par tribunemlreypa

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CNR « Revival »…?

Solution française à la crise de l’impérialisme,

Ou solution impérialiste à la crise française ?


En organisant, dès 1943, la négociation entre les représentants des anciens partis de la 3ème république, le Conseil National de la Résistance a fixé durablement les règles du jeu politique pour l’après-guerre. C’est ce jeu que les partis politiques français continuent de jouer, soixante-dix ans plus tard, alors que la situation du pays a quelque peu évolué…

                   De 1943 à 1947, en moins de quatre ans, le PCF a vendu trois fois la cause du prolétariat, et à chaque fois bradée pour un plus petit prix. La première fois contre un programme de réformes sociales utiles, mais assorti de nationalisations qui restaient entièrement intégrées dans le cadre du capitalisme monopoliste d’état. La deuxième fois contre un assortiment de strapontins et de maroquins ministériels essentiellement chargés de mettre en œuvre ces réformes. La dernière fois en liquidant cette participation gouvernementale contre l’adhésion de la France au Plan Marshall et son inféodation à l’impérialisme US…

                 Soixante-dix ans après c’est encore ce jeu de « Monopoly » aux cartes truquées que l’on nous présente comme la source de la démocratie et du progrès social en France…

                      C’est ce jeu dont les héritiers politiques, qui monopolisent encore le paysage politique français, voudraient rebattre les cartes, chacun estimant pouvoir en retirer une meilleure donne…

                    Alors que c’est précisément de ce jeu dont les prolétaires et le peuple français sont las et qui les pousse à tourner leur regards de citoyens vers des horizons nationalistes en rupture avec ce pacte de dupes, qui ne met aucun frein à l’enlisement du pays dans la mondialisation et sa crise, et ne lui propose plus aucune alternative, n’en ayant en réalité jamais cultivé que des illusions…

                    Ces nouvelles aspirations populaires nationalistes s’expriment principalement par un rejet des conditions dans lesquels se développe la prétendue « Union Européenne », sans tenir compte du dernier avis démocratiquement exprimé lors du référendum de 2005, après des débats qui révélaient en plus la disparité et l’inégalité des contextes locaux, aujourd’hui prétextes à grand coups de financements aussi aléatoires que massifs, mais qui ne réduisent pas sérieusement ces failles béantes.

                    Elles s’expriment aussi par le rejet des conditions dans lesquelles s’effectuent, depuis les années 70, de grandes migrations de populations, organisées par le système pour réduire les couts de main d’œuvre et surtout réduire, par la division et le communautarisme, la résistance des salariés à accepter des conditions dégradées.

            Ces aspirations nationalistes sont l’objet de toutes les manipulations, d’abord par les partis « souverainistes » de droite comme de « gauche », mais aussi par tous les partis plus « traditionnels », qui s’en servent pour tenter de rebattre les cartes de ce vieux Monopoly de dupes initié par le CNR…

                      Qu’ils prétendent « lutter » contre ces tendances populaires ou bien les récupérer, tous ces partis agissent, dans un cas comme dans l’autre, au profit des intérêts du système. Ils se placent tous, quant au fond, dans la perspective de raviver le blason fané de l’impérialisme français décadent, de lui redonner un peu de voix dans le concert assourdissant de la mondialisation, où domine toujours, in fine, celle de l’impérialisme US.

                      Mais, comme nous l’a révélé l’affaire Snowden, il ne leur viendrait pas à l’idée d’émettre une seule note réellement dissidente, qui n’obéirait pas à la baguette militaro-financière de ce chef d’orchestre, l’impérialisme US, auquel ils ont lié leur destin dès 1943… Leurs seules fausses notes sont, au pire, des notes de protestation… Et elles sont uniquement destinées à faire oublier, aux yeux du peuple, leur avilissante soumission canine à la voix de leur maitre.

                        Au tournant des années 90 l’évènement le plus spectaculaire de la mondialisation, et qui promettait le triomphe du capitalisme comme aboutissement de l’histoire humaine, fut l’effondrement de l’Union Soviétique et la liquidation du socialisme en Europe de l’Est. Au-delà d’une amélioration des libertés individuelles, en tout état de cause bienvenue, cette expansion soudaine du libéralisme économique aurait dû logiquement amener, si l’on en croit les éloges persistants de ses thuriféraires, une bouffée d’oxygène salvatrice à l’économie européenne déjà en crise chronique depuis une bonne quinzaine d’années… Les progrès économiques et sociaux auraient dû reprendre leur marche concertée des années cinquante…

                      Une bonne vingtaine d’années plus tard, l’Europe continue de s’enfoncer dans la crise… Si elle rebondit encore un peu, spasmodiquement, c’est par sursauts lourdement financés au détriment des peuples, et elle stagne plus près du fond que des sommets oubliés de la croissance idéalisée…

                           S’il y a un parallèle à faire entre mondialisation et progrès social, il est désormais impossible de soutenir sérieusement que ces deux notions vont dans le même sens. Même en tenant compte de phénomènes locaux très relatifs, et dont on discutera la nature réelle plus loin dans cet article. La tendance fondamentale associe mondialisation à reculs sociaux, destruction d’équilibres déjà fragiles, dégradations de l’environnement, dégradation sanitaire, irruption de la violence.

                          Telles sont les conséquences réelles de l’extension du capitalisme monopoliste et de l’impérialisme aux coins les plus reculés de la planète.

                        Le contre-exemple le plus souvent cité, mais précisément des plus relatifs, est la Chine. Pour plus lente et progressive qu’elle fut, en comparaison de l’Europe de l’Est, l’ouverture du marché chinois n’en fut pas moins initiée, déjà vingt ans auparavant en réalité, en 1971, par un évènement certes moins spectaculaire, mais qui fit néanmoins la une en son temps : l’entrevue Nixon-Mao, médiatiquement préludée par la « diplomatie du ping-pong » et très concrètement, secrètement et soigneusement préparée, on le sait aujourd’hui, par le Dr Kissinger, âme damnée de l’impérialisme US.

                      Même si les conséquences apparentes n’étaient que de pure diplomatie, les conséquences réelles et plus profondes de cet évènement en font le véritable tournant des rapports de forces mondiaux dans la deuxième moitié du 20ème siècle. L’effondrement du bloc socialiste n’étant que la répercussion spectaculairement visible, quoi qu’apparemment lointaine, de l’onde de choc initiée à ce moment…

                     Le sort de l’Europe de l’Ouest, comme marché libéral et premier débouché pour la production du néo-capitalisme chinois, fut pratiquement et rapidement fixé comme conséquence de cette nouvelle alliance. Lestée, dans le même temps, par l’irruption de la crise pétrolière, l’économie de l’Europe de l’Ouest ne devait pas s’en remettre, et l’ouverture à l’Est, selon les mêmes critères, ne pouvait être qu’un échec, favorisant encore l’emprise et l’avancée de l’impérialisme US sur le vieux continent.

                       Au tournant des années 70, et malgré l’écrasement de la frange prolétarienne de la « révolution culturelle », le Parti « communiste » chinois traversait encore une période de luttes internes entre factions de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie nationale qui s’en étaient déjà depuis longtemps emparé, utilisant les différentes couches de la paysannerie comme masses de manœuvres. A la suite des différentes aberrations chaotiques de sa propre gestion, et de ses tentatives avortées pour usurper le leadership du camp socialiste et anti-impérialiste, il ne restait plus à Mao que l’alliance avec l’impérialisme US pour sauver au moins son rôle dirigeant à l’égard de sa propre bourgeoisie nationale « communiste », avide d’expansion capitaliste.

                    Dès le début des années 70 la politique du PCC fut essentiellement réorientée, sous l’influence « éclairée » de son « grand timonier », vers deux buts :

-isoler et abattre l’Union Soviétique.

-tenter à nouveau d’apparaitre comme le leader du tiers-monde.

Et dans les deux cas, en complicité active avec l’impérialisme US.

                   Dans le premier cas, cette complicité n’est aujourd’hui que trop évidente, même si d’aucuns se voilent encore la face pour ne plus la voir… Elle n’a que trop bien aboutit, même s’il y a encore, «à gauche », un tas d’idéalistes petits-bourgeois, trotskystes et maoïstes, pour s’en réjouir…

                      Dans le deuxième cas, elle a, à l’époque, essentiellement échoué, à l’égard du tiers-monde, incitant la bourgeoisie chinoise, à un recentrage sur son économie d’exportation, vers l’Europe, notamment, en s’ouvrant à la finance internationale et en y soumettant son propre prolétariat.

                    Si la Chine commence à s’affirmer aujourd’hui comme puissance néo-impérialiste, désormais également exportatrice de capitaux, et non plus seulement de marchandises, c’est un phénomène assez récent et ne constitue pas encore le trait dominant de sa politique.

                   Ceci dit, en jouant la bourgeoisie nationale chinoise contre l’Union Soviétique, l’impérialisme US prenait délibérément l’initiative d’un nouveau découpage planétaire où la Chine ne pouvait qu’émerger en puissance concurrente, de nature impérialiste, à plus long terme. L’alliance Chine-USA, pour stratégique qu’elle fut au départ, contre l’Union Soviétique, n’en était pas moins porteuse de conflits potentiels.

                      C’est l’interdépendance des deux économies, enclenchée dès les premières années de cette collaboration «réciproquement fructueuse », qui limite encore, pour l’instant, les capacités d’affrontement ouvert des uns et des autres.

                      Mais quelle fut la place réelle et le rôle de l’Europe, dans ce nouveau découpage planétaire, effectué par l’impérialisme US ?

                     Si l’on étudie bien le contenu de ces premières négociations, effectuées sous l’autorité de Mao, et aujourd’hui déclassifiées, l’Europe n’y est jamais considérée comme un partenaire crédible, jamais elle n’est évoquée comme une sorte de « troisième larron » qui aurait pu être invité à ce dépeçage mondial. L’amélioration éventuelle de sa cohésion, jugée déjà déficiente à l’époque, est uniquement considérée comme un élément potentiellement utile à une stratégie d’encerclement de l’Union Soviétique. Mao tient particulièrement à la caractériser comme le maillon faible face au « social-impérialisme » russe et essaye d’entrainer les USA à la considérer comme zone conflictuelle principale…

                    La négociation est essentiellement un marchandage sur la répartition des forces antisoviétiques dans le monde. Mao est conscient que l’Europe ne peut devenir, au mieux qu’un instrument plus ou moins efficace de la politique US, et en la circonstance, de la sienne également…

                  Mais les préoccupations économiques ne sont évidemment pas loin derrière, et l’on y évoque déjà les clauses d’un accord futur.

                       Quoi qu’il en soit de l’influence déterminante de la Chine de Mao sur la stratégie des USA, ceux-ci n’en continuèrent pas moins à considérer la fragile « Union Européenne » comme un accessoire parmi d’autres de leur propre politique impérialiste.

                Précisément en raison de la division des pays européens, l’impact sur l’Europe du développement des relations économiques avec la Chine fut différent de celui sur les USA, et surtout, différencié selon les pays.

                       L’interdépendance qui s’en suivit pour les USA ne les empêcha nullement de continuer à jouer leur rôle de superpuissance, au contraire, et bientôt la seule, suite à l’effondrement de l’Union Soviétique.

                En ouvrant son marché à la finance internationale et à l’invasion des capitaux étrangers, la Chine maoïste a obtenu pratiquement, en grande partie, ce résultat étrangement prévu par Lénine sur les conséquences relatives de l’évolution impérialiste en Chine et en Europe, dans son magistral ouvrage sur « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » : décrivant les effets et conséquences de la circulation mondiale des capitaux, caractéristique de l’économie impérialiste, il cite et reprend en partie à son compte une vision prospective de l’économiste social-libéral britannique Hobson :

                « La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l’appréciation économique que voici : « Une grande partie de l’Europe occidentale pourrait alors prendre l’apparence et le caractère qu’ont maintenant certaines parties des pays qui la composent : le Sud de l’Angleterre, la Riviera, les régions d’Italie et de Suisse les plus fréquentées des touristes et peuplées de gens riches – à savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d’employés professionnels et de commerçants et un nombre plus important de domestiques et d’ouvriers occupés dans les transports et dans l’industrie travaillant à la finition des produits manufacturés. Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvrés affluerait d’Asie et d’Afrique comme un tribut. »

 « Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des Etats d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont prêts à tourner le dos à cette théorie » (il aurait fallu dire : à cette perspective) « comme ne méritant pas d’être examinée, méditent sur les conditions économiques et sociales des régions de l’Angleterre méridionale actuelle, qui en sont déjà arrivées à cette situation. Qu’ils réfléchissent à l’extension considérable que pourrait prendre ce système si la Chine était soumise au contrôle économique de semblables groupes de financiers, de « placeurs de capitaux » (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employés de commerce et d’industrie, qui drainent les profits du plus grand réservoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile à escompter pour que ladite ou quelque autre prévision de l’avenir dans une seule direction puisse être considérée comme la plus probable.

Mais les influences qui régissent à l’heure actuelle l’impérialisme de l’Europe occidentale s’orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de résistance, si elles ne sont pas détournées d’un autre côté, c’est dans ce sens qu’elles joueront.  »

                L’auteur a parfaitement raison : si les forces de l’impérialisme ne rencontraient pas de résistance, elles aboutiraient précisément à ce résultat. La signification des « Etats-Unis d’Europe » dans la situation actuelle, impérialiste, a été ici très justement caractérisée.

                       Il eût fallu seulement ajouter que, à l’intérieur du mouvement ouvrier également, les opportunistes momentanément vainqueurs dans la plupart des pays, « jouent » avec système et continuité, précisément dans ce sens. L’impérialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s’étendant pas uniquement à la Chine, et qui procure des profits de monopole élevés à une poignée de pays très riches, crée la possibilité économique de corrompre les couches supérieures du prolétariat; par là même il alimente l’opportunisme, lui donne corps et le consolide. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier, forces que le social-libéral Hobson n’est évidemment pas en mesure de discerner .»

                      Lorsque Lénine écrit ces lignes, en 1916, les forces de la révolution prolétarienne bolchévique sont encore en train de s’amasser, prêtes à surgir de la désillusion sanglante de la « Grande Guerre », les pays européens cités apparaissent encore comme puissances impérialistes dominantes, en pleine boucherie mondiale, et les USA ne sont pas encore apparus comme nouvelle super puissance au poids politique et économique décisif, ce qu’ils feront l’année suivante sur le front français, repoussant la contre-offensive allemande au moment de l’effondrement de la Russie tsariste, à l’est.

                        Il serait donc tout à fait dogmatique de plaquer trop littéralement cette vision prospective sur notre situation actuelle, mais on ne peut qu’être saisis par le fait que cet extrait pourrait pratiquement être inséré dans une chronique économique contemporaine sans qu’on s’aperçoive de prime abord qu’il date bientôt d’un siècle…

                      Et ce phénomène étonnant est le résultat de la politique de collaboration de classe des maoïstes avec l’impérialisme US, prétendument justifiée, par la « théorie des trois mondes », au nom du « marxisme-léninisme » ! Et après avoir puissamment et délibérément contribué à détruire précisément l’œuvre de Lénine et du prolétariat russe : l’Union Soviétique…

                         Ce sujet, évidemment en grande partie connexe, mériterait un développement séparé, mais revenons-en à l’«Union Européenne»… Et à son état actuel, également en grande partie caractérisé par cette citation. « Etats-Unis d’Europe » ou « Union Européenne », que ce fut dans l’esprit d’Hobson jadis, ou que ce soit dans celui des observateurs contemporain, il est clair que personne n’y voit sérieusement les prémices d’une future nation même fédérale, en gestation.

                        Si l’on s’en tient aux critères de base qui pourraient la définir comme telle, l’Europe ne répond à aucun, et n’a aucune probabilité d’évoluer dans ce sens. C’est un état de division chronique qui la caractérise, ce qui n’empêche pas ses institutions de manifester une grande stabilité face à la crise. Car si elle est bien constituée comme un cartel de pays impérialistes, et essentiellement des anciennes puissances impérialistes décadentes, ce n’est pas tant pour manifester des velléités d’indépendance vis-à-vis des autres impérialismes, et notamment de l’impérialisme US, que pour être le répondant de celui-ci sur le vieux continent, et un élément secondaire dans sa stratégie de partage du globe, désormais face à la Chine.

                      Dans le contexte de la crise actuelle, avec notamment les violentes convulsions que connaissent des pays tels que la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, chacun peut comprendre que les différentiations et inégalités qui vont croissantes en son sein ne sont pas le reflet d’une inégalité de développement de l’économie capitaliste, mais au contraire d’une inégalité dans la régression des forces productives :                   

                                                                                                                                                                                                                                                                                             »                 » Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient… » 
( Hobson/ Lénine )

                    L’inégalité dans la désagrégation des différents membres de l’UE est à la fois liée à l’histoire de leurs rivalités anciennes, à leurs histoires spécifiques, et en fin de comptes à un partage des rôles économiques, industriels et même socio-politiques, répondant aux besoins de l’impérialisme US. Les rivalités qui opposent entre elles les puissances impérialistes européennes anciennement dominantes ne sont plus des rivalités pour le partage du monde, mais seulement pour le partage des restes que leur abandonne parfois la rapacité totalitaire de l’impérialisme US, dont ils sont en quelque sorte les concessionnaires, ce qui ne les empêche pas de tenter ici ou là de piquer quelques miettes dans l’assiette de la maison mère…

                        Leur rôle est essentiellement de faire régner l’ordre impérialiste dans telle ou telle région de l’Europe ou du monde, dans tel ou tel secteur d’activité économique, qui leur est concédée pour éviter une trop grande dispersion des forces US, ainsi qu’une exposition politiquement trop lourde et trop impopulaire. En prime, cette hiérarchisation est un tremplin de plus pour la spéculation forcenée qui reste la base du système, au-delà des proclamations de vertu budgétaire !

                       Moins visible et plus complexe, notamment à cause des multiples participations croisées entre groupes financiers, est la répartition des rôles économiques, alors qu’elle est l’enjeu réel des conflits apparents entre ce qui reste des anciens états-nations, désormais inféodés à l’ « Union Européenne », cette fiction qui ne sert qu’à établir les degrés de suzeraineté de l’impérialisme US.

                    C’est dans le domaine des différents secteurs d’activités et des parts de marché des pays « émergeants » que les rivalités entre seigneurs de la finance sont les plus âpres. En réalité, c’est la répartition des investissements entre ces différents secteurs d’activités qui engendre à la fois les conflits entre les différentes factions politiques de la grande bourgeoisie, comme entre les gouvernements « officiels » de ces anciennes puissances.

                           Mais le seul « gouvernement » vraiment indispensable de cette répartition entre groupes financiers transnationaux, dont les attaches nationales ne tiennent plus guère qu’à l’adresse de leur siège social, c’est la « Commission Européenne », et sa bureaucratie stipendiée, longtemps présidée par l’«ancien» maoïste JM Barroso (MRPP), collabo atlantiste et ultra-libéral notoire, à la botte de l’impérialisme US.

                 L’essentiel est de comprendre que le combat pour de « nouvelles » parts de marché dans les pays « émergeants » est aussi une fiction de la propagande ultra-libérale impérialiste, dans la mesure où les capitalistes de ces pays eux-mêmes ne vivent pratiquement que de l’exportation vers les pays impérialistes plus anciens…

                           Le « développement » apparemment spectaculaire de ces pays ne tient qu’aux gains de productivité que les impérialistes et leurs groupes financiers y trouvent. Et ils ne sont véritablement capitalisables que sur les activités d’exportation vers les pays anciennement développés. L’un des principes, déjà anticipé par Hobson, en est que les capitaux et les marchandises, pour l’essentiel, circulent en sens inverses…

                         A court et moyen terme, la naissance, en corollaire, de nouveaux marchés locaux, contribue néanmoins à entretenir l’illusion d’une croissance continue des forces productives, dans laquelle les capitalistes ayant encore des intérêts dans les industries et activités européennes voudraient pouvoir s’inscrire également.

                    En réalité, si ces « nouveaux marchés » sont relativement extensibles en nombre, ils sont nécessairement réduits en solvabilité, à terme, précisément à cause des contraintes de productivité… Le différentiel de productivité des forces de production reposant essentiellement sur les conditions de travail dramatiquement dégradées du prolétariat de ces pays, une élévation réelle de leur niveau de vie, si modeste soit-elle, freine, voire arrête l’afflux de capitaux, qui émigrent aussitôt vers d’autres paradis de la spéculation, enfers pour tous les prolétaires, tous les damnés de la Terre…

                    C’est notamment ce qui s’est produit avec la migration de l’industrie textile, qui avait déjà déserté l’Europe, depuis longtemps, et a finalement quitté la Chine pour le Bengale, avec les conséquences tragiques que l’on a pu constater.

                    En réalité la nouvelle solvabilité de ces marchés « émergeants » repose pour l’essentiel sur les nouvelles bourgeoisies compradores locales, sur les anciennes bourgeoisies nationales en voie d’intégration dans la finance internationale, et sur de nouvelles classes moyennes parasitaires qui leur sont liées, mais qui ne compensent pas pour la saturation et l’appauvrissement des marchés de grande consommation plus anciens, en voie d’effondrement du fait de la désagrégation des forces productives anciennes.

                       Nous ne devons pas oublier, comme nous l’a appris Lénine, que la domination du capital financier qui caractérise l’époque de l’impérialisme n’entraine pas essentiellement un nouveau développement des forces productives, mais seulement une nouvelle répartition, en perpétuelle mutation, pour contenir la baisse tendancielle du taux de profit, et, en cas de crise, une phase de régression et de destruction des forces productives.

                       Dans la phase de crise actuelle il est évidemment extrêmement difficile de le démontrer, tant le nombre de paramètres statistiques à l’échelle mondiale sont difficiles à prendre en compte, à supposer que l’on puisse disposer de chiffres fiables…

                      De manière intuitive, il est néanmoins juste de se poser la question : est-ce que le système capitaliste et impérialiste contribue à améliorer les conditions de vie de la majorité des populations ? Est-ce qu’il répond de mieux en mieux à leurs besoins élémentaires les plus vitaux ? A l’évidence, la réponse à ces deux questions est la même : NON !

                     Il est clair que le capitalisme, même dans sa forme primitive, n’a pour principe de fonctionnement que de répondre non à tous les besoins vitaux, mais uniquement à des besoins solvables, même s’il arrive à en créer de nouveaux au cours de son développement. Dans le cadre fonctionnel du système, des besoins nouveaux ainsi créés deviennent parfois des besoins vitaux, et recréent aussi leurs zones d’insolvabilité.

                      De manière intuitive il est ainsi plus simple de comprendre pourquoi l’impérialisme a également besoin d’exporter, outre ses capitaux, son idéologie, sa sous-culture de la « société de consommation » et son mode de vie et de consommation effective.

                      Pour autant, faute de satisfaire tous les « besoins nouveaux » ainsi générés, il n’y a plus véritablement de crises de surproductions comme causes première de la crise du système. Il y a seulement des décalages provisoires dans la nouvelle répartition des forces productives.

                     On produit encore trop de voitures invendables en Europe, où les marchés anciens s’effondrent, en dépit des besoins des couches sociales inférieures et même moyennes, alors que le marché global de l’automobile continue de connaître une relative extension dans les pays « émergeants »…

                      Analyser la crise de manière simpliste et dogmatique, en termes de « crise de surproduction », comme le font encore la plupart des « théoriciens marxistes » et autres économistes « de gauche » relève de l’aveuglement ou de la complaisance.

                     On trouve encore le vocable de « crise » systématiquement associé à celui de « surproduction », dans tous les articles, études et proclamations diverse sur le sujet, venant de toutes tendances, des plus « gauchistes » aux plus ouvertement réformistes…

              « Crise de surproduction », tel semble être le sésame « officiel » pour rentrer dans l’orbite de la docte science économique « marxiste »… On le trouve là systématiquement introduit, de façon tout à fait arbitraire, généralement en chaque début de texte, et sans le moindre élément concret à l’appui… Il semble être là comme pour rattacher l’auteur, par on ne sait quelle filiation magique, et en l’occurrence, purement incantatoire, au fameux « Manifeste Communiste » de Marx et Engels…

                              Mais cela n’empêche pas certains de ces « théoriciens », sans vergogne, de se référer également à Lénine pour se poser en anti-impérialistes…

                    Alors que si l’on prend la peine de vérifier, il se trouve que Lénine, dans son célèbre ouvrage, déjà précédemment cité, relativement bref, mais d’une complexité et d’une densité énorme, ne mentionne pas une seule fois le terme de « crise de surproduction » !

                            Alors qu’il écrivait en 1916, en plein cœur de la tourmente,  au plus fort de la première grande convulsion de l’impérialisme, alors que des milliers de prolétaires étaient en train de mourir autour de lui, il n’est pas douteux que si le phénomène « crise de surproduction » avait été un facteur déterminant, même d’un point de vue causal, de la situation, il n’aurait pas manqué, non seulement de le mentionner, mais d’en fournir une explication de sa façon, à la fois magistrale et simple.

                       Il nous faut donc, également et enfin, bien comprendre, en France, un siècle après le choc de 1914 et soixante-dix ans après le fiasco du CNR, dont beaucoup continuent encore à faire la louange, que marxisme-léninisme ne signifie pas « Marx + Lénine », comme une addition dogmatique et mécaniste de deux séries de textes, mais bien une pensée nécessitant  « ce qui est la substance même, l’âme vivante du marxisme : l’analyse concrète d’une situation concrète. » (Lénine)

 « L’analyse concrète d’une situation concrète » :

                      Manifestement, aucune de ces tendances politiques actuelles, qui font reposer leur analyse politique sur une analogie avec l’époque du CNR, ne saurait rentrer dans ce critère.

                        Avec l’issue de la 2ème guerre mondiale et ses destructions massives de forces productives, il était clair que l’impérialisme venait de solutionner assez durablement cette phase de crise aigüe, en cours depuis la montée du fascisme. La bourgeoisie française avait encore devant elle une perspective relativement florissante de reconstitution de son impérialisme, même si c’était désormais dans l’ombre de l’impérialisme US.

                        Le programme « social » du CNR, notamment avec son plan de nationalisations, était un catalyseur idéal pour la reconstitution du capitalisme monopoliste français.

                       Ce qui caractérise en profondeur la conjoncture actuelle, ce ne sont pas les crises aigues, qui se manifestent néanmoins sporadiquement et spectaculairement, au niveau financier, mais bien un état de crise chronique, inauguré avec le premier « choc pétrolier », voici déjà quarante ans, et approfondi avec l’ouverture du marché chinois, le néo-libéralisme, l’effondrement du bloc socialiste et l’élargissement de l’ «union européenne», autant d’évènements qui étaient censés relancer le système !

                       Ce qui est caractéristique de cette crise chronique, c’est qu’aucune de ses phases aigues n’a encore engendré une de ces conflagrations généralisées qui permettaient aux précédentes, outre la recomposition des équilibres géopolitiques, de se solutionner par la destruction massive des forces de production.

                  C’est un trait « nouveau » de l’évolution de l’impérialisme, qu’il serait temps de comprendre et de considérer dans nos analyses politiques, tant il est « nouveau » depuis un demi-siècle, déjà. (Si l’on se réfère à la crise des missiles russes à Cuba…)

                       Néanmoins ces deux aspects de la crise de l’impérialisme : recomposition des rapports de forces et destruction de forces productives, sont en permanence présents dans ses phases actuelles.

                      Les deux aspects opèrent de manière synchrone lors des conflits violents de type néocoloniaux, de plus en plus fréquents, initiés sous les prétextes les plus divers, généralement drapés de la bannière de l’humanisme, avec l’appui d’un quarteron d’intellectuels renégats dont Bernard-Henri Lévy est la médiatique figure de proue…

                        Une fois le « petit pays » laminé par les bombardements et les commandos d’ « intervention spéciale », on envoi éventuellement quelques sacs de riz accompagnés d’un quarteron de « bons docteurs », financés par la charité public, avant l’arrivée des « experts » des grands groupes financiers chargés de se partager les « nouveaux marchés » ainsi créés, pour « la reconstruction du pays »…

                            Il est remarquable que la France soit, après les USA, le pays le plus impliqué dans ce type d’intervention. C’est, à la rigueur, le seul point d’analogie possible entre notre époque et la fin des années 40.

                     Pour le reste, ce n’est pas non plus une phase de redéveloppement, mais bien une phase de destruction des forces productives qui s’opère également au quotidien avec le démantèlement de l’industrie et de nombreux secteurs d’activité, avec les plans de licenciements massifs qui brisent des milliers de parcours professionnels sans espoir de reclassement réel et alourdissent le fardeau de la pauvreté, grandissante, en France comme dans le reste de l’Europe, à un point tout à fait inconnu des générations précédentes.

                      Cette phase de destruction est partie prenante de la nouvelle répartition imposée par la domination de l’impérialisme US. Elle ne s’opère pas uniquement au gré de la fluctuation des marchés, mais bien également en fonction des orientations, des rôles fixés et des concessions allouées pour chacun de ses vassaux impériaux par leur suzerain US.

                       Il est donc tout à fait absurde d’imaginer que la bourgeoisie française puisse à nouveau rentrer dans une phase de reconstruction de son propre potentiel monopolistique telle qu’à la fin des années 40, notamment avec des concessions sociales et un plan de nationalisations, avec ou sans indemnités. Cela supposerait un affrontement ouvert avec l’impérialisme US, ce dont elle n’a ni l’envie, ni les moyens…

                         Elle a en outre une licence assez extensive de son suzerain US pour opérer militairement et par tous autres moyens économiques et financiers dans son pré-carré néocolonial africain, ce dont elle use et abuse pour compenser ses déficiences en Europe.

                           Ceux qui prônent « le retour des jours heureux » de la période CNR, tout en élevant des protestations contre le néocolonialisme sont déjà au départ dans une contradiction fondamentale, tant les deux sont liés. Le CNR a inauguré la période néocoloniale de la 4ème république, bientôt relayée par l’increvable « françafrique » du « bon général » De Gaulle, dont l’impérialisme français se repait encore sous François Hollande !

                    Prétendre imposer à la bourgeoisie française une politique de développement social et anti-impérialiste, c’est vouloir que le corbeau se transforme en colombe…

                     Précisément, de la part de ces opportunistes, ce ne peut être qu’une politique d’illusionnistes !!

                      Ils se justifient parfois en prétextant que l’objectif d’un « nouveau CNR » n’est qu’un mot d’ordre pour fédérer les couches sociales populaires et les partis politiques « progressistes », et que leur objectif réel est bien le socialisme, mais on constate, à lire leur propagande, que ce « programme » y est constamment présenté comme un ensemble de revendications réalisables à court terme, dans le cadre du système actuellement en crise…

                       Le principe même de cette propagande ne peut reposer que sur une hagiographie constante et renouvelée de la période CNR, et non sur une critique nécessaire de l’impasse politique qu’il constituait.

                 Même s’ils glissent fortuitement le mot de « socialisme » au moins une fois dans chacune de leurs proclamations « de fond », on voit donc bien que c’est uniquement pour tenter de se prémunir contre les attaques polémiques justifiées dont ils ne manquent pas d’être l’objet.

                         Ce genre de pratique, double langage et double jeu, était déjà une forme constante d’expression du révisionnisme thorézien, dont généralement ils n’hésitent pas à se réclamer, plus ou moins ouvertement, du reste.

                     Vouloir encore reproduire, soixante-dix ans après, les aberrations révisionnistes du groupe Thorez-Duclos-Frachon, est leur seule manière d’être cohérents… Ce qui ne doit pas empêcher les communistes marxistes-léninistes et tous les progressistes désireux d’avancer vers le socialisme, d’une part de dénoncer leurs mensonges historiques, en s’emparant des justes critiques déjà initiée par le Kominform, et notamment par Andrei Jdanov, et d’autre part de développer l’analyse concrète de la situation de l’impérialisme au début du 21ème siècle, et d’en tirer toute les conséquences politiques.

                          Un autre argument spécieux qu’ils utilisent dans leurs tentatives de circonvenir les justes critiques à leur endroit mérite quelque attention : ils se réfèrent eux-mêmes aux déclarations du grand patronat français selon lesquelles, pour celui-ci, il serait temps de liquider les derniers vestiges du programme du CNR…

                        Comme nous l’avons vu, la bourgeoisie française a bien compris que pour elle l’heure n’est plus aux concessions réformistes qui lui ont permis jusqu’ici de circonvenir les différentes vagues de lutte sociale, avec la complicité des états-majors révisionnistes…

                En cela elle est pour elle-même cohérente avec une analyse concrète de la situation actuelle. Au lieu d’en revenir à la nécessité de mettre fin à sa domination pour faire avancer le progrès social, nos révisionnistes en font prétexte pour justifier leur recentrage des enjeux politiques et sociaux autour des maigres vestiges du CNR, déjà laminés par quarante ans de crise larvée, et tenter ainsi de maintenir les luttes à venir sur la voie du compromis réformiste, aussi vain soit-il…

                       Force est de constater que cela doit être un effet non hasardeux de cette « provocation » de la part du patronat, effectuée selon ce vieux principe selon lequel, lorsque le doigt montre la lune, l’idiot regarde le doigt…

                         On ne peut que s’interroger encore davantage sur cette mode du « CNR Revival » lorsqu’on entend sur les ondes de France «info »-intox l’ancien dirigeant « marxiste-léniniste-maoïste », Roland Castro, devenu depuis les années 7O une de ces increvables roues de secours idéologique du système, membre de tous les « think tanks »-commissions cirage de pompes, de Mitterrand à Sarkozy, et en passant, porte-valises du liquidateur forcené Robert Hue. C’est le type même du personnage éclectique et adaptable à toutes les évolutions du système, bobo de service et porte-parole de la dernière mode du « prêt-à-penser » : il fait désormais complaisamment une priorité de l’éloge du gaullisme et des vestiges du CNR…

                         Tout cela serait anecdotique si l’on n’avait pas déjà vu les dégâts que peuvent causer de prétendus « marxistes-léninistes » en tordant la dialectique au point de justifier la collaboration la plus éhontée avec l’impérialisme US, comme cela fut le cas avec la tragique « théorie des trois mondes ».

                      Tout en répandant uniformément sa sous-culture de « société de consommation » et son mode de vie dégradé selon chaque région du globe, l’impérialisme US a créé une dépendance des économies locales qui impose la soumission et verrouille la prétendue « démocratie » au choix de formes multiples que peut prendre cette soumission…

                       C’est ce qu’illustre également l’essentiel du débat politique en France et dans le reste de l’Europe.

               Après avoir circonvenu dans son jeu politique consensuel la plupart des tenants d’une alternative « socialiste », il se trouve confronté à leur dé-crédibilisation dans l’opinion et à une montée des nationalismes populaires, qu’il lui est plus difficile de manipuler.

                    Partout où le contexte culturel le permet on constate que ces tentatives de manipulation prennent la forme du fanatisme religieux, non sans une certaine réussite, tragique pour les peuples qui s’y sont laissés piégés.

                       Mais au-delà de son principe d’hégémonie culturelle et idéologique, l’impérialisme sait aussi jouer de cette caractéristique plus profonde d’inégalité de « développement » économique et de spécialisation imposée des rôles, dans une division ad-hoc du travail et des activités commerciales. Il lui est loisible d’utiliser ce principe d’inégalité pour diviser encore les peuples et détourner ainsi leurs juste aspirations à l’autonomie, l’indépendance, et à disposer librement de leurs propres choix politiques.

                        C’est notamment ce que l’on observe en Europe, avec ce jeu de « je-t’aime-moi-non-plus » constamment entretenu entre l’Allemagne et la France. A sa manière l’impérialisme sait utiliser les caractères propre à chaque culture qu’il n’a pas encore réussit à uniformiser complètement… A l’Allemagne il laisse un potentiel relativement extensif de développement industriel qui fonctionne au mieux grâce à son relationnel social corporatiste et pseudo-consensuel, qui avait déjà pris forme sous le deuxième Reich de Bismarck… A la France et à sa tradition coloniale et néocoloniale toujours très active depuis le 19ème siècle, il laisse une capacité d’intervention et de supplétif qu’il peut siffler, au besoin, tel un chien bien dressé et toujours avide d’un nouvel os à ronger, même s’il doit parfois serrer les dents sur son frein, comme lors de l’agression manquée contre la pauvre Syrie…

                         Ainsi la crise de l’impérialisme se diffuse, en Europe comme dans le reste du monde, en une multitude de crises nationales, en fonction des caractéristiques économiques, historiques, sociales et culturelles de chaque pays. Chaque pays est en réalité touché profondément, mais la répartition des rôles et des secteurs d’activité provoque des disparités et des différentiations tant dans les impacts, la nature des reculs sociaux, que dans les revendications et finalement dans les moyens d’expressions et le niveau des luttes de résistance. Les « maillons faibles » de la concurrence capitaliste néo-libérale deviendront logiquement en premier les maillons forts du renouveau du socialisme, aux deux conditions essentielles de rencontrer la solidarité des autres peuples en lutte et de développer leur capacité d’autonomie et d’indépendance nationale. En Europe également, au-delà d’une solidarité internationaliste bien nécessaire contre les diktats « bruxellois » de l’impérialisme US, les solutions politiques, les projets d’alternatives révolutionnaires prolétariennes ne peuvent qu’être spécifiques aux conditions et à l’histoire de chaque pays. L’aboutissement de chaque projet, même s’il doit bénéficier à plein de la solidarité internationale, doit pouvoir aussi et surtout bénéficier d’une autonomie suffisante pour survivre, et il doit donc la regagner contre la division du travail et la répartition des secteurs d’activité, imposées par l’impérialisme.

                        Intuitivement, les prolétaires d’Europe, et le prolétariat français, à sa manière, comprennent que le système est entré dans une phase de régression durable, et que les palabres sur le développement durable, dans une version « soft » et purement imaginaire de la mondialisation, ne sont qu’un leurre de bobos-collabos.

                       Si l’influence du nationalisme économique commence à s’étendre parmi les classes populaires, et même prolétariennes, c’est que celles-ci sont en recherche d’une alternative susceptible de reconstituer le tissu social et économique détruit par la régression. C’est un réflexe de défense instinctif assez naturel contre la crise et la mondialisation impérialiste.

                 Le réveil d’une conscience nationaliste dans ces catégories sociales, dans les conditions actuelles d’hégémonie de l’idéologie impérialiste, doit donc être considéré sous l’angle du réveil d’une conscience de classe, même si la forme en est souvent ambiguë, plutôt que sous l’angle d’une nouvelle régression, qui se traduirait par une soumission totale au consensus régressif organisé entre les partis du Monopoly-CNR…

                         Le danger principal de fascisation réside toujours dans la volonté de domination hégémonique constamment exprimée par l’impérialisme US. En Europe comme ailleurs, il vient d’abord de ses sbires collaborationnistes, et non de l’aspiration des peuples à s’émanciper de sa tutelle.

                        Dans le jeu politique actuel il est clair que différentes factions « souverainistes » tentent de récupérer et de manipuler cet élan populaire à leur profit pour tenter de se faire une place à la table du Monopoly-CNR, et que les communistes marxistes-léninistes doivent combattre cette influence idéologique et l’évaluer à sa juste mesure, pour ne pas se tromper de cible.

                       Les communistes marxistes-léninistes ne se font évidemment aucune illusion sur la prétendue reconstitution d’une économie nationale protectionniste dans le cadre du capitalisme, qui serait en totale contradiction et en conflit profond tant avec l’autorité de Bruxelles qu’avec son mentor US. La base sociale du nationalisme économique capitaliste reste essentiellement dans la petite bourgeoisie, dans les catégories centrées sur la petite entreprise, le petit commerce, l’artisanat. Elle est représentative d’une fraction de plus en plus minoritaire du capitalisme, essentiellement entrepreneurial, et relativement peu impliqué dans le capitalisme financier international. En un sens, on peut dire qu’elle n’est plus qu’un faible vestige de la bourgeoisie industrielle qui a contribué jadis à l’essor de l’état-nation des débuts du capitalisme « moderne » (pour l’époque…) Elle profite de la crise pour regagner une base populaire à l’aide d’un discours poujadiste, de type péroniste, mais elle ne constitue pas néanmoins, par elle-même, une force économique et politique suffisante pour représenter un danger réel de fascisation du système, contrairement à ce que prétend l’intelligentsia « de gauche », pour justifier son opportunisme à l’égard de la mondialisation. Pour participer réellement au pouvoir ces factions « souverainistes » devront à leur tour nécessairement renier leurs bases idéologiques indépendantistes pour adhérer également au consensus mondialiste-impérialiste.

                      Dans la lutte actuelle contre l’impérialisme, la lutte pour le socialisme et la lutte pour l’indépendance nationale sont plus que jamais consubstantielles. Elles le sont devenues progressivement dès le reflux de la grande vague révolutionnaire qui a suivi la première guerre mondiale, et définitivement depuis l’hégémonie de l’impérialisme US, à l’issue de la seconde. Cette constatation est, en substance, l’apport essentiel du « Rapport sur la situation internationale » d’Andrei Jdanov en 1947. C’est faute d’en avoir tiré toutes les conséquences que le mouvement communiste ouest-européen, et notamment français, a été laminé après avoir sombré dans la collaboration de classe. C’est également faute d’en avoir tenu compte que les régimes socialistes est-européens ont été submergés par le révisionnisme et le social-impérialisme avant de s’effondrer. C’est grâce au déni prolongé de cette ligne politique que les révisionnistes russes ont pu faire aboutir leur œuvre de sabotage de l’Union Soviétique.

                          Aujourd’hui il est clair pour tous ceux qui réfléchissent sérieusement à la question qu’il n’y a pas de socialisme possible sans indépendance nationale et pas non plus d’indépendance nationale possible sans passage au socialisme.

                           Dans les rares pays du tiers-monde ou continuent de subsister des fragments consistants de bourgeoisies nationales, une situation transitoire ne peut néanmoins qu’être instable en raison des pressions de l’impérialisme, et de toutes les formes de corruption qui vont avec. La part de l’économie dévolue au marché « libéral » doit nécessairement être limitée et sévèrement réglementée par la domination du parti prolétarien, pour ne pas entraver le développement du socialisme, seule garantie de l’indépendance nationale. (C’est, par exemple, en substance, l’orientation politique choisie par le président Raoul Castro au 6ème Congrès du Parti Communiste de Cuba.)

                         Dans les pays au capitalisme déjà anciennement développé, et notamment en Europe de l’ouest, où il ne subsiste pratiquement plus de fragments résiduels de bourgeoisie nationale, il n’y a pas de phase de transition, ni possible ni utile, avec la bourgeoisie monopoliste. Comme solution à la crise de l’impérialisme il n’y a que le passage au socialisme prolétarien, sur la base de l’indépendance nationale.

                 En conclusion, dans le contexte de crise mondiale chronique de l’impérialisme, en France, la situation concrète actuelle de l’impérialisme français est caractérisée par :

 -son interdépendance financière, économique, politique et militaire avec l’impérialisme US.

 -dans cette interdépendance, c’est son état de dépendance qui est principal, et qui l’amène à suivre les grandes orientations de l’impérialisme US pour la répartition des forces productives en Europe et dans le monde.

 -en France son autonomie est limitée par son plan de destruction des forces productives, et principalement, depuis la fin des années 70, de démantèlement du tissu industriel, afin de briser les restes de structuration et de culture de la résistance sociale prolétarienne.

 -ce plan lui permet de continuer la surexploitation des couches prolétariennes et populaires réparties dans tous les secteurs d’activités, et notamment tertiaire. Cela lui permet d’exploiter en outre la fraction du prolétariat international importée tant légalement qu’illégalement, aux mêmes fins de surexploitation et de déstructuration.

 -ailleurs dans le monde, et principalement en Afrique, dans son ancien « pré carré » colonial, l’impérialisme français conserve une relative capacité autonome d’exportation de capitaux, et très souvent, d’intervention militaire, tant dans le but d’y pérenniser la surexploitation des forces productives locales, matérielles et humaines, que d’y piller les ressources naturelles.

                   C’est à tous ces titres qu’il doit être combattu, dans la perspective d’une alternative socialiste prolétarienne fondée sur l’indépendance nationale.

                         Cette perspective exclu donc tout compromis de collaboration de classe tant avec l’ensemble de la bourgeoisie monopoliste française qu’avec aucune des factions politiques qui la représentent ou qui se sont mises à son service.

                 Cette perspective s’ouvre par contre à un large front uni anti-impérialiste de toutes les couches sociales prolétariennes et populaires, incluant éventuellement une partie importante des classes moyennes, qui souffrent de la désagrégation actuelle des forces productives du pays.

                     Les communistes marxistes-léninistes doivent soutenir et participer à toutes les luttes actuelles de résistance contre la régression des forces productives, en tant que luttes de survie pour la base économique et sociale du prolétariat, et donc, à terme, de la révolution socialiste.

                           Ils doivent contribuer à élever le niveau de conscience politique du prolétariat sans décider arbitrairement de transformer des revendications immédiates de nationalisation ou de type protectionniste en objectifs politiques illusoires.

                         De telles revendications prolétariennes ne deviennent des objectifs politiques stratégiques que si elles s’intègrent dans la conscience de classe, dans la perspective d’une alternative socialiste au capitalisme.

                       C’est le rôle des communistes marxistes-léninistes d’y contribuer par la nouvelle fondation du parti prolétarien et l’affirmation claire des principes de lutte de classe, d’autonomie et d’organisation du prolétariat.

                       Le programme révolutionnaire se construira par la fusion de l’idéologie marxiste-léniniste avec les revendications concrètes du prolétariat, dans sa réflexion pour élaborer les solutions constitutives du socialisme, selon le principe que l’émancipation du prolétariat ne peut être que l’œuvre des prolétaires eux-mêmes.

                        Ce texte n’a pas pour but de proposer un Nème catalogue de revendications ambivalentes ouvrant la porte à tous les compromis de liquidation des luttes prolétariennes.

                       Ce texte a simplement pour but de proposer une réflexion nouvelle sur la situation concrète de l’impérialisme français dans l’évolution actuelle du contexte international.

                        L’axe politique qu’il se propose d’ouvrir n’est pas celui d’une 6ème ou d’une Nème mouture de la « république » bourgeoise monopoliste, mais la naissance d’un état socialiste prolétarien :

La Première République Française

Socialiste et Indépendante !

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