L’argent est-il ou n’est-il pas une marchandise ?

 

Une réflexion en marge d’un article paru sur Agoravox,

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-argent-un-bien-public-193579#forum4929779

Et en réponse à un post de M. Hum à la suite de ce même article.

« L’argent, un bien public »

 

 

L’argent est-il

ou n’est-il pas

une marchandise ?

 

 

« l’argent est tout, sauf un bien ou marchandise, c’est un contrat d’échange de valeur au porteur. »

Nous dit M. Hum…

 

 

La réalité, qui se trouve être tout à fait dialectique, sur ce sujet, comme tant d’autres, est donc, dans les faits, très ambivalente :

 

A l’origine, l’argent-métal, qu’il soit argent, or ou autre métal, est bien une marchandise, comprise comme telle, à la fois au sens strict et comme équivalent général de toutes les autres.

 

Ce phénomène existe toujours, dans des économies rudimentaires, comme celles internes aux prisons US, ou des cigarettes, des nouilles chinoises, peuvent être soit échangées, à un cours « de marché », contre d’autres marchandises, soit consommées directement.

 

Aujourd’hui, certes, il ne viendrait à l’idée de personne de se faire une salade de billets, ni même d’allumer son feu ou sa clope avec, (Sauf peut-être, jadis, à Serge Gainsbourg…) mais l’argent, sur le marché des changes, (FOREX), continue bel et bien d’être une marchandise, même si réduite à une fonction spéculative.
Nombre de matières premières, facilement stockables, font également l’objet d’échanges spéculatifs avant d’être consommées ou utilisées, et donc ont aussi une fonction provisoire d’équivalent général, en un sens.

 

Cela ne contredit en rien le fait que la valeur réside dans le travail, car l’argent, comme équivalent général de toute marchandise, reste donc aussi celui de la force de travail, comprise comme marchandise, en économie capitaliste.


Parler d’argent « en économie communiste » ne veut rien dire, à moins de préciser ce que l’on entend par là.
Le communisme, dans sa phase supérieure, suppose l’abolition de ces notions, et personne n’a prétendu sérieusement avoir créé une telle économie, et pas même Staline, qui, notamment à partir de 1941, (mais avant la guerre), parlait du socialisme comme d’une phase de transition, où la loi de la valeur continuait d’avoir cours, mais sous une forme différente. Approche du problème qu’il a tenté par la suite de développer jusqu’à sa mort, et que l’on retrouve exprimé de cette manière jusqu’en 1955, dans le manuel économique de l’académie des sciences de l’URSS.


http://www.d-meeus.be/marxisme/manuel/manuel.html

 

L’ »économie communiste« , au sens réel du terme, reste donc complètement  »terra incognita », (Sauf peut-être pour M. Hum, qui semble en avoir des « visions »… !)
Au vu de l’expérience, on peut néanmoins tenter de comprendre ce que peut être une économie socialiste, une monnaie socialiste.
A l’évidence, cette monnaie reste précisément un équivalent général des valeurs crées par le travail, et donc de la valeur-travail, en dernière analyse.
Elle n’est donc pas une monnaie de singe, tant que l’économie du pays est équilibrée, et que ses échanges extérieurs, aussi, sont équilibrés.
C’était le cas de l’URSS, au début des années 50, et selon des recherches historiques actuelles en Russie, il existait un projet de « marché commun » non seulement entre l’URSS et l’Europe de l’Est, mais aussi avec un certain nombre de pays « occidentaux », sur la base d’une monnaie de réserve commune qui aurait pu être le rouble.
A l’époque, le fait de posséder une réserve en or, comme équivalent général et garantie, jouait encore un rôle, et l’URSS était en passe de reconstituer la sienne.
Ce projet, en réalité déjà assez avancé, aurait pu, selon ces historiens, être la cause réelle de la mort de Staline,(« naturelle » peu probable), et non les légendes noires tissées à l’Ouest pour dissimuler la connivence US avec Khrouchtchev et son clan.

 

Voir notamment :

« За что убили Сталина », par Арсен Мартиросян

 

http://www.specnaz.ru/articles/195/27/1743.htm

 

Avoir un regard critique sur l’histoire des pays socialistes est utile, mais cela n’exclut pas d’en tirer des leçons positives, là où il y en a.

 

Luniterre

 

PS : sur ce sujet, la monnaie en URSS, la monnaie de réserve, voir notamment, dans le manuel, édition 1955 :


http://www.d-meeus.be/marxisme/manuel/chap32sect04.html

*********************** 

 

 

 

Un commentaire

  1. Je pense que la réponse à cette question est très simple cher camarade.

    Lénine donnait une définition de la marchandise : « La marchandise est, en premier lieu, une chose qui satisfait un besoin quelconque de l’homme; en second lieu, c’est une chose que l’on échange contre une autre. »

    Marx disait également : « Que ces besoins aient pour origine l’estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l’affaire. »

    L’argent peu importe sa forme dans l’histoire a toujours été une marchandise.

    La question qui est posée, c’est la différence entre l’argent dans sa forme primitive (les pièces d’or par exemple), et l’argent-dette moderne.

    L’or était une marchandise comme une autre avant de devenir une monnaie. La valeur de l’or en tant que marchandise normale ou en tant que marchandise monnaie est la même, à savoir le temps de travail moyen nécessaire à la production de l’or ; étant entendu que l’or (les métaux en général) répondait à de multiples besoins dans la production dès les débuts de l’humanité.

    L’argent-dette est également une marchandise, mais sa valeur est proche de zéro. Un billet n’est que du papier. C’est aussi une promesse. Et pour comprendre l’argent-dette il faut comprendre son histoire, qui commence avec les lettres de change au moyen-âge, l’histoire du système bancaire. On sait ce qu’est la valeur d’une promesse (comme en politique), zéro. Donc en un sens tout le monde vole tout le monde en payant avec des billets (ou avec le système informatisé des comptes en banque qui revient au même). Tout repose donc uniquement sur la confiance qu’avec ces billets on peut aller acheter des choses au supermarché du coin.

    Sous le socialisme en URSS les choses étaient très différentes. Les billets n’avaient certes aucune valeur en eux-même, mais derrière il n’y avait pas la simple promesse d’avoir de l’or en échange (ce qui d’ailleurs n’existe même plus depuis la fin de bretton woods en occident). Les banques étaient le bien et la propriété du peuple tout entier, y compris évidemment les réserves d’or. Donc la monnaie soviétique, en plus d’avoir un contenu différent, n’était pas du tout du vent comme la monnaie actuelle qui circule. Et donc la répartition des produits du travail de toute la société pouvaient véritablement se faire de façon équivalente en fonction du travail de chacun.

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