What it’s all about …

FM_TML_2

 

Ce n’est pas parce qu’une idée est bonne qu’elle doit nécessairement réussir…

 

Ce n’est donc pas non plus parce qu’une idée a échoué qu’elle est nécessairement mauvaise…

 Quand le mur de Berlin s’est heureusement effondré, on ne voyait plus que les mauvais côtés du socialisme et les bons du capitalisme…

 

Les mauvais côtés du socialisme tel qu’il était, en voie  de déréliction et d’abandon, ont été un prétexte pour achever de le détruire, de part et d’autre du mur, et non pour tenter de le réformer, de le restructurer sérieusement, et non pas selon une « perestroïka » de pacotille, menée par des saboteurs et des liquidateurs avides de passer au capitalisme, pour leur profit personnel.

Dans les années 90, le capitalisme, quoique déjà en crise latente depuis une vingtaine d’années, se trouvait en principe devant un boulevard pour faire la preuve de sa nouvelle supériorité affirmée…

 Une vingtaine d’années à nouveau ont passées, et les crises à répétition ne font que s’approfondir et s’étendre à toute la planète, sous toutes les formes…

 

Finalement, c’est un état de crise chronique qui s’est imposé !

 Cet état de crise s’amplifie encore alors que le capitalisme n’a plus d’adversaire politique sérieusement organisé…

 

          Alors que le socialisme, lorsqu’il a commencé à se construire en URSS, s’est trouvé tout de suite confronté à la coalition de toutes les autres puissances importantes de la planète…

            Cette opposition systématique et frontale n’a cessé que pour quelques mois, lorsque l’URSS étant parvenue par ses propres forces à résister à la barbarie nazie, son prestige politique imposait alors aux puissances capitalistes de la traiter avec  respect pour ne pas perdre toute influence sur leurs propres peuples…  

            Pourtant, si elle avait pu vaincre le fascisme, le prix à payer en sacrifices humains et en destructions était énorme et disproportionné par rapport aux autres belligérants. C’est un de ces faits d’histoire désormais tout à fait occultés ou déformés par la propagande antisoviétique et anticommuniste.

                 Mais la réalité la plus fondamentale est que la capacité de résistance de l’Union Soviétique avait essentiellement tenu à son formidable développement, de 1925 à 1940, qui l’a amenée au niveau industriel des plus grandes puissances, en 15 ans à peine, à partir d’un pays déjà ravagé par  8 ans de guerre, impérialiste, d’abord, de 1914 à 1917, puis « civile », mais fortement soutenue par l’impérialisme, jusqu’en 1922…

            

                15 ans de construction du socialisme, 15 ans de développement intense, mais pas sans difficultés ni opposition…

  

               Une opposition intérieure, faite de sabotage et de travail fractionniste, pour enrayer la construction du socialisme, tout en se réclamant des idées de la révolution… Combattre le socialisme au nom du socialisme devint alors le seul moyen, après l’échec de la guerre civile.

            Le leitmotiv commun de toutes ces fractions : combattre le drapeau rouge au nom du drapeau rouge, 40 ans avant Mao et sa « révolution culturelle », qui n’a donc rien inventé ! La contre-révolution maoïste s’est seulement avérée plus efficace en raison de l’absence de véritable organisation prolétarienne en Chine.

                Même s’il est nécessaire d’avoir un regard critique sur les excès de la répression, le fait historique du développement qui a permis la victoire de l’Union Soviétique  sur l’Allemagne Nazie reste incontestable et incontournable.  

             Il démontre les possibilités générées par l’édification du socialisme, même dans un seul pays, et en comptant essentiellement sur ses propres forces.

             Dès la victoire de la Révolution Bolchévique, l’idéologie de la bourgeoisie n’a eu de cesse que de dénigrer et de dénaturer la portée réelle du développement de l’Union Soviétique, et ce déferlement de haine médiatique se prolonge encore de nos jours avec des campagnes quasi-officielles de bourrage de crâne pour la jeunesse, telle que le film « Staline, le tyran rouge »…

           Le terrain idéologique était déjà préparé, depuis longtemps, jusque dans les rangs de l’ « extrême-gauche », par les modes et les penchants trotskystes et maoïstes affichés par l’intelligentsia petite-bourgeoise.

         Passer de la critique pseudo-révolutionnaire au dénigrement et à la haine anticommuniste est un parcours plus facile et finalement plus logique pour ces opportunistes, que de continuer à défendre l’héritage de la classe ouvrière internationale, tout en conservant un regard lucide sur la réalité.

           Un regard qui eut permis de transmettre cet héritage aux générations futures, en leur ouvrant la voie à un nouveau départ, sur des bases renouvelées, et sans reniements, ni renoncements, ni capitulation.

 

            Alors que c’est finalement le front commun de la pensée unique antisoviétique, et en réalité, anticommuniste, répandue en France jusque à un niveau élevé dans les rangs du PCF, qui a permis tous les reculs et toutes les défaites des luttes prolétariennes.

 C’est déjà ce qu’exprimait Louis Aragon en 1960 :

 

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent

Les courants d’air claquent les portes et pourtant aucune chambre n’est fermée

Il s’y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés

Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu’on n’en peut plus baisser la herse

 

Quand j’étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges

Ah comme j’y ai cru comme j’y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux

Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux

Et ce qu’il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

 

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon cœur quatre fois y battre

Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant

Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ

Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

 

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous n’aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

 

Bien sûr bien sûr vous me direz que c’est toujours comme cela mais justement

Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l’engrenage

Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage

Est – ce qu’on peut avoir le droit au désespoir le droit de s’arrêter un moment

 

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon cœur quatre fois y battre

Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant

Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ

Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

 

Songez qu’on n’arrête jamais de se battre et qu’avoir vaincu n’est trois fois rien

Et que tout est remis en cause du moment que l’homme de l’homme est comptable

Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d’épouvantables

Car il n’est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

 

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire

Rappelez vous que nous avons aussi connu cela que d’autres sont montés

Arracher le drapeau de servitude à l’Acropole et qu’on les a jetés

Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l’histoire

 

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon cœur quatre fois y battre

Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant

Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ

Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

 

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant

En face pour savoir en triompher Le chant n’est pas moins beau quand il décline

Il faut savoir ailleurs l’entendre qui renaît comme l’écho dans les collines

Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l’ensemble des chants

 

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu’une voix se taise

Sachez le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue

Du moment que jusqu’au bout de lui même le chanteur a fait ce qu’il a pu

Qu’importe si chemin faisant vous allez m’abandonner comme une hypothèse

 

J’écrirai ces vers à bras grands ouverts qu’on sente mon cœur quatre fois y battre

Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant

Je suis le faucheur ivre de faucher qu’on voit dévaster sa vie et son champ

Et tout haletant du temps qu’il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

 

Louis Aragon

 

 

Épilogue

 

Le poème en version PDF:

Aragon___Epilogue___1960