_________________ économie politique du socialisme _________________

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1949-1960

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Chine-URSS

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MARX

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au banc d’essai

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de l’Histoire

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(Contre la « wertkritik »,

_3ème partie )

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Il fut donc un temps où les intellectuels au service du système capitaliste avaient décrété la fin de l’histoire, au motif de l’effondrement de l’URSS…

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L’horizon idyllique de ce mythe s’étant révélé être un approfondissement de la crise, après quelques « bonnes affaires » d’une opportunité éphémère, il leur faut maintenant tenter d’inventer un autre mythe, pour rendormir les consciences réveillées par la violence du réel, décuplée par les maîtres de ces charlatans.

Et pourquoi pas la fin de l’économie? Selon Goebbels, « Plus un mensonge est gros, plus il a de chance d’être cru ». Leur ancêtre en manipulations peut être fier de sa descendance, fut-elle à priori très indirecte.

L’économie politique est en panne d’inspiration pour résoudre la crise du capitalisme? La lutte de classe risque-t’elle à nouveau de le remettre en cause? N’y pensez surtout pas…! Pour abolir le capitalisme?

Allons, allons… Plus simple: abolissons l’économie politique, et le capitalisme ne sera plus un problème, il sera simplement dépassé, si… si…, puisqu’on vous le dit! De plus « on » a lu Marx, et même relu, et re-relu, à tel point qu' »on » en est devenu « marxiens », comme les experts stipendiés du système qui ont déjà organisé la comédie de la « fin de l’histoire » pour relancer un temps les affaires… C’est vous dire…

1 MARX

A quel point cette « relecture » de Marx est « sélective », c’est ce que nous avons déjà constaté dans les deux premiers volets de cette étude. A tel point, même, que lorsqu’ils n’y trouvent pas leur content, ils en réécrivent le texte…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/08/20/contre-la-schizophrenie-neo-gauchiste-de-la-wertkritik-lenine-1-marx-et-ca-repart/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/08/24/contre-la-schizophrenie-neo-gauchiste-de-la-wertkritik-deuxieme-partie/

Pourtant, dans une de ces désormais célèbres « Lettres à Kugelmann », Marx écrivait ceci, qui, au delà du temps, semble leur être destiné:

« N’importe quel enfant sait que toute nation crèverait qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an, mais ne fût-ce que pour quelques semaines. De même un enfant sait que les masses de produits correspondant aux diverses masses de besoins exigent des masses différentes et quantitativement déterminées de la totalité du travail social. Il va de soi que la forme déterminée de la production sociale ne supprime nullement cette nécessité de la répartition du travail social en proportions déterminées : c’est la façon dont elle se manifeste qui peut seule être modifiée. Des lois naturelles ne peuvent pas être supprimées absolument. Ce qui peut être transformé, dans des situations historiques différentes, c’est uniquement la forme sous laquelle ces lois s’appliquent. Et la forme sous laquelle cette répartition proportionnelle du travail se réalise, dans un état social où la connexité du travail social se manifeste sous la forme d’un échange privé de produits individuels du travail, cette forme, c’est précisément la valeur d’échange de ces produits.

Le rôle de la science c’est précisément d’expliquer comment agit cette loi de la valeur. »

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1868/07/km18680711.htm

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Ainsi pourrait-on résumer l’histoire de nos « brillants intellectuels » médiatisés depuis quelques décennies: après avoir tenté de sortir le marxisme du cours de l’Histoire pour se l’approprier comme outil de science économique, voilà qu’ils veulent maintenant tenter d’en empêcher la réappropriation par le prolétariat en en le présentant comme une « négation » de l’économie politique…

La réalité est simplement que la désagrégation et la faillite de leur système se produisent inexorablement selon les analyses de cette science marxiste, quoiqu’ils fassent pour en retarder un tant soit peu l’échéance…

Le brouillard fumeux de la « wertkritik » et de la nuée de « théoriciens » qu’elle a « inspiré » est une de leurs dernières parades pour prolonger cette mascarade et obscurcir les consciences, alors que le réveil social a sonné, en dépit de leurs clairons guerriers impérialistes.

Mais si nous refusons de céder aux bruits de bottes, il y a pourtant un moyen simple de trancher le débat sans détours ni propos dilatoires. On a vu, dans le deuxième volet de notre étude, que Marx avait été amené à préciser concrètement ses idées sur l’économie politique de transition, entre capitalisme et communisme, dans sa « Critique du Programme de Gotha », en réponse aux errements du parti ouvrier allemand en voie de constitution.

Près d’un siècle et demi plus tard, le marxisme est donc passé au banc d’essai de l’histoire…

Si les « experts » qui se penchent au chevet du capitalisme malade sont bien obligés de reconnaitre la puissance des lois économiques méthodiquement dévoilées et expliquées par Marx, on serait donc tenté de penser, en les suivant, que le marxisme a un fort pouvoir d’analyse des crises du capitalisme et des lois qui les régissent…

Mais pourquoi n’en serait-il pas de même pour comprendre les difficultés auxquelles se sont heurtées les première tentatives d’établir une économie socialiste?

Autrement dit, que peut-on apprendre en confrontant les principes d’économie politique ébauchés par Marx dans la « Critique du Programme de Gotha » et la réalité de ce qui a été tenté sur le terrain, pour faire vivre une économie socialiste?

C’est la démarche que nous nous proposons d’expérimenter dans ce volet de notre étude.

Pour ce volet, nous nous concentrerons sur la période qui va du tournant des années 50, à partir essentiellement de la fondation de la Chine Populaire, en 1949, jusqu’au début des années 60. En effet, au début des années 50, l’URSS est à l’apogée de sa puissance et de son développement économique, malgré les ravages de la guerre, et la Chine, ne tarde pas à vouloir affirmer sa propre « voie au socialisme ».

Comprenons nous bien: il ne s’agit pas de faire une étude détaillée des vices et mérites comparés des uns et des autres, mais de comparer précisément les principes essentiels d’économie politique qui ont été mis en œuvre, et de voir si de cette pratique il se dégage effectivement des lois économiques, et en quoi elles sont ou non le prolongement de celles ébauchées par Marx dans la Critique du Programme de Gotha.

Il ne s’agit donc pas de refaire le débat entre les prétendues formes de « marxisme-léninisme » des uns et des autres, tel qu’il s’est institué par la suite, mais de remonter à ses racines sous le terrain du développement économique et social.

Lorsque nous parlons de l’amorce de rupture entre la Chine et l’URSS, il faut nécessairement rappeler que ce n’est pas d’avec le modèle « khrouchtchévien », alors seulement en gestation, que la Chine s’est écartée, mais bien du modèle originel fondé du temps de Lénine et renouvelé sous la période dite « stalinienne ».

C’est ce que la plupart des « maoïstes » d’aujourd’hui ont encore du mal à assumer, quand il s’agit d’en tirer toutes les conséquences.

Dans un premier temps, non seulement Mao et le PC Chinois ont entièrement soutenu le coup d’état khrouchtchévien du 20ème congrès du PC de l’Union Soviétique, mais ils ont remis profondément en cause les principes d’économie politique qui étaient mis en œuvre en URSS depuis la fin de la NEP.

http://chinepop.chez-alice.fr/chinepop/dictprol.pdf

http://chinepop.chez-alice.fr/chinepop/dictprol2.pdf

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Il ne s’agit pas non plus ici de centrer le débat sur les problèmes du culte de la personnalité et des abus d’autorité dans l’exercice du pouvoir, car les erreurs sur ces plans ont été malheureusement et manifestement nombreuses dans les deux cas, et ce n’est pas notre sujet.

Par contre, il est donc possible de voir qu’un débat réel a existé sur les options fondamentales d’économie politique, et qu’il s’est cristallisé autour des nouvelles options prises par Mao, d’une part, à l’occasion du 2ème plan quinquennal chinois, baptisé « grand bond en avant », et les premières « réformes » significatives de l’ère Khrouchtchev, à l’issue du 20ème congrès du PCUS, d’autre part.

Le débat sur les options économiques a donc connu une intensité particulière à partir de 1957.

Mais il faut bien partir du fait que ces deux nouvelles voies, empruntées par la Chine et l’URSS, avaient au moins un premier point essentiel en commun: s’opposer au modèle de développement de l’ère stalinienne.

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Formellement, le débat est en partie faussé, au départ, par le fait que Mao n’a pas tout de suite perçu la rupture de ligne du PC de l’Union Soviétique. Il s’en est pris à Khrouchtchev d’abord comme continuateur de cette politique, et donc en ne l’approuvant, assez logiquement, que lorsque précisément, il était en rupture avec la ligne « stalinienne ».

Par la suite, on a surtout retenu, en occident, les apparences d’une contradiction essentielle entre Mao et Khrouchtchev, peu avant la chute de ce dernier, à travers les querelles dogmatiques prétendument « de principe », sur l’interprétation des classiques du marxisme-léninisme, alors qu’il ne s’agissait déjà plus que d’une querelle purement scolastique, destinée à forger une idéologie de façade, servant à justifier toutes les manipulations utiles aux luttes de clans bureaucratiques, mais n’ayant plus qu’un rapport lointain avec la réalité des enjeux économiques et sociaux, sur le terrain.

Ceux-ci se révéleront davantage, plus tard, à nouveau, avec le retournement définitif de Mao et de la Chine dans le camp impérialiste au tout début des années 70, mais cette période n’est pas le sujet de ce volet-ci.(*)

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Pour ce qui concerne une approche véritablement marxiste, et non scolastique, il faut donc se concentrer d’abord sur une confrontation/correspondance entre les faits avérés de choix économiques sur le terrain et les arguments avancés par les uns et les autres, en rapport avec l’approche que Marx proposait sur la manière dont la loi de la valeur agit dans la période de transition au communisme.

C’est cette approche qui était le sujet du précédent volet de cette étude, et on s’y référera donc, à l’occasion, pour éviter d’en faire la répétition.

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/08/24/contre-la-schizophrenie-neo-gauchiste-de-la-wertkritik-deuxieme-partie/

En ce qui concerne la Chine, Mao ne s’est clairement exprimé sur le sujet, la loi de la valeur en régime socialiste, que pendant, précisément, cette courte période des début du 2ème plan, dit « Grand Bond en Avant ». Mais l’intérêt majeur de ces réflexions de Mao est qu’elles portent comparaison entre les principes qui animent la pensée maoïste et les fondamentaux de l’économie politique soviétique, aboutissement de l’expérience déjà longue de la construction du socialisme en URSS, tels qu’ils ont été développés collectivement par l’Académie des sciences de l’URSS, en 1954, et retranscrits dans cet ouvrage:

MANUEL D’ÉCONOMIE POLITIQUE

ACADÉMIE DES SCIENCES DE L’U.R.S.S.

INSTITUT D’ÉCONOMIE

http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Manuel_d_economie_politique_Moscou_1955.pdf

ПОЛИТИЧЕСКАЯ ЭКОНОМИЯ.

_УЧЕБНИК _Август 1954 г. г.

АКАДЕМИЯ НАУК СССР

ИНСТИТУТ ЭКОНОМИКИ

http://bolshevick.org/books/politekonomiya.pdf

Les textes de Mao sur le sujet ont été regroupés, en 1975, en Français, par un chercheur officiant au CNRS, M. Hu Chi-hsi, et publiés aux éditions du Seuil, sous le titre:

Mao Tsé-Toung et La construction du socialisme

– Modèle soviétique ou voie chinoise

Dans cet ouvrage, les tout premiers textes critiques de Mao, abordant les questions économiques, portent essentiellement leurs critiques sur cet ouvrage de Staline:

Les problèmes économiques du socialisme en URSS

où Staline répond lui-même directement, en 1952, à quelques propositions faites au cours du débat pour la rédaction du Manuel. Ses réponses portent précisément et essentiellement sur cette question de la loi de la valeur.

Mao, dans ses textes sur le sujet, lui répond également, en quelque sorte, par delà les années, en une sorte de dialogue devenu intemporel, si l’on considère le caractère trans-historique des lois de l’économie…

Et donc, si l’on rapporte, par contre, les propos de chacun au contexte historique dans lequel ils ont été écrits, ce ne sont pas les matériaux qui manquent pour notre propos:

La pensée de Marx sur la période du communisme de transition au banc d’essai de l’histoire…!

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On a déjà vu, dans la deuxième partie de notre étude,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/08/24/contre-la-schizophrenie-neo-gauchiste-de-la-wertkritik-deuxieme-partie/

que l’équilibre économique d’une société socialiste repose sur l’adéquation entre la définition des besoins collectifs, comprenant à la fois la réalisation des infrastructures, des services publics, la satisfaction des besoins sociaux à travers ces services et infrastructures, et aussi la part des biens restant la propriété individuelle des travailleurs, d’un même côté de la balance, pourrait-on dire, et de l’autre, la somme des Quantums de travail nécessaires à leur réalisation.

Comme on l’a également vu, cette notion de Quantum de travail est telle que nous l’empruntons directement à la théorie de Marx sur la loi de la valeur. Elle signifie la quantité de travail humain socialement nécessaire à la réalisation de ces objectifs.

Elle est basée sur le temps de travail moyen nécessaire à la production envisagée, en fonction des moyens techniques disponibles. Elle n’est donc pas arbitraire, même si elle repose sur une étude de nature statistique. Elle doit évidemment évoluer en fonction de l’évolution des moyens techniques disponibles.

Comme on le voit à nouveau, il s’agit donc bien d’un échange, mais d’un échange collectif entre travailleurs, avec une correspondance entre les besoins sociaux exprimés et les forces productives disponibles.

C’est pourquoi on ne peut pas dire, en régime socialiste, que la loi de la valeur est abolie.

Néanmoins, dans ce type d’échange, la notion de profit, au sens capitaliste du terme, doit être totalement exclue, ainsi que la notion d’accumulation de capitaux qui lui est liée.

Évidemment, cet équilibre doit aussi tenir compte de la nécessité de développer les forces productives en fonction des besoins non encore satisfaits par les moyens existants, et tout aussi évidemment, de renouveler, en fonction de leur vétusté, ceux existants déjà.

Ce qui est important, c’est que cette règle d’équilibre exclut la loi du marché.

De sorte que la notion de valeur, la loi de la valeur, telle qu’elle s’applique à cette étape du socialisme, ne joue plus le rôle essentiel qu’elle a dans la société capitaliste comme régulation de la production, et qui s’exerce uniquement en fonction des besoins solvables, engendrant ainsi cet état de crise que nous subissons actuellement.

C’est la règle de l’équilibre entre besoins sociaux et quantums de travail nécessaires qui règle la production en régime socialiste.

Évidemment, cela implique des choix politiques, des choix de politique économique. Les objectifs à atteindre , politiques et économiques, doivent tenir compte de la limite des moyens disponibles, dans tous les domaines.

Que ce soit faute de tenir compte de l’équilibre et/ou des limites, l’échec est, assez rapidement, inévitable.

Dans notre recherche d’évaluation des tentatives passées d’établir le socialisme, c’est par rapport à cette recherche d’équilibre que les situations concrètes et les débats qui s’y rattachent doivent être considérés.

Comme on l’a également vu, dans la première phase du socialisme, un secteur de petite production privée risque de devoir subsister un certain temps. Il peut se présenter sous plusieurs formes, soit artisanales, soit de petite production agricole.

Il peut également se présenter sous forme coopérative.

Dans les expériences passées, le mouvement coopératif a régulièrement joué un rôle important.

Dans les deux cas, privé ou coopératif, il s’agit donc de survivances de production marchande.

Dans le premier cas, au sens strict du terme.

Dans un état socialiste, c’est évidemment le secteur socialiste qui doit être dominant, et même, très largement dominant.

De la façon de traiter les rapports entre les deux secteurs peut dépendre l’évolution globale du système.

Cette coexistence suppose la persistance d’un échange de type monétaire.

Du rôle qu’on lui assigne et des limites qu’on lui met peut également dépendre l’évolution globale du système.

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Selon la façon de gérer cette coexistence, la nature socialiste du système peut éventuellement être remise en cause.

C’est donc, possiblement, un des facteurs d’échec et de remise en cause, mais, comme on le verra, ce n’est pas le seul.

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En URSS la survivance de la production marchande provenait essentiellement du double système de production agricole, avec, à côté des fermes d’État, les sovkhozes, l’existence d’un système coopératif important, les kolkhozes.

Le budget de fonctionnement du kolkhoze et les revenus des kolkhoziens dépendaient de la vente des produits du kolkhoze.

Les sovkhozes, fermes d’État, étaient donc moins soumis à des contraintes d’efficacité à court terme, mais ils avaient plus de facilités pour expérimenter de nouveaux matériels, de nouvelles techniques, transposables aux kolkhozes par la suite, et aussi plus de disponibilité pour la mise en culture de terres vierges, pour la remise en état de terres abandonnées.

C’est cette dualité de fonctions qui a permis le développement intense de l’agriculture jusqu’à la guerre,

http://www.persee.fr/docAsPDF/geo_0003-4010_1941_num_50_282_11692.pdf

et qui a largement contribué à la reconstruction du pays, au fur et à mesure de la libération des zones rurales, dès 1943.

http://www.persee.fr/docAsPDF/geo_0003-4010_1946_num_55_300_12551.pdf

 

http://www.persee.fr/docAsPDF/estat_1149-3755_1950_num_5_1_9457.pdf

 

Mais cette complémentarité ne pouvait être fonctionnelle qu’en lien avec l’industrie d’État, qui produisait les tracteurs et les machines agricoles.

L’État restait propriétaire des tracteurs et matériels lourds, qui étaient mis à disposition, dans le cas des kolkhozes, via des Stations de Machines et Tracteurs, avec du personnel technique spécialisé, dans une sorte de partenariat fondé sur un échange direct, réglé en nature sur une part des récoltes, ce qui évitait aux kolkhozes de s’endetter.

Cet échange direct permettait à la fois de réduire la sphère d’influence de la production marchande et de l’économie monétaire en URSS et d’assurer le développement d’une partie essentielle de l’industrie des moyens de production, tout en contribuant à l’approvisionnement des villes.

C’est ce système économique, ainsi brièvement résumé, qui est au cœur des débats économiques des années 50, aussi bien en URSS qu’entre la Chine et l’URSS, avec l’intervention critique de Mao Zedong, voulant affirmer la « voie chinoise au socialisme ».

Concrètement, le débat s’est cristallisé autour du sort qui devait être fait aux Stations de Machines et Tracteurs.

En effet, par bien des côtés il s’agissait, pour les kolkhozes, d’un système d' »économie mixte », pourrait-on dire aujourd’hui…

D’un côté une dépendance à l’égard de la production marchande, et de l’autre un échange direct d’équivalents en valeurs de travail.

Ne valait-il pas mieux transformer globalement les kolkhozes en sovkhozes, fermes entièrement étatisées, et liquider ainsi la production agricole marchande?

Ou bien au contraire, vendre les tracteurs et les machines aux kolkhozes, en toute propriété, leur laissant la responsabilité économique et technique de leur entretien et de leur renouvellement?

Ou bien encore, prolonger le statu quo d’un système qui avait déjà fait ses preuves, dans des conditions particulièrement difficiles, tant à l’issue de la NEP, dans les années 30, qu’à la libération du joug nazi?

C’est à travers ces questions que s’est manifesté le débat sur le maintien et le rôle de la production marchande en système socialiste.

Et, assez logiquement, sur le rôle et l’influence de la loi de la valeur, sur sa persistance ou non, et sous quelle forme.

La notion de « mixité » entre production marchande et production socialisée est du reste plus une image moderne , commode pour parler de l’économie de l’URSS au début des années 50, qu’une réalité sur le terrain. Car en effet :

 » (…)notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (État, kolkhozes, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste et doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste  »

(Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

On a déjà vu, dans le volet précédent de notre étude

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/08/24/contre-la-schizophrenie-neo-gauchiste-de-la-wertkritik-deuxieme-partie/

 

comment pouvait se définir économiquement, d’après le texte de Marx sur la Critique du Programme de Gotha, la part revenant au producteur pour sa consommation et ses biens personnels.

C’est cette part que Marx définissait comme un « bon de travail », pour:

qu’« il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme. »

De sorte que dans un système socialiste où subsiste une part réduite de production marchande, mais où aucun des acteurs économiques n’intervient en tant que capitaliste, c’est ce nouveau type d' »économie monétaire » qui joue essentiellement le rôle de « bon de travail ».

Dans la mesure où le secteur économique socialiste est très largement dominant, cela peut encore être partiellement vrai pour une économie mixte au sens propre du terme, telle qu’elle a existé au début de la NEP, avant de dégénérer sous la pression des « NEPmen » et des koulaks. Bien que dans ce cas, la situation soit plus complexe, on y voit bien aussi la nécessité d’unifier le système de valeurs d’échange, sauf à risquer d’en perdre le contrôle.

En tout état de causes, tant que subsiste une production marchande, il y a nécessité d’évaluer les échanges en termes monétaires, pour arriver à une échelle commune permettant d’établir le plan.

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C’est donc en partie par la correspondance proportionnelle, pour l’évaluation, entre termes monétaires et quantums de travail, que se détermine l’équilibre du plan, et selon sa réalisation, le développement ou non du socialisme. Discutons en un exemple concret, dans l’URSS de ce temps, que nous transposerons dans le nôtre, ensuite:

 » Il y a quelque temps on avait décidé de régler, dans l’intérêt de la culture cotonnière, le rapport des prix du coton et des céréales, de préciser le prix des céréales vendues aux cultivateurs de coton et de relever les prix du coton livré à l’État. Dès lors, nos dirigeants de l’industrie et nos spécialistes de la planification apportèrent une proposition qui ne pouvait que surprendre les membres du Comité central, puisque cette proposition fixait le prix d’une tonne de céréales à peu près au même niveau que celui d’une tonne de coton ; au surplus, le prix d’une tonne de céréales était le même que celui d’une tonne de pain cuit. Les membres du Comité central ayant fait remarquer que le prix d’une tonne de pain cuit devait être supérieur à celui d’une tonne de céréales, en raison des frais supplémentaires nécessités par la mouture et la cuisson ; que le coton en général coûtait bien plus cher que les céréales, témoin les prix mondiaux du coton et des céréales, les auteurs de la proposition ne purent rien dire d’explicite. Force fut au Comité central de prendre la chose en mains propres, de diminuer les prix des céréales et de relever ceux du coton. Que serait-il advenu si la proposition de ces camarades avait reçu force légale ? Nous aurions ruiné les cultivateurs et serions restés sans coton  »

(Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

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Dans cet exemple, bien qu’il n’y soit question que de prix, on voit bien en quoi l’échelle des valeurs y parait décalée. La différence entre une tonne de blé et une tonne de pain réside évidemment dans le travail supplémentaire qui y est incorporé, sous diverses formes, directes, par le travail des meuniers, des boulangers, et indirectes, par une part du travail de ceux qui ont fabriqué le moulin et le matériel de boulangerie.

Et cela n’a évidemment pas changé depuis, ni ne peut changer.

Pareillement, l’écart entre une tonne de coton et une tonne de blé réside essentiellement dans la différence des quantums de travail nécessaires pour les obtenir, en fonction des moyens de production engagés.

Aujourd’hui comme hier, même si les techniques ont considérablement évolué, obtenir une tonne de coton livrable à la filature est différent d’obtenir une tonne de blé livrable au moulin.

Au jour de la rédaction de cet article, la différence sur le cours mondial s’établissait ainsi:

COTON : 1344 EUROS/TONNE (0.68 DOLL/POUND )

BLÉ : 155 EUROS/TONNE

Bien évidemment, cela tient en partie à la conjoncture des marchés, à des tendances particulièrement contraires, ce jour là, mais même en supposant une tendance plutôt haussière sur le blé et baissière sur le coton, il reste impossible que ces valeurs viennent à s’égaliser.

Un rapide aperçu du travail nécessaire à l’obtention d’une balle de coton nous en fournit tout de suite la raison.

(Voir les illustrations de cet article)

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En régime socialiste, l’établissement des prix ne se fait pas en tenant compte des fluctuations anarchiques du marché mondial, mais en tenant le compte le plus exact possible du travail socialement nécessaire.

Cette application utile de la loi de la valeur permet d’équilibrer le plan et de rendre possibles les échanges entre tous les secteurs de la vie économique sur une base équitable.

Mais la circulation marchande, en régime socialiste, se limite aux biens de consommation personnels, aux biens personnels.

Elle n’intervient pas dans les autres types d’échange, notamment et surtout concernant les moyens de production.

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Même si ces échanges sont formellement exprimés en termes de valeur, le contenu en est radicalement différent, du fait de leur socialisation, à travers la propriété collective des moyens de production, à travers le plan.

C’était encore le cas, en URSS, en 1955, à la sortie de la deuxième édition du Manuel :

 » Les moyens de production fabriqués dans le secteur d’État : machines, métaux, charbon, pétrole, etc., sont répartis pour la plupart entre les entreprises d’État. Les plans de l’économie nationale prévoient l’attribution à chaque entreprise de fonds matériels dont le montant est déterminé par son programme de production. Ces fonds sont fournis par les entreprises productrices aux entreprises consommatrices en vertu de contrats passés entre elles. Quand des moyens de production sont livrés à telle ou telle entreprise, l’État socialiste en conserve l’entière propriété. Lorsque des directeurs d’entreprise ont reçu de l’État socialiste des moyens de production, ils n’en deviennent pas pour autant les propriétaires ; ils sont les représentants de l’État, chargés par lui de les utiliser conformément aux plans qu’il a établis. Les machines agricoles essentielles : tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc., ne sont pas vendues aux kolkhoz mais concentrées dans des entreprises d’État : les stations de machines et de tracteurs, qui les utilisent pour desservir les kolkhoz.

(…) les moyens de production fabriqués par des entreprises d’État et répartis à l’intérieur du secteur d’État ne sont pas, en fait, des marchandises. Mais étant donné que les objets de consommation, les matières premières agricoles et une partie des moyens de production (outillage, petite machinerie. NDLR) sont des marchandises et que l’économie socialiste forme un tout dont les parties constituantes sont étroitement liées, les moyens de production circulant à l’intérieur du secteur d’État conservent, eux aussi, la forme marchandise. Ils sont donc exprimés en valeur et évalués en termes monétaires, ce qui est indispensable pour la réalisation de la gestion équilibrée, pour le recensement et la comptabilité. « 

http://www.d-meeus.be/marxisme/manuel/chap32sect01.html

En lisant ce passage, où nous avons souligné ce qui concerne l’histoire des Stations de Machines et Tracteurs, on comprend tout de suite l’importance du débat les concernant.

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Vendre les moyens de production aux kolkhozes, c’est faire basculer l’ensemble de leur économie dans la sphère marchande, et non plus seulement le commerce des biens consommables et personnels.

C’est recréer une économie « coopérative » en apparence, mais de type capitaliste, et pratiquement, à l’identique de ce que sont les coopératives agricoles en système capitaliste.

C’est réintroduire, à grande échelle, une économie de marché, portant notamment sur une partie essentielle des moyens de production, à l’origine fabriqués par l’État socialiste.

C’est pourtant cette « réforme » que va introduire Khrouchtchev, à la suite du XXème Congrès du PCUS.

Elle sera effective en 1958, l’année où Mao Zedong formule ses critiques concernant la loi de la valeur, telle qu’utilisée en URSS.

Cette « réforme » avait déjà été proposée, en URSS, à l’occasion des débats autour de la rédaction du Manuel, par deux économistes, Sanina et Venger, qui, sur ce point, n’en avaient pas compris la logique intrinsèque.

Staline leur avait répondu en détail, en 1952, dans une lettre placée en dernière partie de son ouvrage:

Les problèmes économiques du socialisme en URSS

Voici ce qu’en pensait Mao Zedong:

 » Staline divise la production en deux grandes catégories et affirme que les moyens de production ne sont pas des marchandises. Cela mérite d’être étudié. En Chine, dans le secteur de l’agriculture, bon nombre de moyens de production doivent encore être considérés comme des marchandises. A mon avis, la dernière des trois lettres de Staline, placées en annexes de son livre, exprime un point de vue presque totalement erroné. » (A propos des problèmes économiques du socialisme en URSS_Mao Zedong_Novembre 1958_P33 )

 » La sphère d’action de la production marchande n’est pas limitée aux articles de consommation personnels. Certains moyens de production appartiennent aussi à la sphère des marchandises. Si l’on considère les produits agricoles, comme des marchandises, mais non les produits industriels, alors, comment peut-on échanger les uns contre les autres? (…) En Chine nous devons fournir non seulement les produits de consommation, mais aussi les moyens de production destinés à l’agriculture. Staline, lui, ne voulait pas vendre les moyens de production aux paysans. C’est Khrouchtchev qui a modifié cette politique. » (Annotations des Principes économiques du socialisme en URSS_ Mao Zedong,_1959_P56)

Comme on le voit, la pensée maoïste procédait déjà, quant au fond, de la logique du prétendu « socialisme de marché », pratiquement initiée, à mots à peine couverts, par Khrouchtchev.

1958-1959, en Chine, c’est la pleine période de lancement du IIème Plan, baptisé « Grand Bond en Avant ». Les ambitions n’étaient pas minces:

« Si l’on en juge par la situation actuelle, il semble que, dans le domaine de la production de produits industriels essentiels, nous pourrions rattraper l’Angleterre dans trois ans. » ( Notes de lecture sur le Manuel d’Économie Politique de l’URSS »_Mao Zedong_1960_P173)

A priori, ce IIème Plan paraissait plutôt basé sur une dérive volontariste « gauchiste », avec la formation, dans les campagnes, des « Communes Populaires », considérées comme des unités économiques autarciques, de 20 à 30 000 personnes, supposées tout produire par elles-mêmes, y compris l’acier et le matériel agricole.

Évidemment, elles étaient donc propriétaires de leurs moyens de production et fonctionnaient plutôt, surtout au début, comme les phalanstères des utopies « socialistes » du XIXème siècle.

Évidemment, les rapports économiques entre elles et avec l’État étaient de type marchand, et appelés à se développer comme tels, dans le droit fil de la pensée maoïste, en fait.

Dans la pratique, comment était-il possible d’établir un plan sur cette base et de s’y tenir? A cette question, l’Histoire a tragiquement répondu. Pour ce qui est du tristement fameux « Grand Bond en Avant », on sait la catastrophe terrible qui en a résulté à brève échéance.

Mieux en comprendre les causes et les conséquences à long terme, c’est ce que nous verrons dans le prochain volet de notre étude.

En URSS, les « réformes » de Khrouchtchev, si elles n’ont pas eu tout de suite des conséquences aussi catastrophiques, elle n’en n’ont pas moins inauguré le déclin de l’URSS, avec des conséquences sérieuses pour les prolétaires, y compris et en premier lieu, dans les kolkhozes.

Nous essayerons, pour finir, de mieux comprendre, également, ce qu’est devenue la nature de classe de ces deux grands pays.

Par antithèse, on voit déjà en quoi l’URSS du début des années cinquante, en dépit de ses défauts, que les responsables du PCUS ne minimisaient nullement, du reste, tendait à évoluer, dans ses fondamentaux économiques, vers un modèle représentatif, dans les conditions concrètes de l’époque, des idées de Marx sur la période de transition.

Rappelons encore, en guise de conclusion provisoire, que le but de notre étude n’est toujours pas de justifier telle ou telle idéologie sectaire, mais de tenter de mieux comprendre les lois éventuelles qui se dégagent de ces pratiques de l’économie politique, et les leçons encore utilisables que l’on peut en tirer.

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Luniterre.

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( * L’évolution de l’économie chinoise à cette époque

est déjà en partie abordée dans:


https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/  )

coton-4-ok

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Marx

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au banc d’essai

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de l’Histoire

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Contre la « wertkritik », 3 articles

déjà parus, au sujet

De l’économie politique

du Socialisme

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Désormais disponible en PDF:

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marx-au-banc-dessai-de-lhistoire

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Apropos de cet article, un échange

avec l’inénarrable « camarade Xuan »…

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Xuan:
Juste un détail en passant : Mao et le PCC ont toujours considéré que l’oeuvre de Staline était fondamentalement juste, tandis que Khrouchtchev a toujours (et aujourd’hui encore) été considéré par eux comme un renégat. Lorsque Luniterre écrit que « ce n’est pas d’avec le modèle « khrouchtchévien », alors seulement en gestation, que la Chine s’est écartée, mais bien du modèle originel fondé du temps de Lénine et renouvelé sous la période dite « stalinienne ». », il y a au départ une malhonnêteté.

Deuxièmement Mao n’a pas « basculé dans le camp impérialiste », c’est l’URSS qui est devenue une super-puissance, qui a envahi des pays et fomenté des agressions armées. Luniterre n’en dit pas un mot. Est-ce que pour lui Brejnev était redevenu « stalinien » ?

Luniterre affirme que dans un pays socialiste « Ce qui est important, c’est que cette règle d’équilibre [correspondance entre les besoins sociaux exprimés et les forces productives disponibles] exclut la loi du marché. On se demande comment peut bien se réaliser cet équilibre autrement que par la loi du « marché » au sens le plus général, c’est-à-dire de l’offre et de la demande. Cette loi qui a précédé le capitalisme et qui lui survit nécessairement n’a rien de « capitaliste » à moins d’assimiler vulgairement le capitalisme et le « marché ». « La production marchande est plus vieille que la production capitaliste. Elle existait sous le régime d’esclavage et le servait, mais n’a pas abouti au capitalisme. Elle existait sous le féodalisme et le servait, sans toutefois aboutir au capitalisme, bien qu’elle ait préparé certaines conditions pour la production capitaliste. La question se pose : pourquoi la production marchande ne peut-elle pas de même, pour un temps, servir notre société socialiste sans aboutir au capitalisme,… » [Staline – les problèmes économiques en URSS]

Enfin Luniterre « oublie » qu’en Chine la collectivisation a servi de base à la mécanisation de l’agriculture (http://www.persee.fr/docAsPDF/reco_0035-2764_1976_num_27_4_408279_pdf), de sorte que l’achat de machines n’a pas le même sens que dans un pays capitaliste.

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Notre réponse:

La loi du marché, camarade Xuan, c’est la loi de la concurrence sans limites, et donc la loi du profit maximum, la loi du capitalisme.

Dans son exposé, Staline compare à plusieurs reprises les forme d’échange marchand des époques précisément pré-capitaliste, où la loi de la concurrence était bornée par d’autres, plus ancestrales, mais encore contraignantes.

« La production capitaliste est la forme supérieure de la production marchande. La production marchande ne conduit au capitalisme que si la propriété privée des moyens de production existe ; que si la force de travail apparaît sur le marché comme une marchandise que le capitaliste peut acheter et exploiter pour la production ; que si, par conséquent, il existe au pays un système d’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes. »

La tentative que tu fais, d’utiliser le texte de Staline pour justifier le capitalisme chinois est tout simplement pitoyable et/ou très malhonnête.

Une des citations de mon article dit pourtant :

« notre production marchande (…) est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (État, kolkhozes, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste « 

Le mieux serait donc que tu réapprenne à lire, sans préjugés sélectifs… !

Le mérite de ce débat peut néanmoins être, justement, de redécouvrir le livre de Staline, qui tentait, lucidement, de comprendre ce qu’est une économie politique socialiste.

Lucidement, c’est à dire sans complaisance à l’égard des faiblesses de son propre pays, mais sans complaisance à l’égard des tenants d’un « réformisme » de nature capitaliste, quant au fond.

Il entendait clairement, à partir de ces lois mieux comprises, avancer à nouveau vers le communisme, ce qui ressort à plusieurs points de son exposé, mais, très concrètement, pour le sujet qui nous occupe, dans sa réponse aux camarades Sanina et Venger, à propos de la vente éventuelle des SMT :

« …conclusion : en proposant de vendre les S.M.T. aux kolkhozes, les camarades Sanina et Venger font un pas en arrière et essaient de faire tourner à rebours la roue de l’histoire. Admettons un instant que nous ayons accepté la proposition des camarades Sanina et Venger, et commencé à vendre en propre aux kolkhozes les principaux instruments de production, les stations de machines et de tracteurs. Qu’en résulterait-il ? Il en résulterait, premièrement, que les kolkhozes deviendraient propriétaires des principaux instruments de production, c’est-à-dire qu’ils se trouveraient placés dans une situation exceptionnelle qui n’est celle d’aucune entreprise dans notre pays, car, on le sait, les entreprises nationalisées elles-mêmes ne sont pas chez nous propriétaires des instruments de production. Comment pourrait-on justifier cette situation exceptionnelle des kolkhozes, par quelles considérations de progrès, de marche en avant ? Peut-on dire que cette situation contribuerait à élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété nationale, qu’elle hâterait, le passage de notre société du socialisme au communisme ? Ne serait-il pas plus juste de dire que cette situation ne pourrait qu’éloigner la propriété kolkhozienne de la propriété nationale et aboutirait à nous éloigner du communisme, au lien de nous en rapprocher. Il en résulterait, deuxièmement, un élargissement de la sphère d’action de la circulation des marchandises qui entraînerait dans son orbite une quantité énorme d’instruments de production agricole. Qu’en pensent les camarades Sanina et Venger ? L’élargissement de la sphère de la circulation des marchandises Peut-il contribuer à notre avance vers le communisme ? Ne sera-t-il pas plus juste de dire qu’il ne peut que freiner notre avance vers le communisme ? L’erreur essentielle des camarades Sanina et Venger, c’est qu’ils ne comprennent pas le rôle et l’importance de la circulation des marchandises en régime socialiste ; ils ne comprennent pas que la circulation des marchandises est incompatible avec la perspective de passer du socialisme au communisme. Ils pensent sans doute que l’on peut, même sous le régime de la circulation des marchandises, passer du socialisme au communisme, que la circulation des marchandises ne peut en l’occurrence constituer un obstacle. C’est une grave erreur, qui part d’une incompréhension du marxisme. »

Pour ma part, et tout à fait indépendamment du texte de Staline, j’en suis arrivé à une conclusion quasi identique en étudiant l’histoire des SMT à l’aide de ce que j’ai pu repêcher comme études diverses sur le sujet, dont certaines mentionnées en lien dans l’article. J’ai suivi la démarche de confrontation entre cette histoire et la Critique du Programme de Gotha, de Marx.

Le résultat, étrange selon les préjugés habituels, c’est que cela peut donner l’impression que j’ai pu « paraphraser » Staline, mais il se trouve donc que ce n’est pas le cas, mais simplement que Staline suivait bien une démarche marxiste, et probablement basée en grande partie sur ce texte de Marx, auquel il fait plusieurs allusions, du reste.

Il me semble, camarade, que tu es, en quelque sorte, le « Sanina et Venger » de notre temps…

Luniterre

PS: Ce doc, auquel tu veux faire allusion,

http://www.persee.fr/docAsPDF/reco_0035-2764_1976_num_27_4_408279.pdf

parle complaisamment de  » révolution bourgeoise sous direction prolétarienne », ce qui était bien la prétention officielle de la révolution maoïste de « démocratie nouvelle ». Mais à l’époque du Grand Bond en Avant, le socialisme était supposé être déjà en place…

Sur la nature de classe du maoïsme, il est donc prévu d’y revenir dans le prochain volet…

Sous cet, angle, sur la nature de classe du khrouchtchevisme, également…