PSA Poissy : Actualité du combat ouvrier !

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PSA Poissy:

Actualité du combat ouvrier !

 

 

A PSA Poissy, précarité à la chaîne

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Interview. « Pour Peugeot, il y a toujours trop de CDI », raconte Rolland, délégué CGT

Publié le 19 décembre 2016

 

Depuis le 5 Décembre, 16 salariés en CDI et 6 intérimaires du sous-traitant de PSA Poissy MC Syncro sont en grève. Interviewé par RP (*), Rolland Ruiz, Délégué CGT de PSA Poissy nous parle des conditions de travail et de la pression sur les salariés, notamment avec l’utilisation d’une part toujours plus importante d’intérimaires. Nous publions ici la première partie d’un témoignage en deux volets. A lire dans les jours qui viennent : « Aliénation à PSA Poissy : ’Tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler’ ».

Parle-nous de l’augmentation des intérimaires au sein de PSA Poissy.

« A Poissy, début 2014 on était 6000, et il y avait beaucoup moins d’intérimaires. Là, on a dû passer en dessous de 5000, avec environ 700 intérimaires. Pour PSA il y a toujours trop de CDI dans les usines. Pour se débarrasser des CDI, ils ont fait des plans de départ qui ont été signés par les autres syndicats. Le premier plan c’est le Congés-Sénior, la pré-retraite, 5 ans avant l’age légal de départ à la retraite. Fin Juin 2017 ils vont le repasser à 3 ans. C’est comme ça que PSA gère ses effectifs. Il y a aussi les plans de départs volontaires, pour faire un autre métier avec une formation payée par PSA. Il y a des bureaux, des structures prévues pour accompagner les salariés vers les départs volontaires. Les gens qui ont des restrictions médicales suite à des accidents ou maladies professionnelles, PSA ne veut pas créer de postes adaptés pour eux. Moins il y en a et mieux c’est. Donc ils les orientent vers la sortie, congés sénior, plan de départ, comme pour les gens valides, ils procèdent pareil. Tout ça pour vider les usines de CDI, et les remplacer avec des intérimaires. C’est le contraire des plans d’embauche en réalité ».

 

Quelle est selon toi la stratégie de PSA ?

« Il y a plusieurs boites d’intérim différentes carrément attitrées à PSA, et qui sont en concurrence entre-elles. Du coup il faut que les boites d’intérim se tiennent bien sinon elles se font dégager par PSA, et les intérimaires avec. Donc ils ont une certaine ligne de conduite à avoir, de pas faire grève de ne pas écouter les syndicats, de n’écouter que les chefs. Il y a un rituel qui est fait de préparation des intérimaires de la part de ces boites qui sont directement et exclusivement en lien avec PSA. Quand on discute avec les intérimaires ils nous le disent : les consignes c’est de ne pas nous parler (aux syndiqués). Les portables doivent être fonctionnels en permanence pour que les boites d’intérims puissent éventuellement envoyer des consignes a leurs employés par SMS, par exemple « ne suivez pas la grève », etc… C’est PSA qui donne ces directives a la base, et si les boites d’intérim les suivent pas elles sont exclues. A Aulnay, quelques années avant que ça ferme, on avait des lignes complètes d’intérimaires, le seul employé c’était le chef. Les intérimaires sont en réalité des ouvriers à plein temps qui, à cause de la précarité de leur situation, font leur boulot sans broncher. »

Comme à Aulnay et maintenant Caen et Valenciennes, PSA Poissy est dans une période de compactage de ses usines. Quels en sont les impacts sur les conditions de travail ?

« Il y a eu une montée de cadence très rapide de la 208. En 15 jours elle est passée d’une à deux centaines. Et là il y a une semaine elle est passée a 250, par équipe et par jour, avec le même nombre de personnes. Ils ont été obligés de descendre les cadences de la C3 et de la DS3 pour accélérer les 208, vu qu’ils sont passés en mono-ligne. Toutes les voitures différentes sur la même chaine. Beaucoup plus compliqué pour les employés. Il y a plus de fatigue physique et psychologique. Ça génère des erreurs, par la fatigue et les cadences. Là les cadences sont passées de 350 à 370. Si on n’y arrive pas parce qu’il y a eu une panne ou un autre problème ça donne automatiquement des H-, et donc des samedis travaillés.Alors que cette année, les bénéfices ont doublés par rapport à 2015 sur les 6 premiers mois de 2016, il y a moins d’effectifs, avec une cadence plus rapide. Si la cadence ne suffit pas il y a les weekends et les heures supplémentaires. Évidemment ça donne des problèmes de santé. Des fatigues, des tendinites, beaucoup d’hernies discales, canal carpien, canal de guillon… C’est la charge, les mouvements répétitifs. Un gars qui monte 350 vitres de voitures dans la journée, faut bien comprendre qu’à la fin il peut plus soulever ses bras. »

Il y a une grève chez le sous-traitant de PSA MC Syncro, qui implique des intérimaires. Peux-tu nous en parler ?

« Ça fait 16 ans que les intérimaires touchent le même salaire, 1100-1200 euros. Depuis l’entrée en vigueur de l’euro ça n’a pas augmenté. Les grèves d’intérimaires, c’est très rare. Ils ont le problème du 13 ème mois non payé, des heures supplémentaires qui ne sont pas comptées comme les nôtres, le problème de l’avance des jours de chômage, et les jours fériés qui ne sont pas payés. Ça fait beaucoup de choses. Les intérimaires sont tellement formés pour ne pas faire grève, arriver à l’heure, et faire leur travail comme des soldats, que du côté de leurs droits ils ne sont pas du tout informés. C’est à nous de leur expliquer parce que les boites d’intérim ne le font pas. Je leur dit « sur l’usine vous êtes 700, vous avez une force incroyable, on est prêt à vous aider ». Mais ils nous disent souvent qu’ils ne vont pas faire grève si les CDI ne font pas grève, sauf que l’inverse est vrai aussi, les CDI disent la même chose donc à un moment il va falloir se coordonner. Mais ils jouent toujours à se renvoyer la balle entre la direction de PSA et la boite d’intérim. Et puis dès qu’il y a des intérimaires qui ont un peu compris comment fonctionnait la boite et quels étaient leurs droits, ils font tourner les effectifs, ils font un grand turn-over. Et on repart toujours de zéro. PSA calcule tout, ils ont une vraie stratégie de fonctionnement. »

 

Quelles sont les revendications de la CGT ?

« La base, c’est de revendiquer la retraite à 55 ans, l’embauche des intérimaires, et les augmentations de salaires. Mais au fur et à mesure que le temps passe, on est obligés de se battre sur d’autres revendications comme les heures de travail des intérimaires non payées, etc. Pour ça c’est important de bien comprendre la stratégie de l’entreprise, pour pouvoir l’expliquer.

Mais il n’y a que la CGT qui parle des intérimaires, des augmentations de salaires… les autres syndicats parlent comme le patronat. »

 

Quel impact pourrait avoir sur le monde ouvrier la probable victoire de Fillon aux prochaines présidentielles ?

Fillon avait augmenté les heures supplémentaires, il les avait passées de 130 à 150 par an par salarié. Il faut rappeler ça. Il y a des ouvriers qui se disent que ça ne sert à rien de voter, qu’ils sont tous pareils. Il n’y a qu’à voir les candidats, il n’y en a pas un qui conteste la loi El Khomri. Que ça soit les candidats aux primaires ou la Le Pen, personne n’envisage de retirer la loi travail. Alors Le Pen donne parfois l’impression de sortir du lot mais en fait pas du tout.

Pourtant si on regarde les programmes des différents candidats à la présidentielle, c’est bien simple, il n’y a que le NPA et LO qui sont contre les licenciements. Donc c’est vite vu.


Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

 

 

 

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Le témoignage de Rolland, ouvrier dans l’automobile

et délégué CGT. Partie 2

Aliénation à PSA Poissy :

« Tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »

Publié le 29 décembre 2016

 

 

Nous publions ici le deuxième volet du témoignage de Rolland Ruiz, ouvrier à l’usine Peugeot-Citroën de Poissy, après avoir travaillé 24 ans à PSA Aulnay et lutté contre sa fermeture lors de la grève de 2013. Dans la première partie de l’interview, Rolland revenait sur la précarité toujours plus grande imposée aux travailleurs par ce géant français de l’automobile. Ici, celui-ci dévoile les méthodes odieuses de PSA pour éviter que les ouvriers mettent sur pied les résistances à même de mettre un frein à cette dictature patronale. Il explique notamment les différences flagrantes entre les conditions de travail à Poissy, où l’aliénation atteint des sommets dignes des Temps modernes, par rapport à l’usine d’Aulnay, où la longue tradition de lutte avait permis aux travailleurs d’imposer un certain rapport de force face au patronat.

Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

« Les gens ne se connaissent plus, tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »Entre Aulnay et Poissy, bien qu’il s’agisse de deux usines PSA, on a l’impression que ce sont deux entreprises différentes. A Poissy, les horaires ne sont pas du tout les mêmes, et c’est plus loin de Paris donc plus compliqué au niveau des transports. Quand on est de l’équipe du matin, pour qu’on puisse commencer à 5h30, PSA met en place un transport par des cars privés. Mais pour certaines lignes de car, le retour n’est pas assuré, donc on est obligés de prendre les transports en commun. Pour d’autres secteurs, il n’y a carrément plus de transport en car, donc chacun doit se débrouiller comme il peut. Pour PSA, il n’y a pas de petite économie ! Mais pour nous, ça change beaucoup de choses quand on doit galérer dans les transports. En plus, les cars c’est un endroit où les ouvriers peuvent discuter entre eux, ils cherchent aussi à éviter ça.

Par rapport à ce qu’était Aulnay, à PSA Poissy l’organisation d’usine est faite pour que les employés ne se voient jamais, aussi bien dans les relais d’équipes, dans les transports que dans le self de l’usine. Il y a plein d’exemples comme ça, sur la stratégie de PSA pour éviter que les travailleurs se parlent et s’organisent. Par exemple à Poissy, l’usine fonctionne avec une équipe de nuit fixe, qui travaille de 22h à 5h30. Mais il y a un creux de 2 heures entre l’équipe du soir, qui finit à 20 heures, et l’équipe de nuit. Donc pour militer auprès de l’équipe de nuit en tant que délégué syndical, il faut être de l’équipe du soir et rester à la pause, attendre pour pouvoir les voir. Autant dire qu’il faut être motivé ! Mais c’est important parce qu’il y a peu de syndiqués dans l’équipe de nuit.

L’autre chose c’est qu’on n’a pas de pause repas, vu que le matin commence très tôt et que la relève est à 13h. Donc les gens déjeunent avant ou après le boulot, en dehors des horaires de travail. On enchaîne 7 heures d’affilée avec 2 pauses de moins de 10 minutes. On dirait que tout est fait pour qu’on ne se voie pas. Pour voir les copains des autres équipes, il faut déborder sur son horaire, mais pour ça il faut avoir un mandat syndical, sinon on n’a pas le droit de rester dans une autre équipe, ça peut engendrer des sanctions.

En plus, on a intérêt à être ponctuels à la prise de poste : avec le travail à la chaine, si ça sonne et que la ligne de montage part, il faut être au poste, sinon des voitures passent et ne sont pas traitées, et là ça peut entrainer très vite des sanctions.

Avec toute cette stratégie pour éviter qu’on s’organise, on voit bien que tout est fait pour éviter qu’il y ait un côté militant aussi fort qu’à Aulnay. Là-bas, on mangeait 3 fois par jour, ça sociabilise. Après 24 ans passés à Aulnay, le choc pour moi en arrivant à Poissy, ça a été de croiser pas mal d’ouvriers qui avaient 20 à 25 ans d’ancienneté et qui ne se connaissaient pas entre eux. Des gens de la même équipe ! Alors qu’à Aulnay tout le monde se connaissait.

« PSA, ce sont des champions de la sous-traitance. Ça divise les ouvriers entre eux »PSA ce sont des champions de la sous-traitance. Il y en a pour tout, il y a au moins une centaine de sous-traitants : ceux qui font les pots d’échappements, ceux qui font les réservoirs d’essence… beaucoup d’entre eux sont directement intégrés à l’usine. Vers 98-99, peu avant les accords sur les 35 heures, c’était la folie de la sous-traitance à PSA. Je me souviens d’un responsable à Aulnay, qui avait dit en réunion « L’avenir de Citroën, c’est la sous-traitance ». Après ils ont vendu l’emboutissage et développé la sous-traitance. Ca change beaucoup de choses parce que les conventions de métier peuvent être différentes. Par exemple ceux qui fabriquent les pneus, ils ne dépendent plus de la métallurgie mais de la chimie donc ils ont des droits différents en ce qui concerne les salaires, les primes d’ancienneté, etc. Ça limite considérablement le nombre de salariés de la boite principale et ça divise les ouvriers entre eux.

« Il y a un mois, ils ont licencié Jérôme, un délégué CGT. Ces attaques sont faites pour empêcher que les salariés passent à l’action »Jérôme, un délégué CGT qui travaille à l’emboutissage, a reçu sa lettre de licenciement il y a un mois. Soi-disant, il aurait mal positionné un outil de presse, un truc qui pèse 10 tonnes. Ils lui reprochent aussi une intervention sur un meuble qui était bancal et risquait de tomber sur des salariés. Donc les copains sont intervenus, dont Jérôme, pour reculer le meuble à la main et isoler le danger. Tous les copains qui sont intervenus ont eu des sanctions, des journées de mise à pied. D’après la direction, il ne fallait pas intervenir comme ça, ça a dérangé PSA. Pour Jérôme, ils ont cumulé les deux problèmes pour prétexter son licenciement. Mais en réalité, c’est parce qu’il était délégué CGT. Avec les élections syndicales qui approchent, en mars 2017, on sent qu’il y a une sérieuse attaque de la direction. Dès qu’il y a la moindre erreur, on reçoit automatiquement un courrier recommandé dans les heures qui suivent. Alors pour Jérôme, on va faire toutes les démarches auprès du tribunal, mais le problème c’est que ça peut prendre des années, et d’ici là il est licencié. Pourtant, l’inspection du travail a refusé le licenciement, mais PSA persiste. Ils sont complètement hors la loi. On a débrayé à plus d’une centaine, 120-130, pour le soutenir. On a aussi fait signer une pétition à l’usine, on a eu énormément de signatures, dans les 1300. Et on l’a aussi fait signer en dehors de l’usine. Mais on sait bien que le seul moyen d’annuler le licenciement, c’est d’arrêter l’usine, de se mettre en grève.

Ce témoignage montre bien comment PSA a tiré les leçons des luttes ouvrières à Aulnay et ailleurs. Ce fleuron de l’industrie française, grand groupe aux bénéfices colossaux, applique donc des stratégies de management qui aliènent toujours plus les ouvriers, afin de les empêcher de s’organiser. Ce sont ces méthodes qui précarisent chaque fois plus, avec des conditions de travail toujours plus dures, qui ont des conséquences néfastes sur la santé et le moral des travailleurs. C’est contre cette aliénation que nous devons lutter, à travers la solidarité entre les travailleurs et les exploités de tous secteurs, afin de recréer le rapport de force qui permettra de redonner confiance et de peser dans les luttes contre les attaques du patronat.

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жжж (*)  http://www.revolutionpermanente.fr/Interview-Pour-Peugeot-il-y-a-toujours-trop-de-CDI-Roland-delegue-CGT

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