Affaire Méric : Rixe entre milices supplétives du Kapital, 1 mort, 11 et 7ans de prison…

https://www.paris-normandie.fr/binrepository/900x1363/0c137/900d506/none/10904/WWVY/image_content_24115610_20180902212927.jpg

 

 

 

Affaire Méric :

Rixe entre milices

supplétives du Kapital,

1 mort, 11 et 7ans de prison…

 

 

 

Ce qui n’était pas encore suffisamment évident, en 2013, c’est la Kollaboration de la prétendue « gauche antifa » aussi bien avec son vrai mentor, l’impérialisme français dans sa fraction « démocrate » et « social-démocrate », qu’avec le suzerain de cette faction, l’impérialisme US. C’est notamment avec le conflit syrien que cette mouvance « antifa » s’est révélée être l’un des réservoirs de supplétifs pour les tentatives de dépeçage des nations indépendantes et de repartage du monde, où l’impérialisme français espère toujours ramasser quelques miettes laissées par son suzerain US sur les décombres de ses massacres et bombardements.

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/23/les-lecons-dafrin-pour-en-finir-avec-le-mcdo-marxisme/

 

Face à cette alliance de rapaces se dessine désormais plus nettement, également, la convergence du social-chauvinisme « de gauche » et du nationalisme d’extrême-droite, plus « traditionnel », vers une alliance avec le social-impérialisme chinois…

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/03/du-socialisme-a-la-chinoise-au-socialisme-a-la-soral/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/09/08/social-chauvinisme-et-gauchisme-2-voies-actuelles-de-kollaboration-de-classe-avec-limperialisme/

 

Mais chaque clan a besoin de justification « morale », sinon même « idéologique », pour se vendre publiquement en toute « bonne conscience ».

Le procès de cette affaire Méric est donc d’abord une occasion de redorer le blason terni de l’ « aile gauche » du Kapital et de restaurer, pour un bref instant, sa facade « démocratique » en réalité complètement vermoulue quant à ses infrastructures.

Pas de fausse note, donc, de la part du clan social-fasciste et social-chauvin, en attendant le prochain round en appel…

A l’époque des faits, cependant, quelques voix discordantes ont néanmoins tenté de décaper la nature de classe de cet « entre soi » des sectes « nationalistes » et « antifa », sans aller, pour autant, jusqu’à mettre au jour leur rôles respectifs de milices supplétives des différentes factions du Kapital et de l’impérialisme.

A la suite, après la version « gauche » et « droite » des faits, assez concordantes, pour l’essentiel, une republication d’une intéressante tentative d’analyse sociologique de cette rixe et de ce crime.

Luniterre

 

***************

Reconstitution, vue du « côté gauche » du Kapital, de la rixe ayant mené au décès de Méric

Mardi, 26 Mai, 2015, dans l’Humanité

« Près de deux ans après le drame, les protagonistes de la rixe entre « skinheads » et « antifascistes » qui avait causé la mort du jeune Clément Méric se sont retrouvés ce mardi dès l’aube pour une reconstitution sur les lieux de l’affrontement.

Cette reconstitution a été ordonnée par les juges d’instruction chargés du dossier, en présence d’enquêteurs de la Brigade criminelle, pour mieux cerner le déroulement de cette bagarre mortelle, décrite comme violente et très brève. Une démarche qui arrive en fin de l’instruction.
Les personnes convoquées sont arrivées dans ce quartier commerçant entre les grands magasins et la gare Saint-Lazare avant le lever du jour et l’ouverture des boutiques, vers 05H00, accompagnées de leurs avocats. Le principal suspect, Esteban Morillo, mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, y était convoqué. Samuel Dufour, un apprenti boulanger également mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, était aussi présent. Des barrières, gardées par des CRS, avaient été installées de chaque côte de la rue pour tenir à distance les curieux. 

Esteban Morillo a reconnu dès le départ avoir porté un premier coup de poing, à main nue, au visage de Clément Méric, parce qu’il se sentait menacé. Une fois la bagarre engagée, son second coup de poing a fait chuter l’étudiant de Sciences-Po, alors en rémission d’une leucémie.  Samuel Dufour conteste lui les coups sur Clément Méric. Morillo et Dufour ont été remis en liberté après plus d’un an de détention provisoire. Tous les protagonistes étaient convoqués à la reconstitution, dont les quatre mis en examen et trois militants « antifascistes », dont l’un est témoin assisté depuis avril.

Plusieurs interrogations demeurent

L’enquête avait rapidement permis de retracer le scenario du drame. Le 5 juin 2013, dans l’après-midi, Clément Méric et Esteban Morillo ne sont pas encore là quand les deux groupes se croisent par hasard dans une vente privée de vêtements prisés par les deux mouvances. Selon plusieurs témoins, les invectives partent des militants d’ « extrême gauche », qui disent avoir vu les skins ranger des poings américains. De leur côté, les skins appellent des renforts, dont Esteban Morillo.  L’un des vigiles de la vente demande aux « antifascistes » de partir, mais ces derniers, rejoints par Clément Méric, restent dans la rue. Le vigile demande alors aux skinheads de sortir par la droite, pour éviter de rencontrer leurs ennemis. Mais ils choisissent de partir à gauche. Sont-ils allés directement à la rencontre de l’autre groupe, ont-ils été alpagués? Chaque camp s’accuse d’avoir provoqué la bagarre. 

Autre interrogation, Morillo et Dufour sont soupçonnés d’avoir utilisé un poing américain, une arme prohibée, ce qu’ils contestent, malgré des témoignages. Des SMS de Samuel Dufour au soir des faits, révélés par une expertise, allaient dans ce sens. « J’ai frappé avec ton poing américain », disait l’un d’eux. « On les a défoncés », disait un autre. 

La mort de Clément Méric, 18 ans, devenu un symbole pour les antifascistes, avait causé un vif émoi. Alors ministre de l’Intérieur, Manuel Valls avait évoqué un « assassinat » et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait promis de « tailler en pièces » les groupuscules d’extrême droite. Dans la foulée, le gouvernement avait dissout Troisième Voie, dont étaient issus les skinheads, et son service d’ordre, les « Jeunesses nationalistes révolutionnaires » (JNR), dirigés par Serge Ayoub, un vétéran de la mouvance.

 

https://www.humanite.fr/reconstitution-du-drame-ayant-mene-au-deces-de-meric-574919

 

 

La reconstitution vue par le « côté droit » du Kapital :

 

Sur la base des témoignages et d’éléments de l’enquête, Le Figaro reconstitue l’enchaînement des faits qui ont conduit à la mort du jeune militant antifascite les 5 et 6 juin 2013. Mardi 4 septembre, le procès de ses agresseurs présumés, trois skinheads, s’ouvre à Paris.

Le 5 juin 2013, deux groupes antagonistes, l’un d’extrême droite, l’autre d’extrême gauche, se croisent dans une vente privée de vêtements Fred Perry. Cette marque britannique est prisée aussi bien par le mouvement skinhead que par les antifascistes.

 

 

En quelques dizaines de minutes, la rencontre fortuite va se terminer en une bagarre mortelle. Clément Méric, jeune militant «antifa» de 18 ans, ne se relèvera pas de la confrontation avec ses opposants. Il perd la vie au terme d’une rixe de quelques secondes. Nous revenons sur les 24 heures qui seront au cœur des audiences du procès qui doit s’ouvrir mardi 4 septembre devant la cour d’assises de Paris. Trois «skins» seront jugés. Ils encourent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

La salle des ventes

Vers 17h30. Trois jeunes âgés d’une vingtaine d’années, Matthias Bouchenot, Aurélien Boudon et Steve Domas, proches de la mouvance antifasciste, arrivent dans un appartement situé au 2e étage du 60 rue de Caumartin dans le IXe arrondissement de Paris. C’est ici que se déroule la vente privée de la marque Fred Perry.

 

17h54. Steve Domas règle ses achats à la caisse. Matthias Bouchenot et Aurélien Boudon l’attendent sur le palier. C’est là qu’ils croisent Alexandre Eyraud, Samuel Dufour et Lydia D. Ces derniers, skinheads d’extrême droite, appartiennent à un groupe politique rival des antifas. Ces derniers affirment les voir ranger un poing américain dans un sac, que les skinsheads doivent laisser aux vigiles à l’entrée de la vente privée.

Les jeunes d’extrême gauche invectivent les nouveaux venus: «Les nazis viennent faire leurs courses», ou encore, «n’achetez pas trop, on est dix en bas et il va falloir courir, on vous attend.» Les autres répondent qu’ils sont simplement là pour faire des achats. Le lieu de la vente n’est pas équipé de caméras de surveillance, si bien qu’il n’existe pas d’images de la scène.

Deux policiers sont alors présents dans la salle, effectuant des achats. Les antifas demandent à un vigile de les prévenir de la présence des skinheads. Le vigile ne le fait pas, les policiers repartent avec leurs achats sans intervenir.

L’attente

18h03. Les antifas ressortent du bâtiment et se postent devant l’église Saint-Louis d’Antin, située à quelques mètres à peine du 60 rue de Caumartin. Ils appellent du renfort. Depuis la salle de la vente, les skinheads les regardent par la fenêtre. Selon certains témoins, ils semblent nerveux. Eux aussi appellent du renfort. Samuel Dufour joint Esteban Morillo. Ce dernier contacte ensuite sa petite amie, qui souhaitait le rejoindre.

18h09. Clément Méric retrouve les antifas dans la rue de Caumartin.

18h13. Esteban Morillo arrive sur les lieux et rejoint ses camarades skinheads dans la vente privée.

18h22. Un agent de sécurité va voir les antifas pour leur demander de partir. Selon lui, ils refusent et dénoncent la présence du groupe rival, pointe des agressions racistes commises par les skinheads. Clément Méric dit: «Ce sont des gens qui ne devraient même pas être vivants».

18h25. Katia V., petite amie d’Esteban Morillo, arrive dans le quartier. Elle ne monte pas dans le magasin mais attend au niveau du magasin Citadium, situé en face de l’église où sont postés les antifas.

18h27. Clément Méric monte dans la boutique. Le vigile qui était sorti tente de le dissuader, en vain.

18h28. Il envoie son dernier SMS: «Ils descendent.»

18h35. Clément Méric retrouve les antifas près de l’église.

18h38. Stéphane C., un ami nationaliste prévenu par Katia V., la rejoint.

18h40. Esteban Morillo et Serge Ayoub (leader du mouvement politique dont les skinheads sont sympathisants, Troisième voie) se parlent au téléphone pendant une minute. «Je leur dis: “Cassez-vous, ça va être la merde, ils vont être de plus en plus nombreux dehors à vous attendre”», nous explique Serge Ayoub.

La bagarre

18h42. Les skinheads sortent du bâtiment. Ils se dirigent immédiatement sur la gauche, là où se trouvent les antifas, et non sur la droite, comme un vigile le leur avait demandé.

18 heures 43 et 25 secondes. La bagarre éclate. Les deux groupes rejettent l’un sur l’autre la responsabilité de l’avoir déclenchée.

18 heures 43 et 31 secondes. Clément Méric tombe sous les coups. Matthias Bouchenot et Steve Domas sont blessés: le premier s’en tire avec une ITT de 7 jours et le second 3 jours. En face, 2 jours d’ITT seront délivrés pour Samuel Dufour et un seul pour Esteban Morillo.

Les skinheads s’enfuient par la rue située en face de l’église Saint-Louis d’Antin, la rue Joubert. Ils bifurquent ensuite dans la rue de la Victoire.

18h44. Deux passants, dont une qui voulait porter secours à Clément Meric, appellent les pompiers.

18h47. Les pompiers arrivent sur les lieux et pratiquent un massage cardiaque sur Clément Méric.

18h49. Serge Ayoub reçoit un nouveau coup de fil des nationalistes. La conversation dure une minute.

19h06. Le service mobile d’urgence et de Réanimation (Smur) arrive sur les lieux.

La soirée et la nuit

Vers 19h30. Les skinheads arrivent dans le XVe arrondissement de Paris. Ils prennent la direction du Local, le bar de Serge Ayoub, qui sert de QG au mouvement politique Troisième voie.

 

19h36. Clément Méric arrive à l’hôpital au service d’anesthésie et de réanimation.

19h44. Samuel Dufour, un des skins impliqués, reçoit un texto de Stéphane C., un des renforts: «Au moins maintenant, tu sais que tu cognes.»

Dans le bar, selon Serge Ayoub, ils évoquent peu la bagarre: «On s’en est bien sortis, on a réussi à se dégager», résument-ils, selon lui.

20h13. Samuel Dufour envoie par texto au contact «Yann CFA»: «Salut j’ai frappé avec ton poing américain».

20h38. Réponse (nous reproduisons les messages tels qu’ils ont été écrits, NDLR): «Srx [sérieux] ques ce que ta fait encore?»

– «Ba il est parti à l’hôpital… Mdr»

– «Mdr te grave»

– «5 contre 3 et on les a défoncé»

21h30. Une partie des skinheads quitte le bar. Esteban Morillo, lui, reste au Local.

23h. C’est à ce moment que Serge Ayoub dit prendre conscience de ce que l’on reproche aux skinheads. Il explique qu’il occupe alors son temps à comprendre ce qui a pu se passer.

23h15. Samuel Dufour envoie un SMS à Esteban Morillo: «Demande à Serge si je dois nettoyer le bombeur [manteau] il est plein de sang mais c’est le mien.»

Minuit. Esteban Morillo part du local.

Minuit 43. Il arrive à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis, ville où il réside.

Vers 1 heure. Un ami rejoint le couple Esteban Morillo-Katia V. Il dit trouver Estaban Morillo «très mal».

Vers 1h30. Samuel Dufour appelle un ami et demande à passer chez lui car il veut lui parler, mais pas au téléphone.

Pendant la nuit. Les skinheads impliqués dans la rixe se parlent énormément pendant la nuit. Ils échangent beaucoup avec Serge Ayoub.

Le lendemain

8 heures. Au petit matin, Serge Ayoub explique que les personnes recherchées vont «se rendre dans la journée», le temps pour eux de «trouver un avocat».

Vers 13 heures. Esteban Morillo, Katia V. et Stéphane C. sont interpellés par la police près d’une station de métro alors qu’ils étaient en chemin pour se rendre.

15h30. Décès de Clément Méric.

Vers 17 heures. Samel Dufour, Alexandre Eyraud et Lydia D. se rendent aux policiers.

 

Ce mardi 4 septembre 2018, Esteban Morillo, Samel Dufour et Alexandre Eyraud ont été jugés par la Cour d’assises de Paris.

 

[NDTML : Morillo-11ans, Dufour-7ans, Eyraud-acquittement, les deux condamnés font appel.]

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/09/03/01016-20180903ARTFIG00092-il-est-18h43-clement-meric-s-effondre-recit-minute-par-minute-d-une-rixe-meurtriere.php

[  NDTML: voir également, concernant la chronologie des faits:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Cl%C3%A9ment_M%C3%A9ric  ]

 

 

L’affaire Clément Méric

Par Pierre Carles, juillet 2013

La mort d’un jeune homme de 18 ans a fait la une des journaux début juin. Son nom : Clément Méric. Celui de son meurtrier : Esteban Morillo. À en croire la presse, c’est un affrontement politique entre skinheads et militants antifascistes qui aurait dégénéré et provoqué la mort de Méric. Si les journalistes qui ont couvert le meurtre de cet étudiant de SciencesPo avaient disposé des outils de la sociologie critique de Karl Marx ou de Pierre Bourdieu pour appréhender le monde social, ils ne s’en seraient peut-être pas tenu uniquement à ce que l’on a pu lire ou entendre ici ou là. Certes, on peut voir Méric comme un militant d’extrême gauche « antiraciste/antifasciste » et ses adversaires comme appartenant à la nébuleuse de l’« ultra-droite » proclamant la suprématie de la race blanche, mais les divergences idéologiques n’expliquent pas tout. En présentant la mort de Méric comme le résultat d’un combat extrême droite/extrême gauche, on occulte une dimension fondamentale de ce drame : la lutte de classes. Méric/Morillo, c’est aussi une rencontre sociale qui s’est très mal terminée.

Complexe de supériorité

Émettons cette hypothèse : si Clément Méric et son meurtrier Esteban Morillo n’avaient pas été séparés par un si profond fossé social, s’il n’y avait pas eu entre eux de telles inégalités de « capital culturel », pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu, leur affrontement verbal ne se serait pas conclu par mort d’homme. Méric et ses amis n’ont-ils pas été victimes d’un certain complexe de supériorité sociale ? Ne faut-il pas voir dans ce drame l’incapacité de certains membres de la petite bourgeoisie intellectuelle à percevoir et à mesurer à quel point un fils d’immigré espagnol – Esteban Morillo – n’ayant pas dépassé le stade du collège, peu qualifié professionnellement, chômeur ou exerçant occasionnellement le métier de vigile, peut se sentir profondément humilié par des jeunes perçus comme des nantis, surtout quand l’un d’entre eux – Clément Méric – est élève à SciencesPo, fils de professeurs d’université, doté d’un fort capital linguistique et culturel ? On peut avancer, sans trop courir le risque d’être démenti, que personne n’a appris à Esteban Morillo le maniement du verbe ou la prise de parole de type « SciencesPo », qu’il ne lui pas été proposé d’autre choix de vie que la relégation sociale ou, dans le meilleur des cas, le statu quo. Comme seul capital, il ne disposait que de sa force physique, celle qu’il monnayait à une société de sécurité.Peu importe, en définitive, de savoir qui a commencé, qui a insulté en premier. N’est-ce pas ce sentiment d’humiliation des « petits Blancs », dont l’équipe de Bourdieu a rendu compte il y a vingt ans dans La Misère du monde, qui expliquerait en partie le drame survenu rue de Caumartin à Paris ? Si le système scolaire ne discriminait pas les enfants des classes populaires, s’il donnait la possibilité aux Esteban Morillo d’être mieux dotés de capital scolaire, intellectuel, culturel, ce dernier n’aurait peut-être pas fait parler la force brute.

Dessin-De-Berth

Le meurtrier était un enfant d’immigrés et, comme les fils d’immigrés relégués dans les quartiers ouvriers en déclin ou les régions industrielles sinistrées, il avait plus de chances d’avoir affaire à la justice qu’un fils à papa d’extrême-droite, étudiant à la faculté de droit d’Assas. Lorsqu’un militant d’extrême droite doté d’un certain capital culturel commet un délit, fait usage de la violence, cela ne l’empêche pas de devenir ministre de l’Économie(1), vice-président de l’UMP(2) ou… directeur de France Culture(3). Les enfants des classes populaires, eux, toutes couleurs de peau confondues, ont bien plus de probabilité de faire un passage par la case prison que les étudiants d’Assas ou les élèves des grandes écoles. Si la presse a fait un tel battage autour du meurtre de Clément Méric, ce n’est pas en raison de l’empathie qu’elle éprouvait pour un militant d’extrême gauche, mais parce que la plupart des responsables de l’information ont intuitivement perçu cette agression comme étant dirigée contre eux, du moins dans un premier temps. Indépendamment de toute coloration politique, c’est un des leurs qui a été tué début juin. Méric avait en effet intégré une des principales écoles de formation des élites journalistiques et politiques françaises(4).

Les soutiens de Morillo ne manqueront pas de mettre en avant sa trajectoire sociale pour lui trouver des circonstances atténuantes et lui éviter une trop lourde condamnation. Ils n’iront pas jusqu’à employer le terme d’« excuses sociologiques » – ce n’est pas leur vocabulaire – mais  pourront difficilement, cette fois-ci, convoquer leur grille d’analyse nationaliste – « la France aux Français » – car, si l’on se place de leur point de vue, le Breton Clément Méric est bien plus « gaulois » que le fils d’immigré espagnol Esteban Morillo. Ils devront donc se rallier à un point de vue marxiste, forcément internationaliste. Dans une société divisée en classes sociales, où des pans de la population en exploitent d’autres, il leur faudra défendre l’idée que tous les pauvres doivent bénéficier d’excuses sociologiques ou bien avoir les moyens de surmonter leur handicap de départ.

Rien à attendre des urnes

Dissoudre les milices d’extrême droite, comme le propose le gouvernement, ne résoudra rien. Cela n’empêchera pas d’autres drames comme celui dont a été victime Clément Méric. S’il y avait quelque chose à abolir dans cette histoire, c’est… la société divisée en classes sociales. Et ne comptons pas sur Manuel Valls, François Hollande, Arnaud Montebourg, le PS, les Verts, les centristes, l’UMP ou le FN pour s’y atteler. N’attendons rien non plus des urnes. Le système électoral est trop verrouillé pour permettre l’élection d’un candidat anticapitaliste(5).

___________________
(1) Comme Alain Madelin.
(2) Comme Alain Longuet.
(3) Comme Patrice Gélinet.
(4) En revanche, Yassine Aïbeche, un autre jeune de 19 ans tué par un policier en début d’année, n’a pas trouvé grand monde dans la presse pour  s’offusquer de son funeste destin. Aïbeche était un jeune de la cité Félix-Pyat, un des quartiers les plus pauvres de Marseille, n’ayant aucune chance d’appartenir un jour à la classe dirigeante de notre pays.
(5) Voir le reportage Hollande, DSK, etc. de J. Brygo, P. Carles, N. Faure et A. Van Opstal.

https://www.sinemensuel.com/societe/laffaire-clement-meric/

 

1923-1945 Véritable histoire

d’une résistante antifasciste

 

(ailleurs que dans une boutique de fringues pour midinettes)

Le destin tragique et héroïque de la sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi

Publié le lundi 10 septembre 2018 à 12h04

par Albert Algoud

La sous-lieutenante Eugénie-Malika Djendi fut opératrice radio pendant la Seconde Guerre mondiale, cette « Merlinette » et ses camarades se sont battues contre les Nazis et elle paya de sa vie cette lutte pour la liberté. Albert Algoud nous parle de cette femme exceptionnelle.

 

 

Ces femmes étaient membres des Forces Françaises Libres, comme Eugénie-Malika Djendi. Ici à Londres en 1944 en pleine Seconde Guerre Mondiale. © Getty / Keystone France

 

Au hasard d’une promenade dans le parc André Citroën dans le XVe arrondissement de Paris, j’ai récemment avisé une plaque ainsi libellée :

Jardin Sous-Lieutenante Eugénie-Malika Djendi (1923-1945) « Merlinette », Opératrice radio du corps féminin des transmissions d’Afrique du nord. Parachutée par les services spéciaux d’Alger, résistante, déportée et exécutée à Ravensbrück.

Ému par le jeune âge de cette femme assassinée par les nazis à 22 ans et intrigué par le terme « Merlinette », je me suis alors reporté au remarquable ouvrage de l’historienne Malka Marcovitch, que nous avions reçu dans Vous les femmes, intitulé Parisiennes aux éditions Balland, et qui raconte le destin d’un peu plus de 300 femmes dont le nom a été attribué à des rues ou à des places parisiennes.

Eugénie-Malika Djendi naquit le 8 avril 1923 à Bône, actuelle Annaba, en Algérie, dans une famille mixte. Son père était musulman et sa mère pied-noir d’origine italienne. Fin 1942, Eugénie-Malika devient une « Merlinette« . On connaît bien les Claudettes. Les ultimes fans d’Alain Juppé se souviennent des Juppettes. Mais qui furent les « Merlinettes » dont l’histoire est peu connue ?

Après le débarquement allié en Afrique du nord, le colonel Merlin prend le commandement des transmissions des forces de Terre, Mer et Air. À Alger, il crée l' »Arme des Transmissions ». Pour compenser le manque drastique d’hommes dans les forces libres, il forme le « Corps Féminin des Transmissions », qui regroupera jusqu’à 2000 jeunes filles, toutes engagées volontaires. Très rapidement appelées « Merlinettes », elles participent aux côtés des Forces Françaises Libres aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne. Certaines sont également volontaires pour être parachutées en France occupée. 

 

C’est le cas d’Eugénie-Malika Djendi, une des premières engagées qui reçoit à Alger une formation très complète digne de James Bond : apprentissage du renseignement, topographie, repérage des objectifs  à bombarder, close combat, séances de tir, maniement des explosifs, conduite de moto et d’auto, parachutisme… 

Puis, à Londres, elle devient opératrice-radio, ou « pianiste », un surnom donné aux opérateurs-radio clandestins grâce au toucher de leur index très rapide. Peu spectaculaire, l’action des opérateurs et des opératrices radio, rappelons-le, fut pourtant l’une des plus efficaces de la Résistance, mais aussi une des plus dangereuses. Émettre de France plus de trois minutes, plus de trois fois de suite au même endroit sans changer de longueur d’onde était quasi suicidaire

Eugénie-Malika Djendi, incorporée dans la mission « Berlin » et « Libellule », doit opérer dans la région parisienne. Parachutée le 7 avril 1944 près de Sully-sur-Loire, elle réussit à établir la liaison avec Alger et Londres. Mais repérée par l’Abwher, elle est arrêtée, porteuse de son arme et tout son matériel radio. Elle est enfermée dans les locaux de la Gestapo où avec une autre « Merlinette », Pierrette Louin, elle aide une camarade d’une cellule voisine à s’enfuir, en attirant l’attention de ses geôliers par des cris et  des chants. 

Elles sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück où, le 18 janvier 1945, elles sont pendues avec deux autres « Merlinettes » dont Marie-Louise Cloarec et Suzanne Mertzizen, qui furent arrêtées en Haute Vienne à Saint-Léger-Magnazeix où une stèle, depuis peu, leur rend hommage. À ces noms, joignons celui d’Elisabeth Torlet, fusillée le 6 septembre 1944 près de l’Isle-sur-Doubs.

J’ai tenu à citer ces jeunes femmes héroïques parce que leur engagement courageux, et celui de toutes leurs camarades que je ne peux hélas pas toutes nommer, est trop rarement évoqué voire passé sous silence alors que leur combat pour vaincre le nazisme fut très important. 

Si vous passez par le parc André Citroën, faîtes un détour par le square Eugénie-Malika Djendi et ayez une pensée pour les jeunes « Merlinettes » car c’est à elles aussi que nous devons notre liberté chérie. 

La biographie complète de Eugènie-Malika Djendi est disponible sur le site du AASSDN.

https://www.franceinter.fr/histoire/le-destin-tragique-et-heroique-de-la-sous-lieutenante-eugenie-malika-djendi#xtor=CS1-901

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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