Trotsky contre Marx ? -1- Objet et pertinence du propos

par tribunemlreypa

 

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Trotsky contre Marx ?

 

(__1_Objet et pertinence du propos.)

 

Le trotskysme serait-il le dernier refuge politique de la pensée marxiste? C’est l’image qui nous en est donnée aussi bien par ses adeptes que par les médias, qui l’associent à la notion d' »extrême-gauche », supposément « anticapitaliste » et même « révolutionnaire ».

Associer trotskysme et marxisme, cela suppose, et c’est ce qui nous est implicitement affirmé par les uns et les autres, qu’il y ait eu un lien conséquent entre la pensée et l’action de Marx et celle de Trotsky, au delà d’une revendication historique formelle.

Entériner ou contester la validité de cette revendication n’est donc pas sans importance, dans le contexte de crise actuelle.

En dépit de l’approfondissement de la crise, si le discours critique à l’égard du capitalisme semble retrouver une certaine légitimité, la constitution d’une alternative politique anticapitaliste semble non seulement être rendue inopérante à travers le discours trotskyste, mais même connaitre encore une suite de reculs successifs au profit d’alternatives réformistes, populistes, et même social-fascistes.

Dans ce sens on comprend que la machine médiatique au service du système se satisfasse très bien d’offrir un strapontin de « contestataire officiel », en quelque sorte, à ce qui reste du courant trotskyste, et qui constitue, de fait, l’un des meilleurs verrous de sécurité du système, par rapport à l’émergence d’une lutte sociale réellement prolétarienne.

En même temps, l’état de division extrême de ce courant permet toujours à chaque partie de ses adeptes de prendre formellement ses distances vis à vis des autres et de s’affirmer plus « authentiquement trotskyste » que toutes les autres, sans que cela aboutisse, pour autant, à un résultat différent.

Il ne s’agit donc pas, au cours de cette étude, de distribuer des certificats d' »authenticité » aux uns ou aux autres, mais de comprendre déjà la validité éventuellement marxiste ou non de la démarche de Trotsky lui-même, à travers l’adéquation, principalement de sa pensée économique, de sa mise en pratique, puis de son attitude critique au cours de la constitution de l’Union Soviétique.

Pour que cette démarche soit claire, il est donc nécessaire de préciser que nous entendons parler ici d’une lecture simple et directe de Marx, non conditionnée par un présupposé idéologique, même tel que formé par le leg historique de l’URSS et des courants idéologiques qu’elle a influencé.

Cela équivaut donc, et c’est aussi carrément l’une des ambitions de cette approche, sinon même la plus essentielle, de tenter également un nouveau bilan de cette expérience historique, précisément dégagé de tout présupposé idéologique.

Une lecture simple et directe n’en exclut pas pour autant une approche dialectique, qui est évidemment contenue dans le propos de Marx lui-même, dès le départ.

Et cette démarche s’attache particulièrement à ce qui est à la base même de la pensée économique de Marx, à savoir la loi de la valeur, et à ses conséquences dans l’évolution du développement économique de l’URSS et à la façon dont Trotsky a pu la considérer.

On a vu au cours de débats récents que la confusion la plus totale continue de régner sur cette question de savoir ce que recouvre, historiquement, la loi de la valeur. La confusion la plus courante est celle qui associe loi de la valeur et loi du marché au point de les rendre indiscernables et aboutit logiquement soit à contester le concept même de loi de la valeur, comme le font les économistes « néo-classiques », soit à associer indissolublement loi de la valeur et loi du marché au point de justifier une identification restrictive de la loi de la valeur au capitalisme, comme le fait le courant de la « wertkritik », très influent sur la prétendue « extrême-gauche », même si de façon informelle et d’autant plus efficace.

Ce sont là les grandes tendances de cette confusion, avec toutes les nuances intermédiaires possibles, même les plus improbables. On les retrouve également dans le mouvement trotskyste.

Pour ce qui est de Trotsky lui-même, sur ce sujet, nous verrons ce qu’il en est réellement.

L’argumentation des théoriciens confusionnistes et/ou négationnistes prend donc éventuellement consistance dans une lecture simpliste et non dialectique de Marx, ce qui est évidemment, en soi, déjà un déni de la méthode marxiste mais permet d’asseoir la confusion sur ce qui pourrait sembler être une contradiction inhérente à la théorie marxiste elle-même, s’autodétruisant, en quelque sorte, à vouloir « trop prouver »…

Ces confusionnistes, involontaires ou délibérés, en donneront pour « preuve » les liens que Marx a voulu lui-même tisser entre ces deux notions, notamment à travers le concept de « valeur de marché » qui semble précisément en être le maillon le plus solide, associant directement les deux concepts, de « valeur » et de « marché ».

Il est évidemment fondamental de rappeler, ici déjà, que le propos de Marx est notamment, sinon essentiellement en ce qui concerne les bases même du Capital, de montrer en quoi c’est d’abord la loi de la valeur qui gouverne la formation des prix, et non la loi du marché concurrentiel, la loi de l’offre et de la demande, qui n’intervient qu’en second ordre et finit par se trouver davantage conditionnée par la loi de la valeur, plutôt que l’inverse, même si l’interaction dialectique des deux lois aboutit précisément à la conceptualisation de la « valeur de marché ».

La valeur de marché est la forme que prend la loi de la valeur dans l’univers économique concurrentiel du marché capitaliste moderne, dans une économie capitaliste moderne de grande production, mais elle n’a de sens, précisément, que dans cet univers. C’est ce que Marx nous rappelle, à plusieurs reprises, comme prémisse de la définition de cette notion, notamment dans le Capital, Livre III, Chapitre 10.

C’est autour de cette forme de la valeur que les prix finissent par « graviter », malgré l’apparence erratique de leurs variations liées à la loi du marché.

Ce n’est évidemment pas pour « atténuer », voire « contredire », selon certains, le principe même de la loi de la valeur, que Marx a consacré ce fameux Chapitre 10 du Livre III à distinguer précisément « valeur de marché » et « prix de marché »…

Selon une lecture en réalité évidente, à la fois simple, directe et dialectique, le fait que dans cet univers économique loi de la valeur et loi du marché se trouvent donc évidemment dans une interaction dialectique n’en abolit pas pour autant le fait que la loi de la valeur continue précisément et fondamentalement de fonctionner comme loi générale régissant la notion d’échange économique, ni le fait qu’elle se soit manifestée autrement auparavant, dans d’autres univers économiques, et pourrait encore le faire, dans un nouvel univers économique, dont celui du socialisme, éventuellement.

Comment cette loi de la valeur s’est-elle manifestée, ou non, et si oui, jusqu’à quel point et de quelle façon, dans l’univers économique particulier de l’édification de l’Union Soviétique, et quelle fut à son égard l’attitude des différents protagonistes de l’histoire, dont Trotsky, voilà ce qui sera donc l’essentiel du propos de cette étude, avec les conséquences utiles qui en découlent.

Luniterre

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