Anti-impérialisme ou confusionnisme social-chauvin ?

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Anti-impérialisme

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confusionnisme

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social-chauvin ?

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Parmi toutes les approches « critiques » les plus farfelues qui prétendent actuellement fonder une alternative politique, toutes ne sont pas, malgré les efforts médiatiques en ce sens, issues du « chaudron intellectuel » des « nuits debout »…

 

Dans le genre, il y en a une grande partie qui sont le fait de renégats du marxisme-léninisme qui veulent à tout prix se mettre « au goût du jour », en vouant Lénine aux gémonies, mais tout en voulant continuer à se prétendre « marxistes ».


A l’évidence, les substituts qu’ils ont avancés sont dans l’impasse la plus totale, et notamment incapables de créer un lien efficace avec le mouvement de masse renaissant, dont ils sont en train d’étouffer la flamme, avec la bénédiction de l’État capitaliste.


D’autres « penseurs », par contre, s’arrogent l’héritage du léninisme, mais faute de l’assumer réellement, prétendent en quelque sorte « adapter » l’œuvre à la situation actuelle…


Dans certains cas cela va jusqu’à « penser », à la place de Lénine lui-même, ce qu’il aurait en quelque sorte « oublié » sur son propre temps, et qui nous permettrait de comprendre le notre…


Bien évidemment, il ne s’agit pas de prétendre qu’il ait pu être omniscient, et de plus, au regard de son œuvre déjà existante, il y a tout lieu de regretter sa disparition prématurée. Toutefois, si le destin de l’humanité ne saurait reposer sur la vie et les œuvres d’un seul homme, n’en déplaise à ses détracteurs, celles de Lénine furent suffisantes pour ouvrir la voie vers un monde réellement nouveau et socialiste prolétarien, même s’il a connu de grandes difficultés dans sa première incarnation soviétique.


La question de la pertinence de la pensée de Lénine pour éclairer le monde actuel reste donc posée. A notre avis, la question est simplement résolue par sa confrontation avec le réel comme outil d’analyse. Cette confrontation montre que loin de « dater », l’outil semble au contraire avoir été pensé presque davantage en anticipation de notre temps qu’en strict pamphlet pour les combats de son époque, même s’ils en ont parfois la forme.


Parmi les « adaptations » récentes il en est qui, plus que d’autres, reflètent une incapacité manifeste à relire Lénine dans le contexte de l’actualité.


En voici une bien caractéristique dans le genre, qui émane du journal informatique PDF « L’Éclaireur », se présentant modestement comme « le brise-glace qui va frayer la voie aux idée nouvelles » !!


« Il convient aujourd’hui de mettre à jour en partie la pensée de Lénine et notamment des problèmes importants laissés sans solution qui, bien qu’ils aient rarement été identités,(?) ont minés pour longtemps le communisme dans les pays capitalistes avancés comme la France . » Nous annonce l’auteur, avant de faire un résumé succinct de la théorie de Lénine.
« Mais s’arrêter à cette vision binaire du monde ne suffit pas, et il est plus qu’urgent de repenser des aspects de cette théorie. « 


« Vision binaire » de Lénine, ou plutôt lecture binaire, de la part de l’auteur de l’article ? On a déjà compris, par la première citation, que l’auteur semble précisément incapable de situer son pays, la France, dans cette prétendue « vision binaire », ce que confirme la suite:
 » la vision binaire pays impérialistes – pays semi-coloniaux est fausse et ne permet pas de comprendre la situation française par exemple, qui nous intéresse particulièrement.
Nous allons donc introduire le concept de pays « semi-impérialistes semi-compradore » « 


Et voilà donc ce « nouveau concept » dans lequel l’auteur veut situer notre pays, la France impérialiste, qui, du coup, ne le serait donc plus tout à fait…
Simple? Pas suffisamment, cependant, à son goût:
 » Peut-être un mot plus simple serait le bienvenu pour les désigner, pourquoi pas « impériadore » ? Nous parlerons donc de pays impériadores pour simplifier la lecture de l’article. « 

 

Et en avant pour une « définition »…:
 » Un pays impériadore, c’est un pays qui est à la fois une métropole impérialiste, mais aussi un pays dominé dans la hiérarchie des puissance. « 

On ne saurait être plus concis, à défaut d’être précis… Mais un tel flou ne saurait durer:
« Et pour mieux saisir de quoi il s’agit, nous allons regarder de près plusieurs exemples passés. » Le premier étant « La Russie tsariste « !!


L’auteur se propose donc de nous expliquer, fort modestement, ce qu’était la Russie tsariste… Fort modestement, mais mieux que Lénine lui-même …!
Et l’auteur de tenter, en quelques mots, de nous brosser le portrait d’un « Empire Russe » qui, en réalité, aurait été en même temps une sorte de semi-colonie de l’Occident capitaliste…


Phénomène étrange, et qui aurait donc totalement échappé à Lénine…!


Dans son livre, Lénine explique très bien, par le système des « participations croisées », l’intégration des différentes puissances impérialistes aux flux financiers internationaux. Il explique également par là les rapports hiérarchiques qui s’établissent entre elles.


Même s’il décrit assez précisément l’influence des capitaux étrangers sur la Russie de l’époque, cela ne l’amène jamais à reconsidérer son statut de puissance impérialiste, et encore moins à y voir, comme notre « Éclaireur », un état « semi-compradore » …!


Divers tableaux, au cours de l’exposé de Lénine, attestent du rang relatif de la puissance russe, et si ce n’est pas dans les toutes premières, c’est néanmoins le plus souvent devant bon nombre d’autres que l’on ne saurait qualifier autrement que d’impérialistes. (voir les tableaux en annexes)


Toutefois, il ne s’agit pas non plus de faire la même « lecture binaire », qui, en fait, semble avoir été celle de « l’Éclaireur ». A l’appui de sa nouvelle « théorie » il cite l’exemple de l’exploitation du pétrole à Bakou, en Azerbaïdjan. Il est certain que dans ce secteur l’influence des capitaux étrangers était grande, et même, formellement, dominante. Formellement, car en tenant compte du système des participations croisées, il conviendrait de relativiser ce jugement. On a le cas de la Russian Oil General Corporation, qui, comme son nom ne l’indique pas, était en fait établie à Londres, et comptée dans les capitaux étrangers, alors qu’elle regroupait un grand nombre de capitalistes russes.


Lénine évoque la lutte concurrentielle dans le secteur de Bakou, mais il n’en dit pas l’issue sur place, élargissant son propos à l’ensemble des relations entre secteur bancaire et pétrolier.

 

« L’Eclaireur », comme Lénine, évoque la place importante de Rothschild dans cette histoire locale. Or dès 1912 Rothschild Banking-house avait été amené à céder 80% de ses parts à la Shell, y perdant ainsi toute position réellement importante. (*)


Pour ne pas sombrer dans une lecture simpliste et « binaire », il convient donc de constater que dans cet important secteur pétrolier de Bakou il existait nécessairement une fraction de la bourgeoisie russe qui travaillait essentiellement pour les compagnies étrangères, et dans leur intérêt, et que l’on peut effectivement qualifier de « comprador ».


Il est probable que ce phénomène se retrouvait, à une échelle moindre, dans d’autres secteurs de l’activité économique russe de l’époque.
Néanmoins, globalement, cela n’était manifestement pas dans des proportions susceptibles d’affecter la nature de l’État russe, au point de le requalifier d' »État semi-comprador », ni « semi-impérialiste-semi-comprador », ou « impériadore », selon « l’Éclaireur »!


Par contre, si Lénine n’avait pas cru utile de caractériser ce secteur comme « comprador », il n’avait par contre pas oublié, en 1916, et pour cause, la double nature, féodale et capitaliste, de l’État russe:


 » Les conditions strictement économiques ne sont pas seules à influencer le développement des possessions coloniales; les conditions géographiques et autres jouent aussi leur rôle. Si importants qu’aient été, au cours des dernières dizaines d’années, le nivellement du monde, l’égalisation des conditions économiques et du niveau de vie qui se sont produits dans les différents pays sous la pression de la grande industrie, des échanges et du capital financier, il n’en subsiste pas moins des différences notables, et parmi les six pays nommés plus haut, l’on voit, d’une part, de jeunes Etats capitalistes (Amérique, Allemagne, Japon), qui progressent avec une extrême rapidité, et, d’autre part, de vieux pays capitalistes (France, Angleterre), qui se développent, ces derniers temps, avec beaucoup plus de lenteur que les précédents; enfin, un pays qui est au point de vue économique le plus arriéré (Russie), et où l’impérialisme capitaliste moderne est enveloppé, pour ainsi dire, d’un réseau particulièrement serré de rapports précapitalistes. « 


               De sorte que lui prêter une « vision binaire » tient définitivement à une « lecture binaire » et non au texte lui-même, dialectique à tous points de vue!

Luniterre

 

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( A suivre, avec deux autres « exemples »  de « pays impériadores », l’Allemagne de Weimar, berceau du nazisme, et finalement, la France, notamment actuelle !! )

 

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Notes et annexes:

Le texte de « L’Eclaireur », en PDF:

 

la France impériadore copie ok

 

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Depuis le 11/07/2016, voir également, en commentaire, le courrier que « L’éclaireur » nous a adressé en réponse, et où il tente de défendre sa « nouveauté », contre l’évidence des faits, qu’il qualifie de « conceptions fossilisées »…

Voici notre réponse, qui tente de remettre le problème sur ses bases élémentaires…:

 

Bonjour,

Je prends le temps de te répondre, en quelques mots, car il est évident que tu n’as rien compris au sens de ma critique, apparemment aveuglé par ce «concept novateur» de « pays impériadores »…

Loin d’être « de mauvaise foi » ou « malhonnête », ma critique se contentait de démontrer, dans un premier temps, que le « concept » en question ne pouvait nullement s’appliquer à la Russie tsariste, ce que tu sembles admettre, en fin de compte…

Cela m’évitera probablement de perdre mon temps avec la suite, car en effet, le concept de pays « semi-impérialistes, semi-compradores » ne pose en réalité que deux questions :

_1_qu’est ce qu’une bourgeoisie monopoliste (base sociale de l’impérialisme)

_2_qu’est ce qu’une bourgeoisie compradore (base sociale du néocolonialisme)

Or, des trois exemples que tu cites à l’appui de ta « nouvelle théorie », la Russie tsariste est le seul où l’on se trouve en présence d’une bourgeoisie compradore, même si dans un rapport de proportion trop limité, en regard des autres classes dominantes, pour que cela change la nature impérialiste de l’Etat Russe de l’époque.

Dans la France actuelle, la bourgeoisie monopoliste est archi-dominante depuis plus d’un siècle, et quasi exclusivement depuis plus d’un demi-siècle. Si elle a en quelque sorte « engendré » le développement de bourgeoisies compradores, et continue de le faire, c’est uniquement dans ses colonies et semi-colonies.

(La brève période d’occupation nazie peut, à la rigueur, présenter un caractère « hybride » pour la bourgeoisie pétainiste)

En ce qui concerne la « République » Allemande dite « de Weimar », elle se présente en fait comme une évolution « constitutionnelle » du 2ème Reich, plutôt que comme une république à part entière. La constitution dite « de Weimar » restera la base, seulement « modifiée » en 1933, lors de l’accession au pouvoir des nazis… !

Si l’empire allemand est effectivement économiquement dominé par les vainqueurs de la première guerre, il ne devient réellement la « colonie » d’aucun, et l’on ne peut pas dire que s’y soit formé une bourgeoisie compradore dominante, ni même d’importance significative, alors que c’est précisément l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie monopoliste qui explique en partie l’arrivée au pouvoir des nazis.

Des trois « exemples » que tu cites à l’appui de ta « nouvelle thèse », aucun ne fonctionne, ce qui fait que c’est l’ensemble de ton article qui est purement et simplement sans objet, en réalité.

On se perd donc en conjectures sur les motivations qui te poussent à écrire de telles âneries…

D’après ta réponse, on est tenté de penser que tu tiens à tout prix à « renouveler » la théorie marxiste-léniniste, alors que, précisément, tu n’en maitrise pas même les bases les plus élémentaires !

En fait, si tu relisais simplement avec attention le bouquin de Lénine, cela t’éviterait de confondre les rapports de hiérarchisation entre nations impérialistes et les rapports de domination coloniale et néocoloniale. Note bien que je t’ai déjà fait cette observation dans ma courte réponse à propos de la Russie tsariste…

Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil « impériador » de « l’éclaireur », sauf, hélas, le délabrement total de la pensée « marxiste » dans le confusionnisme ambiant.

Luniterre

 

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(*) De la doc historique sur l’exploitation pétrolière à Bakou:

http://www.azer.com/aiweb/categories/magazine/ai122_folder/122_articles/122_foreign_investment.html

 

En PDF:

Petroleum_Baku Baron Days

 

Voir aussi:

https://en.wikipedia.org/wiki/Petroleum_industry_in_Azerbaijan

 

 

 

Montant des valeurs émises

 

 

 

Surfaces coloniales

 

Autres stats 1

Voies ferrées

Voies ferrées

 

 

Distribution of Russian Oil Producers in 1900–13

Source de base:

L’IMPÉRIALISME, STADE SUPRÊME DU CAPITALISME

http://www.marx.be/fr/content/limp%C3%A9rialisme-stade-supr%C3%AAme-du-capitalisme-i-l%C3%A9nine

 

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Un commentaire

  1. « L’ÉCLAIREUR » NOUS ÉCRIT EN RÉPONSE…:

    Cher camarade Luniterre,

    Je suis l’auteur de l’article que tu as essayé de descendre sur ton blog : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/05/14/anti-imperialisme-ou-confusionnisme-social-chauvin/

    Naviguant tranquillement sur internet, je suis tombé par hasard sur ton article, et j’ai failli sauter au plafond quand j’ai vu le débit de mauvaise foi de ta critique. J’aime bien la critique impitoyable, le ton sec et arrogant, que j’emploie moi-même souvent, et c’est pas terrible je sais. Mais ce que je préfère ce sont les arguments sérieux, et pas juste le style.

    Je me suis d’abord dit que j’allais ne rien répondre, passer mon chemin et continuer à vaquer à mes occupations. Et certains autres articles du journal ont été aussi pitoyablement descendus sur d’autres blogs, je m’en fiche pas mal, étant donné qu’il s’agissait de simples commentaires débiles d’une ligne. Mais venant de quelqu’un qui se réclame du marxisme-léninisme, j’ai trouvé le procédé de mauvais goût, et je ne peux m’empêcher de répondre assez succinctement à cette « critique », si on peut l’appeler ainsi ; même si j’ai la vague impression que ce rejet en bloc ressemble plus à un blocage pavlovien aux idées nouvelles qu’à un vrai débat. (et désolé pour cette histoire de brise glace, c’est vrai que c’est un peu pompeux, mais pour quelqu’un qui rédige son blog à la première personne du pluriel, la remarque ne sonne pas très juste).

    C’est assez minable de voir tout ce blabla critique pour finalement annoncer qu’en fait Lénine disait la même chose (j’aurais donc raison ?).

    D’abord je règle toute suite cette histoire de « Lénine ». Lénine n’est pas un saint, ni un dieu, et ses écrits, comme tu l’as si bien dit, ne sont pas sacrés, ni prophétiques ou magiques, il n’était pas omniscient. L’un des enseignements du marxisme (et de Lénine !) est justement qu’il faut sans cesse actualiser son analyse et ne jamais avoir des conceptions du monde figées, définitives, dogmatiques. Lénine lui-même n’a fait que remettre en question et peser tout ce qui était de Marx, d’Engels, etc… pour aller plus loin. C’est ainsi, le marxisme, une conception philosophique du monde, qui est assez universelle, mais quant aux analyses sociales, économiques, politiques, elles sont évidemment périssables. Manger de la viande périmée, personne ne ferait ça, n’est-ce pas ? Eh bien « l’impérialisme : le stade suprême du capitalisme », n’est plus tout frais. Évidemment une bonne partie de ce qui est dedans a encore une certaine valeur. Mais beaucoup de choses ont changé, certaines analyses ne sont plus valables, et on a un recul formidablement plus important pour voir comment évolue le monde sur le long terme. C’est une histoire qui devrait être riche d’enseignement, à laquelle toutes les théories passées doivent être mises à l’épreuve. Et non pas l’inverse, à savoir tordre la réalité pour qu’elle corresponde aux conceptions fossilisées du siècle passé ! Bref, désolé d’avoir osé « penser à la place de Lénine », je sais que son cerveau est encore embaumé mais ce n’est pas une raison pour laisser le mien éteint et lire béatement Lénine comme si c’était l’évangile, ce qu’il aurait de toute façon condamnée fermement.

    Donc ce concept de « impériadore » ne t’as pas plu. Mais alors pas du tout, car tu t’es sacrément énervé, et avec toutes les polices de caractères et couleurs différentes (qui signifient je ne sais pas trop quoi), j’imagine que ça sert à attirer l’attention.

    Donc ensuite. Cette histoire de « vision binaire », au temps pour moi de m’être exprimé si mal. Oui il s’agit bien d’une vision binaire, à savoir : pays impérialistes d’un côté et pays sous domination de l’autre. Certes Lénine a bien sur introduit quelque nuance dans cette vision, comme tu l’as si justement remarqué. La question n’est donc pas de savoir si les pays « impériadores » existent (ne va pas me faire croire que la France actuelle équivaut aux états-unis sur l’échiquier mondial). La question est de savoir si ce concept est central, important, ou s’il n’est qu’une anecdote qui peut rester comme telle, laissant ainsi intacte la sainte bible de Lénine à laquelle tu tiens énormément.

    Pour Lénine ce concept n’avait aucune importance, et il avait raison, car à son époque c’était en effet totalement anecdotique. Staline a quant à lui commencé à aborder cette question de façon plus nette sans la conceptualiser. Aujourd’hui ce problème des pays impériadores est tout à fait central, puisque nous sommes en France. Je crois qu’aucun marxiste-léniniste français ne prétend faire la révolution au Gabon, au Chili ou au Japon, c’est la situation française qui nous intéresse en toute logique. Et ne pas voir que la France est à la fois impérialiste et compradore, c’est évidemment totalement mensonger, quand on connaît les rapports entre le pouvoir US et les pays européens, qui est exactement du même type que celui de Pétain envers Hitler, ou de la république de Weimar envers la France et la Grande Bretagne avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Que cela te plaise ou non, c’est comme ça, et il faudrait un sacré culot pour le nier, ce que tu fais d’ailleurs très bien.

    Certes l’exemple de la Russie était peut-être mal choisi, mais c’était pour illustrer l’idée qu’un pays pouvait à la fois être dominant et dominé dans l’échelle mondiale. Une façon de dire que tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Il s’agissait en fait d’une critique de la théorie selon laquelle, les bolcheviques, en renversant l’empire russe, auraient soumis le pays aux investisseurs étrangers (avec la nep les capitaux affluaient encore). Il s’agissait juste de montrer quelle était réellement la situation de la Russie avant la révolution.

    Bref il y a des pays impéridores. La question est : pourquoi nier cette évidence ? Mais tout simplement parce que la suite de l’article t’as mis en rogne de toute évidence… La question de la classe moyenne et de l’opportunisme. En réalité je ne fais que dénoncer l’opportunisme « social-chauvin ». Je l’explique. Tu vois, Valls a dit « expliquer c’est excuser », pour toi apparemment « expliquer c’est dénoncer ». J’explique, je ne dénonce pas. Je n’ai pas dit que la France devait se révolter contre les USA pour redevenir un empire fort, c’est au contraire tout ce que je dénonce dans l’article, mais encore aurait-il fallu le lire jusqu’au bout pour le comprendre ! En effet la question de la classe moyenne arrive, puisque ce concept de pays « impériadore » balaye l’idée qu’il y aurait d’un côté l’impérialisme et de l’autre les pays dominés, de même que la classe moyenne empêche la lecture simpliste bourgeoisie-prolétariat. Tout devient bien plus compliqué, et il ne suffira pas d’invoquer l’évangile selon Lénine pour faire entrer à nouveau la réalité dans des cases étriquées, périmées par rapport à l’état réel du monde. Le but de ces articles est justement d’expliquer tout ça, de le comprendre pour mieux agir. Ainsi, évidemment la conclusion de l’article est qu’il est vain de réclamer la préservation des prétendues « conquêtes sociales », et de pleurnicher car tout cela dépend au final de la bonne réussite de notre cher impérialisme, et cela révèle ainsi le caractère profondément réactionnaire (pour le coup réellement social-chauvin) de ceux qui prétendent vouloir sauver les « acquis sociaux ». D’ailleurs ce bon vieux Lénine ne disait rien d’autre dans l’impérialisme stade suprême du capitalisme, je me passerai de citations vu que tu sembles connaître le livre par cœur.

    Bref, dommage que ta critique n’ait pas été sérieuse et argumentée. C’est triste car au fond il y a assez peu de marxistes-léninistes en France et tout ce que je vois là c’est un ouragan dans un shot à vodka, du vent. Il aurait été plus utile de faire une vraie critique, et j’espère que si tu réponds, tu feras preuve d’un peu moins de malhonnêteté dans ta critique, mais malheureusement vu la teneur de l’article je n’attends pas grand chose. Je constate que l’ouverture aux idées nouvelles n’est pas ton fort, mais tu peux au moins faire un effort et ne pas juste balayer d’un revers de main tout ce qui ne rentre pas dans tes cases trop étroites. Je ne comprends pas comment on peut rester bloqué comme ça sur une seule idée sans jamais avoir le bon sens d’aérer son discours avec un peu de neuf. Je me demandais pourquoi les quelques marxistes de France ont du mal à faire quelque chose ensemble, je crois avoir un élément de réponse.

    Merci, peut-être à bientôt.

    NOTRE BRÈVE RÉPONSE…:

    Bonjour,

    Je prends le temps de te répondre, en quelques mots, car il est évident que tu n’as rien compris au sens de ma critique, apparemment aveuglé par ce «concept novateur» de « pays impériadores »…

    Loin d’être « de mauvaise foi » ou « malhonnête », ma critique se contentait de démontrer, dans un premier temps, que le « concept » en question ne pouvait nullement s’appliquer à la Russie tsariste, ce que tu sembles admettre, en fin de compte…

    Cela m’évitera probablement de perdre mon temps avec la suite, car en effet, le concept de pays « semi-impérialistes, semi-compradores » ne pose en réalité que deux questions :
    _1_qu’est ce qu’une bourgeoisie monopoliste (base sociale de l’impérialisme)
    _2_qu’est ce qu’une bourgeoisie compradore (base sociale du néocolonialisme)

    Or, des trois exemples que tu cites à l’appui de ta « nouvelle théorie », la Russie tsariste est le seul où l’on se trouve en présence d’une bourgeoisie compradore, même si dans un rapport de proportion trop limité, en regard des autres classes dominantes, pour que cela change la nature impérialiste de l’Etat Russe de l’époque.

    Dans la France actuelle, la bourgeoisie monopoliste est archi dominante depuis plus d’un siècle, et quasi exclusivement depuis plus d’un demi-siècle. Si elle a en quelque sorte « engendré » le développement de bourgeoisies compradores, et continue de le faire, c’est uniquement dans ses colonies et semi-colonies.
    (La brève période d’occupation nazie peut, à la rigueur, présenter un caractère « hybride » pour la bourgeoisie pétainiste)
    En ce qui concerne la « République » Allemande dite « de Weimar », elle se présente en fait comme une évolution « constitutionnelle » du 2ème Reich, plutôt que comme une république à part entière. La constitution dite « de Weimar » restera la base, seulement « modifiée » en 1933… !
    Si l’empire allemand est effectivement économiquement dominé par les vainqueurs de la première guerre, il ne devient réellement la « colonie » d’aucun, et l’on ne peut pas dire que s’y soit formé une bourgeoisie compradore dominante, ni même d’importance significative, alors que c’est précisément l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie monopoliste qui explique en partie l’arrivée au pouvoir des nazis.

    Des trois « exemples » que tu cites à l’appui de ta « nouvelle thèse », aucun ne fonctionne, ce qui fait que c’est l’ensemble de ton article qui est purement et simplement sans objet, en réalité.

    On se perd donc en conjectures sur les motivations qui te poussent à écrire de telles âneries…
    D’après ta réponse, on est tenté de penser que tu tiens à tout prix à « renouveler » la théorie marxiste-léniniste, alors que, précisément, tu n’en maitrise pas même les bases les plus élémentaires !

    En fait, si tu relisais simplement avec attention le bouquin de Lénine, cela t’éviterait de confondre les rapports de hiérarchisation entre nations impérialistes et les rapports de domination coloniale et néocoloniale. Note bien que je t’ai déjà fait cette observation dans ma courte réponse à propos de la Russie tsariste…

    Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil « impériador » de « l’éclaireur », sauf, hélas, le délabrement total de la pensée « marxiste » dans le confusionnisme ambiant.

    Luniterre

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