Devoir de vacances…

 

 

D’après le programme alimentaire mondial (PAM), un enfant de moins de cinq ans meurt de faim toutes les 11 secondes dans le monde : cela représenterait 3 millions d’enfants chaque année !

http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/l-imperialisme-stade-supreme-de-la-famine-a167247038

- L’impérialisme, stade suprême de la famine...

 

 

 

 

Reçues de MM. Wolinski et Mazuet, dans le cadre de la polémique en cours, ces deux correspondances, avec quelques aspects plutôt positifs…

Et à la suite, notre réponse… !

(+ un nouvel échange, à la suite de l’article…! )

Envoyé: vendredi 9 août 2019 à 11:59
De: « Pierre Wolinski »
À: TML.info-Luniterre@gmx.fr,
Objet: Re: Une autre approche de la problématique des Laurel et Hardy de « service non-marchand »… (Harribey et Friot)

Bonjour,

Pour commencer, je suis très pris par le travail jusqu’à fin septembre. Je ne peux donc pas passer mes journées à lire les pages de texte qui circulent, même si elles ont l’air extrêmement intéressantes (je suis attentivement les débats autour de Harribey/Friot et du secteur « non-marchand »). Et je peux encore moins suivre l’injonction de formuler une réponse approfondie dans la journée.

Quant au texte que vous avez envoyé, je ne me sens pas concerné. Vous semblez beaucoup en vouloir au courant de la Wertkritik, et c’est votre droit. Mais je n’y lis aucune réfutation de ce que j’ai écrit ou de ce que Dominique a écrit.

* Le contexte
J’ai envoyé ce texte simple à comprendre à des amis intéressés par Marx, mais qui ne l’ont pas forcément lu, et qui se laissent quelquefois embobiner par des intellectuels qui prétendent « attaquer la théorie substantielle de la valeur chez Marx » ou qui proposent une « nouvelle théorie de la valeur ». Le but est évidemment de les inciter à lire le Capital, et de ne pas se fier à des interprétations (ce que ce texte est immanquablement). Je n’ai pas de nouvelle théorie, de nouveau commentaire ou de nouvelle interprétation à valoriser. Et certainement pas via ce genre de texte.

* Les reproches
Je ne me sens pas concerné pour une raison très simple : il n’y a rien qui se rapporte concrètement à mon texte ou ceux de Dominique. Ni citation, ni paraphrase.
Le seul reproche que je lis est celui-ci : la loi de la valeur existe aussi en-dehors du mode de production capitaliste. Soit, mais ai-je dit le contraire ?

* La traduction
Je dispose de l’édition folio, qui est une photocopie de l’édition Pléiade, donc la traduction de J. Roy annotée par M. Rubel.
Je n’avais pas prêté attention aux différences de traduction. Mais en relisant les passages qui me semblaient cruciaux dans la version J. Roy, la version J.-P. Lefebvre et la version originale allemande, je me rends bien compte que la version de Roy comporte des biais. Je n’ai pas le temps d’évaluer leur importance pour l’instant. Exemples :

À la fin du chapitre I.II, il semble que Marx a ajouté la phrase suivante à la traduction de J. Roy :
La substance de la valeur et la grandeur de la valeur sont maintenant déterminées. Reste à analyser la forme de la valeur.

Début du chapitre I.III, paragraphe « La réalité que possède la valeur des marchandises… » (J. Roy) ou  « L’objectivité de la valeur des marchandises… » (J.-P. Lefebvre) :
« Si l’on se souvient cependant que les valeurs des marchandises n’ont qu’une réalité purement sociale, qu’elles sont des expressions de la même unité sociale, du travail humain… » (J. Roy)
« Mais si l’on se souvient que les marchandises n’ont d’objectivité de valeur que dans la mesure où elles sont les expressions d’une même unité sociale, le travail humain, et que leur objectivité de valeur est donc purement sociale » (J.-P. Lefebvre)
« Wertgegenständlichkeit » est traduit littéralement par « objectivité de valeur » chez J.-P. Lefebvre et est rendu… de façon étrange par J. Roy. Il ne traduit même pas par « réalité de la valeur ».

Début du chapitre I.IV, paragraphe « Le caractère d’égalité des travaux humains… » (J. Roy) ou  « D’où provient donc le caractère énigmatique… » (J.-P. Lefebvre) :
« Le caractère d’égalité des travaux humains acquiert la forme de valeur des produits du travail… » (J. Roy)
« L’identité des travaux humains prend la forme matérielle de l’objectivité de valeur identique des produits du travail. » (J.-P. Lefebvre)
« Wertgegenständlichkeit » est encore traduit littéralement par « objectivité de valeur » chez J.-P. Lefebvre et est purement et simplement traduit par « valeur » chez J. Roy. Sans compter le « sachliche » qui saute chez J. Roy, et qui est traduit par « matérielle » chez J.-P. Lefebvre.

Pour finir, il me semble que le point précis sur lequel il serait pertinent de m’attaquer vu le débat en cours, c’est celui qui concerne Bernard Friot. Et, de là, critiquer les mauvaises lectures de Marx que nous aurions. Pour ce qui est du débat sur la valeur dans le secteur non-marchand, j’aurais du mal à en dire quoi que ce soit avant octobre, le temps de lire et de comprendre tout ce qui s’écrit en ce moment.

Amicalement,

Pierre W

************************

Envoyé: vendredi 9 août 2019 à 11:01
De: « LIBRAIRIE TROPIQUES »
À: TML.info-Luniterre@gmx.fr

Objet: Re: Une autre approche de la problématique des Laurel et Hardy de « service non-marchand »… (Harribey et Friot)

Bonjour,

je réponds à ces objections, comme promis et selon mes possibilités de le faire :

Le ven. 9 août 2019 à 02:32, <TML.info-Luniterre@gmx.fr> a écrit :

« Bonjour,

« Je viens de terminer la mise en ligne de ce texte,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/08/de-la-loi-de-la-valeur-et-de-lintegration-de-leconomie-de-services-au-secteur-productif/

je vais le lire et vous adresserai mes éventuels commentaires, si vous le souhaitez.

« avec, entre autres PJ en liens, vos trois premiers documents, que j’avais donc évidemment pris la peine d’étudier attentivement. Les deux supplémentaires ne font que confirmer on ne peut plus nettement la pente « rubelienne » qui semble donc être la vôtre.

Difficile de se méprendre davantage … je suis depuis toujours un contempteur consistant de « la pente rubelienne », sans doute aux même motifs que vous.
Mais c’est une des méprises auxquelles je suis accoutumé, ayant été régulièrement amené à les dissiper auprès de nombreux visiteurs, sur toute une série de sujets analogues.
Sans doute n’ai-je pas été sufisamment « clair et distinct » jusqu’ici … je vais m’efforcer de faire mieux.
Car je peux parfaitement comprendre et admettre désaccords et critiques, pour peu qu’ils concernent les idées que j’exprime.
Or, tel n’est pas le cas ici.

« Mon texte en réponse est donc déjà une synthèse des réflexions que ces trois premiers textes m’ont inspiré, en complément, tout aussi évidemment, des éléments de débat déjà mis en jeu par MM. Roubaud et Harribey, à partir d’autres points de vue, également très divergents, mais également centrés sur la question de l’importance de plus en plus incontournable de l’économie de service, largement confirmée par toutes les statistiques disponibles, dont certaines en PJ également.

dont acte…

je vous dirai ( sous quelques jours) ce que j’en pense.

« Je ne peux donc que constater que votre intention première de me répondre « scrupuleusement » a déjà fondu en quelques heures…

Ces quelques heures m’ont seulement permis de trouver le temps de lire « scrupuleusement » votre message.

Je peux comprendre votre frustration, mais cette lecture m’a sincèrement amené à conclure que je ne pouvais répondre plus « scrupuleusement » que dans les textes déjà communiqués, où vos problématiques sont (presque) toutes évoquées, en quelque sorte « par anticipation », et qui m’ont demandé pas mal de temps et de labeur « scrupuleux » de rédaction (à la demande des mes petits camarades), donc un effort important eu égard à mes nombreuses autres activités « de terrain », notamment de libraire (retraité mais socialement actif)… et que je répugne à renouveler pour simplement me paraphraser.

Désolé.

 « Vous semblez manifestement tenir à faire une défense du texte de Pierre Wolinski, mais faute de réponses et d’arguments nouveaux sur les différends fondamentaux et évidents qui nous opposent, je ne peux que constater, là encore, qu’il s’agit d’une sorte de crédo…

Je présume que Pierre Wolinski saura mieux que moi répondre à ce genre de commentaire, s’il le juge opportun, sachant qu’il est fort occupé par ses obligations (professionnelles et studieuses) actuelles.
Vous serez très surpris de le voir et l’entendre si vous le rencontrez… un jour.

« En m’excusant d’avoir éventuellement froissé votre foi, dont vous avez possiblement besoin pour survivre, dans le monde actuel, ce que je peux humainement comprendre, même si je ne la partage pas.

Sur ce point au moins je peux vous rassurer et vous assurer avec quelque autorité que vos inquiétudes sont parfaitement infondées et plus encore vos excuses si elles sont sincères.

Amicalement,

Luniterre

« La Raison est une île qui vaut d’être défendue, même si cela nous condamne à y vivre en Robinson. Un vieux copain de Marx, de toutes façons! »

Eugène Sue – LES MYSTÈRES DU PEUPLE (Postface inédite)

Je ne me suis jamais senti une âme de Robinson (pas plus que Marx d’ailleurs).

Raison sans doute pour laquelle je n’ai jamais été aussi en accord avec ma vie sociale que depuis que je suis un petit commerçant indépendant, de quartier ( très animé) et de proximité (gratifiante).

Le solipsisme est avec le dogmatisme une menace permanente pour la critique sociale…( Viktor Yugov)

Fraternellement

Dominique Mazuet

 

 

 

POUR MEMOIRE, EN DOC PDF, LE TEXTE EN QUESTION DE PIERRE WOLINSKI:

WOLINSKI PIERRE juin 2019

 

 

ET NOTRE RÉPONSE…

« Le devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution »… Une lapalissade géniale et quasi-intemporelle de Fidel Castro… ( http://www.fidelcastro.cu/fr/discursos/discours-de-fidel-castro-ruz-la-deuxieme-assemblee-generale-nationale-du-peuple-de-cuba ) Elle a le mérite inusable de nous remettre les pieds sur terre, en complétant celle de Lénine : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire » (Que faire?).

Débattre, voire même, régler des comptes sur le plan théorique, cela n’échappe à la scolastique que si le résultat est d’avancer vers des solutions politiques concrètes adaptées à la réalité, quel que soit le niveau des luttes en cours.

Ce qui ressort des études et débats de ces dernière années, c’est que la « gauche » française, même prétendument « révolutionnaire » a également oublié cette autre évidence : le mouvement et l’évolution de la société se fait essentiellement à partir de la base, des infrastructures, avant de se propager dans les superstructures.

Prétendre comprendre et agir sur les superstructures, même si la démarche est empreinte de sincérité, cela reste vain et stérile si l’on a pas d’abord compris le mouvement de la base économique, et donc, comment agir sur elle, en priorité, en fait.

Ce qui ressort des débats tout récents, c’est bien l’importance qu’a prise l’économie de services, par rapport à celle du secteur industriel proprement dit.

Pour autant, c’est un phénomène qui ne peut se comprendre de manière univoque et simpliste, même si c’est un phénomène essentiel dans la situation actuelle. Cette situation n’est elle-même que transitoire, de toutes façons, dans le mouvement dialectique du temps, et celui-ci a tendance à raccourcir, de plus en plus, les phases de cette évolution. Mais anticiper cette évolution n’en est pas plus simple pour autant, bien au contraire.

Analyser, anticiper, agir, que ce soit du point de vue de l’économie, de la sociologie ou de la politique, c’est toujours du point de vue des sciences humaines que l’on se place, et non pas du point de vue des sciences exactes, même s’il y a une interpolation constante et importante entre ces deux catégories de sciences, du fait, précisément, de l’évolution rapide des technologies et des moyens de production, en conséquence.

Les lois de l’économie ne sont jamais que celles de l’interaction de la civilisation humaine avec la nature et sont soumises, dans leur évolution même, aux mouvements dialectiques, de plus en plus rapides, sinon brutaux, qui caractérisent cette interaction.

Elles n’en ont pas moins une réalité observable, indépendamment de nos élucubrations théoriques les plus diverses et divergentes, le plus souvent.

C’est ce qui fait que le marxisme semble quasi-insubmersible, malgré ses avatars et ses faiblesses, ici ou là…

Le mouvement du développement de l’économie de services se place lui-même au cœur d’un mouvement encore plus global qui est celui du développement de l’automatisation, de l’informatique, de la robotisation, et in fine, de l’IA.

De cette évolution globale, quelques grandes lignes de forces se dégagent néanmoins, y compris dans ce qu’elles ont de contradictoire :

L’informatisation, l’automatisation et la robotisation, cela concerne aussi bien, et de plus en plus, les activités de services. Ce qui fait que des pans entiers d’activités de services nécessiteuses de main-d’œuvre disparaissent, sous ce rapport, après une période de développement relativement intense ces dernières décennies.

Mais bien évidemment, ce mouvement est plus fort dans le secteur industriel, qui, globalement et en proportion, ne cesse de rétrécir en tant que secteur d’emploi.

Pour autant, son rôle stratégique, en tant que secteur économique, n’en est en rien diminué, bien au contraire ! Sa production reste évidemment à a base de tout ce qui permet au reste de fonctionner, automatisé ou non… !

Le constat le plus évident en est que la puissance économique des nations émergentes se fait bien sur la base du développement industriel, et non sur la base du développement des services.

Pour autant, la prégnance de l’impérialisme reste le facteur essentiel dans ce domaine : ces nouvelles puissances économiques ne sont généralement que celles qui ont accepté une servitude à l’égard de tel ou tel impérialisme, et le plus souvent, de l’impérialisme US.

Le résultat est que, localement, certaines régions de la planète peuvent encore connaître une émergence du prolétariat industriel comme classe importante, voire essentielle, dans la composition sociale d’un pays, sans que cela ne contredise, pourtant, la tendance globale.

Au fur et à mesure de leur développement et de la modernisation de leur industrie émergente, ces nations elles-même s’intègrent dans cette évolution globale et voient poindre en elles-même l’émergence d’une économie de services, même si elle-même également asservie à l’impérialisme, etc…

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/social-chauvinisme-et-gauchisme-2-voies-actuelles-de-kollaboration-de-classe-avec-limperialisme/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/social-chauvinisme-et-gauchisme-2-voies-actuelles-de-kollaboration-de-classe-avec-limperialisme/

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/social-chauvinisme-et-gauchisme-2-voies-actuelles-de-kollaboration-de-classe-avec-limperialisme/

 

Il ne s’agit donc évidemment ici que d’un rappel de ces tendances, dans le cadre desquelles les débats théorique peuvent éventuellement prendre une signification concrète, et non d’une analyse réellement exhaustive, qui reste même à ébaucher.

A terme, rien n’indique que le stade de l’automatisation et de la robotisation généralisée de l’industrie et des services ne puisse être atteint avant qu’une révolution sociale réelle n’intervienne. La probabilité semble être que d’ici là les règlements de comptes inter-impérialistes auront continué de dégrader considérablement la planète, mais le fait qu’ils puissent déboucher sur une révolution sociale ne semble pas non plus en être une conséquence absolument inéluctable.

La mutation du mode de production antique esclavagiste au mode de production féodal s’est opérée sur plusieurs siècles sans que les révoltes d’esclaves n’y jouent finalement un rôle essentiel.

Les luttes de classes peuvent aussi se résoudre, transitoirement, même si avec de fortes zones de conflits, par une mutation des classes dominantes entre elles, ne laissant pas leur chance aux classes sociales les plus opprimées.

La fin du travail productif humain sera nécessairement la fin du capitalisme au sens actuel du terme, ce ne sera pas nécessairement la fin d’un système de domination de classe.

Ce que Marx n’avait que très indirectement anticipé, même si de façon incontournable, avec la limite intrinsèque évidemment définie pour la loi de la valeur, celle de l’automatisation totale de la production (Grundrisse).

Les grandes mutations historiques se trouvent parfois marquées par des dates et des événements symboliques, mais qui ne sont, précisément, que symboliques, dans la plupart des cas. Bien malin qui pourrait dire quel jour et à quelle heure l’humanité est passée du mode de production esclavagiste antique au mode de production féodal…

Les mutations au sein de la classe dominante sont telles que les idéologues plumitifs du « post-capitalisme » sont déjà les serviteurs d’une nouvelle domination de classe en gestation.

Quoi qu’il en soit de ces mutations internes, la perspective révolutionnaire, eut égard à l’état actuel de la planète, cela reste de faire correspondre les forces productives, automatisées ou non, avec les besoins sociaux réels, et encore souvent, les plus basiques et les plus urgents, actuellement insatisfaits, pour des milliards d’êtres humains.

Tant que le travail humain est encore nécessaire à la production, la loi de la valeur continue de jouer un rôle dans la phase de transition, même si nécessairement en rupture avec le capitalisme, et donc avec l’économie dite « de marché ».

C’est ce qui ressort à la fois de la CPG(*) et de l’expérience du socialisme en URSS, telle que synthétisée en 1952 dans « les problèmes économiques du socialisme en URSS », à la veille du 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchévique.

Les conditions actuelles sont donc évidemment très différentes, comme on vient de le voir, aussi bien de celles de l’époque de la CPG, que de celles du 19ème Congrès. Le point commun essentiel restant que nous devons comprendre ce que sont les conditions d’évolution des lois économiques lors de la transition, et en premier lieu celles de la loi de la valeur.

Avec l’analyse de l’évolution de la composition sociale, de l’interaction et des luttes de classe actuelles, c’est ce qui peut nous permettre d’ouvrir une perspective politique alternative crédible, qui ne prétende donc pas faire reposer sur les épaules d’un prolétariat industriel devenu minoritaire le poids de toute la construction de cette alternative.

C’est dans cette perspective que nos débats théoriques peuvent éventuellement prendre du sens, s’ils débouchent sur des avancées politiques concrètes.

Or Pierre Wolinski écrit, entre autres « perles », celle-ci, qui est la plus significative quant au fond : « …la valeur, conceptualisée par les économistes bourgeois, n’est qu’une forme idéologique que prennent les rapports sociaux. Parler de « valeur » n’est donc utile que si l’on s’intéresse aux représentations bourgeoises des rapports économiques. En-dehors de ce cadre, la valeur est une forme sans substance. C’est-à-dire un pur produit de l’imagination, n’ayant aucun lien avec la réalité présente. »

Le même Pierre Wolinski nous répond néanmoins fort benoitement, suite à nos critiques :

« Le seul reproche que je lis est celui-ci : la loi de la valeur existe aussi en-dehors du mode de production capitaliste. Soit, mais ai-je dit le contraire ? »

 

Peut-être arrivera-t-il encore à nous expliquer par quelque argutie scolastique dont il a le secret qu’il n’y a pas là de contradiction…

Mais cela, pour le moins, échappe clairement au simple bon sens et à l’évidence, tout comme son insistance à retirer à Marx la « paternité » d’une « redéfinition » de la loi de la valeur, pourtant tout aussi évidente, et tout au long de son œuvre… le fait qu’il ai pensé cette redéfinition à partir d’un point de vue critique à l’égard de l’économie politique telle que définie avant lui par les économistes bourgeois, c’est aussi une évidence, bien entendu, mais qui n’enlève rien à la partie essentiellement constructive, en termes de science économique, de son œuvre, ni même en termes d’utilité pour la construction d’une alternative.

Réduire Marx à une critique des rapports sociaux n’est évidemment pas fécond en termes de perspective politique, et cela mène même à piétiner encore et toujours dans l’impasse actuelle du mouvement prolétarien, en fin de compte.

 

Le principe de cette impasse est donc ici de réduire une loi économique, en l’occurrence celle de la valeur, à une simple « forme idéologique ».

Si, incontestablement, les lois économiques se manifestent sous des formes différentes en fonction des rapports sociaux, et y compris sur le plan idéologique, on ne peut pas simplement réduire ces lois à ces formes sans se méprendre gravement.

L’une des victoires idéologiques malheureusement seulement provisoirement acquises à la veille du 19ème Congrès, en 1952, c’est bien précisément le fait qu’il n’y a pas de « science bourgeoise » et de « science prolétarienne », mais seulement une utilisation bourgeoise ou prolétarienne de la maîtrise des sciences et techniques, et cela vaut aussi pour les sciences humaines, dont l’économie :

« Le marxisme conçoit les lois de la science, qu’il s’agisse des lois de la nature ou des lois de l’économie politique, comme le reflet des processus objectifs qui s’opèrent indépendamment de la volonté humaine. Ces lois, on peut les découvrir, les connaître, les étudier, en tenir compte dans ses actes, les exploiter dans l’intérêt de la société, mais on ne peut les modifier ou les abolir. »

« …Il faut en dire autant des lois du développement économique, des lois de l’économie politique, qu’il s’agisse de la période du capitalisme ou de la période du socialisme. Là aussi, comme dans les sciences de la nature, les lois du développement économique sont des lois objectives reflétant les processus du développement économique qui se produisent indépendamment de la volonté des hommes. On peut découvrir ces lois, les connaître et, s’appuyant sur elles, les exploiter dans l’intérêt de la société, imprimer une autre direction à l’action destructive de certaines lois, limiter la sphère de leur action, laisser le champ libre aux autres lois qui se fraient un chemin, mais on ne peut les détruire ou créer de nouvelles lois économiques.Un des traits particuliers de l’économie politique est que ses lois, à la différence des lois de la nature, ne sont pas durables ; qu’elles agissent, du moins la plupart d’entre elles, au cours d’une certaine période historique, après quoi elles cèdent la place à d’autres lois. Elles ne sont pas détruites, mais elles perdent leur force par suite de nouvelles conditions économiques et quittent la scène pour céder la place à de nouvelles lois qui ne sont pas créées par la volonté des hommes, mais surgissent sur la base de nouvelles conditions économiques. »

…« On dit que les lois économiques revêtent un caractère spontané ; que l’action de ces lois est inéluctable ; que la société est impuissante devant elles. C’est faux. C’est fétichiser les lois, se faire l’esclave de ces lois. Il est prouvé que la société n’est pas impuissante devant les lois ; qu’elle peut, en connaissant les lois économiques et en s’appuyant sur elles, limiter la sphère de leur action, les exploiter dans l’intérêt de la société et les « dompter », comme cela se passe à l’égard des forces de la nature et de leurs lois, comme le montre l’exemple cité plus haut [sur le débordement des grands fleuves.] »

…« Ainsi, les lois de l’économie politique sous le socialisme sont des lois objectives qui reflètent la régularité des processus intervenant dans la vie économique indépendamment de notre volonté. Nier cette thèse, c’est au fond nier la science ; or nier la science, c’est nier la possibilité de toute prévision, c’est donc nier la possibilité de diriger la vie économique. »

Etc… et plus, encore, in :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/11/les-problemes-economiques-du-socialisme-en-urss.pdf

Pierre Wolinski nous invite sagement à lire Marx sans « confondre A et B », et nous faisons donc la même démarche en lisant son court papier, qui ne prête donc pas, à l’évidence, à la moindre ambiguïté sur le statut de simple « forme idéologique bourgeoise » qu’il entend assigner à la loi de la valeur… Ce qui explique, tout aussi à l’évidence, notre approche critique de sa démarche, tout comme celle de M. D. Mazuet, dont elle semble être sinon une suite directe, du moins, un effet relatif, ce que ce dernier revendique assez expressément par la défense qu’il en fait.

Dans le dernier mail en réponse de Pierre Wolinski il semble que A soit donc subrepticement devenu B, mais dans la mesure où ce A était véritablement inapproprié, espérons simplement que cette mutation soit pour le mieux… !

Il nous prête la motivation d’avoir une sorte de rancune à l’égard de la wertkritik : il y a simplement là le constat que la wertkritik est un moyen de faire glisser une partie de la petite bourgeoisie kollabo-« gauchiste », et particulièrement, du genre « rubelien », vers diverses idéologies petites bourgeoises précisément « post-capitalistes », c’est à dire de kollaboration de classe avec l’ « avant-garde » idéologique d’une nouvelle forme de domination de classe, c’est à dire, …de l’ultra-réaction, en fait !

Enfin il semble commencer à admettre que la filière de « lecture » et de « traduction » de Marx par Roy-Rubel n’est pas forcément la meilleure…

Un signe encourageant ?

On ne peut, là encore, que l’espérer…

Luniterre

 

(*Critique du Programme de Gotha – Marx – 1875

https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/  )

 

 

SUITE DE LA CORRESPONDANCE…

RECU DE D. MAZUET

Bonjour

je vous remercie de ce long développement mais j’observe qu’il ne débouche pas sur grand chose sinon une vaine polémique, digne des « philistins » moqués par Engels, par ailleurs sans objet, et qui tranche surtout avec votre intention proclamée  » d’avancer vers des solutions politiques concrètes adaptées à la réalité ».

Comme Pierre vous l’a gentiment expliqué, ni lui ni moi ne nous sentons concernés …

Si la question du développement du secteur informatique et de ses déterminations et conséquences économiques vous intéresse j’ai quelques informations assez fiables à vous fournir, y ayant été directement impliqué au fil de ma carrière professionnelle ( du moins la plus longue) : de directeur informatique, contrôleur de gestion, cadre dirigeant, spécialisé dans la logistique et les process de gestion, de service et de distribution, ayant accompagné cette « révolution » depuis l’apparition de la micro-informatique au début des années 70 jusqu’à la « bulle » internet puis le déploiement qui a suivi auquel j’ai hélas pas mal participé, y compris dans la vente en ligne et le négoce international.

Pierre Wolinski est un jeune scientifique, matheux et informaticien, qui a notamment quelques compétences pointues en matière d’I.A. et de réseaux de neurones artificiels.

Avec pas mal d’autres comme lui nous avons engagé une activité collective parfaitement bénévole d’éducation populaire marxiste ( matérialiste et rationaliste) , partant du principe léniniste que je m’étonne de ne pas avoir trouvé sous votre plume  » Pas de pratique révolutionnaire, sans théorie révolutionnaire ».

et pour cela « apprendre, apprendre, apprendre ».

Ni lui, ni moi ne prétendons faire la révolution, ou du reste révolutionner quoique ce soit « par nous-mêmes », mais simplement répondre, chacun à notre manière, à la maxime qu’adopta Descartes « Quod iter sectabor vitae ».

Je me contente d’essayer de transmettre à ces jeunes gens les connaissances utiles que j’ai glanées au fil de 50 années d’activité sociale et intellectuelle et de répondre utilement et sans « détour » aux questions que cela suscite parmi eux.

Si il y en a pas mal en ce moment autour des idées de Friot, c’est simplement par ce que pour beaucoup d’entre eux je suis à l’origine de leur intérêt pour le travail de Bernard Friot, que j’ai accompagné et soutenu pendant pas mal d’années. Notamment lors de la création de son « réseau salariat » que Bernard m’avait présenté précisément comme un réseau d’éducation populaire, marxiste et militant, destiné à combler le vide abyssal qui s’est creusé en la matière depuis les années 70.

Si nous faisons aujourd’hui un travail critique sur ses idées, ça n’est pas pour polémiquer vainement ou tirer sur une l’ambulance de la gogoche universitaire, mais pour tirer des enseignement utiles, dialectiques de toute cette activité théorique et militante et de ses échecs.

Je ne vois pas grand chose d’autre à vous répondre et je ne vous suivrai donc pas sur le terrain où vous semblez vous tenir, sinon pour vous inviter à lire (par simple curiosité)   la recension que j’avais faite pour d’autres petits camarades (Russes) qui m’avaient sollicité pour leur expliquer « comment les française ont ils pu élire Macron ».

J’extrais ce passage de la pièce jointe, en rapport assez direct avec vos préoccupations sur  » L’informatisation, l’automatisation et la robotisation, les activités de services. », où je cite la perception du phénomène, déjà très prégnante il y a quarante ans  :

Artiste et intellectuel de la période, aujourd’hui encore assez notoire mais à l’époque beaucoup plus « cryptique », Guy Debord produisit une belle expression mélancolique et névrosée de ce « moment », dans la séquence d’ouverture de son film/manifeste et testament intellectuel : « in Girum »1.

« Le public de cinéma, qui n’a jamais été très bourgeois et qui n’est presque plus populaire, est désormais presque entièrement recruté dans une seule couche sociale, du reste devenue large: celle des petits agents spécialisés dans les divers emplois de ces «services» dont le système productif actuel a si impérieusement besoin : gestion, contrôle, entretien, recherche, enseignement, propagande, amusement et pseudo-critique. C’est là suffisamment dire ce qu’ils sont. Il faut compter aussi, bien sûr, dans ce public qui va encore au cinéma, la même espèce quand, plus jeune, elle n’en est qu’au stade d’un apprentissage sommaire de ces diverses tâches d’encadrement.

Au réalisme et aux accomplissements de ce fameux système, on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu’il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges. Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.»

La lucidité sarcastique du moraliste dépressif qu’était (avant tout) Guy Debord semble parfaitement s’appliquer au diagnostic qu’on peut faire de la pandémie qui frappe de nouveau la population française, 40 ans après la découverte des premiers symptômes de cette socio-pathologie française. De manière assez cocasse sa critique « situationniste » a été largement acculturée par la frange « artiste » des néo-petits bourgeois, issus de la progéniture rebelle de ces salariés pauvres qui se croient des propriétaires, de ces ignorants mystifiés qui se croient instruits, et de ces morts qui croient voter.

In girum imus nocte et consumimur igni, forme incomplète de l’hexamètre dactylique et palindrome In girum imus nocte ecce et consumimur igni attribué à Virgile, est un film français réalisé par Guy Debord, réalisé en 1978 et sorti en salles en 1981. C’est le sixième et dernier film de Debord. Le film (d’une durée de 95 min) décrit la société de consommation et d’aliénation capitaliste, s’appliquant à mettre en évidence la condition d’esclaves modernes.

Il se trouve qu’à peu près au même moment, venant d’un tout autre monde et avec des perspectives politiques et sociales bien différentes, Michel Clouscard se confrontait au même phénomène qu’il essayait d’analyser en marxiste « orthodoxe » qu’il était (combattant à l’époque l’influence d’Althusser):

http://www.librairie-tropiques.fr/2016/05/michel-clouscard-lettre-ouverte-aux-communistes-francais.html

Tout ceci est en effet toujours d’actualité.

Pour en savoir plus voir le document joint. [ Spectres et Zombies-PDF- 72 p.]

Bonne soirée

Dominique Mazuet

*******************

UNE REPONSE TML…

Bonsoir,

D’après les différentes statistiques le secteur tertiaire représente actuellement plus de 79% des emplois, l’agriculture 2,6 %, la construction 5,4%, et l’industrie 13%…

Et vous tentez à nouveau de botter en touche en me disant que vous ne vous sentez pas concernés… !

Et vous me reprochez même mon « intention proclamée  » d’avancer vers des solutions politiques concrètes adaptées à la réalité » »…

Qui sont vraiment les philistins là dedans ? Vous me dites:

« Je ne vois pas grand chose d’autre à vous répondre et je ne vous suivrai donc pas sur le terrain où vous semblez vous tenir »

Je ne peux effectivement que le constater…

« Ni lui, ni moi », me dites vous, «  ne prétendons faire la révolution, ou du reste révolutionner quoique ce soit « par nous-mêmes »,

On ne peut donc effectivement que vous faire confiance sur ce point, même s’il s’agit bien évidemment, et comme il est dit dans l’article, non pas de « révolutionner par soi-même », mais bien avec l’ensemble des classes sociales concernées, y incluant les 80%, et même davantage, tel que vécu le 17 Novembre, et les quelques jours suivants, qui avaient repris espoir à cette brève occasion, trop vite gâchée par l’incapacité de la « gauche » française à analyser quoi que ce soit…

Je pense donc que nous avons fait là, assez clairement, le point sur nos divergences.

Luniterre

 

NDTML: l’ensemble des débats sur ce thème a fait l’objet d’une première tentative de synthèse ici:

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/08/11/devoir-de-vacances-resume-ce-quil-faut-retenir/

 

 

 

 

 

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/07/every-12-minutes-in-2018-__-vf.png?w=920&h=691

 

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