vitesse de l’évolution sera beaucoup plus rapide si nous mettons tous les ordinateurs en étroite proximité les uns des autres [5] ».

La grande vitesse de conceptualisation d’un plan correct et détaillé fournit une justification supplémentaire à ce que les planificateurs fasse plusieurs plans et qu’ils les soumettent au vote de la population par référendum pour que celle-ci garde un contrôle sur son destin.

Il est vrai que les soviétiques avaient tenté de créer une économie planifiée par ordinateurs à partir du début des années 1960 et qu’ils ont échoué, mais il est facile de l’expliquer ; le manque de moyens techniques consacrés (ils ont reçu leur premier ordinateur en 1967) et ce n’est que vers le milieu des années 1980 que les ordinateurs ne devenaient vraiment aptes à servir la planification.

Le soviétologue Alec Nove pensait qu’une économie planifiée serait impossible du fait d’un trop grand nombre de produits alors que le planificateur ne pourrait pas tous les contrôler précisément, « dans un modèle fondamentalement sans marché le centre doit savoir ce qu’il faut faire » alors qu’il « ne peut pas le faire dans le détail micro ». [6] Alec Nove a raison sur un point ; il y a évidemment beaucoup de produits dans l’économie, dans l’URSS des années 1980 il y en avait une douzaine de millions, mais il faudrait déjà prendre en compte le grand nombre de matières premières et de consommations productives et les différents types de biens d’un seul produit pour arriver à une estimation raisonnable de la question, en réalité un être humain n’achètera sans doute pas plus de quelques milliers de produits différents dans toute sa vie. En bref, cette critique qui date de plusieurs décennies n’a plus cours aujourd’hui ; le centre a effectivement désormais la capacité de disposer, en temps réel, de toutes les informations nécessaires et de coordonner tous les inputs et outputs de l’économie. Pour employer une métaphore, la planification informatique centrale est comme avoir toujours son téléphone décroché pour vérifier si quelqu’un appelle, c’est la scrutation, au lieu d’attendre que le téléphone sonne. Plus les compétences de planification sont centralisées, plus la planification est efficace.

Ceux qui prétendent que la planification centralisée devient impossible lorsqu’une société se développe de plus en plus ne se rendent pas compte que les moyens de planification se développent en parallèle de manière infiniment plus rapide !

Notes :

[1] : Cottrell et Cockshott, Towards a new socialism, 1993, éd. numérique, p. 50
[2] : 
Economic planning, computers and labor values, 1999, p. 7, disponible ici
[3] : 
Towards a new socialism, op. cit, p. 78)
[4] : BBC News, Supercomputer sets petaflop pace, 9 juin 2008
[5] : 
Classical econophysics, 2009, édition Routledge, p. 229-230
[6] : Alec Nove,
The soviet economic system, Londres, 1977, p. 86

SOURCE: https://progreshumain.wordpress.com/2015/01/02/economie-planifiee-et-informatique/

 

 

 

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De la Critique du Programme de Gotha

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à la gestion moderne de la planification socialiste,

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un exposé proposé par Cockshott et Cottrell,

en 1998…!

 

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  » Résumé :

L’échec des pays de l’Est ne signale pas l’impossibilité de planification socialiste efficace — c’était une forme particulière de planification qui s’écroula en URSS. Nous présentons un modèle de planification qui s’appuie sur deux bases : la théorie de la valeur travail et l’informatique moderne. Selon ce modèle les travailleurs seront payés en «certificat de travail»(comme chez Marx: Critique du programme de Gotha),et les biens de consommation seront identifiés par leurs contenus de travail (valeurs). Nous établissons qu’on peut calculer ces valeurs au moyen des ordinateurs modernes. Si l’offre planifié et la demande populaire ne s’équilibrent pas en prix qui correspondent aux valeurs, cela signifie qu’il faut modifier les objectifs précis du plan pour la période suivante. En même temps, il faut choisir les méthodes de production par rapport au minimum de travail nécessaire. D’autre part,le plan doit être équilibré. Contre les critiques de la planification (comme A. Nove et les économistes autrichiens) nous démontrons que c’est bien possible, équilibrer un plan national au niveau de plusieurs millions de produits.

 

1. – Introduction

La plupart des ateliers à ce Congrès sont consacrées aux analyses marxistes du capitalisme. Nous avons, certes, besoin de telles analyses, mais le projet marxiste exige de plus une autre sorte de travail théorique: l’élaboration du concept du mode de production socialiste, en particulier le concept de planification socialiste. Pourquoi critiquer le capitalisme? Afin de l’améliorer, comme simple « prise de position » idéologique, ou afin de le remplacer avec un autre mode de production? Seule la dernière de ces raisons est en conformité avec le projet marxiste. Mais l’échec des pays de l’Est et les arguments des économistes autrichiens (Hayek, Mises) ont établi une forte présomption qu’il n’y a aucun alternatif au capitalisme, que la planification socialiste n’est qu’un rêve utopique. D’où la nécessité de préciser de nouveau le concept de planification: sans ceci, la critique marxiste du capitalisme restera au niveau d’histoire morale. Bien sûr, il y a des marxistes qui ont rejeté l’idée de planification, en favorisant le « socialisme du marché ». Dans ce contexte-ci, nous ne pouvons que déclarer notre opposition à cette tendance. Les mécanismes du marché—même s’ils sont « dirigés » par un gouvernement dit socialiste — ne peuvent fournir ni l’égalité, ni la direction consciente de l’ensemble de production sociale, telles que le marxisme classique les a envisagé. D’ailleurs, l’abandon de l’idée de planification de la part des socialistes, semble-t-il, découle du fait qu’ils la croient impraticable. Nous espérons démontrer que cela n’est pas vrai, que l’échec du système soviétique ne signale pas l’impossibilité de planification efficace et démocratique.(…)

 

Le texte complet en doc PDF:

 

Un modèle de planification efficace COCKSHOTT ET COTTRELL

 

SOURCE:

http://ricardo.ecn.wfu.edu/~cottrell/socialism_book/paris_paper.pdf

 

 

 

 

 

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16 commentaires

  1. Une remarque à l’article du camarade Luniterre: Il écrit
    « Le défaut de l’article en question est de centrer essentiellement la question sur son aspect technologique et de ne pas faire apparaitr suffisament la différence entre planification réellement socialiste et planification conçue comme élément possible d’un capitalisme national-bureaucratique, tel qu’il avait précisément survécu jusqu’au tournant de années 90 en URSS. »
    Ils étaient où les capitalistes en URSS avant 1989?
    Peut-il avoir « capitalisme national-bureaucratique » sans capitalistes?
    Evidement non. C’était un socialisme déformé ou dégénéré, non pas un capitalisme quelconque.
    Cette conception qui rejoigne celle des « trotskistes cliffistes » (pour Cliff, pseudo trotskiste britannique défenseur d’un supposé ‘capitaliste d’état’ en URSS) ou les maoïstes qui déliraient aussi sur un inexistant « capitalisme d’état » et même sur l’absurdité d »un « social-impérialisme » sans exportatino des capitaux.

    Mais sa thèse centrale: aujourd’hui la planification socialiste peut être bine plus facile avec les outils techniques modernes, est juste.

    Tout de même, n’oublions pas que la question de la planification en URSS n’était pas seulement ni principalement plombée par l’arriération technique, mais surtout par l’existence d’une excroissance « bureaucratique-nationaliste » qui pompait une bonne partie de la plus-value dégagée par la classe ouvrière et paysanne.

    1. Le camarade Viriato conclut:

      Tout de même, n’oublions pas que la question de la planification en URSS n’était pas seulement ni principalement plombée par l’arriération technique, mais surtout par l’existence d’une excroissance « bureaucratique-nationaliste » qui pompait une bonne partie de la plus-value dégagée par la classe ouvrière et paysanne.


      Qu’est cela, sinon la définition même de la bourgeoisie nationale-bureaucratique dont il nie l’existence quelques lignes plus haut???

      Et qui ne se résume pas à une notion de « capitalisme d’état », même si des éléments de capitalisme d’état en font effectivement partie.

      Luniterre

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